



{"id":888,"date":"2001-10-28T00:00:00","date_gmt":"2001-10-27T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=888"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"mode","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=888","title":{"rendered":"Pourquoi les filles portent r\u00e9silles"},"content":{"rendered":"<p>De loin, on dirait des bas noirs, de pr\u00e8s, on discerne la r\u00e9sille. Les jambes ne sont pas voil\u00e9es, elles sont grillag\u00e9es. Elles ont troqu\u00e9 la transparence contre le quadrillage et se retrouvent prisonni\u00e8res des bas, enferm\u00e9es par une cl\u00f4ture de fils, nues derri\u00e8re les barreaux.<\/p>\n<p>Barri\u00e8re ajour\u00e9e sur la chair, le bas r\u00e9sille r\u00e9v\u00e8le la jambe autant qu\u2019il l&rsquo;interdit. Et cette captivit\u00e9 exhib\u00e9e rappelle l&rsquo;attitude provocante des danseuses de cancan, celles de \u00abMoulin Rouge\u00bb, \u00e0 la fois offertes et d\u00e9rob\u00e9es au regard et au d\u00e9sir des hommes. V\u00e9ritable trahison donc, pour les femmes, que de porter des r\u00e9silles. Comment alors suivre la mode sans pour autant passer pour une fille l\u00e9g\u00e8re?<\/p>\n<p>Depuis qu&rsquo;il est \u00e0 la mode, le bas r\u00e9sille appelle les regards autrement. Il ne fait plus partie de la panoplie f\u00e9tichiste, il est devenu un accessoire esth\u00e9tique et ludique, comme s&rsquo;en amuse l&rsquo;appellation \u00abOh Les Filles\u00bb de la collection automne-hiver de Dim. En couleurs, \u00e0 mailles fines ou larges, port\u00e9s sur un bas opaque (le \u00abdeux-en-un\u00bb de Fogal) ou avec des socquettes, il amuse, il surprend, il invite les commentaires. <\/p>\n<p>Ainsi, et puisque tout se d\u00e9cline aujourd&rsquo;hui en network (lire l&rsquo;<a href=http:\/\/largeur.com\/expArt.asp?artID=856 target=_blank class=std>article<\/a> de Genevi\u00e8ve Grimm-Gobat), pourquoi ne pas le voir lui aussi comme un r\u00e9seau? Apr\u00e8s tout, c&rsquo;est son sens \u00e9tymologique. Le bas r\u00e9sille est un nouveau syst\u00e8me de communication, les barri\u00e8res sont tomb\u00e9es, ne restent que les fils entrelac\u00e9s comme autant de liens avec le monde, de rets tendus aux regards d&rsquo;autrui. Un peu comme le Net, une toile sur laquelle on \u00e9change des propos.<\/p>\n<p>Et c&rsquo;est ainsi que, sur les chemins crois\u00e9s des filles en bas r\u00e9silles, j&rsquo;ai engag\u00e9 quelques conversations.<\/p>\n<p><b>Celles qui en portent<\/b><\/p>\n<p>Nicole, fin de la trentaine, achetait des croissants un dimanche matin dans une boulangerie de Carouge. Elle \u00e9tait v\u00eatue d&rsquo;un manteau noir et d&rsquo;une jupe droite. Sa tenue \u00e9tait termin\u00e9e par des escarpins noirs, ferm\u00e9s sur le devant. Un bas r\u00e9sille fin, noir \u00e9galement, couvrait ses jambes, du talon au genou. A ma question, Nicole a r\u00e9pondu en substance: \u00abJe porte des bas r\u00e9silles parce que la fantaisie peut aussi \u00eatre \u00e9l\u00e9gante.\u00bb    <\/p>\n<p>Emma, plus jeune et plus extravertie, arpentait les Rues basses de Gen\u00e8ve d&rsquo;une d\u00e9marche assur\u00e9e. Elle portait une veste en cuir framboise, une jupe mi-longue en jeans, des baskets Adidas et des bas r\u00e9silles rouges, \u00e0 mailles larges. Inspiration Beaux-Arts ou influence punk? Avec un sourire, elle m&rsquo;a avou\u00e9 qu&rsquo;elle ne savait pas trop comment d\u00e9finir son look: \u00abD\u00e9contract\u00e9, original. Les bas r\u00e9silles ne passent pas inaper\u00e7us. Et puis j&rsquo;aime bien combiner les accessoires.\u00bb<\/p>\n<p>Isabelle, tr\u00e8s jolie fille d&rsquo;une vingtaine d&rsquo;ann\u00e9e, traversait le Pont d&rsquo;Arve \u00e0 midi en combinaison de satin et bas r\u00e9silles noirs. Sans la veste en jeans et les chaussures masculines qui compl\u00e9taient son d\u00e9shabill\u00e9, elle compromettait sa vertu. \u00abMa tenue n&rsquo;est pas ind\u00e9cente, a-t-elle d\u00e9cr\u00e9t\u00e9. Etre sexy ne signifie pas forc\u00e9ment tomber dans la vulgarit\u00e9. J&rsquo;aime les contrastes. Tout se joue dans l&rsquo;association des mati\u00e8res et des genres. Il faut oser.\u00bb <\/p>\n<p>\u00abOser\u00bb, c&rsquo;est aussi l&rsquo;attitude pl\u00e9biscit\u00e9e dans le catalogue Fogal de cet automne: \u00abDes jambes \u00e0 la mode. Avec une collection qui fait tourner les t\u00eates. Tant de beaut\u00e9 exige un brin de courage. Le courage d&rsquo;affirmer son individualit\u00e9, d&rsquo;oser le contraste et de se mettre en sc\u00e8ne. En bref, le courage de red\u00e9finir sa f\u00e9minit\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p><b>Celles qui n\u2019en portent pas<\/b><\/p>\n<p>Pourtant, les filles sont encore nombreuses, une grande majorit\u00e9, \u00e0 ne pas oser. Et toujours pour les m\u00eames raisons: \u00abC&rsquo;est vulgaire.\u00bb \u00abC&rsquo;est inutile.\u00bb \u00ab\u00c7a ne file pas, mais \u00e7a ne tient pas chaud.\u00bb \u00abC&rsquo;est moche, surtout en couleur avec des grosses mailles.\u00bb<\/p>\n<p>Ou encore: \u00abCe n&rsquo;est pas mon genre\u00bb, comme dirait ce coll\u00e8gue, mari\u00e9, la quarantaine, pr\u00e9cisant imm\u00e9diatement d&rsquo;un air plein de sous-entendus: \u00abJe veux dire que moi, je n&rsquo;en porterais pas&#8230; Tu comprends?\u00bb  Et toc! Comme quoi, si les filles refusent encore d&#8217;emprisonner leurs jambes dans le carcan des bas r\u00e9silles, les hommes, eux, aiment bien celles qui en portent. Canon ou cancan.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u2019est une tendance forte de l\u2019ann\u00e9e 2001: le bas r\u00e9sille revient grillager les jambes. 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