



{"id":88,"date":"1999-05-27T00:00:00","date_gmt":"1999-05-26T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=88"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"enquete","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=88","title":{"rendered":"La Suisse, plaque tournante du DVD pirate"},"content":{"rendered":"<p>Le week-end dernier, j&rsquo;ai vu le film \u00abMars Attacks\u00bb chez un ami cin\u00e9phile qui poss\u00e8de un lecteur DVD branch\u00e9 \u00e0 sa cha\u00eene haute fid\u00e9lit\u00e9 et \u00e0 un projecteur \u00e0 cristaux liquides. Il en faut g\u00e9n\u00e9ralement beaucoup pour m&rsquo;impressionner, mais l\u00e0, j&rsquo;avoue que j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 souffl\u00e9 par la qualit\u00e9 de l&rsquo;image et du son.<\/p>\n<p>Ce nouveau m\u00e9dia, qui ressemble \u00e0 s&rsquo;y m\u00e9prendre \u00e0 un disque compact musical, remplace avantageusement la bonne vieille cassette vid\u00e9o: un seul DVD peut contenir l&rsquo;\u00e9quivalent d&rsquo;une trentaine de CD audio, soit 17 gigaoctets de donn\u00e9es. En format vid\u00e9o, cela repr\u00e9sente jusqu&rsquo;\u00e0 huit heures de film, avec une image de tr\u00e8s haute qualit\u00e9 de 540 lignes-\u00e9cran, contre seulement 250 pour une cassette VHS.<\/p>\n<p>De plus, la bande sonore d&rsquo;un film sur DVD peut \u00eatre restitu\u00e9e en huit langues \u00e0 choix et en qualit\u00e9 surround sur cinq canaux, comme dans les meilleures salles de cin\u00e9ma. Sans parler du sous-titrage, disponible jusqu&rsquo;\u00e0 32 langues sur une m\u00eame galette.<\/p>\n<p>Depuis son apparition en 1996, le Digital Versatile Disk conna\u00eet la plus haute croissance de l&rsquo;histoire de l&rsquo;\u00e9lectronique de divertissement. Son succ\u00e8s commence m\u00eame \u00e0 effrayer les producteurs am\u00e9ricains.<\/p>\n<p>En plus des versions originales, les films commercialis\u00e9s sur DVD aux Etats-Unis sont souvent doubl\u00e9s en espagnol et en fran\u00e7ais (pour le Qu\u00e9bec). Les majors companies craignent donc que leurs productions ne traversent les oc\u00e9ans avant m\u00eame d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 projet\u00e9es dans les salles.<\/p>\n<p>Afin d&rsquo;\u00e9viter de telles fuites, l&rsquo;industrie s&rsquo;est entendue pour diviser le monde du DVD en six zones. Th\u00e9oriquement, les appareils vendus en Europe ne peuvent donc pas lire les disques DVD achet\u00e9s aux Etats-Unis, et r\u00e9ciproquement. Cette \u00abd\u00e9mondialisation\u00bb culturelle forc\u00e9e conna\u00eet cependant quelques rat\u00e9s.<\/p>\n<p>Il existe en effet des parades techniques pour permettre l&rsquo;acc\u00e8s aux films distribu\u00e9s seulement sur un autre continent: certains hackers modifient les composants \u00e9lectroniques afin de rendre les lecteurs DVD compatibles avec toutes les zones.<\/p>\n<p>La pratique est devenue si courante que m\u00eame les grandes surfaces proposent aujourd&rsquo;hui des appareils \u00abd\u00e9zon\u00e9s\u00bb. En Suisse, les distributeurs MediaMarkt, Inter Discount, Fust et Radio TV Steiner commercialisent des appareils multizones, m\u00eame s&rsquo;ils ne le mentionnent jamais dans leur catalogue. Il suffit de s&rsquo;enqu\u00e9rir aupr\u00e8s du vendeur pour qu&rsquo;il vous aiguille directement vers l&rsquo;appareil ad\u00e9quat. <\/p>\n<p>Gabriel Vonlanthen, directeur de la soci\u00e9t\u00e9 Laserdisque bas\u00e9e dans le canton de Fribourg, fut l&rsquo;un des premiers \u00abd\u00e9zoneurs\u00bb de Suisse. D\u00e8s l&rsquo;arriv\u00e9e des premiers lecteurs de DVD, il a propos\u00e9 ses services \u00e0 ses clients, qu&rsquo;ils soient des magasins sp\u00e9cialis\u00e9s ou des particuliers.<\/p>\n<p>Depuis quelques mois, sa soci\u00e9t\u00e9 fournit les composants \u00e9lectroniques trafiqu\u00e9s \u00e0 plusieurs g\u00e9ants de la branche, dont Inter Discount. \u00abPour chaque nouvel appareil qui sort, nous devons reprogrammer une puce \u00e9lectronique permettant de contourner le contr\u00f4le de zone, explique Gabriel Vonlanthen, sans entrer dans les d\u00e9tails. Depuis quelques mois, nous n&rsquo;avons presque plus de clients particuliers. La g\u00e9n\u00e9ralisation du d\u00e9zonage nous a ouvert les portes des gros distributeurs.\u00bb <\/p>\n<p>D&rsquo;un petit job de pirate, le d\u00e9zonage est devenu une industrie. Media Markt se fournit par exemple de puces modifi\u00e9es aupr\u00e8s de plusieurs hackers en Allemagne.<\/p>\n<p>Les fabricants de lecteurs r\u00e9agissent plus ou moins \u00e9nergiquement au piratage de leurs appareils, qui n&rsquo;affectent pas les ventes, au contraire. Mais certains constructeurs ont des int\u00e9r\u00eats tr\u00e8s proches des maisons de productions. C&rsquo;est le cas de Sony, qui poss\u00e8de par exemple la Columbia. Pas \u00e9tonnant, d\u00e8s lors, que les appareils Sony figurent parmi les plus difficiles \u00e0 d\u00e9zoner: \u00abIl y a trop de mod\u00e8les et il faut tout le temps changer de technique, confirme Gabriel Vonlanthen. Les plus commodes \u00e0 d\u00e9zoner sont les Panasonic et les Pioneer.\u00bb<\/p>\n<p>Selon un sondage effectu\u00e9 par l&rsquo;Association suisse de lutte contre le piratage SAFE,  qui regroupe notamment tous les grands studios am\u00e9ricains et les distributeurs, plus de 80% des appareils vendus en Suisse durant le mois de novembre 1998 ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9alablement d\u00e9zon\u00e9s. Un chiffre qui donne une id\u00e9e de la r\u00e9partition actuelle du march\u00e9.<\/p>\n<p>\u00abLe plus grave, ce ne sont pas les appareils, mais les films, explique Matthias Basanisi, directeur de SAFE. Il s&rsquo;est officiellement vendu en Suisse environ 140&rsquo;000 DVD l&rsquo;an pass\u00e9. Ce chiffre ne regroupe cependant que les disques de la zone 2 destin\u00e9s au march\u00e9 europ\u00e9en. On estime qu&rsquo;un nombre \u00e9quivalent de disques compatibles avec la zone 1 (Etats-Unis) ont \u00e9t\u00e9 vendus par le march\u00e9 gris pendant la m\u00eame p\u00e9riode.\u00bb Un chiffre \u00e0 comparer au 1,2 million d&rsquo;entr\u00e9es dans les salles comptabilis\u00e9es en 1998.<\/p>\n<p>\u00abC&rsquo;est pr\u00e9occupant, car l&rsquo;\u00e9conomie du cin\u00e9ma se trouve en \u00e9quilibre fragile, poursuit Matthias Basanisi. Une baisse des entr\u00e9es de 10% pourrait d\u00e9j\u00e0 faire fermer quelques salles. C&rsquo;est pour cette raison que nous avons demand\u00e9 une modification de la loi.\u00bb<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;ensemble de l&rsquo;Union europ\u00e9enne, l&rsquo;importation et la revente directe de biens sans passer par les importateurs est ill\u00e9gale. Mais pas en Suisse. Du coup, de nombreux magasins, comme MediaMarkt, importent massivement des films am\u00e9ricains (zone 1), lisibles sur les appareils d\u00e9zon\u00e9s qu&rsquo;ils vendent.<\/p>\n<p>En Suisse, on peut ainsi acheter \u00abMeet Joe Black\u00bb, \u00abBabe 2\u00bb ou \u00abThe Truman show\u00bb chez Media Markt pour moins de SFr. 45.- (FF 180.-). Sans parler de la multitude de magasins sp\u00e9cialis\u00e9s qui proposent n&rsquo;importe quel film du catalogue sur simple demande.<\/p>\n<p>La lutte contre la prolif\u00e9ration des DVD d\u00e9zon\u00e9s s&rsquo;organise sur trois fronts:<\/p>\n<p><b>1. Interdire l&rsquo;importation<\/b><br \/>\nL&rsquo;interdiction de l&rsquo;importation et de la revente de films DVD en dehors des zones pr\u00e9d\u00e9finies est d\u00e9j\u00e0 appliqu\u00e9e en Europe, mais pas en Suisse. Ce front est cependant assez avanc\u00e9, puisque le dossier sera examin\u00e9 au mois de juin en marge de la n\u00e9gociation sur les accords bilat\u00e9raux avec l&rsquo;Union europ\u00e9enne. Il sera cependant toujours possible pour les particuliers d&rsquo;acqu\u00e9rir des disques de zone 1 directement aux Etats-Unis par internet \u00e0 des prix tr\u00e8s comp\u00e9titifs.<\/p>\n<p><b>2. Synchroniser la sortie des films<\/b><br \/>\nL&rsquo;industrie cin\u00e9matographique europ\u00e9enne aimerait exiger la sortie des films sur DVD au m\u00eame moment partout dans le monde. Les majors am\u00e9ricaines sont encore r\u00e9ticentes, car les d\u00e9lais de traduction et de sous-titrage ralentissent consid\u00e9rablement la sortie sur leur march\u00e9 d&rsquo;origine, et modifie compl\u00e8tement le rythme traditionnel de l&rsquo;industrie. \u00abLes repr\u00e9sentants europ\u00e9ens des maisons de productions am\u00e9ricaines essaient de convaincre leurs patrons que c&rsquo;est la meilleure solution, pour l&rsquo;instant sans succ\u00e8s, r\u00e9sume Matthias Basanisi. Mais cela pourrait changer tr\u00e8s vite compte tenu du d\u00e9veloppement du march\u00e9 gris.\u00bb<\/p>\n<p><b>3. Une l\u00e9gislation internationale<\/b><br \/>\nL&rsquo;Organisation mondiale pour la protection du patrimoine intellectuel (OMPI) d\u00e9veloppe actuellement un projet de loi internationale qui interdit toute manipulation d&rsquo;appareils \u00e9lectroniques dans le but d&rsquo;en modifier les fonctionnalit\u00e9s. Si cette loi est accept\u00e9e, le d\u00e9zonage sera interdit dans tous les pays membres, dont la Suisse. Mais ce type de projet de loi dure plusieurs ann\u00e9es avant d&rsquo;\u00eatre \u00e9ventuellement adopt\u00e9, puis appliqu\u00e9. Les pirates ont encore du temps devant eux. <\/p>\n<p>L&rsquo;histoire du DVD illustre \u00e0 merveille une le\u00e7on que les studios am\u00e9ricains commencent seulement \u00e0 comprendre: dans le cybermonde, la culture et les id\u00e9es veulent circuler librement. La prochaine \u00e9tape consistera \u00e0 l&rsquo;enseigner aux gouvernements.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour optimiser ses revenus, l&rsquo;industrie hollywoodienne op\u00e8re une sorte de d\u00e9mondialisation culturelle: elle divise le march\u00e9 du DVD en six zones g\u00e9ographiques. En Suisse, cette strat\u00e9gie \u00e9choue.<\/p>\n","protected":false},"author":22,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[],"class_list":["post-88","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-kapital","kapital"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/88","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/22"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=88"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/88\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=88"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=88"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=88"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}