



{"id":8442,"date":"2019-01-21T23:47:52","date_gmt":"2019-01-21T22:47:52","guid":{"rendered":"https:\/\/largeur.com\/?p=8442"},"modified":"2019-06-24T11:28:15","modified_gmt":"2019-06-24T09:28:15","slug":"sante-67","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=8442","title":{"rendered":"La chasse aux actes m\u00e9dicaux inutiles"},"content":{"rendered":"<p style=\"font-weight: 400;\">La technologie a fait faire \u00e0 la m\u00e9decine un bond en avant; c\u2019est le c\u00f4t\u00e9 pile de la m\u00e9daille. Et puis il y a son c\u00f4t\u00e9 face, \u00e0 savoir une hausse effr\u00e9n\u00e9e du nombre d\u2019actes m\u00e9dicaux, parfois \u00e0 faible valeur ajout\u00e9e, souvent co\u00fbteux, potentiellement risqu\u00e9s. Les Am\u00e9ricains ont \u00e9t\u00e9 les premiers \u00e0 dire stop. En lan\u00e7ant en 2011 le mouvement \u00abChoosing Wisely\u00bb (choisir avec soin), ils ont engag\u00e9 une r\u00e9flexion de fond sur la juste mesure en mati\u00e8re de sant\u00e9, qui fait depuis des \u00e9mules aux quatre coins de la plan\u00e8te.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Repris en Suisse en 2014 sous la forme d\u2019un mouvement baptis\u00e9 Smarter Medicine, le concept est simple: inciter le plus grand nombre possible de disciplines m\u00e9dicales \u00e0 publier un \u00abtop 5\u00bb des traitements inutiles dans leur domaine. \u00abLa premi\u00e8re liste publi\u00e9e en terre helv\u00e9tique concernait la m\u00e9decine interne g\u00e9n\u00e9rale ambulatoire\u00bb, pr\u00e9cise Jean-Michel Gaspoz, pr\u00e9sident de l\u2019association Smarter Medicine nationale et sp\u00e9cialiste en m\u00e9decine interne g\u00e9n\u00e9rale et cardiologie \u00e0 la Clinique des Grangettes de Ch\u00eane-Bougeries. En m\u00e9decine interne, le bilan radiologique chez les patients avec des douleurs lombaires non sp\u00e9cifiques depuis moins de six semaines, la prescription d\u2019antibiotiques en cas d\u2019infection des voies a\u00e9riennes sup\u00e9rieures sans signe de gravit\u00e9, ou encore la radiographie du thorax dans le bilan pr\u00e9op\u00e9ratoire en l\u2019absence de suspicion de pathologie thoracique figurent ainsi parmi les cinq mesures m\u00e9dicales dont les risques sont consid\u00e9r\u00e9s comme potentiellement plus \u00e9lev\u00e9s que leur utilit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Depuis, huit soci\u00e9t\u00e9s de discipline m\u00e9dicale ont \u00e0 leur tour publi\u00e9 leur \u00abtop 5\u00bb, et sept autres sont en cours d\u2019\u00e9laboration. \u00abCertes, on est encore loin des 80 soci\u00e9t\u00e9s partenaires aux \u00c9tats-Unis, mais il y a une vraie prise de conscience parmi mes confr\u00e8res suisses de la n\u00e9cessit\u00e9 de mettre fin au gaspillage dans le domaine de la sant\u00e9\u00bb, estime Jean-Michel Gaspoz. Le pr\u00e9sident de Smarter Medicine avertit au passage que l\u2019association n\u2019a aucune vell\u00e9it\u00e9 antitechnologique: \u00abAu contraire, l\u2019argent ainsi \u00e9conomis\u00e9 peut \u00eatre investi dans des interventions hyper-pointues et co\u00fbteuses, mais qui pr\u00e9sentent une r\u00e9elle valeur ajout\u00e9e pour le patient.\u00bb Car c\u2019est bien le patient \u2013 \u00abet non la diminution des co\u00fbts de la sant\u00e9!\u00bb \u2013 qui figure au centre de la d\u00e9marche, poursuit le m\u00e9decin. Mieux int\u00e9grer les patients au processus est d\u2019ailleurs le prochain objectif de la structure. \u00abNous avons lanc\u00e9 en octobre une campagne afin d\u2019encourager les patients \u00e0 dialoguer avec leur m\u00e9decin, \u00e0 ne pas h\u00e9siter \u00e0 poser toutes leurs questions au sujet des tests et traitements envisag\u00e9s.\u00bb<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-8443\" src=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/img_du_jour_02.01.2018_01.jpg\" alt=\"\" width=\"468\" height=\"311\" srcset=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/img_du_jour_02.01.2018_01.jpg 468w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/img_du_jour_02.01.2018_01-300x199.jpg 300w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2019\/01\/img_du_jour_02.01.2018_01-272x182.jpg 272w\" sizes=\"auto, (max-width: 468px) 100vw, 468px\" \/><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>1. Des patients consom\u2019acteurs<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>Aussi bien les associations de consommateurs que de patients sont associ\u00e9es \u00e0 la d\u00e9marche Smarter Medicine. Elles se battent pour que les patients et les citoyens se responsabilisent.<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">\u00abLes \u2018top 5\u2019, c\u2019est super; mais en tant que particulier, que faire avec ces listes?\u00bb s\u2019interroge Joy Demeulemeester, de la F\u00e9d\u00e9ration suisse des patients (FSP). Selon elle, le nerf de la guerre, c\u2019est l\u2019information. \u00abAfin d\u2019\u00eatre en mesure de ma\u00eetriser les d\u00e9cisions en lien avec sa sant\u00e9 et d\u2019\u00eatre s\u00fbr qu\u2019elles correspondent \u00e0 ce qu\u2019il souhaite, le patient doit adopter une attitude similaire \u00e0 celle du consommateur: s\u2019informer sur les traitements propos\u00e9s aupr\u00e8s de sources fiables, demander un second avis, comparer, \u00e9valuer la pertinence et les inconv\u00e9nients des options de traitements, et m\u00eame, dans certains cas, r\u00e9fl\u00e9chir au meilleur rapport qualit\u00e9-prix.\u00bb<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Pour obtenir des informations fiables, les patients romands peuvent notamment se rendre sur le site web <a href=\"https:\/\/www.planetesante.ch\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Plan\u00e8te Sant\u00e9<\/a>, sur celui de la <a href=\"https:\/\/www.revmed.ch\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Revue m\u00e9dicale suisse<\/a> et sur ceux des diff\u00e9rents h\u00f4pitaux universitaires. \u00abIl ne faut pas h\u00e9siter non plus \u00e0 demander \u00e0 son m\u00e9decin o\u00f9 trouver des compl\u00e9ments d\u2019informations. Internet sur prescription m\u00e9dicale est une bonne piste!\u00bb<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>M\u00e9diateurs b\u00e9n\u00e9voles<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Joy Demeulemeester conseille par ailleurs aux patients de \u00absoigneusement pr\u00e9parer leur consultation chez le m\u00e9decin\u00bb, en dressant une liste des questions qu\u2019ils souhaitent lui poser. Il est \u00e9galement important de prendre des notes durant l\u2019entretien, car des \u00e9tudes ont montr\u00e9 qu\u2019un \u00abpatient qui sort de chez le m\u00e9decin oublie jusqu\u2019\u00e0 80% de ce qui lui a \u00e9t\u00e9 dit. Quant \u00e0 ce dont il se souvient, c\u2019est en partie inexact.\u00bb<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Afin d\u2019accro\u00eetre la participation des citoyens dans le domaine de la sant\u00e9, la F\u00e9d\u00e9ration romande des consommateurs a lanc\u00e9 il y a trois ans un projet pilote baptis\u00e9 \u00abTous Consom\u2019Acteurs de la Sant\u00e9\u00bb, avec le soutien du Service de la sant\u00e9 publique du canton de Vaud. L\u2019id\u00e9e? Former des b\u00e9n\u00e9voles afin qu\u2019ils soient capables de dialoguer avec les soignants et de servir d\u2019interface avec les patients, le monde de la recherche et les pouvoirs publics.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>2. Quand l\u2019h\u00f4pital encourage le mouvement<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>Parall\u00e8lement au concept de Smarter Medicine est n\u00e9 celui de Smarter Hospital. Nombre d\u2019\u00e9tablissements en Suisse n\u2019h\u00e9sitent plus \u00e0 encourager le \u00abmoins, c\u2019est mieux\u00bb.<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">\u00c0 peine le terme Smarter Medicine a-t-il eu le temps de se faire un nom dans les milieux helv\u00e9tiques de la sant\u00e9 \u2013 selon un sondage de l\u2019association \u00e9ponyme, environ six m\u00e9decins romands sur dix connaissent ce concept \u2013 qu\u2019en d\u00e9barque un autre, Smarter Hospital. Il d\u00e9signe les \u00e9tablissements partenaires de l\u2019association, qui lancent activement en leur sein des projets allant dans le sens d\u2019une m\u00e9decine raisonnable. Les H\u00f4pitaux Unniversitaires Genevois (HUG) qui se d\u00e9clarent Smarter Hospital \u00abont d\u00e9j\u00e0 d\u00e9velopp\u00e9 47 projets, tous services confondus\u00bb, se r\u00e9jouit Jean-Michel Gaspoz. Au sein de l\u2019h\u00f4pital tessinois Ente Ospedaliero Cantonale (EOC), on a notamment mis sur pied une campagne intensive contre la prescription inutile de benzodiaz\u00e9pines. Quant aux responsables du Triemlispital de Zurich, ils sont sur le point de lancer \u00abplusieurs projets concrets ces prochains mois\u00bb. De l\u2019avis du pr\u00e9sident de l\u2019association Smarter Medicine, le fait que \u00abnon seulement les soci\u00e9t\u00e9s de disciplines m\u00e9dicales mais aussi les h\u00f4pitaux prennent leurs responsabilit\u00e9s dans la lutte contre les traitements inutiles et le gaspillage est un signe important.\u00bb<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>Retrouver la mobilit\u00e9 au plus vite<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Le CHUV n\u2019est pas en reste: son plan strat\u00e9gique 2019\u20132023 mentionne qu\u2019une \u00abd\u00e9marche sera lanc\u00e9e pour appliquer les recommandations \u2013 de Smarter Medicine \u2013 pertinentes au milieu hospitalier\u00bb. Il s\u2019agit notamment de pr\u00e9venir les examens diagnostics inutiles, d\u2019\u00e9viter les poses de sonde urinaire non indiqu\u00e9es, de limiter les transfusions ainsi que l\u2019utilisation des benzodiaz\u00e9pines et des hypnotiques s\u00e9datifs, ou encore de faire marcher les patients aussit\u00f4t que leur situation le permet.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Cette mobilisation pr\u00e9coce des patients est d\u2019ailleurs l\u2019objectif phare du CHUV en mati\u00e8re de Smarter Medicine pour l\u2019ann\u00e9e 2019, explique Jean-Blaise Wasserfallen, le vice-directeur m\u00e9dical de l\u2019h\u00f4pital lausannois. C\u2019est le physioth\u00e9rapeute chef de service Guillaume Roulet qui est \u00e0 l\u2019origine du projet, lequel colle parfaitement avec l\u2019une des recommandations figurant dans le \u00abtop 5\u00bb de la m\u00e9decine interne g\u00e9n\u00e9rale hospitali\u00e8re. \u00abDeux tiers des patients du service de g\u00e9riatrie sortent de l\u2019h\u00f4pital avec une nouvelle d\u00e9pendance fonctionnelle\u00bb, constate-t-il. La cause? \u00ab\u00c0 l\u2019h\u00f4pital, on bouge beaucoup moins qu\u2019\u00e0 la maison, notamment parce qu\u2019on n\u2019est pas oblig\u00e9 de se lever pour se pr\u00e9parer un th\u00e9, r\u00e9pondre \u00e0 la porte ou aller aux toilettes.\u00bb Dans le cadre de ce projet, des r\u00e9f\u00e9rents de mobilit\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9s. \u00abIls sont charg\u00e9s de sensibiliser aussi bien le personnel soignant que les patients et leurs proches \u00e0 l\u2019importance de la mobilit\u00e9; il s\u2019agit notamment d\u2019inculquer une culture du \u2018laisser-faire\u2019 le patient plut\u00f4t que de faire \u00e0 sa place\u00bb, explique Guillaume Roulet. \u00abNous avons par exemple renvers\u00e9 le protocole lors de la visite m\u00e9dicale: d\u00e9sormais, tous les patients doivent se mettre en position assise pour leurs examens, ce qui les oblige \u00e0 bouger.\u00bb Con\u00e7u \u00e0 la base pour le service de m\u00e9decine interne, le programme de mobilisation pr\u00e9coce des patients devrait \u00eatre \u00e9tendu graduellement \u00e0 tout l\u2019h\u00f4pital.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>Le patient comme partenaire<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Parmi les autres objectifs \u00e0 court terme du CHUV en mati\u00e8re de Smarter Medicine figure l\u2019application g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e des \u00abtop 5\u00bb d\u00e9j\u00e0 publi\u00e9s. \u00abCela n\u00e9cessitera un travail de formation et de communication cons\u00e9quent, car il s\u2019agit d\u2019un v\u00e9ritable changement de culture\u00bb, souligne Jean-Blaise Wasserfallen. Autre d\u00e9fi de taille auquel sont confront\u00e9s les promoteurs de Smarter Medicine: mettre en place des indicateurs de suivi afin de v\u00e9rifier que cette nouvelle culture fonctionne. \u00abNous planchons notamment sur l\u2019\u00e9tablissement de protocoles structur\u00e9s\u00bb, avance le Prof. G\u00e9rard Waeber, chef du D\u00e9partement de m\u00e9decine au CHUV. \u00abCes protocoles permettront une prise en charge plus homog\u00e8ne, et les indicateurs de succ\u00e8s seront comparables entre h\u00f4pitaux universitaires suisses\u00bb. Directrice des soins au CHUV, Isabelle Lehn constate avec \u00ab\u00e9norm\u00e9ment d\u2019int\u00e9r\u00eat\u00bb ce saut vers une m\u00e9decine ax\u00e9e sur les besoins \u2013 r\u00e9els \u2013 du patient. \u00abOn ose enfin sortir de l\u2019\u00e8re de la sur-s\u00e9curit\u00e9, et, dans la foul\u00e9e, on apprend \u00e0 consid\u00e9rer le patient comme un vrai partenaire.\u00bb<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>3. Seniors: entre sur- et sous-m\u00e9dicalisation<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>Les personnes \u00e2g\u00e9es consomment entre cinq et dix m\u00e9dicaments par jour. Que ce soit dans les EMS ou \u00e0 domicile, on tente de faire le tri. Et on attend impatiemment la concr\u00e9tisation du dossier \u00e9lectronique du patient.<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Pass\u00e9 65 ans, les seniors prennent en moyenne 5,6 m\u00e9dicaments par jour lorsqu\u2019ils vivent \u00e0 domicile, et m\u00eame 9,3 m\u00e9dicaments par jour lorsqu\u2019ils r\u00e9sident dans un EMS. Or, selon une compilation de plusieurs \u00e9tudes \u00e0 l\u2019\u00e9chelle europ\u00e9enne publi\u00e9e en 2008 par la revue JAMA Internal Medicine, 21% des m\u00e9dicaments prescrits en ambulatoire, 35% de ceux prescrits \u00e0 l\u2019h\u00f4pital et 60% de ceux prescrits en EMS sont potentiellement inappropri\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Alert\u00e9s par ces chiffres, et plus sp\u00e9cifiquement par l\u2019importante consommation de psychotropes par les personnes \u00e2g\u00e9es, les responsables vaudois de la sant\u00e9 ont d\u00e9bloqu\u00e9 des fonds (2 millions de francs par an en 2017) visant \u00e0 g\u00e9n\u00e9raliser les cercles de qualit\u00e9 dans les EMS du canton. Il s\u2019agit d\u2019optimiser le choix et l\u2019usage des m\u00e9dicaments prescrits au sein de l\u2019\u00e9tablissement. Chaque cercle comprend le pharmacien, le m\u00e9decin responsable de l\u2019EMS, ainsi que l\u2019infirmi\u00e8re ou infirmier en chef. \u00abIls se r\u00e9unissent plusieurs fois par an afin d\u2019\u00e9tablir des consensus au sujet des choix et de l\u2019usage des m\u00e9dicaments, qui sont ensuite appliqu\u00e9s \u00e0 tous les r\u00e9sidents\u00bb, r\u00e9sume Olivier Bugnon, pharmacien-chef \u00e0 la Policlinique m\u00e9dicale universitaire (PMU) de Lausanne et responsable d\u2019une \u00e9tude sur les opportunit\u00e9s de la d\u00e9prescription en EMS.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Prescrire ou d\u00e9prescrire? Si la d\u00e9prescription \u2013 \u00e0 savoir la r\u00e9duction de la dose de certains m\u00e9dicaments, voire leur arr\u00eat \u2013 figure au centre des cercles de qualit\u00e9, le sp\u00e9cialiste avertit: \u00abOn observe presque autant de sous-m\u00e9dicalisation que de surm\u00e9dicalisation dans les EMS. Il faut donc remettre les choses \u00e0 plat, prescrire ni trop ni trop peu, et surtout individualiser la m\u00e9dication.\u00bb Olivier Bugnon prend l\u2019exemple d\u2019un patient qui serait atteint de sept maladies diff\u00e9rentes: \u00abIl n\u2019y a pas de solution miracle. Il faut soigneusement analyser les besoins de la personne, ses priorit\u00e9s, les interactions entre les diff\u00e9rents m\u00e9dicaments, etc. C\u2019est ensuite seulement qu\u2019on pourra choisir lesquels d\u00e9prescrire ou au contraire, lesquels ajouter.\u00bb<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Si cette mise \u00e0 plat est relativement facile \u00e0 op\u00e9rer en EMS ou au sein des services hospitaliers, o\u00f9 tous les soignants ont acc\u00e8s au dossier du patient, il n\u2019en va pas de m\u00eame en ce qui concerne les seniors qui vivent chez eux. \u00abIl n\u2019est pas rare que le m\u00e9decin traitant prescrive certains m\u00e9dicaments, qu\u2019un sp\u00e9cialiste en prescrive d\u2019autres et que parall\u00e8lement, le patient prenne des m\u00e9dicaments prescrits lors d\u2019un s\u00e9jour \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. Sans compter ceux en autom\u00e9dication\u00bb, rapporte Margarita Cambra, directrice du service du d\u00e9veloppement des pratiques professionnelles de l\u2019Association vaudoise d\u2019aide et de soins \u00e0 domicile. Certes, \u00abnos infirmi\u00e8res peuvent aider \u00e0 faire le tri, mais seulement \u00e0 condition d\u2019avoir acc\u00e8s \u00e0 toutes les informations\u00bb. Margarita Cambra place beaucoup d\u2019espoir dans le futur dossier \u00e9lectronique du patient \u2013 la loi f\u00e9d\u00e9rale du 5 juin 2018 a lanc\u00e9 sa mise en \u0153uvre \u2013 qui \u00abpermettra enfin d\u2019avoir une vue d\u2019ensemble des traitements d\u2019un patient\u00bb par tous les acteurs de la sant\u00e9. M\u00eame optimisme du c\u00f4t\u00e9 d\u2019Olivier Bugnon, \u00ab\u00e0 condition que tout le monde joue le jeu et consigne les informations dans ce dossier\u00bb.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>4. Cesser d\u2019associer co\u00fbts et qualit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>Le gaspillage des soins est une importante source de d\u00e9penses. En r\u00e9compensant les prestataires en fonction de la qualit\u00e9 plut\u00f4t que de la quantit\u00e9, une baisse des co\u00fbts est envisageable.<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Les responsables de l\u2019association Smarter Medicine l\u2019affirment haut et fort: leur d\u00e9marche n\u2019a pas pour objectif principal la r\u00e9duction des co\u00fbts de la sant\u00e9. Reste que dans bien des cas, cette derni\u00e8re constitue un effet collat\u00e9ral positif d\u2019une rationalisation \u2013 qualitative \u2013 des soins. \u00abCe qui est vraiment int\u00e9ressant dans la Smarter Medicine, c\u2019est qu\u2019on sort de la logique \u2018la qualit\u00e9 co\u00fbte cher\u2019, analyse Brigitte Rorive, directrice des finances des HUG. Au contraire, c\u2019est la qualit\u00e9 qui provoque par ricochet une baisse des co\u00fbts. Le gaspillage, lui, est une grande source de d\u00e9penses: doublons dans les prescriptions d\u2019examens, interventions inutiles, etc.\u00bb<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Selon Brigitte Rorive, les syst\u00e8mes actuels de financement de la sant\u00e9 vont malheureusement \u00e0 l\u2019encontre de la philosophie Smarter Medicine, car ils sont bas\u00e9s \u00absoit sur les actes m\u00e9dicaux, soit sur les forfaits hospitaliers, eux-m\u00eames bas\u00e9s sur des actes m\u00e9dicaux\u00bb. Les prestataires de soins sont donc incit\u00e9s \u00e0 multiplier les actes afin d\u2019\u00eatre r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s. \u00abUne premi\u00e8re am\u00e9lioration possible serait de passer \u00e0 un financement r\u00e9compensant la qualit\u00e9 plut\u00f4t que la quantit\u00e9.\u00bb Concr\u00e8tement, \u00abil faudrait s\u00e9lectionner cinq ou six indicateurs cl\u00e9s tels que la mortalit\u00e9, la r\u00e9admission, les complications ou encore les r\u00e9op\u00e9rations\u00bb. Les prestataires qui ne rempliraient pas les objectifs fix\u00e9s seraient p\u00e9nalis\u00e9s par une sorte de malus: \u00able remboursement de leurs actes serait diminu\u00e9\u00bb. On pourrait m\u00eame envisager d\u2019aller bien plus loin. \u00abIl faut intervenir en amont, en axant les politiques de sant\u00e9 sur la pr\u00e9vention. On ferait en sorte que l\u2019h\u00f4pital \u2013 qui repr\u00e9sente 35% des co\u00fbts de la sant\u00e9 en Suisse, contre 2,4% pour la pr\u00e9vention \u2013 devienne le dernier recours.\u00bb Brigitte Rorive cite l\u2019exemple du Danemark, o\u00f9 un ambitieux projet de \u00absuperh\u00f4pitaux\u00bb est en cours de concr\u00e9tisation. \u00ab\u00c0 terme, tout ce qui peut l\u2019\u00eatre sera trait\u00e9 en ambulatoire et ce pays de pr\u00e8s de 6 millions d\u2019habitants ne comptera qu\u2019une vingtaine d\u2019h\u00f4pitaux. Pour comparaison, la Suisse en poss\u00e8de environ 200.\u00bb Autre piste inspir\u00e9e de l\u2019\u00e9tranger? Le \u00abbundled payment\u00bb, un syst\u00e8me popularis\u00e9 sous l\u2019administration Obama pr\u00e9voyant que chaque prise en charge m\u00e9dicale fasse l\u2019objet d\u2019un prix total, r\u00e9parti entre les diff\u00e9rents maillons de la cha\u00eene (h\u00f4pital, soins \u00e0 domicile, etc.). \u00abUne trajectoire standard est d\u00e9finie, ce qui a pour effet d\u2019inciter chaque acteur \u00e0 intervenir au bon moment, gr\u00e2ce au bon acte et dans la bonne mesure. Mais ce mod\u00e8le ne fonctionne que pour les proc\u00e9dures qui peuvent \u00eatre standardis\u00e9es\u00bb, admet la sp\u00e9cialiste.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong>5. Au-del\u00e0 du gaspillage<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Preuve de la sensibilisation aux questions soulev\u00e9es par Smarter Medicine, le nouveau serment suisse, version actualis\u00e9e du serment d\u2019Hippocrate, insiste sur une mani\u00e8re de s\u2019exprimer \u00abcompr\u00e9hensible\u00bb devant le patient, sur la prise de mesures \u00abjudicieuses\u00bb et le refus \u00abd\u2019avantages ou de prestations financi\u00e8res\u00bb. La profession n\u2019a d\u2019ailleurs pas attendu Smarter Medicine pour d\u00e9finir de bonnes pratiques. La campagne succ\u00e8de \u00e0 d\u2019autres initiatives, telle l\u2019Evidence-Based-Medicine (EBM), ou m\u00e9decine fond\u00e9e sur les faits. Celle-ci est d\u00e9finie comme \u00abune utilisation consciencieuse, explicite et judicieuse des meilleures donn\u00e9es disponibles pour la prise de d\u00e9cisions concernant les soins \u00e0 prodiguer \u00e0 chaque patient\u00bb par David Sackett, m\u00e9decin canadien, fondateur du Centre EBM d\u2019Oxford. Consciente des gaspillages inh\u00e9rents \u00e0 sa pratique, la profession poursuit donc ses efforts de rationalisation. Sur un plan plus philosophique, le m\u00e9decin et th\u00e9ologien Bertrand Kiefer rappelait dans la Revue M\u00e9dicale Suisse en 2016 que la m\u00e9decine surabondante a souvent pour r\u00f4le de masquer notre peur de la mort. \u00a0\u00abLa m\u00e9decine porte le r\u00f4le de compensation symbolique autrefois jou\u00e9 par les rites, les religions et les mythes\u00bb, note le th\u00e9ologien.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans In Vivo magazine (no 16).<\/p>\n<p>Pour vous abonner \u00e0 In Vivo au prix de seulement CHF 20.- (d\u00e8s 20 euros) pour 6 num\u00e9ros, rendez-vous sur\u00a0<a href=\"http:\/\/www.invivomagazine.com\/\">invivomagazine.com<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Technicit\u00e9 galopante, financement \u00e0 l\u2019acte et culture du risque z\u00e9ro ont entra\u00een\u00e9 une surench\u00e8re d\u2019actes m\u00e9dicaux. Inutiles parfois, co\u00fbteux dans tous les cas. 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