



{"id":8372,"date":"2018-12-20T23:45:28","date_gmt":"2018-12-20T22:45:28","guid":{"rendered":"https:\/\/largeur.com\/?p=8372"},"modified":"2018-12-20T17:00:17","modified_gmt":"2018-12-20T16:00:17","slug":"politique-15","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=8372","title":{"rendered":"Pas de super-l\u00e9gumes au menu des Europ\u00e9ens"},"content":{"rendered":"<p>\u00c9radiquer la faim dans le monde d\u2019ici 2030, tel est l\u2019objectif de l\u2019Organisation des Nations Unies. Pourtant, le nombre total de personnes sous-aliment\u00e9es a augment\u00e9 de 15 millions entre 2016 et 2017, atteignant pr\u00e8s de <a href=\"http:\/\/www.fao.org\/state-of-food-security-nutrition\/en\/\">821 millions de personnes<\/a>. Un retour au m\u00eame niveau qu\u2019il y a dix ans.<\/p>\n<p>Tandis que la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire est mise \u00e0 mal par des facteurs comme la variabilit\u00e9 du climat, la biotechnologie offre de nouveaux outils permettant de repenser notre rapport \u00e0 la production de nourriture. \u00abLes syst\u00e8mes alimentaires globaux font face \u00e0 de nombreux challenges, notamment la d\u00e9connection entre les humains et la production de nourriture, rapporte Roberto Flore, manager du FoodLab au DTU Skylab. Quand il s\u2019agit de nouvelles technologies, la transparence et l\u2019\u00e9thique doivent \u00eatre incluses dans la discussion.\u00bb<\/p>\n<p>Parmi les nouveaut\u00e9s technologiques, la m\u00e9thode CRISPR figure comme l\u2019une des plus prometteuses, mais aussi comme l\u2019une des plus controvers\u00e9es. Cette technique, mise au point en 2012, permet d\u2019inactiver, de remplacer ou de modifier l\u2019expression d\u2019un g\u00e8ne en coupant de fa\u00e7on tr\u00e8s pr\u00e9cise la s\u00e9quence d\u2019ADN cibl\u00e9e. Le tout \u00e0 un prix bon march\u00e9 \u2013 des kits sont m\u00eame disponibles sur internet pour moins de 100 euros \u2013 et sans besoin de sp\u00e9cialisation particuli\u00e8re.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-8385\" src=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/img_du_jour_20.12.2018.jpg\" alt=\"\" width=\"468\" height=\"311\" srcset=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/img_du_jour_20.12.2018.jpg 468w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/img_du_jour_20.12.2018-300x199.jpg 300w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/img_du_jour_20.12.2018-272x182.jpg 272w\" sizes=\"auto, (max-width: 468px) 100vw, 468px\" \/><\/p>\n<p><strong>Des tomates avec plus de vitamines<\/strong><\/p>\n<p>Ajout de valeurs nutritives, r\u00e9sistance renforc\u00e9e aux maladies ou aux conditions environnementales, l\u2019outil a mis le monde de la recherche v\u00e9g\u00e9tale en \u00e9bullition. En 2016, un laboratoire am\u00e9ricain a cr\u00e9\u00e9 un <a href=\"https:\/\/www.nature.com\/news\/gene-edited-crispr-mushroom-escapes-us-regulation-1.19754\">champignon de Paris<\/a> qui ne brunit pas. Cette ann\u00e9e, des chercheurs chinois ont obtenu une vari\u00e9t\u00e9 de <a href=\"https:\/\/www.nature.com\/articles\/nbt.4273\">tomates sauvages<\/a> aux propri\u00e9t\u00e9s similaires aux tomates commerciales, avec des plus gros fruits, plus de vitamine C et une meilleure dur\u00e9e de conservation. Le tout en parvenant \u00e0 conserver les avantages d\u2019une vari\u00e9t\u00e9 sauvage, tels que la r\u00e9sistance aux maladies et \u00e0 la salinit\u00e9. Autre exemple avec le <a href=\"https:\/\/www.ncbi.nlm.nih.gov\/pmc\/articles\/PMC5867031\/pdf\/PBI-16-902.pdf\">bl\u00e9 sans gliadine<\/a>, une mol\u00e9cule responsable de l\u2019intol\u00e9rance au gluten, d\u00e9velopp\u00e9 en Espagne en 2018.<\/p>\n<p>Face \u00e0 cette avanc\u00e9e des techniques, la question se pose; ces produits sont-ils des OGM? Non, selon certains scientifiques. \u00ab\u00c0 la diff\u00e9rence des OGM classiques issus de la transg\u00e9n\u00e8se, c\u2019est-\u00e0-dire de l\u2019introduction d\u2019un g\u00e8ne \u00e9tranger, les produits modifi\u00e9s CRISPR peuvent \u00eatre tr\u00e8s proches des plantes commun\u00e9ment trouv\u00e9es dans la nature dans leur constitution g\u00e9n\u00e9tique naturelle. Il peut n\u2019y avoir aucun signe d\u2019intervention humaine\u00bb, explique le chercheur su\u00e9dois Stefan Jansson. La m\u00e9thode est dite de mutagen\u00e8se cibl\u00e9e, car l\u2019intervention touche un endroit pr\u00e9cis, et d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 l\u2019avance, de l\u2019ADN.<\/p>\n<p><strong>Manque de tra\u00e7abilit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>Cet avis n\u2019est pas partag\u00e9 par la Cour de justice de l\u2019Union europ\u00e9enne. En juillet, celle-ci a d\u00e9cid\u00e9 de soumettre ces produits \u00e0 la r\u00e9glementation OGM, imposant une \u00e9valuation extr\u00eamement complexe et co\u00fbteuse \u00e0 chaque produit avant une mise sur le march\u00e9. Ce verdict a notamment \u00e9t\u00e9 motiv\u00e9 par la possibilit\u00e9 de cr\u00e9er des vari\u00e9t\u00e9s modifi\u00e9es \u00e0 un rythme jamais atteint auparavant.<\/p>\n<p>Cette d\u00e9cision a interpel\u00e9 la communaut\u00e9 scientifique qui soul\u00e8ve une incoh\u00e9rence entre la d\u00e9finition actuelle des OGM et la nature des modifications g\u00e9n\u00e9tiques issues de ces nouvelles techniques. G\u00e9rard Escher, <a href=\"https:\/\/www.domainepublic.ch\/articles\/29006\">biologiste <\/a>de l\u2019EPFL explique: \u00abLa diff\u00e9rence g\u00e9n\u00e9tique entre organismes modifi\u00e9s et naturels \u00e9tant quasiment invisible, les vari\u00e9t\u00e9s CRISPR pourraient appara\u00eetre comme des variations naturelles. Elles sont bien plus difficiles \u00e0 identifier comme OGM classiques, il leur faudrait donc un autre cadre de r\u00e9gulation\u00bb. Un probl\u00e8me de taille, notamment d\u00fb au fait qu\u2019aux \u00c9tats-Unis, ces organismes ne sont pas consid\u00e9r\u00e9s comme OGM, ni soumis \u00e0 une documentation stricte. Les produits import\u00e9s sont donc potentiellement intra\u00e7ables, malgr\u00e9 l\u2019application de la directive OGM. En novembre, le groupe d\u2019experts scientifiques de la Commission europ\u00e9enne a sorti un <a href=\"https:\/\/ec.europa.eu\/info\/publications\/status-products-derived-gene-editing-and-implications-gmo-directive_en\">rapport<\/a> mettant cette lacune en exergue. Tr\u00e8s critique, il demande de repenser le syst\u00e8me de r\u00e9glementation.<\/p>\n<p><strong>L\u2019Europe \u00e0 la tra\u00eene<\/strong><\/p>\n<p>Pour G\u00e9rard Escher, une autre inqui\u00e9tude subsiste, celle d\u2019une Europe qui prend du retard sur l&rsquo;expertise en plantes g\u00e9n\u00e9tiquement modifi\u00e9es. Aujourd\u2019hui, la Chine et les Etats-Unis sont largement en avance en termes de recherche sur le \u00abgene editing\u00bb dans le domaine des plantes. Les deux pays sont responsables de plus de <a href=\"https:\/\/www.bmel.de\/SharedDocs\/Downloads\/Landwirtschaft\/Pflanze\/GrueneGentechnik\/NMT_Stand-Regulierung_Anlage4.pdf?__blob=publicationFile\">deux tiers des publications<\/a> scientifiques, loin devant les pays europ\u00e9ens. Un \u00e9cart qui risque encore de se creuser maintenant que les produits de gene editing sont r\u00e9glement\u00e9s en tant qu\u2019OGM, estime G\u00e9rard Escher. \u00abIl existe un cadre l\u00e9gal pour la recherche OGM, mais celle-ci est bien plus co\u00fbteuse. La culture en plein champ n\u00e9cessite, notamment, un dispositif de s\u00e9curit\u00e9 tr\u00e8s sp\u00e9cifique, avec gardiens et fil barbel\u00e9s\u00bb.<\/p>\n<p>Autre facteur limitant, selon lui: le manque de motivation des jeunes chercheurs pour la branche. En cause, l\u2019absence de d\u00e9bouch\u00e9s commerciaux, mais aussi la perception n\u00e9gative de la population pour les OGM.\u00a0\u00abLes jeunes sont motiv\u00e9s \u00e0 cr\u00e9er des start-up m\u00e9dicales plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 am\u00e9liorer des \u00e9pinards.\u00bb<\/p>\n<p>Environ <a href=\"http:\/\/ec.europa.eu\/commfrontoffice\/publicopinion\/archives\/ebs\/ebs_341_fr.pdf?fbclid=IwAR3KQHaWRIsw8w6REVpun2NJW2ruwLVSi1jxucKVVIi6A7Wyhk-RZpVGbfk\">53% de la population europ\u00e9enne<\/a> consid\u00e9rait, en 2010, que les OGM repr\u00e9sentent un danger pour l\u2019environnement. \u00abEn Europe, les agriculteurs et la population n\u2019ont jamais ressenti une r\u00e9elle n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019OGM de premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration, r\u00e9sistants aux herbicides. Ils sont peu utile aux paysans europ\u00e9ens qui privil\u00e9gient la polyculture, contrairement aux \u00c9tats-Unis\u00bb, avance G\u00e9rard Escher.<\/p>\n<p>Pour Stefan Jansson, \u00ables scientifiques doivent communiquer sur leurs recherches, en montrer les potentialit\u00e9s\u00bb, affirme-t-il. Un enjeu primordial pour conserver de la l\u00e9gitimit\u00e9 aupr\u00e8s de la population. Et si la biotechnologie offre aujourd\u2019hui de belles promesses, il faut savoir rester lucide conclut G\u00e9rard Escher: \u00abCe qui importe c\u2019est tout l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me: comment on plante, avec quelle r\u00e9gulation, \u00e0 qui va le profit, o\u00f9 est la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle, avec quel syst\u00e8me de culture, etc. CRISPR ne va pas changer le monde, mais peut faire partie de la r\u00e9ponse globale\u00bb.<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans le\u00a0<a href=\"https:\/\/technologist.eu\/no-super-vegetables-for-europe\/\" rel=\"noopener\">magazine en ligne\u00a0Technologist<\/a>, qui traite l\u2019actualit\u00e9 de la recherche et de l\u2019innovation en Europe.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019outil g\u00e9n\u00e9tique CRISPR pourrait aider l\u2019agriculture \u00e0 r\u00e9duire la sous-alimentation. Mais la l\u00e9gislation europ\u00e9enne ferme la porte \u00e0 cette technologie.<\/p>\n","protected":false},"author":20252,"featured_media":8385,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[7],"tags":[],"class_list":["post-8372","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-technophile","technophile"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8372","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/20252"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=8372"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8372\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8386,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/8372\/revisions\/8386"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/8385"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=8372"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=8372"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=8372"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}