



{"id":829,"date":"2001-08-23T00:00:00","date_gmt":"2001-08-22T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=829"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"livre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=829","title":{"rendered":"\u00abTout en moi est virtuel\u00bb"},"content":{"rendered":"<p>Bonne journ\u00e9e: les premiers soldats de l\u2019op\u00e9ration \u00abMoisson essentielle\u00bb arrivent en Mac\u00e9doine, Expo.02 renonce au projet de la Ligue romanche, la mise en \u0153uvre d\u2019Arm\u00e9e XXI prend du retard et je viens de lire \u00abAmiel ou les jours de Dieu\u00bb d\u2019Arnaud Tripet.<\/p>\n<p>Celui-ci, il s\u2019en est fallu d\u2019un cheveu que je le rate. Lorsqu\u2019on est, comme moi, intoxiqu\u00e9 au despotisme de la nouveaut\u00e9 litt\u00e9raire, les livres n\u2019ont pas une esp\u00e9rance de vie bien longue. Publi\u00e9 en f\u00e9vrier, \u00ab<a href=http:\/\/www.amazon.fr\/exec\/obidos\/ASIN\/283091001X\/largeurcom08 target=_blank class=std>Amiel ou les jours de Dieu<\/a>\u00bb avait quelques mois pour ne pas sombrer dans l\u2019oubli. Jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9. Extr\u00eame limite. Et encore&#8230; A l\u2019instant de boucler ses valises, on peut l\u00e9gitimement h\u00e9siter avant d\u2019y ranger, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de son linge de plage, un livre pareillement titr\u00e9 qui ne laisse pas vraiment pr\u00e9sager des parties de jambes en l\u2019air \u00e0 la Virginie Despentes.<\/p>\n<p>C\u2019est vrai, il n\u2019y en a pas. Au contraire: la sensualit\u00e9 de Henri-Fr\u00e9d\u00e9ric Amiel n\u2019allait gu\u00e8re au-del\u00e0 de ces pollutions nocturnes et d\u00e9primantes qu\u2019il consignait avec un soin maniaque dans son monstrueux \u00ab<a href=http:\/\/www.amazon.fr\/exec\/obidos\/ASIN\/2825102024\/largeurcom08 target=_blank class=std>Journal intime<\/a>\u00bb culminant \u00e0 pr\u00e8s de dix-sept mille pages. Une curiosit\u00e9 dont les Genevois peuvent \u00eatre aussi fiers que de leur jet d\u2019eau.<\/p>\n<p>Imaginez cela. Un citoyen de Gen\u00e8ve, n\u00e9 la m\u00eame ann\u00e9e que Flaubert, qui prend la plume en 1838, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 18 ans, et ne la l\u00e2che en 1881 que pour mourir. Un graphomane qui d\u00e9verse dans son \u00abJournal\u00bb la grisaille des jours, ses d\u00e9ceptions de professeur, ses d\u00e9faillances m\u00e9diocres, ses petites mis\u00e8res physiologiques, ses ratages innombrables&#8230; Mais qui m\u00e9dite aussi tout ce qui n\u2019a pas pris corps chez lui. Ses existences potentielles. Tout ce qui aurait pu \u00eatre, changer le cours de sa vie, mais qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Amiel se construit ainsi un double virtuel dans l\u2019\u00e9paisseur du papier, de la m\u00eame mani\u00e8re qu\u2019internet aspire \u00e0 construire un double du monde r\u00e9el. \u00abTout en moi est virtuel\u00bb, \u00e9crit d\u2019ailleurs Amiel le 16 f\u00e9vrier 1855, ce qui pourrait faire de lui le Neil Armstrong du cyberespace. Amis internautes, c\u2019est \u00e9patant, non?<\/p>\n<p>Certes, on n\u2019est pas pr\u00eat de voir l\u2019int\u00e9grale d\u2019Amiel en t\u00eate des best-sellers. Je profite cependant de la d\u00e9pression estivale pour signaler la petite <a href=http:\/\/213.39.120.146:8200\/fog\/FMPro?-db=lfarticles.fp3&#038;-format=livre.html&#038;-lay=web&#038;-sortfield=AUTEUR&#038;-sortfield=DATE&#038;-sortorder=descend&#038;AUTEURS=Tripet&#038;-recid=37517&#038;-token=35245&#038;-find target=_blank class=std>\u00e9tude<\/a> d\u2019Arnaud Tripet. Il y d\u00e9chiffre les rapports d\u2019Amiel avec Dieu, gu\u00e8re moins tortueux que ceux qu\u2019il entretenait avec les femmes. C\u2019est un livre \u00e9clairant, pr\u00e9cis, discr\u00e8tement chaleureux et savant comme on est en droit de l\u2019attendre d\u2019un professeur honoraire de l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne. Je ne regrette pas de l\u2019avoir lu.<\/p>\n<p>Mais, pour un livre de sauv\u00e9, embarqu\u00e9 de justesse dans mon arche personnelle, combien coulent \u00e0 pic? Devrais-je jeter aux poubelles de la litt\u00e9rature, et dans celles de mon immeuble, le Yasmina Khadra (\u00ab<a href=http:\/\/www.amazon.fr\/exec\/obidos\/ASIN\/2260015794\/largeurcom08 target=_blank class=std>L\u2019\u00e9crivain<\/a>\u00bb), le Dan Fante (\u00ab<a href=http:\/\/www.amazon.fr\/exec\/obidos\/ASIN\/2267015846\/largeurcom08 target=_blank class=std>La t\u00eate hors de l\u2019eau<\/a>\u00bb) ou le Philip Roth (\u00ab<a href=http:\/\/www.amazon.fr\/exec\/obidos\/ASIN\/2070755568\/ target=_blank class=std>J\u2019ai \u00e9pous\u00e9 un communiste<\/a>\u00bb) que je m\u2019\u00e9tais pourtant fait le serment de lire? C\u2019est \u00e0 craindre. La rentr\u00e9e litt\u00e9raire est une grande faucheuse. Elle fait place nette. Le rideau tombe sur un cimeti\u00e8re de livres. Et, comme dans la vie agricole, un nouveau cycle commence.<\/p>\n<p>La rentr\u00e9e litt\u00e9raire, rappelons-le, c\u2019est d\u2019abord un devoir de vacances inflig\u00e9 aux critiques. Depuis le mois de juin, ils re\u00e7oivent des caisses de livres qu\u2019ils s\u2019empressent d\u2019empiler selon des r\u00e8gles pr\u00e9cises. Une place de choix, \u00e0 port\u00e9e de main, sera ainsi r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 telle \u00e9tude sur la conciergerie du Palais f\u00e9d\u00e9ral publi\u00e9e par un ancien camarade de classe de l\u2019\u00e9pouse du r\u00e9dacteur en chef. Une autre \u00e0 ce manuel de jardinage d\u2019autant plus attendu que son auteur travaille \u00e0 deux m\u00e8tres cinquante du critique.<\/p>\n<p>A la r\u00e9daction de Largeur.com, il va de soi qu\u2019on n\u2019est pas \u00e0 l\u2019abri du ph\u00e9nom\u00e8ne: <a href=http:\/\/largeur.com\/expAgent.asp?agentID=7692 target=_blank class=std>Christophe Gallaz<\/a> n\u2019aurait-il pas d\u00e9cid\u00e9 de rassembler ses \u00abVoici Gallaz\u00bb dans un petit dico qu\u2019on pourrait tenir comme une lanterne pour avancer dans la nuit du nouveau mill\u00e9naire? Mieux vaut s\u2019en assurer. Bon sang, o\u00f9 donc ai-je fourr\u00e9 le num\u00e9ro de t\u00e9l\u00e9phone de Gallaz?<\/p>\n<p>\u00ab<a href=http:\/\/www.amazon.fr\/exec\/obidos\/ASIN\/283091001X\/largeurcom08 target=_blank class=std>Amiel ou les jours de Dieu<\/a>\u00bb. D\u2019Arnaud Tripet.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Henri-Fr\u00e9d\u00e9ric Amiel \u00e9tait-il le Neil Armstrong du cyberespace? Voil\u00e0 le genre de questions oiseuses qu\u2019on se pose en attendant la rentr\u00e9e litt\u00e9raire.<\/p>\n","protected":false},"author":10313,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-829","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-pop-culture","pop-culture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/829","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/10313"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=829"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/829\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=829"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=829"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=829"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}