



{"id":778,"date":"2001-06-24T00:00:00","date_gmt":"2001-06-23T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=778"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"high-tech","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=778","title":{"rendered":"La d\u00e9b\u00e2cle de Think Tools, star de l\u2019\u00e9conomie zurichoise"},"content":{"rendered":"<p>Difficile d\u2019aller plus mal pour une entreprise de pointe. Avec une quotation au troisi\u00e8me sous-sol, une direction an\u00e9antie et une strat\u00e9gie inexistante, la soci\u00e9t\u00e9 zurichoise Think Tools fait peine \u00e0 voir. Et dire qu\u2019il y a tout juste quinze mois, elle \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e comme le bijou du Nouveau March\u00e9 suisse&#8230;<\/p>\n<p>A ses d\u00e9buts, Think Tools a pourtant tous les atouts dans son jeu. Elle r\u00e9unit un produit de luxe (un logiciel destin\u00e9 \u00e0 la client\u00e8le convoit\u00e9e des grandes entreprises et des gouvernements), un fondateur de prestige (Albrecht von M\u00fcller, physicien issu du prestigieux institut munichois Max Planck) et un conseil d\u2019administration de grande classe: il y a l\u00e0 l\u2019ancien conseiller f\u00e9d\u00e9ral Flavio Cotti, Thomas \u00abHolcim\u00bb Schmidheiny ou encore Klaus Schwab, le patron du World Economic Forum de Davos.<\/p>\n<p>Tout cela fait de Think Tools une entreprise \u00e9minemment m\u00e9diatique, alors m\u00eame que personne ne comprend tr\u00e8s bien ce qu\u2019elle produit. Selon la d\u00e9signation officielle, elle vend des logiciels de \u00abgestion de la connaissance\u00bb. <\/p>\n<p>Bon&#8230; prenons un exemple. Dans le cas d\u2019une crise dans les Balkans, un Etat doit d\u00e9cider s\u2019il se joint \u00e0 une force de paix internationale. Parmi les enjeux, il y a \u00e9videmment l\u2019\u00e9ventualit\u00e9 de subir des pertes humaines et de s\u2019ali\u00e9ner l\u2019opinion publique. Mais aussi l\u2019opportunit\u00e9 de s\u2019affirmer sur la sc\u00e8ne internationale. Le logiciel de Think Tools fait le bilan des risques et \u00e9labore diff\u00e9rents sc\u00e9narii cens\u00e9s faciliter la t\u00e2che des d\u00e9cideurs.<\/p>\n<p>Autre possibilit\u00e9: une entreprise pharmaceutique veut absorber un concurrent. La multinationale privil\u00e9gie deux crit\u00e8res chez sa proie: une recherche de pointe et une grande flexibilit\u00e9. Think Tools analyse les d\u00e9veloppements vraisemblables en regard de ces conditions.<\/p>\n<p>La firme BMW a utilis\u00e9 l\u2019outil Think Tools dans la conception de la S\u00e9rie 3 Compact, une nouvelle voiture qu\u2019on d\u00e9couvre ces jours-ci. Le logiciel zurichois a permis de visualiser des hypoth\u00e8ses variables selon l\u2019\u00e9tat du march\u00e9, les revenus de la client\u00e8le-cible et les co\u00fbts de production. C\u2019est sur la base de cet oracle que le g\u00e9ant automobile a d\u00e9cid\u00e9 de commercialiser le mod\u00e8le.<\/p>\n<p>Pour comprendre la d\u00e9b\u00e2cle actuelle de Think Tools, il faut remonter au d\u00e9but des ann\u00e9es 90. Son histoire commence sous les meilleurs auspices. Quand Albrecht von M\u00fcller fonde l\u2019entreprise en 1993, il sort de dix ans de recherche fondamentale. Son objectif est d\u2019utiliser son exp\u00e9rience acad\u00e9mique pour \u00e9laborer des m\u00e9thodes d\u2019analyse. Gr\u00e2ce au r\u00e9seau davosien de Klaus Schwab, il entre en contact avec les \u00abma\u00eetres du monde\u00bb et conclut d\u00e8s 1997 des contrats avec l\u2019ONU, Siemens ou encore le gouvernement sud-africain.<\/p>\n<p>Les affaires d\u00e9marrent tr\u00e8s fort gr\u00e2ce \u00e0 des logiciels vendus au minimum 250\u2019000 francs suisses et \u00e0 des contrats de consulting tarif\u00e9s \u00e0 100\u2019000 francs la journ\u00e9e. Le chiffre d\u2019affaires double deux ann\u00e9es de suite pour atteindre 10 millions de francs en 1999. Le b\u00e9n\u00e9fice op\u00e9rationnel s\u2019inscrit \u00e0 5,5 millions de francs. Alors pr\u00e9sident du conseil d\u2019administration, Albrecht von M\u00fcller promet que la croissance va se poursuivre \u00e0 ce rythme.<\/p>\n<p>En mars 2000, Think Tools fait une entr\u00e9e fracassante en bourse. Le titre quadruple en une seule journ\u00e9e et atteint 1050 francs. Les actionnaires sont riches. Mais le souffl\u00e9 ne tarde pas \u00e0 retomber.<\/p>\n<p>Six mois plus tard, le directeur Marc-Lilo Lube gagne une belle somme d\u2019argent avec la vente de son paquet d\u2019actions. Il quitte la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 2001, l\u2019\u00e9chec de la plate-forme Vontobel de banque en ligne (Y-o-u) percute Think Tools de plein fouet. L\u2019entreprise \u00e9tait en charge du projet dont le naufrage a co\u00fbt\u00e9 250 millions de francs \u00e0 la banque zurichoise. Think Tools doit constituer 30 millions de francs de provisions. Parall\u00e8lement, les r\u00e9sultats de l\u2019ann\u00e9e 2000 s\u2019av\u00e8rent d\u00e9sastreux, avec une perte nette de 20 millions de francs.<\/p>\n<p>L\u2019action s\u2019\u00e9crase \u00e0 122 francs en f\u00e9vrier, alors qu\u2019elle avait \u00e9t\u00e9 \u00e9mise \u00e0 270 francs. Think Tools tente de se reprendre en main. Le conseil d\u2019administration est remani\u00e9 et r\u00e9duit de moiti\u00e9. Jakob Schmuckli, un ancien de Nippon Polaroid et de Sony, succ\u00e8de \u00e0 Albrecht von M\u00fcller \u00e0 la pr\u00e9sidence. Flavio Cotti se retire. A peine arriv\u00e9, le nouveau CEO Serge Roux-Levrat prend le large.<\/p>\n<p>Think Tools reste trois mois sans directeur. A la mi-juin, la soci\u00e9t\u00e9 annonce avoir trouv\u00e9 la perle rare en la personne de Lloyd O\u2019Connor, un officier de la marine britannique devenu chef d\u2019entreprise \u00e0 New York, sp\u00e9cialiste des applications internet dans le domaine bancaire.<\/p>\n<p>La t\u00e2che qui l\u2019attend est vertigineuse. Il lui faudra tout simplement faire rena\u00eetre Think Tools de ses cendres. En l\u2019\u00e9tat actuel, les divergences internes ont eu raison de toute strat\u00e9gie. Les rapports de confiance ont \u00e9t\u00e9 rompus avec la communaut\u00e9 financi\u00e8re, qui d\u00e9nonce une politique d\u2019information opaque. Et l\u2019action agonise \u00e0 quelque 30 francs.<\/p>\n<p>La banque Vontobel ressent douloureusement les revers de Think Tools. En plus d\u2019\u00eatre le mandataire malheureux du projet Y-o-u, l\u2019\u00e9tablissement a supervis\u00e9 l\u2019entr\u00e9e en bourse de Think Tools. Et la descente aux enfers du titre lui co\u00fbte tr\u00e8s cher. Pour l\u2019heure, le d\u00e9partement des \u00e9tudes financi\u00e8res ne suit plus la soci\u00e9t\u00e9. \u00abLes \u00e9v\u00e9nements ont pris chez Think Tools une direction totalement inattendue, d\u00e9clare Petra Nix, analyste chez Vontobel. Il est impossible de faire des pr\u00e9visions avant que le nouveau CEO ait mis en place une strat\u00e9gie.\u00bb<\/p>\n<p>Pour Pierre-Olivier Gabris, de chez Lombard Odier, il manque toujours \u00e0 Think Tools un partenaire parmi les grands bureaux de conseil mondiaux qui se charge de la distribution des logiciels. Et la soci\u00e9t\u00e9 souffre d\u2019un grave probl\u00e8me d\u2019image. Il ajoute: \u00abC\u2019est d\u2019autant plus regrettable que les clients semblent contents du produit. \u00bb<\/p>\n<p>Mais il ne faudrait pas enterrer trop vite la compagnie. A la Banque Cantonale de Zurich, Daniele Tedesco rel\u00e8ve: \u00abIl y a un tr\u00e8s bon know-how chez le personnel et l\u2019entreprise dispose encore de beaucoup de cash. Dans ces conditions, Think Tools n\u2019est pas encore finie&#8230;\u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Parrain\u00e9e par les ma\u00eetres du monde et de Davos, cette entreprise est pass\u00e9e de la gloire aux enfers en quelques mois. 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