



{"id":777,"date":"2001-06-21T00:00:00","date_gmt":"2001-06-20T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=777"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"homme-machine","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=777","title":{"rendered":"Rencontre avec Kevin Warwick, le premier cyborg"},"content":{"rendered":"<p>J\u2019ai un peu h\u00e9sit\u00e9 avant de lui demander de retrousser sa manche. Je voulais voir sa cicatrice. Il me l\u2019a montr\u00e9e en riant. Kevin Warwick est habitu\u00e9 \u00e0 exhiber son bras gauche. C\u2019est l\u00e0, pr\u00e8s de l\u2019int\u00e9rieur du coude, que ce professeur en cybern\u00e9tique de l\u2019Universit\u00e9 de Reading (Grande-Bretagne) s\u2019est fait greffer un minuscule implant de silicium en ao\u00fbt 1998.<\/p>\n<p>Il s\u2019agissait de sa premi\u00e8re exp\u00e9rience de cyborg. Son objectif: connecter son propre corps \u00e0 un ordinateur. L\u2019exp\u00e9rience a dur\u00e9 neuf jours et elle a eu un fort retentissement m\u00e9diatique. Il n\u2019en reste qu\u2019une cicatrice.<\/p>\n<p><center><img src=images\/large220601art1.jpg><\/center><\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, Kevin Warwick dirige une \u00e9quipe d\u2019une vingtaine de scientifiques et pr\u00e9pare une deuxi\u00e8me exp\u00e9rience incarn\u00e9e, beaucoup plus ambitieuse. Il m\u2019en a parl\u00e9 lors de son passage \u00e0 Gen\u00e8ve o\u00f9 il \u00e9tait invit\u00e9 avec son \u00e9pouse \u00e0 la convention NetFinance. Le chercheur ne d\u00e9teste pas ce genre de r\u00e9unions professionnelles. \u00abCela me permet de confronter d\u2019autres personnes aux questions \u00e9thiques suscit\u00e9es par mon travail\u00bb, dit-il. Accessoirement, ces r\u00e9unions lui donnent aussi l\u2019occasion d\u2019aiguiser son humour anglais. <\/p>\n<p>Kevin Warwick se demande par exemple si la science permettra un jour d\u2019enregistrer l\u2019orgasme d\u2019une personne pour le transmettre \u00e0 une autre personne. Il consid\u00e8re par ailleurs que \u00abl\u2019\u00eatre humain est limit\u00e9\u00bb et que la technologie devrait permettre d\u2019am\u00e9liorer les performances physiques et intellectuelles de l\u2019esp\u00e8ce. Comment s\u2019y prendre? Apr\u00e8s des ann\u00e9es recherches en informatique et en robotique, Warwick a d\u00e9cid\u00e9 de se connecter physiquement aux machines.<\/p>\n<p>Soyons honn\u00eates, l\u2019exp\u00e9rience de 1998 ne lui a pas permis d\u2019accomplir des miracles. Tout au plus pouvait-il, par de simples d\u00e9placements du corps, allumer des lampes ou d\u00e9clencher l\u2019ouverture des portes de son laboratoire. \u00abCela n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s diff\u00e9rent si j\u2019avais plac\u00e9 l\u2019implant dans une poche, admet-il. C\u2019est surtout sur le plan symbolique que l\u2019exp\u00e9rience \u00e9tait int\u00e9ressante. Elle m\u2019a permis de sentir physiquement la pr\u00e9sence de l\u2019appareil sous ma peau. J\u2019aimais bien cette sensation. Quand je l\u2019ai enlev\u00e9, j\u2019ai eu l\u2019impression de perdre un ami. Ma femme \u00e9tait d\u2019ailleurs un peu jalouse!\u00bb<\/p>\n<p>A ses c\u00f4t\u00e9s, Irena Warwick acquiesce, les genoux serr\u00e9s dans sa minijupe turquoise. \u00abC\u2019\u00e9tait un sentiment particulier\u00bb, dit-elle. Cette jeune quadrag\u00e9naire d\u2019origine tch\u00e8que para\u00eet tr\u00e8s impliqu\u00e9e dans les exp\u00e9riences cybern\u00e9tiques de son \u00e9poux. La prochaine fois, c\u2019est promis, elle participera.<\/p>\n<p>\u00abLa nouvelle exp\u00e9rience devrait d\u00e9marrer en novembre, annonce Kevin Warwick. Nous faisons actuellement fabriquer cinq implants \u00e9lectroniques. Ils seront l\u00e9g\u00e9rement plus gros que les pr\u00e9c\u00e9dents, et plus plats. Un peu comme des cartes de cr\u00e9dit. J\u2019en ferai installer un dans mon bras. Cette exp\u00e9rience devrait me permettre d\u2019\u00e9mettre des signaux depuis mon syst\u00e8me nerveux vers l\u2019ordinateur, et dans l\u2019autre sens.\u00bb<\/p>\n<p>Kevin Warwick ignore quels seront les effets d\u2019un tel dispositif sur son cerveau. Mais si les tests sont concluants, Irena se fera installer \u00e0 son tour une de ces cartes de cr\u00e9dit dans son bras. Et les deux \u00e9poux essaieront de communiquer par ce biais. <\/p>\n<p>Irena: \u00abL\u2019implant risque de me faire plus de mal qu\u2019\u00e0 lui, car mes bras sont plus petits!\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9quipe de Warwick va donc tenter de capter, de d\u00e9coder et de reproduire les communications du syst\u00e8me nerveux. L\u2019id\u00e9e est d\u2019intercepter les signaux qui circulent dans le bras au moment o\u00f9 le sujet d\u00e9cide de serrer le poing ou de bouger le pouce; puis de les reproduire artificiellement et de les transmettre \u00e0 l\u2019implant de mani\u00e8re \u00e0 ce que le sujet ex\u00e9cute ces mouvements contre son gr\u00e9.<\/p>\n<p>La m\u00eame proc\u00e9dure serait ensuite men\u00e9e par rapport au signaux nerveux de la joie ou de l\u2019ivresse. L\u2019implant pourrait par exemple reproduire \u00e9lectroniquement les effets des antid\u00e9presseurs.  \u00abLe potentiel de la m\u00e9decine \u00e9lectronique est immense, nous n\u2019en sommes qu\u2019au d\u00e9but\u00bb, dit Kevin Warwick.<\/p>\n<p>Tr\u00e8s peu d\u2019argent public sera affect\u00e9 dans l\u2019exp\u00e9rience de l&rsquo;Universit\u00e9 de Reading. \u00abDepuis l\u2019\u00e8re Thatcher, on ne peut plus obtenir de budgets acad\u00e9miques pour des projets \u00e0 long terme en Grande-Bretagne, dit-il. Nous devons trouver d\u2019autres sources de financement. Nos prochaines exp\u00e9riences seront notamment sponsoris\u00e9es par la firme Computer Associates et, si tout va bien, par l\u2019op\u00e9rateur canadien Nortel. Par ailleurs, la compagnie Lego participe \u00e0 nos d\u00e9veloppements de robots.\u00bb<\/p>\n<p>On a pu reprocher \u00e0 Kevin Warwick de surm\u00e9diatiser son travail. En 1998, son premier implant avait fait l\u2019objet de nombreux reportages de <a href=http:\/\/www.wired.com\/wired\/archive\/8.02\/warwick.html target=_blank class=std>presse<\/a> et de t\u00e9l\u00e9vision. \u00abC\u2019est mon r\u00f4le de scientifique de faire conna\u00eetre mes recherches, dit-il. Je ne veux pas assumer seul les responsabilit\u00e9s \u00e9thiques. Ces exp\u00e9riences concernent l\u2019Humanit\u00e9 tout enti\u00e8re.\u00bb<\/p>\n<p>Je lui demande quel est le but final de ses recherches. \u00abDisons qu\u2019il s\u2019agit d\u2019am\u00e9liorer la communication des humains avec les machines et, \u00e0 terme, des humains entre eux.\u00bb<\/p>\n<p>\u00abEt d\u2019\u00e9tendre les capacit\u00e9s de l\u2019homme&#8230;\u00bb, souffle Irena. <\/p>\n<p>\u00ab&#8230;et d\u2019\u00e9tendre les capacit\u00e9s de l\u2019homme, r\u00e9p\u00e8te son mari. Aujourd\u2019hui, notre activit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale, \u00e9lectrochimique, doit \u00eatre traduite en mouvements m\u00e9caniques &#8211; comme la parole &#8211; pour \u00eatre transmise. C\u2019est tr\u00e8s imparfait et tr\u00e8s lent. J\u2019aimerais que mon cerveau puisse communiquer directement avec une machine ou un ordinateur capable de calculer en cinq dimensions&#8230; J\u2019aimerais pouvoir communiquer sans passer par la parole. Je pense que je verrai, de mon vivant, les premi\u00e8res communications de pens\u00e9e \u00e0 pens\u00e9e.\u00bb<\/p>\n<p>Kevin Warwick est aujourd\u2019hui \u00e2g\u00e9 de 47 ans. \u00ab\u00c7a laisse encore au moins vingt ans \u00e0 la science pour y arriver\u00bb, dit-il.<\/p>\n<p>A ses c\u00f4t\u00e9s, Irena acquiesce silencieusement.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\nLe <a href=http:\/\/www.kevinwarwick.com target=_blank class=std>site<\/a> de Kevin Warwick.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce professeur en cybern\u00e9tique se fait greffer des prototypes \u00e9lectroniques dans le bras. Son but: connecter son syst\u00e8me nerveux \u00e0 l\u2019ordinateur. 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