



{"id":765,"date":"2001-06-12T00:00:00","date_gmt":"2001-06-11T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=765"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"bientot en suisse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=765","title":{"rendered":"La douce imb\u00e9cillit\u00e9 du cin\u00e9-karaok\u00e9"},"content":{"rendered":"<p>Je d\u00e9teste les com\u00e9dies musicales. Le fait que des acteurs s\u00e9rieux puissent interrompre l&rsquo;action en se lan\u00e7ant dans des chants d\u00e9brid\u00e9s m&rsquo;a toujours paru une absurdit\u00e9 cin\u00e9matographique. Mais \u00e0 chaque fois que le film \u00ab<a href= http:\/\/www.foxhome.com\/soundofmusic\/som.html target=_blank class=std>La M\u00e9lodie du Bonheur<\/a>\u00bb passe \u00e0 la t\u00e9l\u00e9, je me retrouve debout devant le poste, riv\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9cran.<\/p>\n<p>Une com\u00e9die inoffensive? Il est permis d&rsquo;en douter. On dit qu&rsquo;un jugement s\u00e9v\u00e8re envers ce film de 1965 avait fait perdre son emploi \u00e0 la c\u00e9l\u00e8bre critique de film am\u00e9ricaine <a href= http:\/\/www.salon.com\/bc\/1999\/02\/09bc.html target=_blank class=std>Pauline Kael<\/a>, qui travaillait alors pour le magazine McCall&rsquo;s. Elle avait \u00e9crit: \u00abNous devenons conscients que nous avons \u00e9t\u00e9 transform\u00e9s en imb\u00e9ciles, d&rsquo;un point de vue \u00e9motif et esth\u00e9tique, quand nous nous entendons fredonner les m\u00e9lodies sirupeuses et pleines de bonnes intentions de ce film.\u00bb<\/p>\n<p>Des imb\u00e9ciles? Il y en avait environ trois cents au Bytowne Cinema d&rsquo;Ottawa le soir o\u00f9 j&rsquo;ai assist\u00e9 \u00e0 la repr\u00e9sentation du spectacle \u00ab<a href=http:\/\/www.singalongaworldwide.com target=_blank class=std>Sing-A-Long with the Sound of Music<\/a>\u00bb. Et chacun d&rsquo;entre eux, moi y compris, pouvait se consid\u00e9rer comme un imb\u00e9cile heureux. Et chantant.<\/p>\n<p>Imaginez la sc\u00e8ne: un public adulte, compos\u00e9 en grande partie de femmes dans la cinquantaine et d&rsquo;hommes homosexuels, est venu assister \u00e0 cette repr\u00e9sentation de \u00abLa M\u00e9lodie du Bonheur\u00bb, version karaoke g\u00e9ant. La tradition, qui a d\u00e9but\u00e9 \u00e0 Londres il y a un peu plus de deux ans, veut que les spectateurs se d\u00e9guisent selon leur personnage pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 du film ou encore selon leur \u00abjoie quotidienne\u00bb (<a href=http:\/\/www.geocities.com\/martine_tsom\/Favourite.html target=_blank class=std>My Favorite Things<\/a>, comme dans la chanson interpr\u00e9t\u00e9e par Julie Andrews).<\/p>\n<p><center><img src=http:\/\/www.largeur.com\/images\/large130601art2.jpg><\/center><\/p>\n<p>Avant la projection, une pr\u00e9sentatrice habill\u00e9e en fausse Heidi (les Canadiens confondent facilement la Suisse et l&rsquo;Autriche) r\u00e9chauffe le public et lui donne les instructions pour la soir\u00e9e. Chaque spectateur re\u00e7oit un sac en plastique rempli d&rsquo;objets qu&rsquo;il doit sortir au moment opportun.<\/p>\n<p><center><img src=http:\/\/www.largeur.com\/images\/large130601art3.jpg><\/center><\/p>\n<p>Il faut agiter un edelweiss en plastique quand le capitaine Von Trapp chante son hymne, faire craquer un p\u00e9tard quand Maria la gouvernante et le capitaine s&#8217;embrassent pour la premi\u00e8re fois, brandir son carton d&rsquo;invitation quand le bal commence et huer la baronne, rivale de Maria&#8230; Le film \u00abThe Rocky Horror Picture Show\u00bb avait d\u00e9j\u00e0 d\u00e9velopp\u00e9 un concept semblable de participation dans les ann\u00e9es 70.<\/p>\n<p>Ceux qui sont costum\u00e9s sont invit\u00e9s \u00e0 parader sur la sc\u00e8ne avant le d\u00e9but de la s\u00e9ance. De nombreux hommes sont venus habill\u00e9s en nonnes. Certains ont tent\u00e9 de reproduire le plus exactement possible un personnage alors que d&rsquo;autres y sont all\u00e9s de concepts plus recherch\u00e9s. La foule a particuli\u00e8rement appr\u00e9ci\u00e9 les deux hommes aux chemises blanches, marqu\u00e9es des chiffres 16 et 17 et dont l&rsquo;un grimpait sur le dos de l&rsquo;autre&#8230;<\/p>\n<p><center><img src=http:\/\/www.largeur.com\/images\/large130601art1.jpg><\/center><\/p>\n<p>Ils faisaient r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019<a href=http:\/\/www.geocities.com\/martine_tsom\/sixteen.html target=_blank class=std>une<\/a> des chansons du film s&rsquo;adressant \u00e0 la jeune fille du capitaine qui allait avoir 17 ans: \u00abYou are 16, going on 17&#8230;\u00bb.<\/p>\n<p>Les paroles des chansons sont pr\u00e9sent\u00e9es en sous-titres au bas de l&rsquo;\u00e9cran mais elles ne sont pas vraiment n\u00e9cessaires: le public conna\u00eet \u00abLa M\u00e9lodie du Bonheur\u00bb par c\u0153ur. Et c&rsquo;est l\u00e0 tout l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de payer 25 dollars canadiens (environ 22 francs suisses) pour voir un film qu&rsquo;on a d\u00e9j\u00e0 regard\u00e9 des dizaines de fois. Assister \u00e0 une projection en compagnie de ce public expert permet une relecture de l&rsquo;\u0153uvre et lui conf\u00e8re un humour qui n&rsquo;\u00e9tait pas dans la version originale.<\/p>\n<p>Comme il est permis de chanter pendant le film, les spectateurs ne se privent pas non plus pour discuter. Les meilleures r\u00e9pliques viennent du public, qui cr\u00e9e une bande-son parall\u00e8le beaucoup plus int\u00e9ressante que l&rsquo;originale (un ramassis de clich\u00e9s sur l&rsquo;amour, le destin et le bonheur).<\/p>\n<p>Quand le capitaine Von Trapp, rempli de remords, a voulu retenir la gouvernante qu&rsquo;il venait de cong\u00e9dier, un spectateur s&rsquo;est adress\u00e9 tout haut \u00e0 Julie Andrews: \u00abDemande une augmentation!\u00bb Un geste de tendresse du m\u00eame capitaine Von Trapp, qui avance la main afin de caresser la joue de sa fille de 16 ans, devient comique sous la relecture \u00e0 voix haute d&rsquo;un spectateur: \u00abAttends, tu as une salet\u00e9 sur le visage!\u00bb<\/p>\n<p>Le public se permet m\u00eame de corriger ce qui a vieilli dans le film. Quand Julie Andrews chante \u00ab<a href=http:\/\/www.geocities.com\/martine_tsom\/Sixteenreprise.html target=_blank class=std>tu lui appartiens<\/a>\u00bb \u00e0 propos d&rsquo;une femme et de son \u00e9poux, la foule n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 huer son h\u00e9ro\u00efne. <\/p>\n<p>Imb\u00e9ciles, ces adultes qui s&rsquo;adressent \u00e0 un \u00e9cran? Oui, mais parfaitement conscients et heureux de l&rsquo;\u00eatre. Le producteur nord-am\u00e9ricain du spectacle, Tom Lightburn, m&rsquo;a r\u00e9sum\u00e9 ainsi le ph\u00e9nom\u00e8ne: \u00abC&rsquo;est amusant, c&rsquo;est niais, mais on passe une belle soir\u00e9e. Pourquoi les adultes ne pourraient-ils pas sortir et faire les fous en public comme le font les adolescents?\u00bb.<\/p>\n<p>Le spectacle \u00abSing-A-Long with the Sound of Music\u00bb a justement connu un succ\u00e8s fou \u00e0 Londres, New York, San Francisco et Toronto. Il sera aussi pr\u00e9sent\u00e9 en plein-air \u00e0 Lausanne le 18 ao\u00fbt 2001 (\u00e0 l\u2019Orange Open Air Cinema) et \u00e0 Gen\u00e8ve en septembre 2001 (au cin\u00e9ma Arcades).<\/p>\n<p>Tom Lightburn est convaincu que ce type de divertissement interactif deviendra de plus en plus fr\u00e9quent. Il essaie actuellement d&rsquo;obtenir les droits pour les films \u00abGrease\u00bb et \u00abLe Magicien d&rsquo;Oz\u00bb.<\/p>\n<p>Ces spectacles pourraient redonner vie \u00e0 de nombreux classiques mais surtout, permettre aux cin\u00e9philes de s&rsquo;approprier ces \u0153uvres en les revisitant, que ce soit en chansons ou en dialogues. Imaginez la fameuse <a href=http:\/\/www.popgarcia.co.uk\/feature\/november\/orgasm.wav target=_blank class=std>sc\u00e8ne<\/a> jou\u00e9e par Meg Ryan au restaurant dans \u00abWhen Harry Met Sally\u00bb, mim\u00e9e simultan\u00e9ment dans la salle par 500 spectateurs&#8230;<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\nMartine Pag\u00e9, journaliste, travaille \u00e0 Montr\u00e9al. Elle collabore r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 Largeur.com.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Des spectateurs d\u00e9guis\u00e9s qui se mettent \u00e0 chanter dans les salles de cin\u00e9ma: c\u2019est une nouvelle m\u00e9lodie du bonheur interactif qu\u2019on d\u00e9couvrira cet \u00e9t\u00e9 \u00e0 Lausanne et Gen\u00e8ve.<\/p>\n","protected":false},"author":9145,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-765","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-pop-culture","pop-culture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/765","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/9145"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=765"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/765\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=765"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=765"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=765"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}