



{"id":7584,"date":"2018-06-06T23:33:18","date_gmt":"2018-06-06T21:33:18","guid":{"rendered":"https:\/\/largeur.com\/?p=7584"},"modified":"2018-06-06T20:36:11","modified_gmt":"2018-06-06T18:36:11","slug":"recherche-17","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=7584","title":{"rendered":"Le savoir lib\u00e9r\u00e9"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Le vent se l\u00e8ve dans les biblioth\u00e8ques universitaires pour \u00e9largir l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la litt\u00e9rature scientifique. Mais la bataille sera rude pour mettre fin au mod\u00e8le payant des \u00e9diteurs. Ces derniers publient pr\u00e8s de 65% des articles acad\u00e9miques dans le monde. Ils poss\u00e8dent entre leurs mains un pr\u00e9cieux savoir, sur lequel ils font la pluie, le beau temps, et surtout de confortables b\u00e9n\u00e9fices. Les cinq plus gros \u00e9diteurs d\u00e9tiennent ainsi 40% des titres scientifiques. Parmi eux, Elsevier, qui d\u00e9tiendrait \u00e0 lui seul un quart du march\u00e9, r\u00e9alise une marge de plus de 30% sur ses journaux scientifiques selon les chiffres publi\u00e9s dans son rapport annuel.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Comme la presse \u00e9crite un peu partout dans le monde, la litt\u00e9rature scientifique fait donc face \u00e0 sa crise, la \u00abserial crisis\u00bb, dans laquelle les biblioth\u00e8ques, qui paient des abonnements aux revues sp\u00e9cialis\u00e9es, sont en premi\u00e8re ligne. Aux \u00c9tats-Unis, entre 1986 et 2011, le prix des souscriptions a ainsi augment\u00e9 de 400%, alors que, gr\u00e2ce \u00e0 la r\u00e9volution num\u00e9rique, les frais de production n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 aussi faibles. \u00abAutrefois, le chercheur c\u00e9dait ses droits d\u2019auteur en \u00e9change d\u2019un important travail de la part de l\u2019\u00e9diteur\u00bb, explique Nicolas K\u00fchne, chercheur et professeur \u00e0 la Haute \u00e9cole de travail social et de la sant\u00e9, \u00e0 Lausanne. Mais pour ce fervent d\u00e9fenseur de l\u2019Open Access, \u00abaujourd\u2019hui, les frais tels que l\u2019impression ou la diffusion n\u2019ont plus lieu d\u2019\u00eatre\u00bb. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Chaque ann\u00e9e, l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne et le CHUV d\u00e9boursent 4 millions de francs pour pouvoir acc\u00e9der \u00e0 la litt\u00e9rature scientifique. Compte-tenu de ces sommes, \u00abm\u00eame les plus grandes universit\u00e9s ne peuvent plus pr\u00e9tendre offrir un acc\u00e8s exhaustif\u00bb, d\u00e9plore C\u00e9cile Lebrand, responsable au sein de l\u2019Unit\u00e9 de gestion des publications \u00e0 la biblioth\u00e8que de la Facult\u00e9 de biologie et de m\u00e9decine (FBM). Des titres disparaissent donc r\u00e9guli\u00e8rement de l\u2019offre de la biblioth\u00e8que lausannoise.<\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-7585\" src=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2018\/06\/ImageJour_SavoirLibere_060618.jpg\" alt=\"\" width=\"468\" height=\"311\" srcset=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2018\/06\/ImageJour_SavoirLibere_060618.jpg 468w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2018\/06\/ImageJour_SavoirLibere_060618-300x199.jpg 300w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2018\/06\/ImageJour_SavoirLibere_060618-272x182.jpg 272w\" sizes=\"auto, (max-width: 468px) 100vw, 468px\" \/><\/p>\n<p><b>Un paiement \u00e0 double<\/b><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">En 2012, l\u2019Universit\u00e9 Harvard, aux \u00c9tats-Unis, l\u2019une des mieux dot\u00e9es au monde, annon\u00e7ait qu\u2019elle ne pouvait plus continuer \u00e0 payer autant. En Allemagne, l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, une soixantaine de biblioth\u00e8ques universitaires se sont unies pour d\u00e9noncer les contrats qui les liaient aux \u00e9diteurs. Et elles ne sont pas les seules \u00e0 entrer en r\u00e9sistance. Les agences de financement nationales ne veulent plus non plus que les recherches men\u00e9es gr\u00e2ce \u00e0 leurs bourses soient barricad\u00e9es derri\u00e8re de co\u00fbteux abonnements. Car en fin de compte, cela revient \u00e0 payer deux fois: d\u2019abord pour la recherche elle-m\u00eame, puis pour la consulter. Les biblioth\u00e8ques et les fonds de recherche \u00e9tant aliment\u00e9s par les contribuables, ceux-ci paient, eux aussi, \u00e0 double. L\u2019Open Access, ou la mise \u00e0 disposition d\u2019articles gratuits sur Internet, est n\u00e9 en r\u00e9action \u00e0 cette crise.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Le Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNS) s\u2019est fix\u00e9 comme objectif que 100% des publications r\u00e9sultant de son soutien financier soient disponibles en Open Access d\u2019ici \u00e0 2020. Ainsi, les 8\u2019500 chercheurs que le FNS soutient annuellement devront obligatoirement publier leurs articles et r\u00e9sultats en acc\u00e8s libre. De son c\u00f4t\u00e9, swissuniversities, l\u2019association des universit\u00e9s et hautes \u00e9coles suisses, souhaite que \u00abtoutes les publications scientifiques financ\u00e9es par les pouvoirs publics\u00bb soient en Open Access en 2024. <\/span><\/p>\n<p><b>Pour la science ouverte<\/b><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">L\u2019Open Access s\u2019inscrit dans le courant de l\u2019Open Science. \u00abC\u2019est une certaine \u00e9thique o\u00f9 la connaissance doit \u00eatre accessible \u00e0 toutes et \u00e0 tous, souligne Nicolas K\u00fchne, chercheur et professeur \u00e0 la Haute \u00e9cole de travail social et de la sant\u00e9. Un principe de base que je partage avec une grande partie des chercheurs.\u00bb Car recherche et publication vont de pair. \u00abUne d\u00e9couverte n\u2019existe que si elle est publi\u00e9e et n\u2019a de sens que si elle est partag\u00e9e et discut\u00e9e\u00bb, affirme le chercheur. Il y a 300 ans, les premi\u00e8res revues scientifiques apparaissaient et la diffusion de la connaissance d\u00e9butait. Mais petit \u00e0 petit, tandis que ces \u00e9diteurs acad\u00e9miques se transformaient en empires du savoir, \u00eatre publi\u00e9 dans l\u2019une de leurs revues est devenu le Graal pour les chercheurs. L\u2019adage \u00abpublish or perish\u00bb (publie ou p\u00e9ris) incite les chercheurs \u00e0 publier dans des revues qui ont, si possible, un facteur d\u2019impact \u00e9lev\u00e9. Ces revues b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019une grande visibilit\u00e9 et chaque publication augmente donc les chances pour un chercheur d\u2019avancer dans sa carri\u00e8re.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">\u00ab\u2018Sois cit\u00e9 ou p\u00e9ris\u2019 serait plus proche de la r\u00e9alit\u00e9\u00bb, t\u00e9moigne Nicolas K\u00fchne. Et pourtant, pr\u00e8s de la moiti\u00e9 des articles scientifiques publi\u00e9s ne sont pas accessibles \u00e0 cause de barri\u00e8res financi\u00e8res. \u00abLes chercheurs ont donc un avantage \u201ctactique\u201d \u00e0 publier en Open Access\u00bb, ajoute le professeur. Des \u00e9tudes montrent que les articles publi\u00e9s en Open Access sont plus facilement lus et plus souvent cit\u00e9s. \u00abDans le domaine biom\u00e9dical, les articles publi\u00e9s en acc\u00e8s libre comptent ainsi entre 30 et 40% de citations suppl\u00e9mentaires\u00bb, explique C\u00e9cile Lebrand. L\u2019Open Access permet aussi de partager le savoir avec d\u2019autres acteurs, comme les start-up, les h\u00f4pitaux r\u00e9gionaux ou encore les petites universit\u00e9s. Alors qui pourrait s\u2019y opposer?<\/span><\/p>\n<p><b>Les voies du partage<\/b><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Personne, hormis les \u00e9diteurs traditionnels, n\u2019est contre l\u2019Open Access. C\u2019est d\u2019ailleurs l\u2019une des missions de C\u00e9cile Lebrand au sein de la Biblioth\u00e8que universitaire de m\u00e9decine (BiUM) de l\u2019UNIL-CHUV: aider les chercheurs de la FBM \u00e0 mieux g\u00e9rer leurs publications et les accompagner dans cette transition vers l\u2019Open Access. Mais informer et convaincre que la voie vers l\u2019ouverture n\u2019est pas si compliqu\u00e9e reste un d\u00e9fi. Si les chercheurs ne sont pas encore tous acquis \u00e0 la cause, c\u2019est parce que \u00abmettre ses publications en Open Access reste on\u00e9reux et implique des d\u00e9marches administratives suppl\u00e9mentaires\u00bb, explique C\u00e9cile Lebrand. Elle souligne encore que les chercheurs doivent ma\u00eetriser de plus en plus de comp\u00e9tences annexes, et doivent avoir \u00abune meilleure connaissance et ma\u00eetrise de leurs droits d\u2019auteur et des licences de partage\u00bb.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">Il existe deux voies pour publier en Open Access. La premi\u00e8re c\u2019est la voie dor\u00e9e, ou Gold Road. Dans ce mod\u00e8le, l\u2019auteur doit s\u2019acquitter des frais de publication (APC, pour Article Processing Charges) \u00e0 l\u2019\u00e9diteur en \u00e9change d\u2019une publication en libre acc\u00e8s. Le montant varie de 50 \u00e0 6\u2019000 francs. \u00abDans le domaine biom\u00e9dical, ces frais se situent en moyenne \u00e0 2\u2019500 francs par article\u00bb, indique C\u00e9cile Lebrand. La responsable rel\u00e8ve encore le cas des revues hybrides, o\u00f9 certains \u00e9diteurs jouent sur deux tableaux: \u00abIls se financent via les abonnements institutionnels traditionnels, mais \u00e9galement via les APC pay\u00e9s par les auteurs\u00bb, qui sont justement affili\u00e9s \u00e0 ces instituts qui paient pour des abonnements. C\u2019est la m\u00e9thode du \u00abdouble dipping\u00bb, o\u00f9 les institutions paient deux fois le m\u00eame service. C\u00e9cile Lebrand pr\u00e9vient toutefois que \u00abla FBM, tout comme le FNS excluent tout financement de cette \u00aboption Open Access\u00bb propos\u00e9e par les revues hybrides\u00bb. Nicolas K\u00fchne, lui, n\u2019est pas enti\u00e8rement s\u00e9duit par le mod\u00e8le du \u00abpur Gold Open Access\u00bb. Pour lui, le probl\u00e8me reste le m\u00eame: \u00abAu lieu de demander de l\u2019argent aux lecteurs, il le demande aux auteurs.\u00bb Des frais de publication qui, pour le chercheur, ne correspondent pas aux frais r\u00e9els.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">La deuxi\u00e8me voie vers l\u2019Open Access est \u00abverte\u00bb: c\u2019est la Green Road. Dans ce mod\u00e8le, l\u2019article sera publi\u00e9 commercialement dans une revue traditionnelle. Cependant, l\u2019auteur effectue aussi un d\u00e9p\u00f4t en libre acc\u00e8s de son \u00abAuthor\u2019s Accepted Manuscrit\u00bb sur un serveur de l\u2019institution \u00aben accord avec les r\u00e8gles l\u00e9gales impos\u00e9es par les \u00e9diteurs\u00bb, pr\u00e9cise C\u00e9cile Lebrand. Ce terme anglais d\u00e9finit la derni\u00e8re version, revue par les pairs et accept\u00e9e par l\u2019\u00e9diteur, avant la publication. \u00c0 l\u2019UNIL-CHUV, elle est d\u00e9pos\u00e9e sur SERVAL (SERVeur Acad\u00e9mique Lausannois). Apr\u00e8s une p\u00e9riode d\u2019embargo, entre 6 et 24 mois, l\u2019article est disponible librement sur ce serveur dans la dur\u00e9e. \u00abC\u2019est aussi une mani\u00e8re de p\u00e9renniser un article et s\u2019assurer qu\u2019il sera toujours disponible\u00bb, confie C\u00e9cile Lebrand. La FBM encourage les deux voies: la pure Gold Road et la Green Road. Elle propose d\u2019ailleurs huit subsides de 3\u2019000 francs chacun pour soutenir la mise en Open Access des publications. <\/span><\/p>\n<p><b>Vers une science libre et ouverte<\/b><\/p>\n<p><span style=\"font-weight: 400;\">\u00abL\u2019Open Access n\u2019est qu\u2019une premi\u00e8re \u00e9tape d\u2019un \u00e9norme changement de paradigme dans la recherche scientifique\u00bb, estime C\u00e9cile Lebrand. Pour accomplir l\u2019id\u00e9al de l\u2019Open Science, il faudra encore que les donn\u00e9es de recherche soient publi\u00e9es et disponibles en libre acc\u00e8s. L\u2019Open Data constitue donc un autre challenge, notamment vis-\u00e0-vis du respect de la vie priv\u00e9e des patients. La discussion s\u2019ouvre d\u00e9sormais aussi avant la parution. Des sites comme arXiv et bioRxiv permettent aux chercheurs de d\u00e9poser leur article avant la publication ou en cours de recherche, pour que d\u2019autres chercheurs puissent commenter, modifier ou sugg\u00e9rer. \u00abLe virage est pris, estime Nicolas K\u00fchne, mais il faudra un temps de transition: les plateformes de d\u00e9p\u00f4t doivent \u00eatre cr\u00e9\u00e9es ou promues, les modalit\u00e9s de financement mises en place et la publication en Open Access encourag\u00e9e.\u00bb Dans la biblioth\u00e8que du CHUV, C\u00e9cile Lebrand se r\u00e9jouit d\u2019accompagner les chercheurs vers la science ouverte et accessible.<\/span><\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans In Vivo magazine (no 14).<\/p>\n<p>Pour vous abonner \u00e0 In Vivo au prix de seulement CHF 20.- (d\u00e8s 20 euros) pour 6 num\u00e9ros, rendez-vous sur\u00a0<a href=\"http:\/\/www.invivomagazine.com\/\">invivomagazine.com<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019Open Access, ou la mise \u00e0 disposition gratuite des publications scientifiques sur Internet, gagne du terrain. 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