



{"id":757,"date":"2001-06-05T00:00:00","date_gmt":"2001-06-04T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=757"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"reportage","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=757","title":{"rendered":"Somaliland: sur les pistes du pays qui n&rsquo;existait pas"},"content":{"rendered":"<p>Comme le disent les nomades, le d\u00e9sert n\u2019appartient \u00e0 aucun territoire, il se divise et s\u2019\u00e9tend, d\u00e9vore la surface en ignorant fronti\u00e8res et nations.<\/p>\n<p>Il suffit de le survoler le Somaliland dans un vieux zinc kazakh pour ne plus croire un instant que ce bout de terre puisse appartenir \u00e0 quiconque. Pourtant, oui, des hommes et des femmes sont fiers de ce pays qui n\u2019existe sur aucune carte, du sol qu&rsquo;ils ont lib\u00e9r\u00e9 depuis d\u00e9j\u00e0 dix ans des troupes du dictateur Syad Barr\u00e9, de ce gouvernement fant\u00f4me qui n&rsquo;entend rien c\u00e9der au d\u00e9sir d&rsquo;ind\u00e9pendance des citoyens. Fiert\u00e9 d&rsquo;un peuple pour une langue s\u00e8che et aride coinc\u00e9e entre les rives de la Mer Rouge et les contreforts de l\u2019Ethiopie.<\/p>\n<p><center><img src=images\/large060601art1.jpg><\/center><\/p>\n<p>La preuve de cette fiert\u00e9, c\u2019est le succ\u00e8s pr\u00e9visible du r\u00e9f\u00e9rendum organis\u00e9 par les Somalilandais la semaine derni\u00e8re pour approuver leur premi\u00e8re constitution, dix ans apr\u00e8s la proclamation d&rsquo;une ind\u00e9pendance non reconnue &#8211; pr\u00e9misses de l\u2019\u00e9clatement d\u2019une Somalie artificielle constitu\u00e9e de deux anciennes colonies tr\u00e8s diff\u00e9rentes qu\u2019on tente malgr\u00e9 elles d\u2019unifier.<\/p>\n<p>Les Somalilandais d\u00e9montrent bulletins en mains la volont\u00e9 d\u2019un peuple \u00e0 disposer de son destin. M\u00eame s\u2019il est certain que cela ne changera rien \u00e0 l\u2019attitude de la communaut\u00e9 internationale, qui s\u2019\u00e9vertue depuis plus d\u2019un si\u00e8cle \u00e0 d\u00e9cider du sort de la r\u00e9gion et de ses populations.<\/p>\n<p><center><img src=images\/large060601art2.jpg><\/center><\/p>\n<p>C\u2019est \u00e0 la fin du XIX\u00e8me si\u00e8cle que les Anglais ont donn\u00e9 \u00e0 ce point strat\u00e9gique contr\u00f4lant le Golf d\u2019Aden le nom de Somaliland, cl\u00e9 de l\u2019Oc\u00e9an indien et porte de l\u2019Afrique. Un morceau de pays reconstruit et r\u00e9invent\u00e9 par des nomades lass\u00e9s de la guerre civile et de ces interminables rivalit\u00e9s de clans qui embrasent aujourd\u2019hui encore la Somalie.<\/p>\n<p>Alors que Mogadiscio est devenue le pi\u00e8ge des organisations internationales, l\u2019otage des milices et la cit\u00e9 officielle d\u2019un pays r\u00e9duit \u00e0 sa capitale, le Somaliland est admir\u00e9 par beaucoup pour sa d\u00e9termination. Seul Etat de la r\u00e9gion \u00e0 offrir des garanties et \u00e0 attirer des investisseurs \u00e9trangers, il n\u2019est pourtant reconnu par personne, consid\u00e9r\u00e9 tout au plus comme une province dont l&rsquo;autonomie n&rsquo;est pas encore gagn\u00e9e.<\/p>\n<p><center><img src=images\/large060601art3.jpg><\/center><\/p>\n<p>Ici, les d\u00e9chets rivalisent avec le sable pour recouvrir le peu de ruines d\u2019un pays qui fut ras\u00e9 de la carte au point de ne plus avoir de nom. Hargeisa, la capitale officieuse du Somaliland, qui compte aujourd\u2019hui 300\u2019000 habitants, a \u00e9t\u00e9 enti\u00e8rement d\u00e9truite par les troupes de la dictature. Au plus fort de la guerre, la ville n\u2019\u00e9tait habit\u00e9e que par 5\u2019000 \u00e2mes errantes dans les d\u00e9brits et 50\u2019000 cadavres d\u2019une utopie saccag\u00e9e.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, au sommet de la ville blanche, de grandes maisons de pierre cohabitent avec de rutilantes mosqu\u00e9es qui cachent les restes discrets du martyre. Dans les faubourgs, des r\u00e9fugi\u00e9s de retour au pays s\u2019abritent du soleil dans les toukoules, huttes traditionnelles construites avec des arceaux de bois, des peaux de ch\u00e8vres tanis\u00e9es recouvertes de papiers et de d\u00e9chets plastiques \u2013 et, dans le meilleur des cas, d\u2019une vaste b\u00e2che aux couleurs du HCR, en vente dans les bazars de la ville.<\/p>\n<p>Dans le march\u00e9 d\u2019Hargeisa, les passages couverts, sombres labyrinthes aux issues incertaines, regorgent d\u2019\u00e9toffes du Y\u00e9men ou d\u2019Arabie tapissant les murs invisibles. On y trouve nombre d\u2019objets inutiles: porte-manteaux m\u00e9talliques et posters de cottages anglais!<\/p>\n<p>Plus loin, dans les parfums trompeurs d\u2019encens, j&rsquo;aper\u00e7ois la viande noircie par les mouches que nous mangerons \u00e0 midi. Les vieux bergers en cheich ne m\u00e2chent pas encore les feuilles vertes du khat, drogue locale, fl\u00e9au mais lien social. Le khat est un ph\u00e9nom\u00e8ne quotidien et un rituel masculin in\u00e9vitable o\u00f9 sont partag\u00e9es, la bouche gonfl\u00e9e par l\u2019accumulation mastiqu\u00e9e de feuilles am\u00e8res, les impressions du jour et les chansons de nagu\u00e8re.<\/p>\n<p>Hors les murs d\u2019Hargeisa, hors de la grande ville qui s\u2019invente des minist\u00e8res aux bureaux vides: le d\u00e9sert \u00e0 perte de vue, des plaines et des rocs sillonn\u00e9s par les dromadaires et les serpents, les tortues et les \u00e2nes, et quelques bergers qui nous vendront du lait de chamelle. Voici les routes du nomadisme \u00e9ternel o\u00f9 l\u2019homme erre sans cesse \u00e0 la recherche d\u2019une eau rare. <\/p>\n<p>Dans les yeux des bergers, les combattants sont encore pr\u00e9sents sur les rochers d\u2019El Saleh, source naturelle, refuge des troupeaux en p\u00e9ril au bout d\u2019une piste. Les armes brillent au soleil, elles d\u00e9fendront les \u00abcamels\u00bb des attaques de hy\u00e8nes et procurent au berger-guerrier la fiert\u00e9 d\u2019un homme qui invente au jour le jour le destin d\u2019un pays perdu: le Somaliland r\u00eav\u00e9 dont il faudra bien reconna\u00eetre un jour l\u2019existence. Mais la communaut\u00e9 internationale craint trop d&#8217;embraser une nouvelle fois la Corne de l&rsquo;Afrique, pourtant lac\u00e9r\u00e9e de l&rsquo;\u00c9rythr\u00e9e \u00e0 la Somalie par des conflits r\u00e9gionaux.<\/p>\n<p>Pour les \u00abobservateurs\u00bb, toucher aux fronti\u00e8res de cette r\u00e9gion serait prendre le risque de r\u00e9inventer brutalement la cartographie africaine. Pour le Somaliland et pour ceux qui ont refus\u00e9 le jeu de la dictature, l&rsquo;ind\u00e9pendance est une question de survie.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\nL&rsquo;auteur de ce texte et de ces photos, David Collin, travaille \u00e0 la Radio suisse romande. C&rsquo;est sa premi\u00e8re contribution \u00e0 Largeur.com.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\nA lire aussi, l\u2019<a href= http:\/\/www.liberation.fr\/quotidien\/semaine\/20010601veni.html target=_blank class=std>article<\/a> que le quotidien Lib\u00e9ration a r\u00e9cemment consacr\u00e9 au Somaliland.<\/p>\n<p>Et les sites suivants:<\/p>\n<p><a href=http:\/\/www.somaliland.com target=_blank class=std>www.somaliland.com<\/a><\/p>\n<p><a href=http:\/\/www.somalilandforum.com target=_blank class=std>www.somalilandforum.com<\/a><\/p>\n<p><a href=http:\/\/www.somalilandnet.com target=_blank class=std>www.somalilandnet.com<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>David Collin, de retour du Somaliland, raconte ce qu\u2019il a vu dans cette contr\u00e9e coinc\u00e9e entre les rives de la Mer Rouge et les contreforts de l\u2019Ethiopie. 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