



{"id":7528,"date":"2018-05-23T23:55:59","date_gmt":"2018-05-23T21:55:59","guid":{"rendered":"https:\/\/largeur.com\/?p=7528"},"modified":"2018-05-23T17:58:53","modified_gmt":"2018-05-23T15:58:53","slug":"sante-48","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=7528","title":{"rendered":"Volontaires en s\u00e9rie"},"content":{"rendered":"<p>Des centaines de milliers de personnes dans le monde concourent chaque ann\u00e9e \u00e0 faire progresser la m\u00e9decine. En Inde et aux \u00c9tats-Unis \u2013 o\u00f9 les sujets sains re\u00e7oivent un v\u00e9ritable salaire en \u00e9change de leur participation\u00a0\u2013, les enjeux sont davantage financiers qu\u2019altruistes. Selon le journal The Hindu, dans la r\u00e9gion de Bangalore, un Indien est r\u00e9tribu\u00e9 environ 300 francs pour un essai th\u00e9rapeutique en lien avec la m\u00e9latonine (aussi connue sous le nom d\u2019hormone du sommeil, entrant dans la composition de nombreux somnif\u00e8res). Cela repr\u00e9sente environ le triple du salaire mensuel minimum dans cette ville. Et ce pays d\u2019Asie du Sud accueille toujours plus d\u2019essais cliniques selon l\u2019Institute for Studies in Industrial Development de New Delhi: il concentrait 0,9% de l\u2019ensemble des tests mondiaux en 2008, contre 4,9% en 2013.<\/p>\n<p>Le boom des tests de m\u00e9dicaments bon march\u00e9 s\u2019explique par trois raisons principales, r\u00e9sume l\u2019institut indien: \u00abLes ressources humaines peu ch\u00e8res, les faibles co\u00fbts pour recruter des volontaires ainsi que la faiblesse des compensations en cas de blessures ou de d\u00e9c\u00e8s.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Participants en s\u00e9rie aux \u00c9tats-Unis<\/strong><\/p>\n<p>Les \u00c9tats-Unis abritent environ 40% des tests cliniques mondiaux, dont 75% sont men\u00e9s dans des cabinets priv\u00e9s et des centres de recherche \u00e0 but commercial. Les volontaires am\u00e9ricains en sont rarement \u00e0 leur coup d\u2019essai. Jill Fisher, du Center for Bioethics de l\u2019Universit\u00e9 de Caroline du Nord, a suivi pendant trois ans 180 participants \u00e0 des exp\u00e9riences de niveau I (voir encadr\u00e9 p.36), dans le cadre du projet HealthyVOICES. \u00abSeules 25% des personnes rencontr\u00e9es participaient \u00e0 un essai clinique pour la premi\u00e8re fois, ce qui est une part tr\u00e8s faible, explique-t-elle. Il s\u2019agit pour la plupart de volontaires qui reviennent. C\u2019est leur unique source de revenu ou un suppl\u00e9ment r\u00e9gulier, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019un travail \u00e0 temps partiel ou saisonnier, par exemple.\u00bb Il y a de fortes chances qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019anciens prisonniers. \u00abLes essais cliniques constituent une des seules activit\u00e9s o\u00f9 les anciens prisonniers ne sont pas discrimin\u00e9s, rappelle la chercheuse am\u00e9ricaine. Le casier judiciaire n\u2019est pas un crit\u00e8re pertinent pour les centres de recherche.\u00bb<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-7529\" src=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/ImageJour_230518.jpg\" alt=\"\" width=\"468\" height=\"311\" srcset=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/ImageJour_230518.jpg 468w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/ImageJour_230518-300x199.jpg 300w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/ImageJour_230518-272x182.jpg 272w\" sizes=\"auto, (max-width: 468px) 100vw, 468px\" \/><\/p>\n<p><strong>Un cadre strict en Suisse<\/strong><\/p>\n<p>En Suisse, le ph\u00e9nom\u00e8ne de \u00abvolontaires en s\u00e9rie\u00bb reste marginal. Premi\u00e8rement, les volontaires sains se soumettant \u00e0 des essais cliniques ne re\u00e7oivent pas de r\u00e9mun\u00e9ration. Ils touchent seulement\u00a0 des d\u00e9dommagements pour les frais engendr\u00e9s par leur participation tels que les co\u00fbts de transport ainsi que pour le temps de suj\u00e9tion \u00e0 l\u2019\u00e9tude. \u00abLes compensations oscillent entre environ 100 francs \u2013 pour un simple rendez-vous d\u2019une demi-heure avec questionnaire \u2013 \u00e0 2\u2019000 francs\u00bb, estime Marc Froissart, directeur du Centre de recherche clinique au CHUV. \u00abDans le haut de la fourchette, il s\u2019agira d\u2019\u00e9tudes n\u00e9cessitant de rester plusieurs journ\u00e9es ou nuits \u00e0 l\u2019h\u00f4pital en \u00e9tant surveill\u00e9, de se soumettre \u00e0 des tests de pression art\u00e9rielle, \u00e0 des prises de sang, etc.\u00bb \u00c0 titre d\u2019exemple, le test de vaccin contre Ebola men\u00e9 en 2015 \u00e9tait \u00abcompens\u00e9\u00bb 800 francs. Certains Suisses, comme<\/p>\n<p>des \u00e9tudiants ou des personnes \u00e0 faible revenu, y ont recours pour arrondir leurs fins de mois. \u00abIl ne faut pas se voiler la face: obtenir un compl\u00e9ment de revenu demeure la premi\u00e8re motivation chez la plupart des volontaires sains participant aux essais cliniques.\u00bb<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8mement, en terre helv\u00e9tique et en Europe en g\u00e9n\u00e9ral, le nombre d\u2019essais autoris\u00e9s par sujet est tr\u00e8s limit\u00e9 et davantage surveill\u00e9 qu\u2019outre-Atlantique. \u00abLe cadre r\u00e9glementaire suisse r\u00e9cemment r\u00e9nov\u00e9, en particulier la loi relative \u00e0 la recherche sur l\u2019\u00eatre humain entr\u00e9e en vigueur en 2014 et celle sur les produits th\u00e9rapeutiques de 2002, s\u2019av\u00e8re un peu plus contraignant que dans l\u2019espace europ\u00e9en\u00bb, pr\u00e9cise Marc Froissart.<\/p>\n<p>Sur les quelque 8\u2019500 essais cliniques figurant en janvier 2018 sur la plateforme Swiss National Clinical Trials Portal (SNCTP), qui r\u00e9pertorie en Suisse toutes les \u00e9tudes approuv\u00e9es par les commissions d\u2019\u00e9thique et mises en ligne par les chercheurs, une majorit\u00e9 concerne des sujets d\u00e9j\u00e0 affect\u00e9s par une maladie. La motivation de ces derniers est avant tout de profiter des avanc\u00e9es de la m\u00e9decine. La loi ne pr\u00e9voit aucune compensation lorsque les \u00e9ventuels b\u00e9n\u00e9fices sanitaires se r\u00e9v\u00e8lent directs.<\/p>\n<p>Au Centre Leenaards de la m\u00e9moire (CLM), au CHUV, les chercheurs poursuivent un double objectif: trouver des traitements pour agir sur les l\u00e9sions des maladies neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives comme Alzheimer et les arr\u00eater avant qu\u2019elles ne g\u00e9n\u00e8rent des sympt\u00f4mes invalidants. \u00abNous expliquons \u00e0 nos patients susceptibles de participer \u00e0 une \u00e9tude ainsi qu\u2019\u00e0 leurs familles que la m\u00e9decine n\u2019a encore invent\u00e9 aucun traitement curatif pour ces maladies, seulement des mesures symptomatiques d\u2019accompagnement. Mais la perspective d\u2019aider \u00e0 l\u2019identification d\u2019un traitement possible fait qu\u2019ils sont nombreux \u00e0 accepter.\u00bb<\/p>\n<p>Outre leur altruisme et leur volont\u00e9 de faire progresser la m\u00e9decine, Olivier Rouaud, neurologue au CLM, observe chez les volontaires deux autres motivations principales. Ils souhaitent, \u00e0 titre personnel, se donner une chance suppl\u00e9mentaire de gu\u00e9rison ou d\u2019att\u00e9nuation des sympt\u00f4mes. Certains appr\u00e9cient \u00e9galement les visites r\u00e9guli\u00e8res \u00e0 l\u2019h\u00f4pital requises par le protocole de recherche. \u00abIls ont le sentiment d\u2019un effet b\u00e9n\u00e9fique sur leur sant\u00e9, d\u00fb \u00e0 un mode de suivi diff\u00e9rent de celui r\u00e9alis\u00e9 dans les lieux de soins habituels.\u00bb<\/p>\n<p><strong>6\u2019000 Lausannois suivis pour la bonne cause<\/strong><\/p>\n<p>Mais comment convaincre des personnes saines de participer \u00e0 des \u00e9tudes scientifiques quand on n\u2019a \u00e0 offrir ni contrepartie financi\u00e8re ni espoir de gu\u00e9rison? \u00abLes Suisses sont beaucoup plus altruistes qu\u2019on ne le pense\u00bb, r\u00e9pond Martin Preisig, responsable du Centre d\u2019\u00e9pid\u00e9miologie psychiatrique et de psychopathologie (CEPP) et de la partie psychologique de l\u2019\u00e9tude CoLaus, d\u00e9marr\u00e9e \u00e0 Lausanne en 2003. \u00c0 la diff\u00e9rence d\u2019essais cliniques interventionnels (voir encadr\u00e9 p. 34), il s\u2019agit d\u2019une \u00e9tude observationnelle. Son but principal: obtenir des informations sur les liens existants entre les maladies cardiovasculaires et les maladies psychiatriques ainsi que les d\u00e9terminants de ces maladies.<\/p>\n<p>\u00abContrairement aux tests th\u00e9rapeutiques, nous nous contentons d\u2019observer un \u00e9chantillon recrut\u00e9 dans la population g\u00e9n\u00e9rale de Lausanne, sans intervention sur leur vie quotidienne\u00bb, explique Peter Vollenweider, chef ad interim du Service de m\u00e9decine interne du CHUV et responsable de la partie somatique de l\u2019\u00e9tude observationnelle (voir encadr\u00e9 p. 34). Quelque 6\u2019734 personnes \u00e2g\u00e9es de 35 \u00e0 75 ans ont ainsi \u00e9t\u00e9 tir\u00e9es au sort en 2003 et se sont vu proposer de participer \u00e0 CoLaus\/PsyCoLaus.<\/p>\n<p>Concr\u00e8tement, les participants ont ensuite r\u00e9alis\u00e9 un premier entretien comprenant un questionnaire sur leur sant\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale, cardio-vasculaire, les facteurs de risque dans la famille, ainsi qu\u2019un examen clinique avec prises des mensurations, de la tension art\u00e9rielle et une prise de sang. Ensuite, ils \u00e9taient convoqu\u00e9s pour un deuxi\u00e8me entretien cens\u00e9 d\u00e9terminer la pr\u00e9sence ou non de probl\u00e8mes psychiques (d\u00e9pression, addictions, etc.).<\/p>\n<p>Qu\u2019en retire donc la population lausannoise? \u00abLes participants veulent faire progresser la recherche m\u00e9dicale et pensent aux autres\u00bb, explique Peter Vollenweider. CoLaus\/PsyCoLaus entend apporter des connaissances permettant \u00e0 moyen terme d\u2019am\u00e9liorer les traitements et la pr\u00e9vention des maladies cardio-vasculaires et des troubles psychiatriques. \u00abCe sont des maladies fr\u00e9quentes. Tous les volontaires ont un parent, un ami, un coll\u00e8gue qui a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 touch\u00e9.\u00bb Il existe \u00e9galement une envie de conna\u00eetre son \u00e9tat de sant\u00e9, d\u2019\u00eatre rassur\u00e9. \u00abLe premier entretien \u00e9quivaut \u00e0 un check-up avec les r\u00e9sultats des analyses qui sont transmis aux volontaires.\u00bb<\/p>\n<p>Les participants \u00e0 l\u2019\u00e9tude ont \u00e9t\u00e9 \u00e0 nouveau convoqu\u00e9s en 2009 et 2014. \u00abIl est crucial que nous puissions voir comment la sant\u00e9 de la population se d\u00e9veloppe sur plusieurs d\u00e9cennies\u00bb, souligne Martin Preisig. Nous avons \u00e9galement ajout\u00e9 d\u2019autres types d\u2019examens au fil du temps: vue, fonctions pulmonaires, sommeil, fonctions cognitives, IRM, etc. Et l\u2019\u00e9quipe n\u2019entend pas s\u2019arr\u00eater en si bon chemin. \u00abNous allons prochainement demander aux enfants des volontaires de participer. Le but: d\u00e9terminer la pr\u00e9valence des facteurs de risques cardiovasculaires et des troubles psychiatriques chez des sujets plus jeunes \u00e2g\u00e9s de 15 \u00e0 35 ans et \u00e9tudier les facteurs d\u00e9terminant la transmission de ces maladies dans les familles. Nous sommes tr\u00e8s reconnaissants de l\u2019aide apport\u00e9e par la population de Lausanne.\u00bb<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans In Vivo magazine (no 14).<\/p>\n<p>Pour vous abonner \u00e0 In Vivo au prix de seulement CHF 20.- (d\u00e8s 20 euros) pour 6 num\u00e9ros, rendez-vous sur\u00a0<a href=\"http:\/\/www.invivomagazine.com\/\">invivomagazine.com<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Indispensables \u00e0 la recherche, les participants \u00e0 des \u00e9tudes cliniques y consentent pour une multitude de raisons: m\u00e9dicale, altruiste, ou au contraire financi\u00e8re\u2026 Avec des diff\u00e9rences marqu\u00e9es selon les pays.<\/p>\n","protected":false},"author":20165,"featured_media":7529,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[1299],"class_list":["post-7528","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-latitude","tag-paru-dans-in-vivo","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7528","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/20165"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=7528"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7528\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7530,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7528\/revisions\/7530"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/7529"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=7528"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=7528"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=7528"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}