



{"id":7465,"date":"2018-05-02T23:51:32","date_gmt":"2018-05-02T21:51:32","guid":{"rendered":"https:\/\/largeur.com\/?p=7465"},"modified":"2018-05-03T09:54:19","modified_gmt":"2018-05-03T07:54:19","slug":"sexualite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=7465","title":{"rendered":"La face cach\u00e9e du X"},"content":{"rendered":"<p>Porn Studies. Avec un tel titre, cette nouvelle publication acad\u00e9mique n\u2019est pas pass\u00e9e inaper\u00e7ue. Il peut \u00eatre facile de s\u2019en gausser, mais il faut se rendre \u00e0 l\u2019\u00e9vidence: la pornographie repr\u00e9sente un domaine bien trop important pour \u00eatre n\u00e9glig\u00e9. On estime que son march\u00e9 p\u00e8se environ 100 milliards de dollars (soit davantage que l\u2019industrie des jeux vid\u00e9o qui totalise 80 milliards) et g\u00e9n\u00e8re environ un tiers du trafic internet. Comprendre ce ph\u00e9nom\u00e8ne exige de l\u2019\u00e9tudier sous tous les angles, de la psychologie au droit en passant par la sociologie, la criminologie, l\u2019\u00e9conomie\u00a0 et m\u00eame les sciences de l\u2019innovation.<\/p>\n<p>La nouvelle publication veut offrir un terrain neutre de recherche, commente Nathan Schocher, un doctorant en philosophie et en Gender Studies aux universit\u00e9s de Zurich et de B\u00e2le, qui \u00e9tudie la pornographie. \u00abIl s\u2019agit d\u2019un domaine politis\u00e9 o\u00f9 les positions sont souvent dogmatiques. Dans les ann\u00e9es 1970, des activistes antiporno ont men\u00e9 des recherches pour d\u00e9montrer que la pornographie exprime toujours une violence contre les femmes. Cette position a irrit\u00e9 certaines f\u00e9ministes qui ne se sentaient pas repr\u00e9sent\u00e9es \u2013 pour elles, le porno pouvait participer d\u2019une affirmation de son identit\u00e9 et de sa sexualit\u00e9.\u00bb Ces \u00abFeminist Sex Wars\u00bb n\u2019ont pas baiss\u00e9 d\u2019intensit\u00e9: dans le Guardian, la cofondatrice du mouvement \u00abStop Porn Culture\u00bb Gail Dines accusait les deux \u00e9ditrices de Porn Studies d\u2019\u00eatre des agents au service de l\u2019industrie du X qui refusent d\u2019admettre les probl\u00e8mes du porno. Parmi eux, la violence croissante des images qui transforme les hommes en misogynes, voire en violeurs potentiels.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-7466\" src=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/img_du_jour_2_mai_2018.jpg\" alt=\"\" width=\"468\" height=\"311\" srcset=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/img_du_jour_2_mai_2018.jpg 468w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/img_du_jour_2_mai_2018-300x199.jpg 300w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2018\/05\/img_du_jour_2_mai_2018-272x182.jpg 272w\" sizes=\"auto, (max-width: 468px) 100vw, 468px\" \/><\/p>\n<p><strong>Le porno en labo<\/strong><\/p>\n<p>\u00abLe mouvement antiporno veut abolir toute la pornographie, sans faire de distinction, ajoute le sociologue am\u00e9ricain Ronald Weitzer de la George Washington University. Selon cette id\u00e9ologie, tout travail li\u00e9 au sexe repr\u00e9sente une oppression des femmes. Elle pr\u00f4ne \u00e9galement la cultivation theory, selon laquelle regarder un film pornographique a un effet direct sur la personne (de type stimulus-r\u00e9ponse, ndlr). Mais cette vision est r\u00e9ductrice: les impacts d\u00e9pendent des personnes, de leur environnement familial et des valeurs pr\u00f4n\u00e9es par leur groupe d\u2019amis.\u00bb \u00abMalheureusement, la plupart des \u00e9tudes sur le porno ont \u00e9t\u00e9 men\u00e9es en laboratoire, poursuit le sociologue. Il s\u2019agit d\u2019un environnement artificiel et nous ne savons pas si les r\u00e9sultats sont transposables dans la vie r\u00e9elle. L\u2019usage principal du visionnement de la pornographie est de se satisfaire sexuellement, ce qui n\u2019est pas permis dans un laboratoire pour des raisons \u00e9thiques\u2026 Il est donc possible que le stress mesur\u00e9 chez certains sujets soit davantage li\u00e9 au chercheur qu\u2019aux images.<\/p>\n<p>D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, ces \u00e9tudes ont montr\u00e9 des niveaux d\u2019agressivit\u00e9 \u00e9lev\u00e9s face \u00e0 des images violentes, pas sexuelles.\u00bb Pour le sociologue, la recherche doit interroger directement les usagers dans le monde r\u00e9el. \u00abBeaucoup parlent d\u2019effets positifs (comme apprendre des nouvelles choses) ou mitig\u00e9s (comme le fait d\u2019y passer trop de temps). Mais ils font clairement la distinction entre la fiction, les fantasmes et la r\u00e9alit\u00e9.\u00bb Les discours antiporno rappellent les critiques envers les jeux vid\u00e9o violents, ajoute Nathan Schocher: \u00abOn cherche \u00e0 interdire ce qui nous \u00e9chappe. Pour les adultes, il s\u2019agit de prot\u00e9ger la jeunesse d\u2019un danger de perversion. Mais cette panique exprime surtout leur propre ins\u00e9curit\u00e9 devant des nouveaux m\u00e9dias, ainsi qu\u2019une sexualit\u00e9 diff\u00e9rente de la leur.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Le X, exemple d\u2019innovation<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019industrie du X a l\u2019image d\u2019un milieu sordide qui maltraite ses employ\u00e9es. Mais ce portrait ne correspond pas aux plus grandes soci\u00e9t\u00e9s de production telles que Vivid Entertainment, ou Private Media Group, qui sont avant tout des entreprises commerciales men\u00e9es par des hommes d\u2019affaires terre \u00e0 terre. Et des soci\u00e9t\u00e9s innovatrices, ajoute Kate Darling, une chercheuse du MIT qui \u00e9tudie les liens entre le porno et l\u2019innovation. \u00abLe X a toujours su adopter rapidement les nouvelles technologies et les nouveaux mod\u00e8les d\u2019affaires. Il \u00e9tait pr\u00e9sent d\u00e8s le d\u00e9but des nouveaux m\u00e9dias \u2013 photographie et livres de poche, VHS et DVD, streaming de vid\u00e9os et paiements en ligne \u2013 et a favoris\u00e9 l\u2019essor de ces technologies. L\u2019un des premiers films r\u00e9alis\u00e9s avec des Google Glass est d\u2019ailleurs un film X.\u00bb<\/p>\n<p>Au contraire des studios de cin\u00e9ma et des labels de musique t\u00e9tanis\u00e9s par le piratage sur internet, l\u2019industrie pornographique a su r\u00e9agir. Les grands producteurs tentent de ma\u00eetriser l\u2019offre gratuite (comme par exemple Youporn), cherchent \u00e0 mon\u00e9tiser d\u2019autres services difficiles \u00e0 copier tels que des chats et webcams live, et \u00e9tablissent des partenariats avec des sites de rencontre.<\/p>\n<p>La raison de l\u2019agilit\u00e9 du X? \u00abLa forte demande des consommateurs associ\u00e9e \u00e0 leur exigence de discr\u00e9tion en fait un march\u00e9 dynamique, port\u00e9 vers l\u2019innovation, r\u00e9pond Kate Darling. C\u2019est un march\u00e9 tr\u00e8s darwinien: il faut s\u2019adapter ou mourir.\u00bb De quoi faire ressortir les contradictions de certains chantres du libre march\u00e9 socialement conservateurs.<\/p>\n<p><strong>L\u2019\u00eele de la transgression<\/strong><\/p>\n<p>Le porno est-il devenu plus violent? Difficile de le dire, selon Ronald Weitzer: \u00abOn pouvait auparavant analyser des magazines ou des cassettes VHS, mais l\u2019offre sur internet est tellement grande qu\u2019il est impossible de s\u00e9lectionner un \u00e9chantillon repr\u00e9sentatif. Mais il est clair que l\u2019on trouve d\u00e9sormais facilement des vid\u00e9os extr\u00eames.<\/p>\n<p>\u00bb Rechercher \u00abrape porn\u00bb sur internet am\u00e8ne vite \u00e0 des sc\u00e8nes tr\u00e8s brutales. Montrer l\u2019inmontrable constitue peut-\u00eatre l\u2019essence m\u00eame du porno. \u00abLa pornographie a toujours \u00e9t\u00e9 l\u2019endroit de la transgression, note Nathan Schocher. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019on peut montrer l\u2019interdit. Cela pouvait autrefois consister en une femme en lingerie. Aujourd\u2019hui, il s\u2019agit de vid\u00e9os racistes ou misogynes, des id\u00e9ologies devenues inacceptables dans notre soci\u00e9t\u00e9.\u00bb Paradoxalement, le meilleur moyen de combattre la pornographie serait de lib\u00e9raliser davantage la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans la revue H\u00e9misph\u00e8res (no 6)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La pornographie choque, innove, cr\u00e9e de la richesse. Un ph\u00e9nom\u00e8ne complexe, peu \u00e9tudi\u00e9, qui nous place face \u00e0 nos propres limites.<\/p>\n","protected":false},"author":19538,"featured_media":7466,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-7465","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-latitude","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7465","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19538"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=7465"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7465\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7467,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7465\/revisions\/7467"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/7466"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=7465"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=7465"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=7465"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}