



{"id":6927,"date":"2017-12-20T23:51:19","date_gmt":"2017-12-20T22:51:19","guid":{"rendered":"https:\/\/largeur.com\/?p=6927"},"modified":"2017-12-19T18:10:24","modified_gmt":"2017-12-19T17:10:24","slug":"reflexion-5","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=6927","title":{"rendered":"\u00abOn peut identifier un individu gr\u00e2ce aux caract\u00e9ristiques uniques de son microbiote\u00bb"},"content":{"rendered":"<p>De tous temps, les hommes ont cherch\u00e9 \u00e0 savoir qui ils \u00e9taient, \u00e0 d\u00e9finir leur unicit\u00e9, ce qui les diff\u00e9rencie des \u00abautres\u00bb. Apr\u00e8s les d\u00e9couvertes faites sur le r\u00f4le des g\u00e8nes dans la d\u00e9finition de notre \u00eatre, le microbiote fait maintenant parler de lui. Explications avec Thomas Pradeu, chercheur en philosophie des sciences au CNRS \u00e0 Bordeaux.<\/p>\n<p><strong>La science dit que les bact\u00e9ries pr\u00e9sentes dans l\u2019intestin, par exemple, sont sp\u00e9cifiques \u00e0 chacun et constituent l\u2019un des moyens les plus s\u00fbrs pour identifier quelqu\u2019un. Est-ce une m\u00e9thode plus pr\u00e9cise que l&rsquo;analyse de g\u00e8nes?<\/strong><\/p>\n<p>Depuis une quinzaine d\u2019ann\u00e9es, le monde scientifique observe que d\u2019autres \u00e9l\u00e9ments que les g\u00e8nes contribuent \u00e0 nous d\u00e9finir. C\u2019est le cas du microbiote intestinal, mais \u00e9galement de celui du poumon ou de la peau. D\u00e8s le d\u00e9but des ann\u00e9es 2010, beaucoup d\u2019applications utilisant le caract\u00e8re unique \u00e0 chacun du microbiote ont \u00e9t\u00e9 \u00e9voqu\u00e9es. Celle de la police scientifique notamment a beaucoup fait parler d\u2019elle; elle consiste \u00e0 identifier un individu gr\u00e2ce aux caract\u00e9ristiques uniques de son microbiote.<\/p>\n<p>Entre de vrais jumeaux, le code g\u00e9n\u00e9tique est identique (\u00e0 quelques mutations pr\u00e8s), mais leurs deux microbiotes peuvent r\u00e9v\u00e9ler de nombreuses diff\u00e9rences, en fonction du milieu dans lequel ils vivent, de leur histoire personnelle&#8230; Mais attention, cela ne veut pas dire que les g\u00e8nes n\u2019ont pas d\u2019importance pour comprendre l\u2019individualit\u00e9 humaine.<\/p>\n<p>Les d\u00e9couvertes r\u00e9centes viennent s\u2019ajouter \u00e0 ce que l\u2019on savait d\u00e9j\u00e0, constituant une diversit\u00e9 incroyable d\u2019\u00e9l\u00e9ments qui forment ce qui se passe en nous. C\u2019est \u00e7a le gros changement, l\u2019enrichissement de notre connaissance des facteurs qui, ensemble, contribuent \u00e0 d\u00e9finir notre identit\u00e9 et notre unicit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Quels autres \u00e9l\u00e9ments participent \u00e0 nous d\u00e9finir et \u00e0 faire de nous un \u00eatre unique?<\/strong><\/p>\n<p>En plus du microbiote et des g\u00e8nes, on peut citer l\u2019\u00e9pig\u00e9n\u00e9tique, les syst\u00e8mes nerveux et immunitaires. Le premier \u00e9l\u00e9ment est vu comme ext\u00e9rieur \u00e0 l\u2019organisme, tandis que les quatre autres sont consid\u00e9r\u00e9s comme \u00e9tant propres \u00e0 l\u2019organisme.<\/p>\n<p>On peut alors se demander, et des recherches sur ces questions sont men\u00e9es, comment op\u00e9rer de mani\u00e8re objective cette distinction, qui reste souvent intuitive, entre un \u00abint\u00e9rieur\u00bb et un \u00abext\u00e9rieur\u00bb? L\u2019organisme peut-il dans certains cas int\u00e9rioriser cet ext\u00e9rieur, en int\u00e9grant en son sein des \u00e9l\u00e9ments qui, au d\u00e9part, apparaissaient comme \u00ab\u00e9trangers\u00bb? On en vient \u00e0 la notion d\u2019individu au sens philosophique du terme, en le d\u00e9limitant du point de vue temporel mais surtout spatial.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-6928\" src=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/ImageJour_191217-01.jpg\" alt=\"\" width=\"468\" height=\"311\" srcset=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/ImageJour_191217-01.jpg 468w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/ImageJour_191217-01-300x199.jpg 300w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2017\/12\/ImageJour_191217-01-272x182.jpg 272w\" sizes=\"auto, (max-width: 468px) 100vw, 468px\" \/><\/p>\n<p><strong>Est-ce que les notions d\u2019inn\u00e9 et d\u2019acquis s\u2019utilisent encore?<\/strong><\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1970 d\u00e9j\u00e0, des voix s\u2019\u00e9levaient pour affirmer que cette distinction n\u2019avait plus de sens. Cependant, dans les travaux actuels, cette id\u00e9e revient sans cesse. On dit g\u00e9n\u00e9ralement qu\u2019il y a, dans la plupart des ph\u00e9nom\u00e8nes biologiques, un peu d\u2019inn\u00e9 et un peu d\u2019acquis. La distinction entre inn\u00e9 et acquis est en r\u00e9alit\u00e9 tr\u00e8s fragile, m\u00eame si notre \u00e9ducation fait qu\u2019il est difficile de s\u2019en d\u00e9faire. Dans un tr\u00e8s beau livre, la psychologue am\u00e9ricaine Susan Oyama a d\u00e9crit \u00abl\u2019ontog\u00e9nie de l\u2019information\u00bb, soulignant que m\u00eame l\u2019information g\u00e9n\u00e9tique se construit au travers d\u2019un contexte, d\u2019un environnement.<\/p>\n<p>La biologie du d\u00e9veloppement \u00e9tudie aujourd\u2019hui comment, par exemple, le microbiote peut \u00eatre responsable de l\u2019activation de certains g\u00e8nes qui jouent un r\u00f4le important dans le d\u00e9veloppement de l\u2019organisme. Il existe une transmission verticale du microbiote entre la m\u00e8re et l\u2019enfant, tr\u00e8s forte chez les insectes par exemple. Chez l\u2019homme, apr\u00e8s dix-huit mois environ, le b\u00e9b\u00e9 poss\u00e8de son propre microbiote, distinct de celui de la m\u00e8re, mais on observe n\u00e9anmoins que le microbiote de la m\u00e8re influence le f\u0153tus pendant une p\u00e9riode d\u00e9cisive de son d\u00e9veloppement.<\/p>\n<p><strong>L\u2019identit\u00e9 de chacun serait form\u00e9e d\u2019alt\u00e9rit\u00e9, de partage et de permanence du soi, c\u2019est cela?<\/strong><\/p>\n<p>Notre identit\u00e9 se nourrit des contacts que l\u2019on a avec l\u2019ext\u00e9rieur. Quand quelqu\u2019un se fait vacciner ou interagit avec un micro-organisme, son syst\u00e8me immunitaire va s\u2019adapter et se construire en fonction de ce nouvel \u00e9l\u00e9ment. La construction de notre personne se fait \u00e9galement au travers de nos influences sociales, d\u2019amis, de professeurs\u2026<\/p>\n<p>C\u2019est l\u00e0 que la psychologie et la sociologie rencontrent la biologie, ce qui est rare. L\u2019autre peut aussi devenir constitutif de vous: dans certains cas, par exemple, un composant du microbiote (bact\u00e9rie, virus) est reconnu, puis tol\u00e9r\u00e9 par le syst\u00e8me immunitaire de l\u2019organisme et il peut m\u00eame parfois jouer un r\u00f4le fonctionnel essentiel dans l\u2019organisme.<\/p>\n<p><strong>Pourquoi est-ce si important pour chacun de nous de savoir \u00abqui l\u2019on est\u00bb?<\/strong><\/p>\n<p>Cette question est fondamentale en philosophie, qui se d\u00e9coupe entre savoir ce qui fait l\u2019esp\u00e8ce humaine, d\u2019une part, et d\u00e9couvrir ce qui me diff\u00e9rencie des autres \u00eatres humains, ce qui fait mon unicit\u00e9, d\u2019autre part. Selon les auteurs et les \u00e9poques, on a consid\u00e9r\u00e9 que le propre de l\u2019Homme \u00e9tait de rire, de raisonner, ou encore la facult\u00e9 du langage. La question de l\u2019unicit\u00e9 de chacun existait d\u00e9j\u00e0 dans l\u2019Antiquit\u00e9, puis est revenue en force avec les philosophes des XVIe et XVIIe si\u00e8cles.<\/p>\n<p>L\u2019Homme a toujours eu besoin de se comprendre, de donner une direction \u00e0 sa vie, de r\u00e9aliser qu\u2019il fait partie de la Nature. Toutes les questions \u00e9cologiques en vogue actuellement vont dans ce sens\u2026 Ce que l\u2019homme fait endurer \u00e0 son environnement ne va-t-il pas bient\u00f4t se retourner contre lui?<\/p>\n<p>L\u2019id\u00e9e de donner un sens \u00e0 sa vie, que l\u2019on sait \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, tout en n\u2019allant pas tout \u00e0 fait dans le m\u00eame sens que nos semblables, s\u2019observe notamment dans les traditions, des signes d\u2019une identit\u00e9 de groupe avec cependant une distinction propre. C\u2019est dans cette voie \u00e9troite, entre la revendication de l\u2019appartenance \u00e0 un collectif et le souhait de se diff\u00e9rencier d\u2019autrui, que se construit l\u2019identit\u00e9 de tout \u00eatre humain.<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p>BIOGRAPHIE<\/p>\n<p>Thomas Pradeu est directeur de recherche au CNRS \u00e0 Bordeaux, o\u00f9 il m\u00e8ne des recherches en philosophie des sciences dans le laboratoire ImmunoConcept (UMR5164). Il a publi\u00e9 en 2010 \u00abL&rsquo;identit\u00e9, la part de l&rsquo;autre\u00bb, en collaboration avec l&rsquo;immunologiste Edgardo D. Carosella.<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans In Vivo magazine (no 13).<\/p>\n<p>Pour vous abonner \u00e0 In Vivo au prix de seulement CHF 20.- (d\u00e8s 20 euros) pour 6 num\u00e9ros, rendez-vous sur <a href=\"http:\/\/invivomagazine.com\/\">invivomagazine.com<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le philosophe des sciences fran\u00e7ais Thomas Pradeu expose le r\u00f4le que jouent les bact\u00e9ries dans la constitution de notre \u00eatre.<\/p>\n","protected":false},"author":20217,"featured_media":6928,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[1299],"class_list":["post-6927","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-latitude","tag-paru-dans-in-vivo","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6927","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/20217"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=6927"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6927\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6929,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6927\/revisions\/6929"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/6928"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=6927"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=6927"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=6927"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}