



{"id":6512,"date":"2017-09-14T23:30:38","date_gmt":"2017-09-14T21:30:38","guid":{"rendered":"https:\/\/largeur.com\/?p=6512"},"modified":"2017-09-18T09:15:11","modified_gmt":"2017-09-18T07:15:11","slug":"hommage-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=6512","title":{"rendered":"Un totem pour Sottsass"},"content":{"rendered":"<p class=\"p1\">Il a quitt\u00e9 ce monde depuis bient\u00f4t dix ans mais son influence ne faiblit pas. Ses couleurs fra\u00eeches et ses juxtapositions improbables pour le groupe Memphis continuent \u00e0 inspirer les jeunes designers &#8212; m\u00eame si la plupart d&rsquo;entre eux n\u2019\u00e9taient pas n\u00e9s lors des audaces, entre 1981 et 1987, de ce collectif consid\u00e9r\u00e9 comme un mouvement esth\u00e9tique majeur de la fin du XXe si\u00e8cle.<\/p>\n<p class=\"p1\">Ettore Sottsass avait su red\u00e9finir avec ses coll\u00e8gues de Memphis une ligne claire pour le monde du design apr\u00e8s les interrogations de la d\u00e9cennie pr\u00e9c\u00e9dente. Son approche ludique et jamais superficielle se retrouve aujourd&rsquo;hui dans les cr\u00e9ations des fr\u00e8res Bouroullec ou dans celles du label danois Hay, qui s\u2019appr\u00eate \u00e0 lancer sa premi\u00e8re collaboration avec Ikea.<\/p>\n<p class=\"p1\">Mais l\u2019influence d\u2019Ettore Sottsass, n\u00e9 il y a cent ans jour pour jour, ne se limite pas, et de loin, \u00e0 l\u2019univers du mobilier. C\u2019est toute l\u2019industrie de l\u2019innovation qui b\u00e9n\u00e9ficie des apports de ce pionnier du design informatique, dont le parcours a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9 par les deux guerres mondiales, le modernisme historique, la reconstruction d\u2019apr\u00e8s 1945, les mouvements beatnik, pop et hippie, le radicalisme des ann\u00e9es 1970 et jusqu\u2019aux bouleversements num\u00e9riques du nouveau mill\u00e9naire. A chaque \u00e9poque, Ettore Sottsass a enrichi sa pratique du design sans jamais perdre son cap.<\/p>\n<p class=\"p1\">N\u00e9 le 14 septembre 1917 \u2013 au moment des r\u00e9volutions sovi\u00e9tique, dada et De Stijl \u2013, il a \u00e9t\u00e9 initi\u00e9 tr\u00e8s jeune aux valeurs fonctionnalistes de l\u2019\u00e9cole de Vienne par un p\u00e8re lui-m\u00eame architecte. \u00abOn m\u2019a mis un crayon entre les mains d\u00e8s ma naissance\u00bb, racontait-il volontiers. Il dessinera sans r\u00e9pit, presque tous les jours, pendant les neuf d\u00e9cennies suivantes.<\/p>\n<p class=\"p1\">En 1939, \u00e9tabli \u00e0 Turin, il obtient son dipl\u00f4me d\u2019architecte au moment o\u00f9 la guerre \u00e9clate. Il est enr\u00f4l\u00e9 dans les troupes italiennes et part au front mais ne cesse jamais d\u2019observer les coutumes des contr\u00e9es travers\u00e9es par sa division, notamment dans les Balkans. Il assiste \u00e0 l\u2019effondrement de son pays, essaie de sauver sa peau et remplit des cahiers de croquis.<\/p>\n<p class=\"p1\">Quand la guerre prend fin, lessiv\u00e9 par les combats, il retourne \u00e0 Turin et se cherche un emploi. Il \u00e9pouse la philosophe et traductrice Fernanda Pivano, qui lui fera rencontrer quelques ann\u00e9es plus tard Kerouac, Dylan et Ginsberg, et se consacre \u00e0 la peinture. Il subsiste pendant une dizaine ann\u00e9es avec peu de moyens. Passionn\u00e9 par les recherches de Le Corbusier, il pr\u00e9f\u00e8re r\u00e9aliser des stands d\u2019exposition, des oeuvres graphiques et des petits objets, artisanalement, plut\u00f4t que de rejoindre une \u00e9tude d\u2019architectes qui lui demanderait de se plier au go\u00fbt du moment.<\/p>\n<p class=\"p1\">C\u2019est sans doute cette approche sans concession qui s\u00e9duit Adriano et Roberto Olivetti, patrons du g\u00e9ant de la machine \u00e0 \u00e9crire. Les deux businessmen sont \u00e9pat\u00e9s par cet artiste inconnu de 40 ans qui parle clair et qui applique, tout en les questionnant, les principes du mouvement moderne. Ils lui confient en 1958 le design de leur premier ordinateur, l&rsquo;Elea 9003, en lui permettant d&rsquo;intervenir en amont du projet. Malgr\u00e9 la taille imposante du mat\u00e9riel, et par souci d&rsquo;ergonomie, Sottsass d\u00e9cide que les processeurs devront \u00eatre int\u00e9gr\u00e9s dans des armoires \u00e0 taille humaine, ce qui est nouveau pour l&rsquo;\u00e9poque. Par le dialogue, il r\u00e9ussit \u00e0 imposer cette contrainte aux ing\u00e9nieurs et inaugure du m\u00eame coup un mode de collaboration qui lui servira dans tous ses projets suivants.<\/p>\n<p class=\"p1\">R\u00e9ussite totale. Elea 9003 est couronn\u00e9 du prestigieux prix de design Compasso d\u2019oro. La carri\u00e8re de Sottsass est enfin lanc\u00e9e. Elle est brusquement interrompue en 1962 quand, apr\u00e8s un long voyage en Inde qui change sa perception du monde, il apprend qu&rsquo;il est atteint d&rsquo;une maladie grave face \u00e0 laquelle les m\u00e9decins italiens se disent impuissants. Avec une aide financi\u00e8re de Roberto Olivetti, il est envoy\u00e9 \u00e0 San Francisco pour un long traitement et c&rsquo;est l\u00e0 que sa vie bascule.<\/p>\n<p class=\"p1\">Depuis sa chambre d&rsquo;h\u00f4pital et lors de ses premi\u00e8res sorties de convalescent, il d\u00e9couvre le mode de vie des beatniks. Il lit les revues underground et rencontre des \u00e9tudiants contestataires. Encore sous l&rsquo;influence de son p\u00e9riple indien, il publie un petit magazine avec les moyens du bord et prend en photo les int\u00e9rieurs des premiers hippies, ces chambres souvent vides \u00e0 l&rsquo;exception d&rsquo;une chaise et d&rsquo;un matelas, dans lesquelles il voit un d\u00e9fi au consum\u00e9risme occidental. Sa conception du design en est transform\u00e9e.<\/p>\n<p class=\"p1\">A 45 ans, il se trouve pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 la moiti\u00e9 de son existence. Les 45 ann\u00e9es qui lui restent \u00e0 vivre lui permettront d&rsquo;amener la pratique du design dans des territoires encore inconnus et de d\u00e9finir pour le designer une juste place entre la libert\u00e9 cr\u00e9ative, la responsabilit\u00e9 sociale et les imp\u00e9ratifs du commerce.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-6513\" src=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2017\/09\/Large14092017_2.jpg\" alt=\"\" width=\"468\" height=\"311\" srcset=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2017\/09\/Large14092017_2.jpg 468w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2017\/09\/Large14092017_2-300x199.jpg 300w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2017\/09\/Large14092017_2-272x182.jpg 272w\" sizes=\"auto, (max-width: 468px) 100vw, 468px\" \/><\/p>\n<p class=\"p1\">L&rsquo;exp\u00e9rience californienne a confirm\u00e9 son intuition que le r\u00f4le du designer ne se r\u00e9sume pas \u00e0 mettre ses comp\u00e9tences au service d&rsquo;une entreprise priv\u00e9e. Il veut d\u00e9velopper une approche plus globale du m\u00e9tier: questionner la standardisation, prendre en compte la dimension sensuelle des objets, int\u00e9grer de la couleur dans les machines de bureau, consid\u00e9rer les utilisateurs comme des individus complexes plut\u00f4t que comme de simples clients.<\/p>\n<p class=\"p1\">Il met en place avec le groupe Olivetti un mode de collaboration original, \u00e0 mi-chemin entre le free-lancing et le r\u00f4le d&#8217;employ\u00e9. L&rsquo;entreprise accepte de lui payer un atelier collectif au 14 de la via Manzoni, \u00e0 Milan, loin des usines d&rsquo;Ivrea. C&rsquo;est l\u00e0 que Sottsass r\u00e9unit un groupe de jeunes designers qui passe ses jours et ses nuits \u00e0 exp\u00e9rimenter, discuter de politique, renverser les id\u00e9es re\u00e7ues. Ils d\u00e9veloppent un mobilier de bureau informatis\u00e9 qui favorise la collaboration et l&rsquo;\u00e9change d&rsquo;id\u00e9es (le projet Synthesis 45). Ils imaginent une machine \u00e0 \u00e9crire rouge vif et portable que les po\u00e8tes pourront amener dans les champs au gr\u00e9 de leur inspiration: c&rsquo;est la fameuse Valentine, commercialis\u00e9e en 1969, consid\u00e9r\u00e9e comme une ic\u00f4ne du design et qui inspirera trente ans plus tard le travail de Jonathan Ive dans le d\u00e9veloppement de l&rsquo;iMac.<\/p>\n<p class=\"p1\">La collaboration a toujours \u00e9t\u00e9 au coeur de l&rsquo;approche de Sottsass. Dans l&rsquo;atelier de la via Manzoni, mais aussi avec les collectifs Global Tools, Alchimia et Memphis, il avait mis en place les conditions de vraies discussions. Il a explor\u00e9 avec Alessandro Mendini la culture du kitsch et les cr\u00e9ations vernaculaires des banlieues pour d\u00e9velopper des objets inattendus et toujours rigoureux. Il a dessin\u00e9 des boutiques pour la marque culte de v\u00eatements Fiorucci et des services de table pour Alessi.<\/p>\n<p class=\"p1\">Ce nomade culturel, comme l&rsquo;appelait sa deuxi\u00e8me femme Barbara Radice, a aussi fa\u00e7onn\u00e9 pendant plus de trente ans d&rsquo;\u00e9tranges objets de verre et de c\u00e9ramique, pratiqu\u00e9 l&rsquo;\u00e9criture et la photographie, lanc\u00e9 des magazines, construit des maisons&#8230;<\/p>\n<p class=\"p1\">Loin de l&rsquo;approche m\u00e9caniste, il a r\u00e9invent\u00e9 le design comme un langage humain ouvert sur la diversit\u00e9 du monde. Il est souvent consid\u00e9r\u00e9 comme l&rsquo;un des p\u00e8res du post-modernisme mais on peut tout aussi bien le voir comme l&rsquo;homme qui a redynamis\u00e9 le mouvement moderne et qui a permis au fonctionnalisme viennois, celui que lui avait enseign\u00e9 son p\u00e8re, de poursuivre son aventure dans le nouveau mill\u00e9naire. Ettore Sottsass est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 le 31 d\u00e9cembre 2007, \u00e0 90 ans.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019architecte italien aurait eu 100 ans aujourd\u2019hui. Son anticonformisme demeure une source in\u00e9puisable d\u2019inspiration pour les innovateurs et les designers contemporains.<\/p>\n","protected":false},"author":28,"featured_media":6513,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-6512","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-pop-culture","pop-culture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6512","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/28"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=6512"}],"version-history":[{"count":12,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6512\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6525,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6512\/revisions\/6525"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/6513"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=6512"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=6512"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=6512"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}