



{"id":6438,"date":"2017-08-30T23:45:01","date_gmt":"2017-08-30T21:45:01","guid":{"rendered":"https:\/\/largeur.com\/?p=6438"},"modified":"2017-08-30T10:58:20","modified_gmt":"2017-08-30T08:58:20","slug":"sante-28","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=6438","title":{"rendered":"La m\u00e9decine en orbite"},"content":{"rendered":"<p>Mais que font les astronautes de la Station spatiale internationale (ISS)? Avant tout, de la recherche. \u00abC\u2019est leur mission principale, m\u00eame s\u2019ils doivent aussi veiller \u00e0 la maintenance de l\u2019ISS, explique Jennifer Ngo-Anh, directrice du Human Research Office de l\u2019Agence spatiale europ\u00e9enne (ESA). Ils m\u00e8nent entre 30 et 50 exp\u00e9riences au cours de leur s\u00e9jour en orbite. Celles du domaine m\u00e9dical occupent la majeure partie de leur temps. Ils en sont \u00e0 la fois les op\u00e9rateurs et les cobayes.\u00bb Ces exp\u00e9riences font avancer les connaissances n\u00e9cessaires pour envoyer des humains dans l\u2019espace, notamment dans la perspective d\u2019un vol habit\u00e9 vers Mars, mais enrichissent aussi la m\u00e9decine sur Terre.<\/p>\n<p>Les vols spatiaux constituent un terrain de recherche unique pour les scientifiques. Leur caract\u00e9ristique principale: l\u2019apesanteur, ou plut\u00f4t une situation de pesanteur tr\u00e8s r\u00e9duite, appel\u00e9e microgravit\u00e9. Les astronautes sont \u00e9galement expos\u00e9s \u00e0 une grande quantit\u00e9 de radiations, \u00e0 un taux d\u2019oxyg\u00e8ne \u00e9lev\u00e9 dans les navettes et vivent durant plusieurs mois en situation de confinement. La plupart des recherches m\u00e9dicales en orbite portent sur les muscles, sur les os, sur le syst\u00e8me cardio-vasculaire et sur le syst\u00e8me neurologique.<\/p>\n<p>En raison de la microgravit\u00e9, \u00able processus de vieillissement est beaucoup plus rapide dans l\u2019espace que sur Terre, note Jennifer Ngo-Anh. On peut ainsi \u00e9tudier ses effets sur une population, les astronautes, qui jouit d\u2019une sant\u00e9 \u00e9clatante, ce qui est particuli\u00e8rement int\u00e9ressant.\u00bb La responsable du programme de l\u2019ESA souligne encore que ces exp\u00e9riences prennent beaucoup plus de temps que celles men\u00e9es sur Terre. \u00abElles durent en g\u00e9n\u00e9ral entre trois et cinq ans, car il faut r\u00e9colter les donn\u00e9es de plusieurs astronautes si l\u2019on veut obtenir un r\u00e9sultat significatif au niveau statistique.\u00bb<\/p>\n<p>\u00abLa NASA et l\u2019ESA se sont donn\u00e9 tr\u00e8s t\u00f4t comme mission de faire b\u00e9n\u00e9ficier les \u00abTerriens\u00bb des exp\u00e9riences acquises dans l\u2019espace, notamment sous la pression des bailleurs de fonds, indique Patrick Schoettker, m\u00e9decin-chef au Service d\u2019anesth\u00e9siologie du CHUV, sp\u00e9cialis\u00e9 en t\u00e9l\u00e9m\u00e9decine et en m\u00e9decine en milieu extr\u00eame. De nombreux dispositifs m\u00e9dicaux couramment utilis\u00e9s en milieu hospitalier trouvent leur origine dans la conqu\u00eate spatiale. Une technologie de la NASA, cr\u00e9\u00e9e en 1960 pour purifier et d\u00e9saliniser l\u2019eau dans les missions de longue dur\u00e9e, a par exemple permis le d\u00e9veloppement des appareils de dialyse.\u00bb Autre illustration: l\u2019assistance ventriculaire gauche en cardiologie est inspir\u00e9e des pompes d\u2019injection de fuel des navettes spatiales. Et les techniques pour mesurer les fonctions vitales des astronautes ont permis la mise en place de pacemakers de plus en plus sophistiqu\u00e9s, d\u2019appareils automatiques pour la prise de la pression art\u00e9rielle et de nouvelles \u00e9lectrodes pour acqu\u00e9rir des \u00e9lectrocardiogrammes.<\/p>\n<p>Actuellement, plusieurs exp\u00e9riences m\u00e9dicales sur et autour de l\u2019ISS sont porteuses d\u2019espoir pour les patients. En voici trois exemples.<\/p>\n<p><strong>1. Acc\u00e9l\u00e9rer la production de cellules souches<\/strong><\/p>\n<p>La th\u00e9rapie cellulaire, qui consiste \u00e0 greffer des cellules au patient afin de restaurer la fonction d\u2019un tissu ou d\u2019un organe, a connu des avanc\u00e9es spectaculaires au cours de la derni\u00e8re d\u00e9cennie. Mais \u00e0 l\u2019heure actuelle, un des d\u00e9fis consiste \u00e0 parvenir \u00e0 produire rapidement de grandes quantit\u00e9s de cellules souches. Des scientifiques am\u00e9ricains en ont envoy\u00e9 dans l\u2019ISS pour voir si elles prolif\u00e8rent plus rapidement dans des conditions de microgravit\u00e9, comme le sugg\u00e8rent des \u00e9tudes pr\u00e9c\u00e9dentes, et si elles conservent les m\u00eames caract\u00e9ristiques. Le but \u00e0 long terme? Imiter l\u2019effet de la microgravit\u00e9 et d\u00e9velopper une technologie fiable pour fabriquer des cellules souches en grand nombre.<\/p>\n<p>Une seconde phase de la recherche consiste \u00e0 utiliser les cellules de l\u2019ISS dans le cadre d\u2019un essai clinique \u00e0 leur retour sur Terre, sur des patients qui ont subi un AVC. \u00abNous ne nous limitons pas \u00e0 examiner la biologie de ces cellules et comment elles grandissent. Nous \u00e9tudions aussi la mani\u00e8re dont elles peuvent \u00eatre employ\u00e9es pour traiter les patients, ce qui est unique\u00bb, indique Abba Zubair, de la Mayo Clinic, qui dirige la recherche, dans un communiqu\u00e9 de la NASA. L\u2019exp\u00e9rience pourrait aussi permettre d\u2019am\u00e9liorer la pr\u00e9vention et le traitement de certains cancers.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-6440\" src=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2017\/08\/Large29_08_2017.png\" alt=\"\" width=\"468\" height=\"311\" srcset=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2017\/08\/Large29_08_2017.png 468w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2017\/08\/Large29_08_2017-300x199.png 300w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2017\/08\/Large29_08_2017-272x182.png 272w\" sizes=\"auto, (max-width: 468px) 100vw, 468px\" \/><\/p>\n<p><strong>2. Lutter contre l\u2019ost\u00e9oporose<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019Institut national de la sant\u00e9 et de la recherche m\u00e9dicale fran\u00e7ais (Inserm) travaille sur les modifications osseuses provoqu\u00e9es par les vols spatiaux. La perte de densit\u00e9 osseuse peut atteindre jusqu\u2019\u00e0 24% en six mois pour certains os. Elle touche les os porteurs, comme le tibia, qui permettent habituellement de rester debout en luttant contre la pesanteur. La raison? Dans l\u2019espace, ils ne sont plus sollicit\u00e9s comme sur Terre et sont moins vascularis\u00e9s. \u00abOn observe une redistribution osseuse du bas vers le haut du corps, qui suit les masses liquidiennes, notamment le sang, dont jusqu\u2019\u00e0 un litre se d\u00e9place vers la t\u00eate\u00bb, pr\u00e9cise la responsable de l\u2019\u00e9tude, Laurence Vico, dans le magazine <em>Science &amp; Sant\u00e9<\/em> de l\u2019Inserm.<\/p>\n<p>Les chercheurs recueillent des donn\u00e9es avant le d\u00e9part des astronautes et jusqu\u2019\u00e0 18 mois apr\u00e8s leur retour pour faire des mod\u00e9lisations et pour mieux comprendre les m\u00e9canismes \u00e0 l\u2019\u0153uvre. Ils utilisent un scanner appel\u00e9 \u00abXtremeCT\u00bb, d\u00e9velopp\u00e9 en collaboration avec la soci\u00e9t\u00e9 suisse al\u00e9manique Scanco, qui permet de r\u00e9aliser des \u00abbiopsies virtuelles\u00bb, soit de mesurer de mani\u00e8re non invasive la densit\u00e9 et la micro-architecture des os. \u00c0 terme, les scientifiques esp\u00e8rent am\u00e9liorer les mesures pour lutter contre ce ph\u00e9nom\u00e8ne: des exercices physiques sp\u00e9cifiques, \u00e0 l\u2019aide de machines, et l\u2019emploi de l\u2019hypergravit\u00e9, cr\u00e9\u00e9e avec des appareils en rotation, une piste actuellement test\u00e9e sur des souris. Ces contre-mesures pourraient \u00e9galement aider \u00e0 combattre l\u2019ost\u00e9oporose, une maladie qui se caract\u00e9rise par une fragilit\u00e9 excessive du squelette.<\/p>\n<p><strong>3. Anticiper la r\u00e9sistance aux antibiotiques<\/strong><\/p>\n<p>Au mois de f\u00e9vrier, des souches d\u2019une bact\u00e9rie r\u00e9sistante aux antibiotiques (le staphylocoque dor\u00e9 r\u00e9sistant \u00e0 la m\u00e9ticilline ou SARM) ont \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9es sur l\u2019ISS. Les bact\u00e9ries mutent de mani\u00e8re acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e dans l\u2019espace et cette \u00e9tude de la NASA vise \u00e0 mieux comprendre comment elles deviennent r\u00e9sistantes. Les donn\u00e9es seront ensuite utilis\u00e9es pour raffiner les mod\u00e8les qui pr\u00e9disent comment le pathog\u00e8ne \u00e9voluera sur Terre.<\/p>\n<p>\u00abSi la microgravit\u00e9 peut \u00eatre employ\u00e9e pour voir en avant-premi\u00e8re \u00e0 quoi les mutations futures ressembleront, alors nous pourrons \u00e9laborer des antibiotiques plus intelligents plus rapidement, a soulign\u00e9 la physicienne et m\u00e9decin Anita Goel, qui dirige la recherche, \u00e0 la cha\u00eene de t\u00e9l\u00e9vision am\u00e9ricaine <em>CNN<\/em>. On peut m\u00eame imaginer que les traitements seront pr\u00eats avant m\u00eame que les mutations apparaissent sur Terre.\u00bb<\/p>\n<p>Les bact\u00e9ries ont \u00e9t\u00e9 mises en culture dans le laboratoire de l\u2019ISS. Leur \u00e9volution est analys\u00e9e gr\u00e2ce \u00e0 un outil appel\u00e9 \u00abGene-RADAR\u00bb, d\u00e9velopp\u00e9 par l\u2019entreprise biotechnologique am\u00e9ricaine Nanobiosym. La chercheuse a \u00e9galement d\u00e9clar\u00e9 qu\u2019elle \u00e9tait curieuse de voir les effets d\u2019autres ph\u00e9nom\u00e8nes sur le SARM, comme les radiations \u00e9lectromagn\u00e9tiques. Selon elle, \u00e9tudier tous les effets d\u2019un s\u00e9jour dans l\u2019espace pourrait ouvrir de nouvelles perspectives pr\u00e9cieuses dans la lutte contre celles que l\u2019on a baptis\u00e9es les \u00absuperbugs\u00bb (superbact\u00e9ries).<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;ISS en chiffres<\/strong><\/p>\n<p>N\u00e9e d\u2019une collaboration des agences spatiales am\u00e9ricaine, europ\u00e9enne, russe, japonaise et canadienne, l\u2019ISS:<\/p>\n<ul>\n<li>se trouve \u00e0 400 km au-dessus de la Terre, en orbite basse;<\/li>\n<li>\u00e9volue \u00e0 une vitesse de 27\u2019600 km\/h;<\/li>\n<li>peut accueillir 6 astronautes, qui restent \u00e0 bord pour des missions de 3 \u00e0 6 mois. Son volume habitable est d\u2019environ 400 m\u00b3;<\/li>\n<li>est occup\u00e9e en permanence depuis novembre 2000.<\/li>\n<\/ul>\n<p>_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans In Vivo magazine (no 12).<\/p>\n<p>Pour vous abonner \u00e0 In Vivo au prix de seulement CHF 20.- (d\u00e8s 20 euros) pour 6 num\u00e9ros, rendez-vous sur\u00a0<a href=\"http:\/\/www.invivomagazine.com\/\">invivomagazine.com<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Des exp\u00e9riences m\u00e9dicales sont men\u00e9es par des astronautes sur la Station spatiale internationale. Des traitements pour de multiples maladies pourraient en d\u00e9couler.<\/p>\n","protected":false},"author":19904,"featured_media":6440,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[7],"tags":[1299],"class_list":["post-6438","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-technophile","tag-paru-dans-in-vivo","technophile"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6438","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19904"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=6438"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6438\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6443,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/6438\/revisions\/6443"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/6440"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=6438"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=6438"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=6438"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}