



{"id":623,"date":"2001-01-25T00:00:00","date_gmt":"2001-01-24T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=623"},"modified":"2017-07-12T11:31:38","modified_gmt":"2017-07-12T09:31:38","slug":"davos","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=623","title":{"rendered":"De la montagne magique \u00e0 celle des vanit\u00e9s"},"content":{"rendered":"<p> \u00abLa montagne magique\u00bb et \u00abLa montagne des vanit\u00e9s\u00bb: les deux ouvrages ont pour m\u00eame d\u00e9cor cette station dont on n\u2019articule plus les kilom\u00e8tres de pistes skiables ou centim\u00e8tres de couche neigeuse mais le nombre de soldats, gardes de fortification et policiers en faction.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but du si\u00e8cle dernier, Hans Castrop, un jeune bourgeois allemand, se rend pour quelques jours \u00e0 Davos aupr\u00e8s de son cousin Joachim, en traitement dans un sanatorium. Envo\u00fbt\u00e9 par l\u2019esprit du lieu, le personnage central de \u00abLa montagne magique\u00bb de Thomas Mann restera sept ans dans la station grisonne.<\/p>\n<p>A la fin du si\u00e8cle, en 1998, Lewis Lapham, un journaliste am\u00e9ricain, d\u00e9barque \u00e0 Davos pour participer \u00e0 un symposium sur \u00abla bonne sant\u00e9 du lib\u00e9ralisme\u00bb. La magie n\u2019op\u00e8re plus. Comment pourrait-il en \u00eatre autrement dans un camp retranch\u00e9? La station grisonne inspire \u00e0 cet h\u00f4te m\u00e9dus\u00e9 \u00ab<a href=http:\/\/www.amazon.fr\/exec\/obidos\/ASIN\/2706814365\/largeurcom08 class=std target=blank>La montagne des vanit\u00e9s<\/a>\u00bb, un reportage ironique et corrosif qui nous fait p\u00e9n\u00e9trer dans les coulisses du World Economic Forum.<\/p>\n<p>La d\u00e9couverte de \u00ab<a href=http:\/\/www.amazon.fr\/exec\/obidos\/ASIN\/2213016119\/largeurcom08 class=std target=_blank>La montagne magique<\/a>\u00bb, cette \u0153uvre de quelque 800 pages commenc\u00e9e en 1912 et publi\u00e9e en 1924, je la dois \u00e0 la remarque vexatoire d\u2019un de mes profs d\u2019allemand. S\u2019adressant \u00e0 notre classe, il aimait assener: \u00abSi vous aviez un autre niveau, je vous aurais fait lire le chef d\u2019\u0153uvre de Thomas Mann, mais l\u00e0&#8230;\u00bb. Il n\u2019en fallait pas davantage pour m\u2019inciter \u00e0 acqu\u00e9rir au plus vite sa traduction fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>D\u00e8s les premi\u00e8res pages, la magie est au rendez-vous. Avec une extr\u00eame libert\u00e9 d\u2019esprit, Mann ausculte, depuis les hauteurs de Davos, le monde et ses probl\u00e8mes. C\u2019est un t\u00e9moignage \u00e0 la fois symbolique et r\u00e9aliste qui passe en revue tous les aspects de notre civilisation: politiques, \u00e9conomiques, sociaux, philosophiques, religieux, esth\u00e9tiques.<\/p>\n<p>A l\u2019\u00e9poque, Davos h\u00e9bergeait des malades venus du monde entier et repr\u00e9sentait une sorte de communaut\u00e9 internationale vivant en vase clos. D\u00e8s son arriv\u00e9e, le jeune Hans Castorp d\u00e9laissera la vie superficielle et f\u00e9brile qui avait \u00e9t\u00e9 la sienne jusqu\u2019alors pour se pr\u00e9occuper de sa culture et de sa formation. Disposant de loisirs illimit\u00e9s, il va lire, observer, m\u00e9diter, se livrer \u00e0 de longues promenades silencieuses dans la neige. Au c\u0153ur de ses investigations figure \u00abl\u2019\u00eatre humain\u00bb.<\/p>\n<p>A l\u2019image de l\u2019Allemagne de Weimar d\u00e9chir\u00e9e par les id\u00e9ologies, Mann a pris soin de placer aux c\u00f4t\u00e9s de son anti-h\u00e9ros deux intellectuels en perp\u00e9tuel conflit: Settembrini et Naphta. Le premier appara\u00eet humaniste, d\u00e9fenseur du progr\u00e8s par la raison alors que le second est pr\u00e9sent\u00e9 comme un apologue de l\u2019irrationnel. En dialecticien, Castorp s\u2019emploiera \u00e0 faire la synth\u00e8se de leurs points de vue contradictoires.<\/p>\n<p>Et puis, pour agr\u00e9menter le tout et tenir le lecteur en haleine, il y a la d\u00e9licieuse Madame Chauchat, pensionnaire mari\u00e9e \u00e0 un Russe, dont Castorp tombe amoureux d\u00e8s la premi\u00e8re rencontre. Tout ce petit monde, confront\u00e9 \u00e0 l\u2019omnipr\u00e9sence de la mort, d\u00e9connect\u00e9 de \u00abla vie normale\u00bb, se nourrit de sp\u00e9culation. La d\u00e9claration de guerre de 1914 viendra arracher Castorp \u00e0 cet envo\u00fbtement de la montagne magique pour le conduire sur les champs de bataille. <\/p>\n<p>En 1981, Hans W. Geissend\u00f6rfer a port\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cran \u00abDer Zauberberg\u00bb avec Christoph Eichhorn dans le r\u00f4le de Castorp et Marie-France Pisier dans celui de Madame Chauchat (le cin\u00e9ma de Davos projette ce film assez r\u00e9guli\u00e8rement). Le voir, c\u2019est regretter que Visconti, apr\u00e8s \u00abMort \u00e0 Venise\u00bb, une autre \u0153uvre ma\u00eetresse de Mann, n\u2019ait pas r\u00e9alis\u00e9 son projet d\u2019adapter \u00abLa montagne magique\u00bb. Sans \u00eatre m\u00e9diocre, le film allemand \u00e9voque un peu une publicit\u00e9 glac\u00e9e pour le splendide H\u00f4tel Schatzalp o\u00f9 il y \u00e9t\u00e9 tourn\u00e9. Alors que Mann et Visconti savaient si bien t\u00e9moigner de la lente d\u00e9gradation des valeurs bourgeoises. <\/p>\n<p>Apr\u00e8s le Davos de Thomas Mann, passons \u00e0 celui de Lewis Lapham. Le journaliste am\u00e9ricain, se d\u00e9pla\u00e7ant en train de Z\u00fcrich \u00e0 Davos pour participer au Forum, se rem\u00e9more le c\u00e9l\u00e8bre roman de Mann. Il se rappelle les personnages qui arrivaient l\u00e0-haut porteurs des divers types de sagesse conventionnelle, \u00e0 la mode dans l\u2019Europe de cette p\u00e9riode, et avec l\u2019espoir de se gu\u00e9rir non seulement de leur alt\u00e9ration physique mais aussi de leur d\u00e9gradation spirituelle. \u00abJe descendis \u00e0 Davos-Platz, une station apr\u00e8s celle o\u00f9 \u00e9tait descendu Castorp un jour de l\u2019\u00e9t\u00e9 1907 et, bien qu\u2019aucun cousin tuberculeux ne m\u2019attend\u00eet avec un cabriolet de couleur jaune tir\u00e9 par deux chevaux, il ne me fallut pas longtemps pour apprendre qu\u2019on m\u2019avait attribu\u00e9 une chambre au Schazalp, un ancien sanatorium, celui-l\u00e0 m\u00eame o\u00f9 Mann avait install\u00e9 ses phtisiques&#8230;\u00bb<\/p>\n<p>De lieu b\u00e9ni de la r\u00e9flexion pour le prix Nobel de litt\u00e9rature, Davos est devenu, \u00e0 lire le r\u00e9dacteur en chef de Harper\u2019s Magazine, \u00able haut lieu de 70% de la production mondiale d\u2019autosatisfaction\u00bb, un carnaval immoral o\u00f9 \u00abtous savaient bien que la libre entreprise \u00e9tait un autre nom de Dieu\u00bb.  Dans son opuscule jaune, \u00abLa montagne des vanit\u00e9s\u00bb (paru aux \u00e9ditions Maisonneuve &#038; Larose), il d\u00e9crit un club d\u2019ap\u00f4tres impuissants \u00e0 juguler les m\u00e9faits de leur cr\u00e9ature, obnubil\u00e9s par le tout-march\u00e9. \u00abIls ne veulent pas se voir tels qu\u2019ils sont, de simples factotums qui entretiennent la chauffe d\u2019une fournaise aveugle et impitoyable.\u00bb<\/p>\n<p>Informations et anecdotes s\u2019entrelacent. Au vitriol, il d\u00e9nonce un monde o\u00f9 la privatisation des gains va de pair avec la nationalisation des pertes. Voici une peinture politiquement tr\u00e8s incorrecte des \u00abgrands\u00bb qui nous gouvernent et qui en savent, \u00e0 l\u2019en croire, aussi peu sur les sautes d&rsquo;humeur de l&rsquo;\u00e9conomie mondiale que le barman du Schatzalp qui leur propose un alcool de prune ou une fondue savoyarde&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Deux livres ont contribu\u00e9 au mythe globalis\u00e9 de Davos: le premier a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit par Thomas Mann, le second par le r\u00e9dacteur en chef de Harper\u2019s Magazine. A lire pendant le Forum.<\/p>\n","protected":false},"author":375,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[1298],"class_list":["post-623","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-kapital","tag-chroniques","kapital"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/623","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/375"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=623"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/623\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6000,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/623\/revisions\/6000"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=623"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=623"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=623"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}