



{"id":608,"date":"2001-01-11T00:00:00","date_gmt":"2001-01-10T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=608"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"musique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=608","title":{"rendered":"Le nouvel album de Daft Punk: une bombe"},"content":{"rendered":"<p>Quand le premier album de Daft Punk est paru en 1997, toute la sc\u00e8ne electro s\u2019est inclin\u00e9e en signe de respect. De Londres \u00e0 Detroit, l\u2019internationale des DJ\u2019s a applaudi ce travail artisanal baptis\u00e9 \u00abHomework\u00bb. Pour la premi\u00e8re fois, un duo parisien r\u00e9ussissait l\u2019\u00e9quilibre parfait entre \u00e9nergie house et bricolage hip hop.<\/p>\n<p>Ce disque devait donner naissance au mouvement qu\u2019on appelle \u00abfrench touch\u00bb, une vague de productions fran\u00e7aises \u00e0 la fois \u00e9l\u00e9gantes, inventives et surtout exportables. Dans la foul\u00e9e, on a vu appara\u00eetre Air, Mr Oizo et son Flat Eric (de la pub Levi\u2019s). On a assist\u00e9 au retour impressionnant de Mirwais. Mais le premier album de Daft Punk est rest\u00e9 un objet unique. <\/p>\n<p>Avec leurs synth\u00e9s analogiques et leurs samplers, Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo ont r\u00e9ussi \u00e0 cr\u00e9er des hymnes pop (\u00abDa Funk\u00bb, \u00abAround The World\u00bb) sans entamer leur cr\u00e9dibilit\u00e9. Ils sont devenus des locomotives de tendances. Leur approche du son a inspir\u00e9 les meilleurs DJ\u2019s ainsi que nombre de stylistes et d&rsquo;artistes d\u2019avant-garde.<\/p>\n<p>Au rayon commercial, ils ont su s\u2019entourer d\u2019une machinerie efficace, b\u00e9n\u00e9ficiant de la force de frappe de Virgin et des conseils avis\u00e9s de Daniel Vangarde, p\u00e8re de Thomas et  producteur de disco pompeuse des ann\u00e9es 70.<\/p>\n<p>R\u00e9sultat: le groupe est devenu \u00abculte\u00bb d\u00e8s son premier album. Depuis 1997, il n\u2019a publi\u00e9 sous son nom qu\u2019un DVD r\u00e9unissant un concert film\u00e9 et quatre clips (mis en sc\u00e8ne par les r\u00e9alisateurs cot\u00e9s que sont Spike Jonze, Michel Gondry et Roman Coppola).<\/p>\n<p>Plus discr\u00e8tement, les deux Daft ont r\u00e9alis\u00e9 quelques remixes et enregistr\u00e9 des projets parall\u00e8les comme le tube \u00abMusic Sounds Better With You\u00bb, sign\u00e9 Stardust. On attendait la suite avec impatience.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s \u00abOne More Time\u00bb sorti en novembre en guise d\u2019avant-go\u00fbt, le nouvel album arrivera dans le commerce \u00e0 la fin mars. Il contient 14 titres que Largeur.com a pu \u00e9couter en primeur dans les locaux de la maison EMI. Verdict: c\u2019est une bombe.<\/p>\n<p>Impossible d\u2019emporter l\u2019objet chez soi &#8211; le distributeur craint les copies pirates et on le comprend. Le disque est d\u00e9concertant, tr\u00e8s addictif et tr\u00e8s, tr\u00e8s commercial. Il va \u00eatre converti en MP3 en moins de temps qu\u2019il ne faut pour l\u2019\u00e9crire.<\/p>\n<p>Les amateurs d\u2019electro abstraite vont sans doute le d\u00e9tester. Cet album dont on ne conna\u00eet pas encore le titre recycle sans complexe tous les clich\u00e9s musicaux des ann\u00e9es 70 et 80 avec une dext\u00e9rit\u00e9 \u00e9tonnante. On pense \u00e0 des hackers qui d\u00e9couvriraient l\u2019arch\u00e9ologie. L\u2019art du collage appliqu\u00e9 au hit parade. C\u2019est Kurt Schwitters au Studio 54! <\/p>\n<p>Harmonies de rock FM, voix italodisco, s\u00e9quenceurs en furie, guitares de heavy metal&#8230;. Un mix audio qui r\u00e9pond \u00e0 l\u2019assemblage visuel de la pochette de \u00abHomework\u00bb, comme une chambre d&rsquo;adolescent avec ses posters, ses disques et ses badges des groupes pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n<p>En \u00e9coutant les 14 titres, on s&rsquo;aper\u00e7oit que les samplers ont chang\u00e9 de fonction. L\u2019\u00e9chantillonnage n\u2019est plus seulement formel: il est devenu r\u00e9f\u00e9rentiel, aussi ludique qu&rsquo;un jeu de piste. Ce disque de Daft Punk pourrait inaugurer une esth\u00e9tique post-Napster avec, en guise de fil rouge, un usage intensif des arp\u00e8ges.<\/p>\n<p>Visite des plages encore anonymes qui constituent l&rsquo;album, avec impressions \u00e0 chaud et commentaires en jargon technique.<\/p>\n<p>1. L\u2019album s\u2019ouvre sur \u00abOne More Time\u00bb, d\u00e9j\u00e0 sorti en single, avec la voix de Romanthony pass\u00e9e au vocoder et des harmonies pompeuses qui renvoient au \u00abCan You Feel It\u00bb des Jacksons. Et le plus long break de l\u2019histoire. <\/p>\n<p>2. Un son de cloche qui retentit comme \u00abHell\u2019s Bells\u00bb d\u2019AC\/DC, un rythme concass\u00e9 emprunt\u00e9 au Daft Remix de \u00abMothership Reconnection\u00bb (Scott Grooves, 1998) et surtout, un solo de guitare hard en arp\u00e8ge qui r\u00e9veille le spectre du pire Van Halen. Effrayant, mais dr\u00f4le.<\/p>\n<p>3. Il s\u2019agit apparemment d\u2019un hommage au \u00abVideo Killed The Radio Star\u00bb des Buggles. La  voix du chanteur a \u00e9t\u00e9 filtr\u00e9e par un interphone et on distingue un vieux piano \u00e9lectrique Wurlitzer enfoui sous la neige: c\u2019est Supertramp!<\/p>\n<p>4. Encore une voix pass\u00e9e au vocoder et un rythme syncop\u00e9: un titre \u00e0 \u00e9couter en visionnant le premier \u00abStar Trek\u00bb (1976).<\/p>\n<p>5. Un moment fort de l\u2019album. La bo\u00eete \u00e0 rythme a \u00e9t\u00e9 programm\u00e9e de mani\u00e8re volontairement maladroite, comme \u00e0 l\u2019\u00e9poque d\u2019avant l\u2019invention de la house. On pense aux vieux tubes de Human League ou de Propaganda. Et puis arrive un s\u00e9quenceur acide, suivi par une rythmique funk acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e. On croit reconna\u00eetre quelques \u00e9chos du \u00abBlame It On The Boogie\u00bb des Jacksons. Irr\u00e9sistible.<\/p>\n<p>6. Aucun doute: c\u2019est un hommage \u00e0 \u00abI\u2019m Not In Love\u00bb de 10 CC, en version instrumentale. Un slow baveux comme on n\u2019en fait plus. La nostalgie d\u2019aujourd\u2019hui vaut bien mieux que celle d\u2019hier.<\/p>\n<p>7. \u00c7a commence comme de la mauvaise techno allemande et brusquement, un arp\u00e8ge de synth\u00e9 hi-energy envahit l\u2019espace. Souvenirs de \u00abBizarre Love Triangle\u00bb. On se retrouve dans une discoth\u00e8que de Berlin-Est d\u2019avant la chute du Mur.<\/p>\n<p>8. Une petite s\u00e9quence en hommage \u00e0 Moroder, trois secondes sampl\u00e9es en boucle. Il ne manque plus que la voix d\u2019Irene Cara et on repart pour une s\u00e9quelle de \u00abFlashdance\u00bb.<\/p>\n<p>9. \u00c7a commence par des onomatop\u00e9es de vocoder et \u00e7a se poursuit en eurodisco new-yorkais, style Bobby O de 1982. Le titre? \u00abThe Right One\u00bb, sans doute. Le chanteur fredonne \u00abI want you more than anything in my life\u00bb avec un accent fran\u00e7ais. <\/p>\n<p>10. Un titre cousin de \u00abOne More Time\u00bb, avec rythmique funk et arp\u00e8ges de harpe synth\u00e9tique. On a envie de chanter \u00absaturday night, saturday night\u00bb et de courir dans la rue comme Kevin Bacon dans \u00abFootloose\u00bb. La laideur s\u2019estomperait-elle avec le temps?<\/p>\n<p>11. Et voici maintenant un hommage au Rondo Veneziano, avec bo\u00eete \u00e0 rythme SP 12 programm\u00e9e en 1985 (encore) et des arp\u00e8ges de synth\u00e9 enfil\u00e9s comme des perles de 1986 (toujours). La lassitude pointe \u00e0 l\u2019horizon. <\/p>\n<p>12. Autre moment fort de l\u2019album : une splendide tranche de breakdance \u00e0 mi-chemin entre le \u00abRock It\u00bb de Herbie Hancock et un tube de Zapp qui aurait \u00e9t\u00e9 mal remix\u00e9 par Afrikaa Bambaataa. La bo\u00eete \u00e0 rythme multiplie les d\u00e9rapage contr\u00f4l\u00e9s. A la fin du morceau, c\u2019est le piano \u00e9lectrique qui se d\u00e9saccorde, comme dans la douce balade de Dorothy Parker racont\u00e9e par Prince.<\/p>\n<p>13. F\u00e9tichisme du laser : les musiciens ont reproduit artificiellement les sautillements d\u2019un CD ray\u00e9. Ou alors les b\u00e9gaiements d\u2019un MP3 mal coup\u00e9. On a l\u2019impression qu\u2019un chimpanz\u00e9e zappe entre deux stations de radio et on a envie de s\u2019emparer du transistor pour monter le volume. <\/p>\n<p>14. Au moment o\u00f9 l\u2019auditeur commen\u00e7ait \u00e0 trouver le temps long, voici la voix de Romanthony qui confirme:  \u00abToo Long\u00bb. Un titre a capella, avec claquements de doigts synth\u00e9tiques.  <\/p>\n<p>C\u2019est la fin de l\u2019album. On se dit alors qu\u2019on n\u2019a rarement entendu une musique nostalgique aussi r\u00e9solument tourn\u00e9e vers l\u2019avenir. Le nouveau Daft Punk, c\u2019est de l\u2019avant-garde r\u00e9gressive ou plut\u00f4t: du r\u00e9trofuturisme en version audio. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u2019est le disque electro le plus attendu de l\u2019ann\u00e9e. Un disque d\u2019avant-garde, nostalgique et outrageusement commercial. Les puristes vont sans doute le d\u00e9tester. Largeur.com a pu l\u2019\u00e9couter en primeur.<\/p>\n","protected":false},"author":28,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-608","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-pop-culture","pop-culture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/608","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/28"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=608"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/608\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=608"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=608"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=608"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}