



{"id":592,"date":"2000-12-19T00:00:00","date_gmt":"2000-12-18T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=592"},"modified":"2017-07-12T11:31:38","modified_gmt":"2017-07-12T09:31:38","slug":"langage-7","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=592","title":{"rendered":"Y aura-t-il des cadeaux cool \u00e0 No\u00ebl?"},"content":{"rendered":"<p> \u00abDis donc, tu n\u2019aurais pas des id\u00e9es de cadeaux cool pour No\u00ebl?\u00bb Pas facile. D\u2019abord, il faut se mettre d\u2019accord sur la d\u00e9finition du mot \u00abcool\u00bb. Tout le monde use et abuse de cet adjectif sans trop savoir d\u2019o\u00f9 il vient. Qu\u2019est-ce qui est cool et qu\u2019est-ce qui ne l\u2019est pas?<\/p>\n<p>Pour ceux qui s\u2019int\u00e9ressent \u00e0 la question, deux livres d\u2019un bleu tr\u00e8s cool permettent de voyager de Diog\u00e8ne aux Sex Pistols en passant par James Dean sur les traces de la \u00abcoolitude\u00bb. Et voil\u00e0 d\u00e9j\u00e0 deux cadeaux cool! Un troisi\u00e8me pourrait prendre la forme d\u2019une invitation \u00e0 l\u2019exposition b\u00e2loise du pape de l\u2019esth\u00e9tique cool, Andy Warhol en personne.<\/p>\n<p>C\u2019est la jolie gueule de James Dean qui a attir\u00e9 mon attention sur la couverture de \u00abCool Rules, Anatomy of an Attitude\u00bb de Dick Pountain et David Robins (Reaktion Books, London). Feuilleter l\u2019ouvrage, c\u2019est avoir envie de l\u2019acheter. Ses auteurs, parents d\u2019adolescents, rel\u00e8vent l\u2019usage du mot \u00abcool\u00bb comme un terme d\u2019approbation appliqu\u00e9 \u00e0 diff\u00e9rents objets, situations ou personnes.<\/p>\n<p>Par la m\u00eame occasion, Pountain et Robins se demandent ce qu\u2019il y a de commun entre leur d\u00e9finition du cool et celle de leurs enfants. Deux g\u00e9n\u00e9rations, deux acceptions diff\u00e9rentes du m\u00eame mot. La nouvelle g\u00e9n\u00e9ration s\u2019\u00e9vertuant \u00e0 red\u00e9finir et \u00e0 rejeter l\u2019ancienne forme de coolitude . <\/p>\n<p>Le premier chapitre d\u00e9bute en 1999 avec le licenciement de 6\u2019000 ouvriers de la firme Levi Strauss dont les jeans n\u2019\u00e9taient plus suffisamment cool. Le fabricant apprenant ainsi, \u00e0 ses d\u00e9pends, que le cool n\u2019est pas une propri\u00e9t\u00e9 intrins\u00e8que du produit. Ce qui est per\u00e7u comme cool est amen\u00e9 \u00e0 changer avec le temps. D\u00e9j\u00e0 port\u00e9e par les parents, la paire de Levi\u2019s a perdu sa connotation rebelle. D\u2019o\u00f9 le succ\u00e8s, pour un temps, de Calvin Klein et de Tommy Hilfiger chez les jeunes. <\/p>\n<p>Pountain et Robins n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 rechercher jusqu\u2019au troisi\u00e8me si\u00e8cle avant J\u00e9sus Christ, en Afrique, les premi\u00e8res traces du cool. Au fil de cette longue et surprenante histoire, on voit surgir le sto\u00efcien Diog\u00e8ne, le politicien Marcus Garvey (p\u00e8re du slogan \u00abkeep cool\u00bb), des jazzmen aux sons suggestifs de cette attitude, la couleur bleue et le blues, Elvis Presley et tant d\u2019autres c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s .<\/p>\n<p>Le mot \u00abcool\u00bb est fuyant et peut se transformer \u00e0 la vitesse de l\u2019\u00e9clair en son exact contraire. Les auteurs analysent diff\u00e9rents mouvements d\u2019art, de cin\u00e9ma et de litt\u00e9rature pour montrer \u2013 \u00f4 surprise &#8211; que ce qui a commenc\u00e9 par une posture rebelle adopt\u00e9e par des minorit\u00e9s est devenu un courant synonyme de \u00abdans l\u2019air du temps\u00bb. Qu\u2019en est-il aujourd\u2019hui de ses trois traits distinctifs que sont le narcissisme, le d\u00e9tachement ironique et l\u2019h\u00e9donisme?<\/p>\n<p>D\u2019\u00e9tat permanent de rebellion priv\u00e9e, le cool s\u2019est laiss\u00e9 s\u00e9duire par la consommation. Les publicitaires ont accapar\u00e9 ce label pour cr\u00e9er un bricolage de style et de divertissement destin\u00e9 \u00e0 \u00abinfluencer la mani\u00e8re de penser des gens \u00e0 propos d\u2019eux-m\u00eames et de leur soci\u00e9t\u00e9\u00bb.<\/p>\n<p>Pour toutes ces raisons, le livre de Pountain et Robins constitue un excellent cadeau qu\u2019on destinera tant aux babas nostalgiques de l\u2019\u00e9poque o\u00f9 le cool \u00e9tait vraiment cool qu\u2019\u00e0 leurs enfants d\u00e9sireux d\u2019employer en toute connaissance ce vocable passe partout. <\/p>\n<p>Pour poursuivre l\u2019exploration du ph\u00e9nom\u00e8ne cool, les plus curieux pourront se procurer le livre en allemand d\u2019Ulf Poschardt, intitul\u00e9 tout simplement \u00abCool\u00bb (\u00e9ditions Rogner &#038; Bernhard bei Zweitausendeins, Hamburg). Son constat: notre culture g\u00e8le. Et nous avec.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9tat des postmodernes au d\u00e9but du XXIe si\u00e8cle se caract\u00e9rise par un vide global et universel. Une esth\u00e9tique de la surface lisse et fra\u00eeche a remplac\u00e9 les repr\u00e9sentations \u00abheimelig\u00bb d\u2019un monde int\u00e9rieur chaud. Pour \u00e9viter le gel, des strat\u00e9gies pragmatiques et h\u00e9ro\u00efques de survie se sont d\u00e9velopp\u00e9es. \u00abCool\u00bb est l\u2019histoire de ces strat\u00e9gies, de leurs victoires et de leurs d\u00e9faites, de leur b\u00eatise et de leurs traits de g\u00e9nie.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 des modes de vie et des attitudes cool, Poschardt d\u00e9crit non seulement l\u2019\u00e9tat de la civilisation occidentale mais d\u00e9couvre dans les gestes et les images cool la semence de techniques de vie du futur: un laboratoire pour la quotidiennet\u00e9 de demain. Offrir ce livre en cadeau? A la rigueur, mais seulement \u00e0 ceux qu\u2019une lecture en allemand niveau \u00abavanc\u00e9\u00bb ne rebute pas.<\/p>\n<p>A ma connaissance, le cool n\u2019a fait l\u2019objet d\u2019aucune parution en langue fran\u00e7aise. Les francophones qui cherchent un cadeau cool peuvent toujours se tourner vers l\u2019art et offrir un billet d\u2019entr\u00e9e \u00e0 l\u2019expo \u00abAndy Warhol &#8211; Series and Singles\u00bb (jusqu\u2019au 7 janvier \u00e0 la Fondation Beyeler de Riehen, accessible en tram depuis la gare de B\u00e2le). <\/p>\n<p>Excellent observateur de son \u00e9poque, Warhol incarne, dans les deux livres cit\u00e9s plus haut, l\u2019artiste cool par excellence. De la soci\u00e9t\u00e9 de consommation, il a fait le sujet phare de son \u0153uvre. Peu d\u2019artistes ont autant influenc\u00e9 notre mani\u00e8re de voir et de penser que l\u2019homme aux 200 perruques et aux milliers de chaussures. <\/p>\n<p>L\u2019expo de la <a href=http:\/\/www.beyeler.com target=_blank class=std>Fondation Beyeler<\/a> permet de d\u00e9couvrir quelques films cool de Warhol: \u00abKiss\u00bb, qui pr\u00e9sente deux personnes s\u2019embrassant pendant 54 minutes, ou \u00abSleep\u00bb, 45 minutes de son premier film de six heures montrant un interpr\u00e8te endormi.<\/p>\n<p>Les s\u00e9rigraphies de Marilyn, Jackie et Liz sont aussi au rendez-vous, accompagn\u00e9es des c\u00e9l\u00e8bres dollars et des bouteilles de Coca Cola. Sans oublier la bo\u00eete de Campbell Soup dont il disait: \u00abHere it is, isn\u2019t it cool? We can make lots of money from it, and that\u2019s cool too.\u00bb.<\/p>\n<p>Traduction: \u00abLa voil\u00e0, elle est cool, non? On peut gagner plein d\u2019argent avec, et \u00e7a aussi, c\u2019est cool.\u00bb<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\nExpo Warhol \u00e0 la <a href=http:\/\/www.beyeler.com target=_blank class=std>Fondation Beyeler<\/a> jusqu\u2019au 7 janvier 2001.<\/p>\n<p>\u00ab<a href=http:\/\/www.amazon.co.uk\/exec\/obidos\/ASIN\/1861890710\/largeurcom target=_blank>Cool Rules, Anatomy of an Attitude<\/a>\u00bb de Dick Pountain et David Robins (Reaktion Books, London).<\/p>\n<p>\u00abCool\u00bb, de Ulf Poschardt (\u00e9ditions Rogner &#038; Bernhard bei Zweitausendeins, Hamburg).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mais d\u2019abord, que signifie vraiment ce mot \u00abcool\u00bb qu\u2019on utilise \u00e0 tort et \u00e0 travers? Deux livres plut\u00f4t cal\u00e9s se penchent sur la question. Et pourquoi pas les offrir? Autre possibilit\u00e9: une journ\u00e9e warholienne du c\u00f4t\u00e9 de B\u00e2le.<\/p>\n","protected":false},"author":375,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[1298],"class_list":["post-592","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-latitude","tag-chroniques","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/592","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/375"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=592"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/592\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6004,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/592\/revisions\/6004"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=592"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=592"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=592"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}