



{"id":59,"date":"1999-05-09T00:00:00","date_gmt":"1999-05-08T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=59"},"modified":"2021-11-10T17:15:36","modified_gmt":"2021-11-10T16:15:36","slug":"strategie-6","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=59","title":{"rendered":"Certains r\u00e9flexes militaires de 39-45 se retrouvent dans les Balkans"},"content":{"rendered":"<p>On c\u00e9l\u00e9brait ce week-end (le 8 mai pour les Occidentaux, le 9 pour les ex-Sovi\u00e9tiques) le cinquante-quatri\u00e8me anniversaire de la fin de la deuxi\u00e8me guerre mondiale. Tous les t\u00e9moignages concordent: pour ceux qui la v\u00e9curent, cette guerre sembla ne jamais devoir finir. M\u00eame si elle ressembla fort peu \u00e0 celle qui s\u00e9vit aujourd&rsquo;hui en Yougoslavie, quelques-uns de ses traits les plus saillants peuvent utilement nourrir notre r\u00e9flexion.<\/p>\n<p><b>1. Avantage initial \u00e0 l&rsquo;agresseur<\/b><\/p>\n<p>En automne 1939, malgr\u00e9 les six longues ann\u00e9es de provocations nazies au cours desquelles Hitler ne cacha ni ses ambitions meurtri\u00e8res ni son humeur guerri\u00e8re, aucun des pays vis\u00e9s n&rsquo;\u00e9tait pr\u00eat militairement \u00e0 affronter le cataclysme. Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne attendirent sagement que le conflit \u00e9clate avant de se pr\u00e9parer. Il fallut pr\u00e8s de deux ans aux Etats-Unis pour restructurer l&rsquo;appareil de production en fonction des besoins militaires.<\/p>\n<p>En France, malgr\u00e9 la proximit\u00e9 avec l&rsquo;Allemagne hitl\u00e9rienne, malgr\u00e9 une \u00abdr\u00f4le de guerre\u00bb de plus de six mois en 1939-40, l&rsquo;Etat-major, dirig\u00e9 par une armada de g\u00e9n\u00e9raux aussi incomp\u00e9tents que pr\u00e9somptueux, fut cueilli \u00e0 froid et d\u00e9boussol\u00e9 par l&rsquo;offensive de mai 40. Ces gens-l\u00e0 se croyaient prot\u00e9g\u00e9s par la ligne Maginot, oubliant qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait pas interdit de passer \u00e0 c\u00f4t\u00e9!<\/p>\n<p>L&rsquo;arm\u00e9e russe fut elle aussi surprise en \u00e9tat de d\u00e9sorganisation totale au moment de l&rsquo;agression hitl\u00e9rienne de juin 41. De m\u00eame, en 1939, l&rsquo;arm\u00e9e suisse \u00e9tait loin d&rsquo;\u00eatre pr\u00eate. Guisan se retrouva sans moyens de transport, ni aviation. Les arm\u00e9es modernes sont, comme toutes les administrations, des monstres d&rsquo;inertie qu&rsquo;il n&rsquo;est jamais facile de mouvoir et, de surcro\u00eet, allergiques par d\u00e9finition au concept d&rsquo;urgence.<\/p>\n<p>L&rsquo;agresseur jouit ainsi, de toute mani\u00e8re et toujours, de l&rsquo;effet de surprise, m\u00eame si cette \u00absurprise\u00bb est claironn\u00e9e sur tous les tons depuis des ann\u00e9es. Mais il est aussi, \u00e0 la longue, vou\u00e9 \u00e0 \u00eatre broy\u00e9 par le mouvement qu&rsquo;il a lui-m\u00eame d\u00e9clench\u00e9. Milosevic n&rsquo;\u00e9chappera pas \u00e0 la r\u00e8gle.<\/p>\n<p><b>2. Une alliance est une somme de contradictions<\/b><\/p>\n<p>Une coalition ou une alliance militaire est la r\u00e9sultante de la somme des contradictions qui la composent. Des biblioth\u00e8ques enti\u00e8res ont \u00e9t\u00e9 remplies par les auteurs cherchant \u00e0 comprendre les relations entre les principaux vainqueurs du IIIe Reich. M\u00eame Churchill et Roosevelt, dont l&rsquo;entente profonde fut le socle de la coalition alli\u00e9e pendant la guerre, ob\u00e9issaient \u00e0 leurs propres logiques politiques voire politiciennes, notamment par rapport \u00e0 leur troisi\u00e8me alli\u00e9, Staline.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 De Gaulle, on cherche aujourd&rsquo;hui encore \u00e0 conna\u00eetre les tenants et aboutissants de son action. L&rsquo;affaire Jean Moulin, qui divise les historiens depuis six mois, illustre ces incertitudes. Reste que ces contradictions furent r\u00e9duites par un objectif clair et admis par chacun : la guerre ne cesserait qu&rsquo;avec la capitulation sans condition du IIIe Reich. Par rapport \u00e0 un adversaire qui ne rend de comptes \u00e0 personne, une alliance est d\u00e9favoris\u00e9e par son fonctionnement qui implique l&rsquo;approbation de chacun des membres.<\/p>\n<p><b>3. \u00abTuez-les tous! Dieu reconna\u00eetra les siens\u00bb<\/b><\/p>\n<p>Form\u00e9es avant tout \u00e0 l&rsquo;ob\u00e9issance depuis que Fr\u00e9d\u00e9ric le Grand imagina l&rsquo;organigramme de l&rsquo;arm\u00e9e prussienne, mod\u00e8le adopt\u00e9 par toutes les arm\u00e9es, les \u00e9lites militaires brillent par leur servilit\u00e9 et leur opportunisme. Sinon, comment gravir les \u00e9chelons de la hi\u00e9rarchie? Certainement pas en faisant preuve de sens critique ou d&rsquo;autonomie dans le jugement.<\/p>\n<p>Le corollaire de cette donn\u00e9e de base est le recours au quantitatif au d\u00e9triment du qualitatif. M\u00eame dans un pays comme la Suisse, qui cultive les concours de tir depuis la fin du Moyen Age, il fallut attendre les ann\u00e9es 1860 pour que l&rsquo;\u00e9tat-major ordonne \u00e0 la troupe de tirer bien plut\u00f4t que beaucoup, et s\u00e9lectionne les bons tireurs.<\/p>\n<p>Pendant la deuxi\u00e8me guerre mondiale, les bombardements massifs autant qu&rsquo;inutiles des villes soumises au IIIe Reich mirent en \u00e9vidence cette logique aberrante que l&rsquo;on voit \u00e0 nouveau \u00e0 l&rsquo;oeuvre en Yougoslavie. Cette logique purement militaire an\u00e9antit le plus souvent toute consid\u00e9ration politique: depuis le d\u00e9but de ses bombardements en Yougoslavie, l&rsquo;OTAN ne tient aucun compte des particularit\u00e9s du Mont\u00e9n\u00e9gro, de la Vo\u00efvodine ou de villes (Nis) oppos\u00e9es \u00e0 Milosevic.<\/p>\n<p>Le vieux principe des croisades, \u00abTuez-les tous! Dieu reconna\u00eetra les siens\u00bb est toujours d&rsquo;actualit\u00e9. Pendant la guerre mondiale, la diabolisation de tous les Allemands emp\u00eacha toute opposition \u00e0 Hitler et tout soutien \u00e0 ses victimes.<\/p>\n<p><b>4. En mati\u00e8re militaire, le pire est toujours s\u00fbr<\/b><\/p>\n<p>Apr\u00e8s cinq ans et demi de guerre, les hommes de mai 1945 pensaient avoir v\u00e9cu le pire et donn\u00e8rent libre cours \u00e0 leur soulagement. Erreur! Il leur fallut encore prendre la pleine mesure de l&rsquo;horreur de la Shoah, d\u00e9couvrir par un beau matin d&rsquo;ao\u00fbt que des centaines de milliers de Japonais avaient \u00e9t\u00e9 carbonis\u00e9s en quelques instants par la bombe atomique et, enfin, conna\u00eetre pendant l&rsquo;hiver suivant une famine digne des disettes moyen\u00e2geuses.<\/p>\n<p>Une fois que la logique de guerre est d\u00e9clench\u00e9e, le pire est toujours s\u00fbr. Au moment o\u00f9 j&rsquo;\u00e9cris, les radios cr\u00e9pitent de commentaires suite au bombardement &#8211; par erreur? &#8211; de l&rsquo;ambassade chinoise \u00e0 Belgrade. Qui aurait pr\u00e9vu le 24 mars que la Chine, oppos\u00e9e aux frappes, serait impliqu\u00e9e de cette mani\u00e8re dans le conflit?<\/p>\n<p><b>5. Des colosses incomp\u00e9tents<\/b><\/p>\n<p>L&rsquo;OTAN a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e au lendemain de la deuxi\u00e8me guerre mondiale pour prot\u00e9ger l&rsquo;Occident de la menace sovi\u00e9tique. Pendant cinquante ans, deux colosses arm\u00e9s se sont fait face en plein milieu de l&rsquo;Europe. Nous avons vu l&rsquo;arm\u00e9e sovi\u00e9tique \u00e0 l&rsquo;oeuvre en Afghanistan \u00e0 partir de 1979. Le moins que l&rsquo;on puisse dire est qu&rsquo;elle ne fut \u00e0 la hauteur ni des cr\u00e9dits qui lui furent allou\u00e9s par Moscou, ni du cr\u00e9dit que lui donnaient les m\u00e9dias du monde entier. Dans le feu de l&rsquo;action, elle se d\u00e9composa.<\/p>\n<p>Depuis six semaines, nous voyons l&rsquo;arm\u00e9e de l&rsquo;OTAN \u00e0 l&rsquo;oeuvre en Yougoslavie. Difficile de dire que ses r\u00e9sultats sont meilleurs que ceux de l&rsquo;ex-arm\u00e9e rouge en Afghanistan. Mais r\u00e9trospectivement, comment ne pas avoir la chair de poule \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e que ces deux monstres d&rsquo;incomp\u00e9tence auraient pu s&rsquo;affronter sur l&rsquo;ensemble des territoires de l&rsquo;Europe m\u00e9diane?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D&rsquo;une guerre \u00e0 l&rsquo;autre, on voit r\u00e9appara\u00eetre les m\u00eames tactiques et les m\u00eames rat\u00e9s dans les arm\u00e9es. G\u00e9rard Delaloye raconte et compare.<\/p>\n","protected":false},"author":26,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[],"class_list":["post-59","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-glocal","glocal"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/59","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/26"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=59"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/59\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12315,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/59\/revisions\/12315"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=59"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=59"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=59"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}