



{"id":585,"date":"2000-12-10T00:00:00","date_gmt":"2000-12-09T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=585"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"cinema","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=585","title":{"rendered":"Heidi 2000, coproduction europ\u00e9enne en dialecte al\u00e9manique"},"content":{"rendered":"<p>Markus Imboden est n\u00e9 au pied des Alpes bernoises, \u00e0 Interlaken. Son p\u00e8re conduisait le train qui m\u00e8ne \u00e0 Wengen, derni\u00e8re station avant le Jungfraujoch. Il se rappelle des excursions en haute montagne, des temp\u00eates, du danger dans une nature extr\u00eame. \u00abLes montagnes sont belles, puissantes, j\u2019aime leur paix, elles sont comme un monde originel.\u00bb<\/p>\n<p><center><img src=images\/large111200art.jpg><\/center><\/p>\n<p>Cependant, un beau jour, Imboden est parti \u00e9tudier l\u2019histoire et la litt\u00e9rature allemande \u00e0 Zurich parce qu\u2019il ne supportait plus l\u2019\u00e9troitesse des vall\u00e9es. Pour s\u2019expliquer, il cite le c\u00e9l\u00e8bre essayiste al\u00e9manique Niklaus Meienberg: \u00abEn Suisse, les montagnes sont comme des \u0153ill\u00e8res: on finit par ne plus rien voir d\u2019autre qu\u2019elles.\u00bb<\/p>\n<p>Ce n\u2019est donc pas pour chanter les louanges des Alpes et diaboliser la ville que le cin\u00e9aste vient de tourner une nouvelle version de l\u2019histoire de Heidi, qui sortira sur les \u00e9crans au printemps prochain. Ce n\u2019est pas non plus pour parler de la Suisse qui n\u2019est, selon lui, absolument pas un th\u00e8me dans cette histoire d\u2019orpheline vivant en parfaite harmonie avec la nature sauvage.<\/p>\n<p>Rencontr\u00e9 dans un bistrot de son quartier zurichois, Markus Imboden explique ce qui l\u2019a int\u00e9ress\u00e9 dans le mythe helv\u00e9tique le plus c\u00e9l\u00e8bre au monde (en admettant que la petite Heidi est plus populaire que son anc\u00eatre Guillaume Tell). <\/p>\n<p>Si la Suisse n\u2019est pas un sujet pour lui, le cin\u00e9aste s\u2019est pourtant fait remarquer ces derni\u00e8res ann\u00e9es par des com\u00e9dies 100% al\u00e9maniques jou\u00e9es en dialecte. Cela a \u00e9t\u00e9 d\u2019abord \u00abKatzendiebe\u00bb (\u00abVoleur de chats\u00bb) et, cette ann\u00e9e, \u00ab<a href=http:\/\/largeur.com\/expArt.asp?artID=556 target=_blank>Komiker<\/a>\u00bb. Les deux \u0153uvres ont rencontr\u00e9 un succ\u00e8s remarquable dans un pays o\u00f9 les films du cru d\u00e9passent tr\u00e8s rarement la barre des 100\u2019000 spectateurs: le premier en a attir\u00e9 120\u2019000, le second en est d\u00e9j\u00e0 \u00e0 156\u2019000.<\/p>\n<p>Mais, face \u00e0 ces films en dialecte, les Romands restent de marbre. Quand j\u2019ai rencontr\u00e9 Markus Imboden, je lui ai donc demand\u00e9 (en allemand) pourquoi il tient tant \u00e0 un dialecte qui ne fait que creuser un peu plus profond ce qu\u2019on appelle le R\u00f6stigraben. <\/p>\n<p><b>Largeur.com: Etes-vous un passionn\u00e9 de Heidi?<\/b> <\/p>\n<p><b>Markus Imboden<\/b>: Non, je ne l\u2019\u00e9tais pas avant de me lancer dans l\u2019aventure. Enfant, j\u2019avais lu le livre de Johanna Spyri comme tout le monde. C\u2019est la productrice Ruth Waldburger qui a eu l\u2019id\u00e9e d\u2019une nouvelle Heidi parce qu\u2019elle souhaitait qu\u2019on tourne un film qui puisse s\u2019adresser \u00e0 sa fille de 4 ans. Moi aussi, je suis fatigu\u00e9 de voir avec ma propre fille toujours les m\u00eames films pour enfants. Qu\u2019avons-nous \u00e0 part Fifi Brindacier et les Am\u00e9ricains? Je n\u2019ai rien contre les films am\u00e9ricains mais je pense qu\u2019on a besoin de production europ\u00e9ennes. <\/p>\n<p><b>Votre Heidi est d\u2019ailleurs une coproduction largement europ\u00e9enne r\u00e9alis\u00e9e entre la Suisse, la France, l\u2019Allemagne et l\u2019Italie avec un budget de 6 millions de francs suisses, les acteurs venant de ces quatre pays. Quelle sera la langue de la version originale?<\/b><\/p>\n<p>Le dialecte al\u00e9manique. Nous sommes en train de synchroniser le film, chaque com\u00e9dien ayant jou\u00e9 dans sa langue. Le film sera distribu\u00e9 en version doubl\u00e9e, car on ne peut pas demander aux enfants de lire les sous-titres. Nous avons modifi\u00e9 l\u2019histoire, afin de rendre vraisemblable le fait que tous les personnages parlent le dialecte. <\/p>\n<p><b>Pourquoi avoir opt\u00e9 pour le dialecte?<\/b><\/p>\n<p>Parce qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une histoire suisse allemande et parce que c\u2019est la langue parl\u00e9e par nos enfants. Il aurait \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement invraisemblable que les personnages s\u2019expriment en Hochdeutsch. <\/p>\n<p><b>Pourquoi avoir choisi Cornelia Gr\u00f6schel, une jeune Allemande de Dresde, comme interpr\u00e8te de Heidi?<\/b><\/p>\n<p>Nous avons simplement cherch\u00e9 la meilleure com\u00e9dienne qui soit et il se trouve que c\u2019est elle. Alors, bien s\u00fbr, le Blick nous a d\u00e9j\u00e0 attaqu\u00e9, nous reprochant d\u2019avoir confi\u00e9 le r\u00f4le \u00e0 une Allemande. Il a \u00e9galement publi\u00e9 des lettres de lecteurs qui crient au scandale parce que notre mythe, notre figure nationale n\u2019est pas jou\u00e9e par une Suissesse! J\u2019esp\u00e8re que le public sera suffisamment intelligent pour ne pas tomber dans cette b\u00eatise. Nous ne voulons surtout pas faire un film de propagande suisse. <\/p>\n<p><b>Avez-vous compl\u00e8tement gomm\u00e9 l\u2019aspect id\u00e9ologique de l\u2019histoire qui pr\u00e9sente la Suisse comme le pays id\u00e9al et salvateur?<\/b><\/p>\n<p>Je ne crois pas qu\u2019il s\u2019agisse forc\u00e9ment de la Suisse. Johanna Spyri a \u00e9crit un livre id\u00e9ologique pour id\u00e9aliser les montagnes et diaboliser la ville, mais l\u2019histoire pourrait tout aussi bien se d\u00e9rouler en Autriche. Si Heidi est toujours si populaire de l\u2019Europe au Japon o\u00f9 elle est l\u2019h\u00e9ro\u00efne d\u2019une nouvelle s\u00e9rie, ce n\u2019est pas \u00e0 cause de la Suisse, mais \u00e0 cause des montagnes et de l\u2019histoire. Nous voulons raconter l\u2019histoire d\u2019une fille de 12 ans qui a perdu sa m\u00e8re et qui doit se construire un nouveau foyer: elle est seule et elle doit se battre pour se construire un avenir. Elle est spontan\u00e9e, courageuse, sans m\u00e9chancet\u00e9. C\u2019est elle, alors qu\u2019elle est orpheline, qui r\u00e9concilie Clara et sa m\u00e8re, qui leur montre que le lien filial vaut la peine d\u2019\u00eatre v\u00e9cu. Une Clara qui n\u2019est plus l\u2019handicap\u00e9e physique qui sera sauv\u00e9e par les Alpes et le lait, mais une fille insolente, jalouse, m\u00e9chante qui se transformera au contact de Heidi.<\/p>\n<p><b>Pour revenir sur la question de la langue, Heidi est votre quatri\u00e8me film en dialecte. Pourquoi cet attachement? ?<\/b><\/p>\n<p>Le dialecte est ma langue maternelle, celle que je connais le mieux. Elle est tr\u00e8s belle et riche, elle permet d\u2019exprimer des nuances de sentiments impossible \u00e0 traduire: elle impr\u00e8gne vraiment notre fa\u00e7on d\u2019\u00eatre. Par exemple, nous avons plusieurs termes pour dire le baiser. En dialecte, on est moins direct, on relativise beaucoup. Lorsque je tourne en Allemagne, je le fais \u00e9videmment en Hochdeutsch. Mais, ici, cela n\u2019aurait aucun sens, ce serait artificiel. Je trouve absurde que des cin\u00e9astes fran\u00e7ais choisissent de tourner en anglais dans l\u2019espoir d\u2019\u00eatre vendus aux Etats-Unis. Evidemment, le dialecte fait qu\u2019un film d\u00e9passe tr\u00e8s difficilement les fronti\u00e8res al\u00e9maniques. Je savais bien que \u00ab<a href=http:\/\/largeur.com\/expArt.asp?artID=556 target=_blank>Komiker<\/a>\u00bb ne ferait pas fureur en Suisse romande. Mais l\u2019humour est inscrit dans une langue, une fois traduit, il perd sa saveur. Je crois qu\u2019il est important que les films en dialecte existent. A l\u2019\u00e9tranger, ils passent dans des festivals, ils sont vus par un public d\u2019intellectuels restreint: c\u2019est leur destin. <\/p>\n<p><b>Mais ce recours de plus en plus fr\u00e9quent au dialecte, que ce soit dans les radios et t\u00e9l\u00e9visions priv\u00e9es, au th\u00e9\u00e2tre et au cin\u00e9ma ne creuse-t-il pas toujours un peu plus le foss\u00e9 entre les Al\u00e9maniques et les autres Suisse?<\/b><\/p>\n<p>Pour les Al\u00e9maniques, le dialecte fonde l\u2019identit\u00e9. Une relation amoureuse ne peut fonctionner que si chacun des partenaires la vit en restant lui-m\u00eame. Le dialecte aide le Suisse al\u00e9manique \u00e0 se sentir lui-m\u00eame. De m\u00eame, le \u00abMundartrock\u00bb chant\u00e9 en dialecte aide les jeunes musiciens \u00e0 comprendre la valeur de leur culture. Ce n\u2019est pas une d\u00e9marche conservatrice, cela vient de la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019affirmer son identit\u00e9. Ce n\u2019est pas non plus un acte dirig\u00e9 contre les autres communaut\u00e9s. Simplement, il est important de pouvoir construire son identit\u00e9 culturelle. Cela dit, mon prochain film sera en Hochdeutsch. Nous sommes en train de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 une histoire qui reprendrait les acteurs de \u00ab<a href=http:\/\/largeur.com\/expArt.asp?artID=556 target=_blank>Komiker<\/a>\u00bb en introduisant un personnage romand. Cela justifierait le recours au Hochdeutsch. C\u2019est une id\u00e9e qui me pla\u00eet bien.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le cin\u00e9aste bernois Markus Imboden vient de tourner une nouvelle version de \u00abHeidi\u00bb avec des capitaux fran\u00e7ais, allemands et italiens. 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