



{"id":567,"date":"2000-11-22T00:00:00","date_gmt":"2000-11-21T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=567"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"film","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=567","title":{"rendered":"\u00abIn the mood for love\u00bb, adult\u00e8res et rituels"},"content":{"rendered":"<p>\u00abIn the mood for love\u00bb, dernier film en date de Wong Kar-wai, est une splendide toile tiss\u00e9e autour de pas grand chose. Un sc\u00e9nario arch\u00e9typal (un homme, une femme, une histoire d\u2019amour qui ne se fera pas), deux acteurs omnipr\u00e9sents (Maggie Cheung et le prix d\u2019interpr\u00e9tation masculine \u00e0 Cannes, Tony Leung), une poign\u00e9es de lieux toujours identiques (la chambre, le bureau, un escalier, une fa\u00e7ade). C\u2019est tout.<\/p>\n<p><center><img src=images\/large231100art1.jpg><\/center><\/p>\n<p>Prenant chacun de ces \u00e9l\u00e9ments et les circonscrivant par des mouvements de cam\u00e9ra lents et curieux, Wong Kar-wai d\u00e9roule son film comme un rituel renouvel\u00e9 toutes les cinq minutes. Les sc\u00e8nes semblent se r\u00e9p\u00e9ter, les lieux restent toujours les m\u00eames, les acteurs se cantonnent dans des mines immuables (beaut\u00e9 inqui\u00e8te de la femme, nonchalance d\u00e9sirante de l\u2019homme). Et le film prend son envol presque insensiblement, \u00e0 travers ces gestes sans cesse r\u00e9it\u00e9r\u00e9s et ces sc\u00e8nes qui se ressemblent toutes.<\/p>\n<p>Car au gr\u00e9 des \u00abr\u00e9p\u00e9titions\u00bb, cet homme et cette femme, qui sont voisins de palier et tous deux d\u00e9j\u00e0 mari\u00e9s, vont commencer \u00e0 \u00e9prouver une attirance si forte qu\u2019ils ne voudront surtout pas la faire ressembler \u00e0 un adult\u00e8re standard, tel que le pratiquent ceux qui les entourent (le patron d\u2019elle et leurs conjoints respectifs s\u2019y adonnent en toute banalit\u00e9).<\/p>\n<p>Or c\u2019est justement la \u00abr\u00e9p\u00e9tition\u00bb, au sens th\u00e9\u00e2tral du texte, qui permet ce glissement imperceptible: pour comprendre (ou exorciser?) l\u2019infid\u00e9lit\u00e9 de leurs conjoints, lui et elle \u00abjouent\u00bb et \u00abrejouent\u00bb les sc\u00e8nes adult\u00e9rines telles qu\u2019elles auraient pu se passer. Le trouble est immense entre les sentiments feints ou sinc\u00e8res, les identit\u00e9s endoss\u00e9es ou r\u00e9elles, tout cela dans un t\u00e9n\u00e9breux Hong-Kong des ann\u00e9es 60, au sein d\u2019une culture connue pour n\u2019ext\u00e9rioriser ses sentiments que de fa\u00e7on minimaliste. A cet \u00e9gard, les deux acteurs sont \u00e9poustouflants d\u2019int\u00e9riorit\u00e9 fr\u00e9missante.<\/p>\n<p>Un seul \u00e9l\u00e9ment vient indiquer que, malgr\u00e9 la r\u00e9p\u00e9tition inlassable d\u2019images apparent\u00e9es, le temps n\u2019en continue pas moins de passer: les robes moulantes de Maggie Cheung. Elles sont toutes taill\u00e9es \u00e0 l\u2019identique, mais dans des tissus chaque fois changeants. Il arrive ainsi qu\u2019au cours d\u2019une discussion au restaurant, dans ce qui aurait pu sembler \u00eatre une m\u00eame sc\u00e8ne, la femme porte une robe diff\u00e9rente au moment o\u00f9 le plan change.<\/p>\n<p>Moyen magnifique de dire \u00e0 la fois le temps qui passe et la dissemblance de moments qui se r\u00e9p\u00e8tent, tout en sugg\u00e9rant la coquetterie d\u2019un personnage. Moyen magistral de rendre narratif un objet qui aurait pu demeurer d\u00e9coratif.<\/p>\n<p>Telle est la force de Wong Kar-wai. Son obsession formaliste n\u2019est pas s\u00e9parable de sa d\u00e9marche de cin\u00e9aste, c\u2019est-\u00e0-dire de conteur. Car qu\u2019est-ce que le cin\u00e9ma sinon une mani\u00e8re de rythmer les minutes, de se glisser dans les rides du temps par l\u2019image et par le son?<\/p>\n<p>Auteur des magnifiques \u00abHappy Together\u00bb et \u00abChunking Express\u00bb, Wong Kar-wai n\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre jamais all\u00e9 si loin dans l\u2019attachement \u00e0 la forme, \u00e0 l\u2019image quasi-picturale, \u00e0 l\u2019usage savant du ralenti (sur deux mains qui s\u2019effleurent) et \u00e0 la construction d\u2019ensemble (des s\u00e9quences au ralenti accompagn\u00e9es d\u2019une musique toujours identique scandent son film, avant un final \u00e9vid\u00e9 et lyrique dans le ruines d\u2019Angkor). Et jamais il n\u2019avait \u00e9t\u00e9 aussi simple et direct dans sa mani\u00e8re de narrer une histoire vieille comme l\u2019humanit\u00e9.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\nA lire aussi: une <a href=http:\/\/www.liberation.com\/cinema\/200011\/20001108mood.html target=_blank class=std>interview<\/a> de Wong Kar-wai sur le site de Lib\u00e9ration.<\/p>\n<p>Le <a href=http:\/\/www.wkw-inthemoodforlove.com\/ target=_blank class=std>site<\/a> officiel de \u00abIn the mood for love\u00bb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La derni\u00e8re \u0153uvre de Wong Kar-wai n\u2019est pas un film, c\u2019est une quintessence. Un peu comme un concentr\u00e9 de cin\u00e9ma pour redire la magie du Septi\u00e8me Art par les moyens les plus simples et les plus m\u00e9morables.<\/p>\n","protected":false},"author":3594,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-567","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-pop-culture","pop-culture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/567","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3594"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=567"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/567\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=567"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=567"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=567"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}