



{"id":563,"date":"2000-11-19T00:00:00","date_gmt":"2000-11-18T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=563"},"modified":"2017-07-12T11:32:04","modified_gmt":"2017-07-12T09:32:04","slug":"philosophie-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=563","title":{"rendered":"Adjani et l\u2019immortalit\u00e9"},"content":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s une longue absence, Isabelle Adjani est de retour. Dame aux cam\u00e9lias sur les planches parisiennes, elle vient de faire la une de la plupart des magazines f\u00e9minins. Vous chercherez, mais en vain, une ride sur ce visage lisse, transparent. Le temps ne semble pas avoir prise cette quadra. La belle Isabelle d\u00e9fierait-elle les lois du vieillissement, serait-elle immortelle?<\/p>\n<p><center><img src=images\/large201100art.jpg><\/center><\/p>\n<p>Miracle de la cosm\u00e9tique, du bistouri ou du laser, peu importe: la d\u00e9marche est path\u00e9tique. Pauvre Adjani! Oblig\u00e9e de tricher avec la vie, de gommer la trace des \u00e9motions qui font le sel d\u2019une existence. Victime de la tyrannie des apparences, tout comme Florence Arthaud qui avouait, alors qu\u2019elle venait de remporter la Route du Rhum, craindre par-dessus tout l\u2019arriv\u00e9e des premi\u00e8res rides. Plut\u00f4t que de savourer ses atouts, la fianc\u00e9e des quaranti\u00e8mes rugissants pr\u00e9f\u00e9rait se faire du mouron pour le cap de la quarantaine\u2026 <\/p>\n<p>Adjani, Arthaud  deux exemples de femmes appartenant \u00e0 cette g\u00e9n\u00e9ration qui aborde l\u2019\u00e2ge m\u00fbr dans une soci\u00e9t\u00e9 qui n\u2019aime ni l\u2019id\u00e9e ni l\u2019image du vieillissement. Elles sont embl\u00e9matiques d\u2019un troisi\u00e8me mill\u00e9naire parti \u00e0 l\u2019assaut de la jeunesse \u00e9ternelle \u00e0 coups de testost\u00e9rone, de m\u00e9latonine, d\u2019hormone de croissance, de THS (traitement hormonal de substitution) ou de DHEA (d\u00e9hydro\u00e9piandrost\u00e9rone).<\/p>\n<p>Autant de substances prohib\u00e9es dans les milieux sportifs. La pharmacop\u00e9e de la \u00abfemme d\u2019\u00e2ge m\u00fbr qui se prend en charge\u00bb (bel euph\u00e9misme) n\u2019a rien \u00e0 envier \u00e0 celle d\u2019un Virenque! <\/p>\n<p>Depuis cet \u00e9t\u00e9, la m\u00e9decine dispose officiellement d\u2019une discipline suppl\u00e9mentaire, la m\u00e9decine de l\u2019anti-vieillissement (\u00abanti-aging\u00bb). Le congr\u00e8s de l\u2019<a href=http:\/\/www.hcoa.org target=_blank>Acad\u00e9mie am\u00e9ricaine de l\u2019Anti-Aging Medicine<\/a> s\u2019est tenu cet \u00e9t\u00e9 \u00e0 Chicago. Il s\u2019agit de la premi\u00e8re soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 consid\u00e9rer le ph\u00e9nom\u00e8ne du vieillissement humain comme un probl\u00e8me m\u00e9dical n\u00e9cessitant un traitement. Le r\u00eave faustien de jeunesse \u00e9ternelle est toujours bien vivant.<\/p>\n<p>Rares sont les femmes c\u00e9l\u00e8bres qui osent se soustraire au discours ambiant. Isabelle Huppert ou Sharon Stone, pour ne citer qu\u2019elles, ne mettent pas le genou \u00e0 terre devant le diktat de la peau lisse. Qui, en les voyant, osera pr\u00e9tendre que les femmes ne sont belles que lorsqu\u2019elles sont jeunes?<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 l\u2019arsenal constitu\u00e9 par l\u2019effaceur de rides, l\u2019antirides fermet\u00e9 pour la nuit, l\u2019actif anti-\u00e2ge pour la jeunesse du regard, le contour lisse pour les l\u00e8vres, la cr\u00e8me antitache pour les mains et j\u2019en passe, la guerre contre les rides peut, au mieux, retarder un ph\u00e9nom\u00e8ne in\u00e9luctable et, \u00e0 coup s\u00fbr, vous co\u00fbter tr\u00e8s cher. Impossible de rivaliser avec une Lara Croft qui conserve \u00e9ternellement ses 25 ans et son look canon. Mais est-il vraiment si difficile d\u2019accepter cette \u00e9vidence?<\/p>\n<p>\u00abElles croyaient qu\u2019elles ne vieilliraient jamais\u00bb, l\u2019ouvrage que viennent de publier R\u00e9gine Lemoine-Darthois et Elisabeth Weissman (aux \u00e9ditions Albin Michel) donne la parole \u00e0 ces femmes dont le corps les l\u00e2che tandis que la soci\u00e9t\u00e9 les largue. On y d\u00e9couvre la r\u00e9alit\u00e9 comme les femmes se la racontent entre amies.<\/p>\n<p>Il y est beaucoup question d\u2019effondrements: deuils, pertes, exclusion, rejet, sans parler de l\u2019effondrement \u00abdes tissus, des chairs, des fesses, des seins, des cuisses, du haut des bras, du ventre\u2026\u00bb. Les actuelles quadras et quinquas ont pris le jeunisme de plein fouet. En secret, elles ruminent la honte de vieillir, se transforment malgr\u00e9 elles en victimes consentantes d\u2019un syst\u00e8me qu\u2019elles r\u00e9prouvent.<\/p>\n<p>Accepter de vieillir requiert un travail de lucidit\u00e9 auquel tout le monde n\u2019est pas pr\u00eat. \u00abIl faut se battre pour changer le regard que porte la soci\u00e9t\u00e9 sur le vieillissement, faire d\u00e9couvrir aux enfants que grandir, c\u2019est vieillir, et que vieillir, c\u2019est grandir\u00bb, estime Fran\u00e7oise Forette, de la Fondation nationale de g\u00e9rontologie (\u00abLa R\u00e9volution de la long\u00e9vit\u00e9\u00bb, Grasset).<\/p>\n<p>Adjani a confi\u00e9 au magazine Elle du 30 octobre sa perplexit\u00e9 face \u00e0 la bri\u00e8vet\u00e9 de la vie et son d\u00e9sir de rattraper le temps perdu: \u00abJe vais me remettre au latin, et ensuite j\u2019apprendrai le grec ancien\u00bb. Si elle met \u00e0 ex\u00e9cution ses projets, peut-\u00eatre lira-t-elle, dans le texte, \u00abDe Senectute\u00bb de Ciceron ou \u00abDe Brevitate vitae\u00bb de S\u00e9n\u00e8que. Deux textes qui en deux mille ans n\u2019ont pas pris une ride.<\/p>\n<p>\u00abDe la vieillesse\u00bb est un dialogue \u00e9crit en l\u2019an 44 avant J.C. qui r\u00e9pond aux principaux chefs d\u2019accusation lanc\u00e9s contre la vieillesse. Pour Ciceron, en vieillissant, on entre dans un \u00e2ge plus propice \u00e0 l\u2019accomplissement des ouvrages de l\u2019esprit. Le corps, d\u00e9livr\u00e9 de la servitude des sens, guide alors  l\u2019\u00e2me vers cette lib\u00e9ration d\u00e9finitive qui s\u2019accomplit par la mort, acte ultime de l\u2019existence humaine.<\/p>\n<p>Dans \u00abLa bri\u00e8vet\u00e9 de la vie\u00bb, S\u00e9n\u00e8que, quelques ann\u00e9es plus tard, s\u2019attache \u00e0 montrer comment donner un sens qui ne passe pas \u00e0 une existence qui passe sans cesse. Or, la vie ne cesse d\u2019\u00eatre br\u00e8ve que par l\u2019usage qu\u2019on en fait. Au lieu de se disperser au long d\u2019un pass\u00e9 aboli, d\u2019un pr\u00e9sent insaisissable et de vaines esp\u00e9rances d\u2019avenir, il faut rendre pr\u00e9sent chaque moment du temps en lui conf\u00e9rant un sens qui, d\u00e9passant la caducit\u00e9, la remplit. <\/p>\n<p>S\u00e9n\u00e8que semble avoir \u00e9crit ce passage  m\u00e9taphorique pour Florence Arthaud: \u00abNe va donc pas croire que des cheveux blancs et des rides prouvent qu\u2019un homme a longtemps v\u00e9cu: il n\u2019a pas longtemps v\u00e9cu, il a longtemps \u00e9t\u00e9. Quoi, te diras-tu qu\u2019un homme a beaucoup navigu\u00e9 parce qu\u2019une violente temp\u00eate l\u2019a surpris \u00e0 la sortie du port, l\u2019a port\u00e9 \u00e7\u00e0 et l\u00e0 dans la tourmente furieuse de vents diff\u00e9rents et promen\u00e9 en cercle sur la m\u00eame \u00e9tendue de mer? Il n\u2019a pas beaucoup navigu\u00e9: il a seulement \u00e9t\u00e9 beaucoup ballott\u00e9.\u00bb (page 109, \u00e9ditions Arl\u00e9a).<\/p>\n<p>Par leur message Cic\u00e9ron et S\u00e9n\u00e8que visent \u00e0 faire de nous des amis de la fatalit\u00e9. Car comment esp\u00e9rer accompagner son vieillissement si l\u2019on ne se r\u00e9concilie pas avec l\u2019id\u00e9e qu\u2019on est en train de vieillir? Un processus qui exige de la bienveillance, de l\u2019indulgence, bref de la compassion pour soi. Quel que soit notre \u00e2ge, il a d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 pour nous aussi. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A-t-elle trouv\u00e9 le secret de la jeunesse \u00e9ternelle? Elle a 45 ans et son visage n\u2019accuse pas une ride. Avant l&rsquo;effondrement, elle ferait mieux de lire S\u00e9n\u00e8que et Ciceron.<\/p>\n","protected":false},"author":375,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[1298],"class_list":["post-563","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-latitude","tag-chroniques","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/563","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/375"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=563"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/563\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6008,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/563\/revisions\/6008"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=563"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=563"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=563"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}