



{"id":536,"date":"2000-10-15T00:00:00","date_gmt":"2000-10-14T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=536"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"film","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=536","title":{"rendered":"La po\u00e9sie brute de Barbet Schroeder \u00e0 Medellin"},"content":{"rendered":"<p>Ce pourrait \u00eatre un docu-v\u00e9rit\u00e9 sur l&rsquo;insoutenable violence de Medellin, ses gangs de tueurs pr\u00e9-pub\u00e8res, ses enfants sniffant de la colle, ses familles calfeutr\u00e9es dans des bouges. Ce pourrait \u00eatre un br\u00fblot p\u00e9dophile, o\u00f9 l&rsquo;on voit un \u00e9crivain d&rsquo;\u00e2ge m\u00fbr encha\u00eener les bons coups avec des mineurs. \u00abLa vierge des tueurs\u00bb montre bien cela, mais raconte tout autre chose.<\/p>\n<p>Le dernier film de Barbet Schroeder se pr\u00e9sente comme l&rsquo;adaptation d&rsquo;une nouvelle de <a href=http:\/\/www.filmsdulosange.fr\/viergedestueurs\/f_vallejo.html target=_blank class=std>Fernando Vallejo<\/a>, rien de plus, rien de moins. Tourn\u00e9 \u00e0 Medellin dans une ins\u00e9curit\u00e9 totale, \u00e0 coup de plans vol\u00e9s par la cam\u00e9ra num\u00e9rique et avec de jeunes com\u00e9diens amateurs eux-m\u00eames m\u00eal\u00e9s aux tueries qui d\u00e9ciment toute une cat\u00e9gorie de la population de moins de 20 ans, ce film est un vrai objet artistique, qui n&rsquo;entend pas d\u00e9noncer, qui n&rsquo;entend pas agresser, qui n&rsquo;entend pas \u00e9difier. Juste raconter avec cette gr\u00e2ce douloureuse propre aux po\u00e8tes.<\/p>\n<p>Auteur de films aussi diff\u00e9rents que \u00abMore\u00bb avec Pink Floyd, \u00abJF cherche appartement\u00bb, \u00abBarfly\u00bb d\u2019apr\u00e8s Bukowski et \u00abLe myst\u00e8re von B\u00fclow\u00bb, Barbet Schroeder a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 le producteur d\u2019Eric Rohmer. Il a toujours fait preuve d\u2019une grande libert\u00e9 dans le choix de ses sujets.<\/p>\n<p>Or donc, \u00abLa vierge des tueurs\u00bb, son dernier film, commence au moment o\u00f9 l&rsquo;\u00e9crivain Fernando Vallejo retourne en Colombie, pays de son enfance qu&rsquo;il n&rsquo;a plus revu depuis des d\u00e9cennies et qu&rsquo;il regagne, croit-on comprendre, pour pouvoir y mourir. Mais son errante oisivet\u00e9 sera interrompue par l&rsquo;\u00e9trange histoire d&rsquo;amour qui va le lier \u00e0 Alexis, jeune tueur de 16 ans qu&rsquo;il a rencontr\u00e9 dans une maison de rendez-vous. Nulle volont\u00e9 de provoquer ou de choquer: Alexis dit aimer les hommes et s&rsquo;il reste avec l&rsquo;\u00e9crivain, ce n&rsquo;est pas par juste pour son argent &#8211; sa mort en forme d&rsquo;auto-sacrifice nous le prouvera.<\/p>\n<p>On pourrait gloser sur le rapport ma\u00eetre-\u00e9l\u00e8ve qui se cr\u00e9e entre les deux amants (et faire r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Platon par la m\u00eame occasion), mais l&rsquo;essentiel n&rsquo;est pas l\u00e0. Car Alexis, ange vierge, sans l&rsquo;exp\u00e9rience de l&rsquo;\u00e9crivain, montre \u00e0 celui-ci une Medellin qu&rsquo;il ne conna\u00eet pas, qu&rsquo;il ne conna\u00eet plus. Il lui fait d\u00e9couvrir aussi une autre mani\u00e8re d&rsquo;appr\u00e9hender le monde et l&rsquo;autre: quand un quidam bouscule l&rsquo;\u00e9crivain, Alexis lui tire une balle \u00e0 bout portant. La sc\u00e8ne se r\u00e9p\u00e8te, provoquant d&rsquo;abord l&rsquo;horreur de l&rsquo;homme d&rsquo;\u00e2ge m\u00fbr, puis sa complice impuissance.<\/p>\n<p>Quelque chose s&rsquo;\u00e9change entre les deux \u00eatres que tout s\u00e9pare, quelque chose qui prend sens dans une errance dont les \u00e9glises de Medellin sont autant de stations. Car si l&rsquo;on tue beaucoup \u00e0 Medellin, on n&rsquo;en v\u00e9n\u00e8re pas moins la vierge et les balles magiques.<\/p>\n<p>La mort d&rsquo;Alexis \u00e0 mi-parcours marque une rupture importante. Dans le cours du r\u00e9cit mais aussi dans la nature du film: de promenade sans fin et sans but, le voil\u00e0 qui se teinte de m\u00e9lodrame. Quand Vallejo rencontre un autre gar\u00e7on du m\u00eame acabit dont il tombe aussi amoureux, lorsqu&rsquo;il apprend qu&rsquo;il s&rsquo;agit du meurtrier d&rsquo;Alexis, le film vire presque \u00e0 la trag\u00e9die dans le sens antique du terme&#8230;<\/p>\n<p>Mais ce sera pour mieux bifurquer encore une fois en ses derni\u00e8res sc\u00e8nes. On pense alors au mod\u00e8le si souvent cit\u00e9 de \u00abVertigo\u00bb d&rsquo;Alfred Hitchcock, sa rupture brutale en cours de route, son histoire d&rsquo;amour redoubl\u00e9e selon la r\u00e8gle du \u00abd\u00e9j\u00e0 vu\u00bb, son jeu sur la r\u00e9p\u00e9tition du diff\u00e9rent ou l&rsquo;alt\u00e9ration du m\u00eame, ce qui est presque pareil&#8230;<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de la structure, Schroeder a une mani\u00e8re de filmer les jeunes acteurs sans commis\u00e9ration libidineuse, mais avec une fascination d&rsquo;autant moins cr\u00e9dule que le texte qu&rsquo;ils d\u00e9bitent semble en contradiction avec leur gueule d&rsquo;amour&#8230; Une mani\u00e8re de filmer d&rsquo;une concision parfaite, quand l&rsquo;\u00e9crivain se r\u00e9pand en longs propos ironiques et r\u00e9f\u00e9rentiels.<\/p>\n<p>Entre la virginit\u00e9 du tueur et la culpabilit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9crivain, une rencontre improbable et bouleversante a lieu, l&rsquo;espace d&rsquo;un instant, l&rsquo;espace d&rsquo;un film. C&rsquo;est la beaut\u00e9 du geste de Schroeder que d&rsquo;avoir poursuivi cet instant fugace plut\u00f4t que de chim\u00e9riques causes ou messages qui auraient rendus son film \u00abbien-pensant-compatible\u00bb, mais l&rsquo;aurait vid\u00e9 de ce qui fait sa force: une po\u00e9sie brute et sans complaisance.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\n\u00abLa vierge des tueurs\u00bb, de Barber Schroeder, actuellement sur les \u00e9crans.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00abLa vierge des tueurs\u00bb, actuellement \u00e0 l&rsquo;affiche, a \u00e9t\u00e9 tourn\u00e9 en Colombie dans l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 totale, avec des cam\u00e9ras num\u00e9riques. C&rsquo;est un film bouleversant. On le recommande.<\/p>\n","protected":false},"author":3594,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-536","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-pop-culture","pop-culture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/536","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3594"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=536"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/536\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=536"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=536"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=536"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}