



{"id":531,"date":"2000-10-08T00:00:00","date_gmt":"2000-10-07T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=531"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"veridique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=531","title":{"rendered":"Sur la route, avec le cerveau d&rsquo;Einstein dans le coffre"},"content":{"rendered":"<p>Une histoire, une histoire, une histoire! Tous autant que nous sommes, hier comme aujourd&rsquo;hui, nous voulons de bonnes histoires. Michael Paterniti en a une \u00e0 nous raconter. Elle est v\u00e9ridique, \u00e0 la fois dr\u00f4le et inqui\u00e9tante, ainsi que litt\u00e9ralement visc\u00e9rale puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit de cervelle. Pas n&rsquo;importe laquelle: LA cervelle du XXe si\u00e8cle. <\/p>\n<p>Originaire de la c\u00f4te Est des Etats-Unis, Michael Paterniti a \u00e9t\u00e9 un temps r\u00e9dacteur au magazine Outside. Quelques-uns de ses articles ont aussi paru dans Rolling Stone ou Esquire. De son propre aveux, il serait actuellement \u00aben train repeindre des maisons\u00bb si Harper&rsquo;s Magazine n&rsquo;avait publi\u00e9 son reportage \u00abDriving Mr Albert\u00bb en 1997. Le r\u00e9cit lui a valu un National Magazine Award, ainsi que des propositions d&rsquo;\u00e9diteurs.<\/p>\n<p>Etay\u00e9e, allong\u00e9e, actualis\u00e9e, l&rsquo;histoire a paru cet \u00e9t\u00e9 aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne sous la forme d\u2019un livre. Elle a \u00e9t\u00e9 accueillie par un mix de critiques dithyrambiques et de r\u00e9actions ti\u00e8dasses, sans doute le fait de confr\u00e8res verts de jalousie devant l&rsquo;\u00e9vidence: une fichue bonne histoire. <\/p>\n<p>Allons-y. Michael Paterniti et son amie Sara s&rsquo;installent dans le Maine. C&rsquo;est l&rsquo;hiver. Elle r\u00e9dige un livre de commande, lui s&rsquo;ennuie, paresse, lance malgr\u00e9 tout ses ame\u00e7ons de journaliste. Comme d&rsquo;autres avant lui, Paterniti avait entendu parler du m\u00e9decin qui, \u00e0 Princeton en 1955, avait pratiqu\u00e9 l&rsquo;autopsie du cadavre d&rsquo;Albert Einstein, puis s&rsquo;\u00e9tait empar\u00e9 de son cerveau. Apr\u00e8s de multiples tentatives infructueuses, c\u2019est le coup de chance. Paterniti parvient \u00e0 joindre Thomas Harvey, 84 ans, retrait\u00e9 dans une petite ville du New Jersey.  <\/p>\n<p>Au terme de plusieurs conversations t\u00e9l\u00e9phoniques, le journaliste obtient enfin la permission de rendre visite au vieux m\u00e9decin l\u00e9giste. Thomas Harvey vit avec une nouvelle compagne &#8211; trois fois il s&rsquo;est mari\u00e9, trois fois il a divorc\u00e9 &#8211; dans un modeste logement. Il jette au journaliste quelques bribes de vie. Son d\u00e9part de l&rsquo;h\u00f4pital de Princeton apr\u00e8s le scandale du \u00abcerveau vol\u00e9\u00bb, ses errances sentimentales et professionnelles dans le MidWest. Il clame surtout sa bonne foi. Jamais Harvey n&rsquo;a voulu d\u00e9rober le cerveau d&rsquo;Einstein et le garder pour lui, comme une esp\u00e8ce de relique, ou de troph\u00e9e. Il l&rsquo;a fait, dit-il, pour la science, pour tenter de discerner dans la masse grise l&#8217;empreinte \u00e9ventuelle du g\u00e9nie.<\/p>\n<p>A preuve, poursuit le m\u00e9decin, le destin de la visc\u00e8re, conserv\u00e9e dans du formol, soigneusement d\u00e9coup\u00e9e en 200 morceaux, dont plusieurs seront envoy\u00e9s pour examen \u00e0 des neurologistes. L&rsquo;ennuyeux est que des confr\u00e8res de Harvey et surtout la famille d&rsquo;Einstein lui en ont toujours voulu de s&rsquo;\u00eatre appropri\u00e9 le cerveau. Sans toutefois trouver suffisamment de munitions l\u00e9gales pour le poursuivre en justice. <\/p>\n<p>A la fin de la rencontre, Paterniti demande \u00e0 voir la masse nerveuse. Le Dr Harvey obtemp\u00e8re, s&rsquo;\u00e9clipse, et revient avec un grand carton. Lequel contient deux bocaux \u00e0 biscuits, sauf qu&rsquo;ils sont plein de formol et de fragments de l&rsquo;organe qui a relativis\u00e9 le temps et l&rsquo;espace, puis pens\u00e9 la bombe atomique. Le temps de dire E=mc2, Harvey remballe son tr\u00e9sor. <\/p>\n<p>Patertini est frustr\u00e9. Un poign\u00e9e de journalistes ou scientifiques ont avant lui entraper\u00e7u le cerveau et son chenu gardien. Il n&rsquo;a rien de nouveau. Sur le pas de la porte, au moment de prendre cong\u00e9, le Dr Harvey confie au r\u00e9dacteur qu&rsquo;il voudrait remettre une bonne part de l&rsquo;organe \u00e0 la petite fille du physicien, Evelyn Einstein, qui vit en Californie. Il aimerait \u00e9galement rendre visite \u00e0  des proches dans le MidWest. Mais il n&rsquo;a pas de voiture. Coup de d\u00e9:  Paterniti offre au vieil homme de lui servir de chauffeur, s\u00fbr que le m\u00e9decin refusera la proposition. Mais il accepte.<\/p>\n<p>Visons l&rsquo;\u00e9quipage. Un blanc-bec, un vieillard, une Chevrolet de location, quelques bagages, un Tupperware dans lequelle bringuebalent quelques dizaines de morceaux de mati\u00e8re visqueuse. Ou encore: Paterniti, Harvey et Einstein, pr\u00eats \u00e0 avaler 6500 km en douze jours. L&rsquo;inventeur de la th\u00e9orie de la relativit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale, bien que tr\u00e9pass\u00e9 et tr\u00e9pan\u00e9, r\u00e9duit \u00e0 sa seule mati\u00e8re grise, est le leader incontest\u00e9 du trio. Il dicte les actes de ses deux compagnons, colore leur r\u00e9el, compresse leur temps, dilate leur espace, lui derri\u00e8re dans le coffre, eux \u00e0 l&rsquo;avant de la voiture. Autant dire que le voyage est hant\u00e9, sous haute tension psychique, invoquant les m\u00e2nes de Kerouac (\u00abSur la route\u00bb), Jerome (\u00abTrois hommes dans un bateau\u00bb) ou Poe (\u00abLes histoires extraordinaires\u00bb). <\/p>\n<p>\u00abDriving Mr Albert\u00bb, qu&rsquo;on souhaite voir vite traduit en fran\u00e7ais, est ponctu\u00e9 de sc\u00e8nes aussi fortes que hallucin\u00e9es. A l&rsquo;exemple de la visite des trois larrons chez un ancien voisin du Dr Harvey \u00e0 Lawrence, Texas. Le voisin, qui n&rsquo;a alors que quelques mois \u00e0 vivre, n&rsquo;est autre que William S. Burrouhgs, mi-d\u00e9lirant, mi-lucide. L&rsquo;\u00e9crivain fait l&rsquo;\u00e9loge de la m\u00e9thadone devant le m\u00e9decin et conclut la rencontre par: \u00abNous les vieux, ce qui nous maintient en vie est qu&rsquo;on apprend \u00e0 \u00eatre de v\u00e9ritables salauds\u00bb. <\/p>\n<p>A Las Vegas, Michael Paterniti s&rsquo;enquiert de la popularit\u00e9 d&rsquo;Einstein aupr\u00e8s du grand public, 45 ans apr\u00e8s la mort du savant. Dans l&rsquo;h\u00f4tel-casino Excalibur, un responsable de la s\u00e9curit\u00e9 lui ass\u00e8ne: \u00abEinstein? Je ne l&rsquo;ai pas vu ce soir par ici, d\u00e9sol\u00e9\u00bb. A Los Angeles, le patron de l&rsquo;agence qui g\u00e8re les droits de l&rsquo;image d&rsquo;Einstein dans le monde entier n&rsquo;est pas mal non plus. Comme n&rsquo;est pas piqu\u00e9 des vers la mention, \u00e7a et l\u00e0, du destin d&rsquo;autres organes de c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s, pr\u00e9lev\u00e9s \u00e0 fins d&rsquo;\u00e9tude ou d&rsquo;adoration.<\/p>\n<p>Le cerveau de Walt Whitman, l\u00e2ch\u00e9 par un assistant maladroit, a fini dans une poubelle, alors que le coeur de Thomas Hardy, une fois retourn\u00e9 \u00e0 sa femme, a \u00e9t\u00e9 mang\u00e9 par un chien. N&rsquo;oublions pas que le cerveau de L\u00e9nine a \u00e9t\u00e9 d\u00e9coup\u00e9 en 31\u2019000 tranches.<\/p>\n<p>Pur d\u00e9lice de lecture, \u00abDriving Mr Albert\u00bb se conclut par un happy end inattendu, pour le bien de la science, de la litt\u00e9rature et du sens du relatif. <\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\n\u00abDriving Mr Albert\u00bb, par Michael Paterniti, \u00e9ditions Random House (Etats-Unis) et Little, Brown and Company (Grande-Bretagne)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un journaliste am\u00e9ricain a retrouv\u00e9 la mati\u00e8re grise du savant. Il a travers\u00e9 les Etats-Unis avec ce cerveau de g\u00e9nie dans un Tupperware. Il raconte toute l\u2019histoire dans un livre hallucinant et dr\u00f4le.<\/p>\n","protected":false},"author":6259,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-531","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-pop-culture","pop-culture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/531","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/6259"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=531"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/531\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=531"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=531"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=531"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}