



{"id":504,"date":"2000-09-08T00:00:00","date_gmt":"2000-09-07T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=504"},"modified":"2022-11-07T16:11:37","modified_gmt":"2022-11-07T15:11:37","slug":"cinema-4","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=504","title":{"rendered":"Clint Eastwood: dernier western dans l\u2019espace"},"content":{"rendered":"<p>Qu&rsquo;on pardonne le clich\u00e9, mais un nouveau Clint Eastwood, c&rsquo;est comme un grand vin dont chaque nouveau mill\u00e9sime est attendu avec impatience. Suivant les ann\u00e9es, il y en a de meilleurs que d&rsquo;autres, des chefs d&rsquo;oeuvre absolus alternent avec des chefs d&rsquo;oeuvre mineurs. Mais chefs d&rsquo;oeuvre toujours. Avec cette robe inimitable, cette saveur qui diff\u00e9rencie le grand cr\u00fb de la piquette.<\/p>\n<p>Le dernier en date, \u00abSpace Cowboys\u00bb, est d\u00e9finitivement une grande ann\u00e9e.<br \/>\nOn ne va pas trop s&rsquo;attarder sur l&rsquo;histoire qu&rsquo;il raconte, en tout point conforme aux r\u00e8gles du film de genre. En l&rsquo;occurrence, le space opera fa\u00e7on \u00abApollo 13\u00bb. Comme dans ce dernier, une bonne moiti\u00e9 du film est consacr\u00e9e aux pr\u00e9liminaires n\u00e9cessaires \u00e0 une mission dans l&rsquo;espace. Laquelle occasionne quelques sueurs froides avant un retour triomphant sur le plancher des vaches.<\/p>\n<p>Il y a longtemps qu&rsquo;Eastwood se pla\u00eet \u00e0 revisiter les genres en leur injectant ses obsessions et ses th\u00e8mes favoris, que les cin\u00e9philes se plaisent \u00e0 \u00e9num\u00e9rer: l&rsquo;identit\u00e9 masculine, les valeurs \u00abanciennes\u00bb que sont l&rsquo;h\u00e9ro\u00efsme ou la fraternit\u00e9, tant de pr\u00e9occupations que l&rsquo;on retrouve ici, mais d&rsquo;un point de vue plut\u00f4t peu fr\u00e9quent dans le cin\u00e9ma hollywoodien d&rsquo;aujourd&rsquo;hui &#8211; et \u00e9minemment autobiographique: celui du vieillard qui commence \u00e0 rompre la glace avec la mort.<\/p>\n<p>Les quatre h\u00e9ros de \u00abSpace Cowboys\u00bb sont en effet de vieux briscards aux prises avec leur dentier et leur vue qui baisse. Le prologue en noir et banc nous les montre en fringants jeunes loups de l&rsquo;US Air Force, priv\u00e9s d&rsquo;alunissage en 1957 pour laisser place \u00e0 une nouvelle venue: la NASA. Quarante ans plus tard, ont fait appel \u00e0 ces p\u00e9p\u00e9s de l&rsquo;espace pour aller r\u00e9parer un satellite russe hors service.<\/p>\n<p>Dans le climat de jeunisme qui caract\u00e9rise l&rsquo;entreprise de divertissement mondiale d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, le regard tendre, non d\u00e9nu\u00e9 d&rsquo;autod\u00e9rision, qu&rsquo;Eastwood pose sur les hommes de sa g\u00e9n\u00e9ration est aussi \u00e9mouvant que jouissif. Et non d\u00e9nu\u00e9 d&rsquo;une m\u00e9lancolie morbide: autour des quatre h\u00e9ros, la faucheuse a fait des ravages (ils ont tous perdus des amis, des proches&#8230;) et ne s&rsquo;arr\u00eatera pas en si bon chemin (l&rsquo;un d&rsquo;eux est atteint d&rsquo;un cancer).<\/p>\n<p>Dans ces conditions, le choix du genre et des artistes qui vont s&rsquo;y frotter appara\u00eet dans toute sa splendide ironie. Tommy Lee Jones, Donald Sutherland et Clint Eastwood, titulaire des r\u00f4les principaux, ont incarn\u00e9 la s\u00e9duction virile pour toute une g\u00e9n\u00e9ration de spectateurs, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 l&rsquo;effet sp\u00e9cial et la haute technologie laissaient une plus grande place \u00e0 la mise en sc\u00e8ne et au simple savoir-faire. Acteurs au temps du western triomphant, les voici parachut\u00e9s dans un univers \u00e9tranger pour eux &#8211; exactement comme leurs personnages oblig\u00e9s de s&rsquo;initier \u00e0 la navette spatiale en trente jours.<\/p>\n<p>Du coup Eastwood (le r\u00e9alisateur) peut se permettre de filmer l&rsquo;espace comme un \u00abbleu\u00bb, laissant voir la joie enfantine de ces vieillards endurcis \u00e0 la vue de la plan\u00e8te bleue depuis l&rsquo;espace intersid\u00e9ral &#8211; leur ballet au-dessus de l&rsquo;Am\u00e9rique puis de la botte italienne retrouve ainsi, le temps de quelques secondes, le simple lyrisme de \u00ab2001, l&rsquo;Odyss\u00e9e de l&rsquo;espace\u00bb. Et comme ce film spatial n&rsquo;est d\u00e9cid\u00e9ment pas comme les autres, nos personnages l&rsquo;adaptent \u00e0 leur univers plut\u00f4t qu&rsquo;ils ne s&rsquo;adaptent \u00e0 lui: la navette se pilote comme un canasson capricieux, le satellite (qui porte un nom pas innocent: Ikon) s&rsquo;enfourche comme une locomotive folle, les diff\u00e9rends se r\u00e8glent \u00e0 coups de poings, devant le saloon&#8230;<\/p>\n<p>Le regard d\u00e9sabus\u00e9 sur la d\u00e9cr\u00e9pitude du corps se redouble donc d&rsquo;un regard sans illusion sur la succession des genres: moribond, le western a \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9 par la science-fiction, qui n&rsquo;a qu&rsquo;\u00e0 bien se tenir. Ce scepticisme est relay\u00e9 sur le plan politique, puisque le satellite russe appara\u00eet comme un dangereux reliquat de la guerre froide. Loin du positivisme b\u00e9at v\u00e9hicul\u00e9 par beaucoup de m\u00e9dia occidentaux, l&rsquo;actualit\u00e9 la plus r\u00e9cente est venue valider le scepticisme d&rsquo;Eastwood: la n\u00e9cessit\u00e9 pour les russes de \u00absauver la face\u00bb en envoyant des Am\u00e9ricains r\u00e9parer secr\u00e8tement un de leurs instruments guerriers est au coeur du sc\u00e9nario de \u00abSpace Cowboys\u00bb&#8230;<\/p>\n<p>D\u00e8s lors, le r\u00e9alisateur n&rsquo;a plus qu&rsquo;\u00e0 enrichir ce film aux nombreuses r\u00e9sonances de quelques plans simplement magiques pour en faire une splendide \u00abvanit\u00e9\u00bb, parfaite r\u00e9plique cin\u00e9matographique de ces natures mortes de la Renaissance qui laissaient voisiner des cr\u00e2nes et des fruits trop m\u00fbrs pour dire la futilit\u00e9 du devenir. A preuve le plan final, transposition lunaire du \u00abDormeur du Val\u00bb, image m\u00e9tamorphosant le fameux \u00abgrand pas pour l&rsquo;humanit\u00e9\u00bb en sommeil lunaire d&rsquo;une infinie po\u00e9sie. Qui est aussi une des plus beaux visages de la mort que le cin\u00e9ma ait jamais montr\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans \u00abSpace Cowboys\u00bb, le grand Clint incarne un papy astronome en prise avec sa propre mort. Un lyrisme qui fait mouche.<\/p>\n","protected":false},"author":3594,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-504","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-pop-culture","pop-culture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/504","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3594"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=504"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/504\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":13347,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/504\/revisions\/13347"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=504"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=504"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=504"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}