



{"id":497,"date":"2000-08-30T00:00:00","date_gmt":"2000-08-29T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=497"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"cinema","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=497","title":{"rendered":"\u00abSade\u00bb, un plaisir coupable"},"content":{"rendered":"<p> \u00abSuivez votre instinct!\u00bb Le slogan ass\u00e9n\u00e9 sur les affiches et bandes-annonces de \u00abSade\u00bb ne d\u00e9daigne pas le simplisme. Ainsi donc, voil\u00e0 notre grand seigneur m\u00e9chant homme mis \u00e0 la port\u00e9e de tous, ses \u00e9crits, jadis br\u00fbl\u00e9s, aujourd&rsquo;hui \u00e9tal\u00e9s aux regards de tous, et sa doctrine expliqu\u00e9e le plus candidement du monde aux masses cin\u00e9philes: il suffit de suivre ses pulsions!<\/p>\n<p>Ce serait aller un peu vite en besogne que de s&rsquo;arr\u00eater \u00e0 cette injonction, et passer compl\u00e8tement \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du film de Beno\u00eet Jacquot, qui vaut mieux que son slogan stupide.<\/p>\n<p>Ces derniers jours, l&rsquo;intelligentsia fran\u00e7aise ne s&rsquo;est d&rsquo;ailleurs pas priv\u00e9e de rappeler que la litt\u00e9rature sadienne se situe dans un \u00abau-del\u00e0\u00bb du dicible qui lui assure un statut particulier dans l&rsquo;Histoire. Et que, du fait m\u00eame de son caract\u00e8re extraordinaire, elle ne peut que se montrer r\u00e9sistante \u00e0 toute forme d&rsquo;adaptation, f\u00fbt-elle sc\u00e9nique ou cin\u00e9matographique. <\/p>\n<p>De tout ceci, on prend acte. Mais on ne peut s&#8217;emp\u00eacher de ressentir un (coupable?) plaisir \u00e0 la vue du film de Beno\u00eet Jacquot.<\/p>\n<p>Et les pr\u00e9cautions d&#8217;emploi qui s&rsquo;imposent ne sont pas celles qu&rsquo;on croit : il faut en effet aller voir \u00abSade\u00bb, le film, sans attendre d&rsquo;y trouver un condens\u00e9 de l&rsquo;univers sadien, celui de \u00abJustine\u00bb ou encore moins de \u00abSodome et Gomorre\u00bb. On n&rsquo;y qu\u00eatera pas non plus un portrait du sibyllin marquis.<\/p>\n<p>On prendra la chose comme une \u0153uvre de fiction, prenant pr\u00e9texte d&rsquo;un \u00e9pisode m\u00e9connu de la vie de Sade pour faire un film qui se suffit \u00e0 lui-m\u00eame et parvient assez id\u00e9alement \u00e0 trouver sa place entre le cin\u00e9ma d&rsquo;auteur et le film grand public.<\/p>\n<p>Le sc\u00e9nario lui-m\u00eame est parfaitement d\u00e9limit\u00e9 par un \u00e9pisode cl\u00f4t, suffisamment obscur et particulier pour constituer un point de d\u00e9part f\u00e9cond pour l&rsquo;imagination: emprisonn\u00e9 au moment de la Terreur, Sade trouve refuge au clo\u00eetre de Picpus o\u00f9 se terrent des repr\u00e9sentants de la noblesse qui paient pour \u00eatre d\u00e9tenus dans cette prison dor\u00e9e plut\u00f4t que dans le trou \u00e0 rat de Saint-Lazare.<\/p>\n<p>Le film commence \u00e0 l&rsquo;arriv\u00e9e de Sade \u00e0 Picpus, il se termine le jour o\u00f9 il en sort, peu apr\u00e8s la mort de Robespierre. Le cin\u00e9aste excelle \u00e0 montrer la R\u00e9volution depuis le point de vue de la noblesse, sans se moquer d&rsquo;elle ni s&rsquo;en faire l&rsquo;avocat. <\/p>\n<p>Ces gens ne savent pas tr\u00e8s bien ce qu&rsquo;ils attendent, dans la peur et la r\u00e9signation, en recr\u00e9ant une soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 la fois d\u00e9connect\u00e9e de la r\u00e9alit\u00e9 contemporaine (on y joue des turqueries Grand Si\u00e8cle) et constamment rappel\u00e9e \u00e0 elle par les convois qui approvisionnent la guillotine, ou encore par cette odeur pestilentielle qui se rapproche \u00e0 mesure que le film avance.<\/p>\n<p>Ce s\u00e9jour en prison est en fait l&rsquo;histoire d&rsquo;une lib\u00e9ration: Sade se prend d&rsquo;affection pour une jeune fille noble pourvue d&rsquo;intelligence et d&rsquo;insolence, et qu&rsquo;il fera d\u00e9florer apr\u00e8s de longs pr\u00e9liminaires. Le message est simple: la libert\u00e9 en dansant la carmagnole n&rsquo;est qu&rsquo;illusoire, seule compte la libert\u00e9 individuelle, conquise le corps et l&rsquo;esprit en avant.<\/p>\n<p>Ce r\u00e9cit extr\u00eamement simple d&rsquo;une initiation n&rsquo;aurait aucun int\u00e9r\u00eat s&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait port\u00e9 par des acteurs parfaits et une mise en sc\u00e8ne remarquable. Isild Le Besco incarne une vierge qui n&rsquo;a rien d&rsquo;une oie blanche et s&rsquo;av\u00e8re m\u00eame parfois d&rsquo;une pr\u00e9coce perversit\u00e9 dans son rapport \u00e0 l&rsquo;autorit\u00e9 parentale; Gr\u00e9goire Colin joue les Conventionnels violents (o\u00f9 il appara\u00eet que le mari qui bat sa femme n&rsquo;a rien de sadien) avec son engagement physique habituel; Jeanne Balibar et Jean-Pierre Cassel manient l&rsquo;excentricit\u00e9 avec doigt\u00e9.<\/p>\n<p>La directrice du casting m\u00e9rite une palme. D&rsquo;autant que Daniel Auteuil est surprenant en Marquis de Sade, jamais r\u00e9ellement inqui\u00e9tant mais capable de glisser subrepticement d&rsquo;une image paternelle de bon gars libertaire et spirituel dans des zones plus troubles o\u00f9 l&rsquo;apparente d\u00e9sinvolture fait place \u00e0 une sauvagerie animale.<\/p>\n<p>Dernier et important d\u00e9tail: Beno\u00eet Jacquot sait filmer les corps. On l&rsquo;avait d\u00e9j\u00e0 constat\u00e9 dans son pr\u00e9c\u00e9dent film \u00abL&rsquo;Ennui\u00bb, et on le v\u00e9rifie ici. Sa cam\u00e9ra scrute les visages, n&rsquo;\u00e9pargnant aucun trait, aucune ride, aucun souffle. Faisant du grain de peau la mati\u00e8re o\u00f9 s&rsquo;\u00e9crit son film, il laisse aux dialogues le temps de s&rsquo;\u00e9panouir (et de d\u00e9passer le stade du clich\u00e9 qu&rsquo;ils n&rsquo;\u00e9vitent pas toujours).<\/p>\n<p>Cette mani\u00e8re de r\u00e9concilier le corps et l&rsquo;esprit est, \u00e0 la rigueur, ce qu&rsquo;il y a de plus sadien dans ce film qui d\u00e9fie d\u00e9cid\u00e9ment toutes les attentes. Et dont la r\u00e9ussite ne se situe pas o\u00f9 on l&rsquo;attendait.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\nA voir aussi, le <a href=http:\/\/www.sade-lefilm.com target=_blank>site<\/a> du film \u00abSade\u00bb, qui propose d&rsquo;amusantes gravures licencieuses du XVIIIe si\u00e8cle.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La r\u00e9ussite de \u00abSade\u00bb n&rsquo;est pas l\u00e0 o\u00f9 on l&rsquo;attendait. Ni sadique, ni sadien, ce film se contente d\u2019imaginer un \u00e9pisode de la vie du Marquis&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":3594,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-497","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-pop-culture","pop-culture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/497","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3594"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=497"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/497\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=497"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=497"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=497"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}