



{"id":4896,"date":"2017-05-24T08:47:40","date_gmt":"2017-05-24T06:47:40","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=4896"},"modified":"2017-05-24T18:49:18","modified_gmt":"2017-05-24T16:49:18","slug":"reportage","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=4896","title":{"rendered":"Quand des caricaturistes suisses redonnent le sourire \u00e0 des r\u00e9fugi\u00e9s"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/062017\/Large_24052017.jpg\" alt=\"Large_24052017.jpg\" title=\"Large_24052017.jpg\" width=\"468\" height=\"311\" border=\"0\" \/><\/p>\n<p>\u00abLes \u00e9coliers, les familles, les \u00e9tudiants que nous rencontrons ont tous besoin d\u2019\u00eatre entendus. Nous essayons autant que possible d\u2019\u00eatre \u00e0 leur \u00e9coute et de leur transmettre nos dessins.\u00bb Avec ses confr\u00e8res romands, Barrigue et Sj\u00f6stedt, le caricaturiste Pitch a rencontr\u00e9, durant une semaine, des demandeurs d\u2019asile en Isra\u00ebl ainsi que des r\u00e9fugi\u00e9s palestiniens dans les territoires occup\u00e9s. Le trio a aussi profit\u00e9 de l\u2019occasion pour \u00e9changer avec des artistes et des caricaturistes de la r\u00e9gion (lire l\u2019encadr\u00e9 ci-dessous).<\/p>\n<p>Pourquoi organiser un tel voyage? \u00abIl s\u2019agit d\u2019une d\u00e9marche individuelle entam\u00e9e en Gr\u00e8ce en 2016 au camp de Cherso\u00bb, explique Barrigue, fondateur du journal satirique suisse \u00ab<a href=\"www.vigousse.ch\" target=\"_blank\">Vigousse<\/a>\u00bb. Lass\u00e9 de voir les flux de migrants d\u00e9crits comme une masse informe dans les m\u00e9dias, le caricaturiste d\u00e9cide d\u2019aller \u00e0 leur rencontre avec Pitch. \u00abNous voulions donner des noms, des visages \u00e0 ces \u00eatres humains et les transmettre au grand public, pour que les gens n\u2019aient plus d\u2019excuses et regardent la r\u00e9alit\u00e9 en face.\u00bb<\/p>\n<p>Echanger autour du dessin constitue la principale motivation des dessinateurs. Concr\u00e8tement, Pitch et Barrigue partagent un moment avec les migrants, r\u00e9alisent des caricatures qu\u2019ils leur donnent. Ils gardent une trace de ces portraits gr\u00e2ce aux photos et vid\u00e9os prises par Sj\u00f6stedt.<\/p>\n<p>Encourag\u00e9s par leur exp\u00e9rience grecque o\u00f9 ils ont entendu que leur \u00abenthousiasme faisait du bien\u00bb, les trois dessinateurs ont r\u00e9it\u00e9r\u00e9 l\u2019exp\u00e9rience en Palestine et Isra\u00ebl. Les repr\u00e9sentations suisses dans la r\u00e9gion, la DDC ainsi que l\u2019Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les r\u00e9fugi\u00e9s de Palestine dans le Proche-Orient (UNWRA) les ont aid\u00e9 \u00e0 organiser les visites.<\/p>\n<p><strong>Larmes silencieuses et \u00e9clats de rire<\/strong><\/p>\n<p>Les caricaturistes ont d\u2019abord fait la connaissance de r\u00e9fugi\u00e9s et de demandeurs d&rsquo;asile en Isra\u00ebl. Pour rappel, il y a 45,000 requ\u00e9rants, dont 8&rsquo;500 Soudanais et 33&rsquo;000 Erythr\u00e9ens, selon des chiffres publi\u00e9s par Amnesty International Israel en 2015. Ils sont pour la plupart entr\u00e9s ill\u00e9galement via le Sina\u00ef \u00e9gyptien et ne se voient attribuer des statuts de r\u00e9fugi\u00e9s qu&rsquo;au compte-gouttes.<\/p>\n<p>Dans ce cadre, les dessinateurs ont pu se rendre dans le centre de d\u00e9tention pour requ\u00e9rants d\u2019asile d\u2019Holot, situ\u00e9 dans le d\u00e9sert du N\u00e9guev. Ils y ont entendu des r\u00e9cits de voyages p\u00e9rilleux, marqu\u00e9s par la torture et les enl\u00e8vements subis dans le Sina\u00ef \u00e9gyptien. \u00abIls nous ont racont\u00e9 leurs trag\u00e9dies, mais aussi l\u2019incompr\u00e9hension de devoir rester dans ce centre pendant une ann\u00e9e, explique Pitch. C\u2019\u00e9tait dur. Il n\u2019est pas facile de retourner \u00e0 son h\u00f4tel et \u00e0 sa petite vie apr\u00e8s cela.\u00bb<\/p>\n<p>A Tel Aviv, le trio est aussi all\u00e9 sur la Place Lewinsky, lieu de rencontre des migrants arriv\u00e9s de la Corne de l\u2019Afrique, ainsi que dans un atelier d\u2019insertion. Les femmes \u00e9rythr\u00e9ennes y travaillent sur des m\u00e9tiers \u00e0 tisser, tout en recevant un soutien psychologique et social. \u00abNous avons vu couler des larmes silencieuses sur leur joue\u00bb, raconte Pitch. Mais m\u00eame dans ces situations tragiques, les caricaturistes essayent de redonner le sourire \u00e0 travers le dessin. \u00abNous avons fini par r\u00e9aliser les caricatures de trois femmes. Et la r\u00e9compense a \u00e9t\u00e9 \u00e0 la hauteur de nos attentes puisque que nous avons r\u00e9ussi \u00e0 obtenir plusieurs \u00e9clats de rires.\u00bb<\/p>\n<p>Les autres \u00e9tapes de leur p\u00e9riple les ont men\u00e9es en Cisjordanie et \u00e0 Gaza, dans les camps de r\u00e9fugi\u00e9s ouverts pour accueillir les familles palestiniennes ayant fui leurs maisons durant la guerre isra\u00e9lo-arabe de 1948. Ces abris de fortune sont devenus des petites villes, o\u00f9 l\u2019\u00e9ducation, la sant\u00e9 et les programmes sociaux sont g\u00e9r\u00e9s par UNRWA. Ils se sont notamment rendus dans le camp d\u2019Aida \u00e0 Bethl\u00e9em, comptant environ 6\u2019000 r\u00e9sidents, et \u00e0 celui d\u2019Arroub, proche d\u2019H\u00e9bron, qui abrite plus de 10&rsquo;000 personnes.<\/p>\n<p><strong>La libert\u00e9 par l\u2019aquarelle<\/strong><\/p>\n<p>A Gaza, les trois d\u00e9tenteurs d\u2019une carte de presse ont pu contourner le blocus qui isole la bande de terre depuis juin 2007. Ils y ont rencontr\u00e9 des r\u00e9fugi\u00e9s du camp de Al-Shati, aussi appel\u00e9 Beach camp. Ce qui les a le plus frapp\u00e9: l\u2019insalubrit\u00e9 &#8212; des trous dans le toit des maisons, une chambre pour sept, des rats &#8212; , mais aussi le manque de perspective de ses habitants. \u00abNous avons rencontr\u00e9 un homme qui ne pouvait pas travailler \u00e0 cause des blessures dues \u00e0 des \u00e9clats d\u2019obus, \u00e9voque Pitch. \u00c7a m\u2019a assomm\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p>Jouer le \u00abboss\u00bb et se faire litt\u00e9ralement cirer les pompes par ses deux acolytes, tenter de parler dans une langue inconnue cens\u00e9e \u00eatre la langue de l\u2019interlocuteur: Barrigue sait faire le guignol. Il tente d\u2019avoir toujours le bon mot ou la bonne pirouette pour d\u00e9tendre l\u2019atmosph\u00e8re. \u00abJ\u2019ai fait de la sc\u00e8ne et m\u00eame si j\u2019ai 65 ans, j\u2019ai l\u2019impression d\u2019en avoir 22. Donc, je me jette \u00e0 l\u2019eau, je me laisse porter d\u2019\u00e9motion en \u00e9motion.\u00bb<\/p>\n<p>Int\u00e9resser les adolescents constituait n\u00e9anmoins le grand d\u00e9fi du Vaudois. \u00abC\u2019est toujours un challenge de garder leur attention, explique-t-il. Nous sommes all\u00e9s dans plusieurs \u00e9coles, \u00e0 Tel Aviv et \u00e0 Gaza. Dans ces classes comptant parfois 80 enfants, impossible de faire des dessins personnalis\u00e9s, sinon nous allions faire des jaloux.\u00bb Le dessinateur et ses comp\u00e8res ont finalement d\u00e9cid\u00e9 de leur enseigner les rudiments de la caricature et de l\u2019aquarelle. \u00abPour moi l\u2019aquarelle symbolise la libert\u00e9 et la mixit\u00e9. C\u2019est le coup de poignet et le pinceau qui se balade librement sur la feuille, mais aussi le m\u00e9lange des couleurs. Ce fut une rencontre vivifiante et formidable.\u00bb<\/p>\n<p>Sj\u00f6stedt, qui se charge de documenter cette exp\u00e9rience en images, r\u00e9fl\u00e9chit encore \u00e0 la forme que pourra prendre le r\u00e9cit. \u00abC\u2019est une action spontan\u00e9e qui se transforme \u00e0 chaque voyage. Ce qui est s\u00fbr, c\u2019est que nous ne voulons pas faire un film sur nous, mais faire passer le message plus loin.\u00bb Les situations sont complexes, c\u2019est un v\u00e9ritable puzzle, reconnait l\u2019\u00e9quipe qui veut trouver le meilleur moyen de mettre en valeur les r\u00e9cits de ces individus: ces \u00abperles\u00bb qu\u2019on a bien voulu leur donner.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>ENCADRES<\/p>\n<p><strong>\u00abLa caricature en Palestine, c\u2019est comme marcher entre les gouttes de la pluie\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Les caricaturistes de \u00abVigousse\u00bb ont rencontr\u00e9 quatre confr\u00e8res palestiniens lors d\u2019une table-ronde publique \u00e0 Ramallah le 24 mars, organis\u00e9e avec l\u2019aide de la Repr\u00e9sentation suisse \u00e0 Ramallah. Mohammed Sabaaneh, Osama Nazzal et Khalil Abu Arafeh, ont expliqu\u00e9 comment ils ont plac\u00e9 leur crayon au service de la cause palestinienne.<\/p>\n<p>Khalil Abu Arafeh, qui publie ses dessins dans le quotidien arabe de J\u00e9rusalem, Al-Quds, \u00e9voque la libert\u00e9 d\u2019expression dans son pays. \u00abQuand j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 travailler, mes dessins \u00e9taient contr\u00f4l\u00e9s par Isra\u00ebl. Ce n\u2019est plus le cas aujourd\u2019hui, mais mon journal pratique encore une forme d\u2019autocensure pour ne f\u00e2cher ni l\u2019Autorit\u00e9 palestinienne, ni le contr\u00f4leur isra\u00e9lien, ni le Hamas\u00bb, d\u00e9taille le dessinateur. Avant d\u2019ajouter: \u00abMon travail est tr\u00e8s pr\u00e9cis. C\u2019est comme marcher entre les gouttes de la pluie.\u00bb Et \u00e0 Barrigue de brandir un crayon en clamant: \u00abCeci est la libert\u00e9 critique. Et le pouvoir, quel qu\u2019il soit, ne peut le supporter.\u00bb<\/p>\n<p>Ramzy Al Taweel confie quant \u00e0 lui \u00eatre venu au dessin pour impressionner une femme. Ces \u0153uvres, d\u2019apparences plus l\u00e9g\u00e8res et proches du comic strip, ont pour but de faire rire tout en \u00e9voquant des sujets de la vie quotidienne. Il montre notamment \u00e0 l\u2019audience celles consacr\u00e9es \u00e0 la place de la femme dans la soci\u00e9t\u00e9, traitant de la pratique de la dot ou de la question des mariages pr\u00e9coces.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir \u00e9voqu\u00e9 les difficult\u00e9s \u00e9conomiques de la presse qui complique \u00e9galement leur travail en Europe comme au Proche-Orient, les dessinateurs se sont \u00e9chang\u00e9s des portraits gribouill\u00e9s sur un coin de table pendant la rencontre.<br \/>\n_________<\/p>\n<p><strong>Trois joyeux lurons dans la galaxie \u00abVigousse\u00bb<\/strong><\/p>\n<p><strong>Barrigue<\/strong>, n\u00e9 en 1950 \u00e0 Neuilly-sur-Seine en France, est le fils du dessinateur fran\u00e7ais Piem. Durant les ann\u00e9es 1970, il travaille comme journaliste et dessinateur pour diff\u00e9rents titres dont \u00abRock and Folk\u00bb, \u00abLe Point\u00bb, \u00abLe Matin de Paris\u00bb ou encore \u00abFrance Soir\u00bb.<\/p>\n<p>Install\u00e9 en Suisse romande, il publie, de 1979 \u00e0 2008, ses caricatures dans \u00abLa Tribune de Lausanne\u00bb, devenue \u00abLe Matin\u00bb. Il participe \u00e9galement \u00e0 diverses \u00e9missions de la RTS, dont \u00abLe fond de la corbeille\u00bb. En 2009, il lance finalement son propre journal satirique: \u00abVigousse\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Pitch<\/strong>, n\u00e9 en 1970, a pass\u00e9 son enfance \u00e0 Courgenay (JU). Apr\u00e8s une formation artistique \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie de Meuron \u00e0 Neuch\u00e2tel, il se perfectionne \u00e0 l&rsquo;\u00c9cole nationale sup\u00e9rieure des beaux-arts de Paris et \u00e0 l\u2019Institut sup\u00e9rieur de peinture Van der Kelen \u00e0 Bruxelles. Durant les \u00e9lections jurassiennes de 2006, il se lance dans le dessin de presse sous le pseudonyme de Super Elector.<\/p>\n<p>Il travaille d\u00e9sormais comme dessinateur de presse au \u00abQuotidien Jurassien\u00bb et \u00e0 \u00abVigousse\u00bb, tout en r\u00e9alisant des bande-dessin\u00e9es.<\/p>\n<p>Le Neuch\u00e2telois <strong>Sj\u00f6stedt<\/strong> est un touche-\u00e0-tout. Dessinateur chez \u00abVigousse\u00bb, il est aussi graphiste au Mus\u00e9e d&rsquo;ethnographie de Neuch\u00e2tel, cr\u00e9ateur de story-boards pour le cin\u00e9ma et auteur de bande-dessin\u00e9es.<\/p>\n<p>R\u00e9alisateur \u00e0 ses heures perdues, il a remport\u00e9 au Festival de Courgem\u00e9trage le prix du jury pour son film \u00abPenoche\u00bb.<\/p>\n<p><em>Les dessinateurs ont publi\u00e9 le 5 mai dans la revue Vigousse un reportage illustr\u00e9 sur leur visite en Isra\u00ebl et Palestine.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nous avons suivi Barrigue, Pitch et Sj\u00f6stedt en Isra\u00ebl et Palestine pendant une semaine. Leur but? 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