



{"id":4894,"date":"2017-05-22T18:32:20","date_gmt":"2017-05-22T16:32:20","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=4894"},"modified":"2017-07-12T10:03:14","modified_gmt":"2017-07-12T08:03:14","slug":"sciences-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=4894","title":{"rendered":"Carence d\u2019\u00abEur\u00eaka\u00bb au f\u00e9minin"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/112016\/large22052017.jpg\" border=\"0\" height=\"311\" width=\"468\" title=\"large22052017.jpg\" alt=\"large22052017.jpg\" \/><\/p>\n<p>Alors que les femmes sont de plus en plus nombreuses sur les bancs universitaires, un nombre restreint d\u2019entre elles poursuit une carri\u00e8re acad\u00e9mique. En 2015, \u00e0 la Facult\u00e9 de biologie et de m\u00e9decine (FBM) de l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne (UNIL), on ne compte que 11,6% de femmes \u00e0 des postes de professeurs ordinaires. Ce manque de repr\u00e9sentativit\u00e9 f\u00e9minine dans les postes acad\u00e9miques de haut niveau semble s\u2019expliquer par la difficult\u00e9 de combiner maternit\u00e9, vie de famille et vie professionnelle dans un milieu tr\u00e8s concurrentiel.<\/p>\n<p>En Suisse romande, une amorce progressiste appara\u00eet quand m\u00eame. \u00abIl y a cinq ans, le bain machiste \u00e9tait bien pr\u00e9sent, mais la tendance change\u00bb, affirme Fran\u00e7ois Pralong, vice-doyen pour la rel\u00e8ve acad\u00e9mique \u00e0 la FBM et chef du Service d\u2019endocrinologie, diab\u00e9tologie et m\u00e9tabolisme du CHUV.<\/p>\n<p><strong>Petit pas vers la parit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>Un doux changement visible gr\u00e2ce aux derni\u00e8res statistiques r\u00e9alis\u00e9es par le Bureau de l\u2019\u00e9galit\u00e9 de l\u2019UNIL. De 2011 \u00e0 2015, le pourcentage de femmes dans les engagements professoraux, tous titres confondus, est pass\u00e9 de 15,4% \u00e0 25%. Un chiffre prometteur, mais qu\u2019il faut nuancer, selon Susy Wagni\u00e8res, cheffe de projets au D\u00e9canat de la FBM au sein de la Commission Pro-Femmes. \u00abSi nous parlons du pourcentage total de la repr\u00e9sentation f\u00e9minine \u00e0 des postes acad\u00e9miques cl\u00e9s, soit de professeurs associ\u00e9s et ordinaires, celui-ci n\u2019a augment\u00e9 que de 12,9% \u00e0 15,7% sur ces quatre ans.\u00bb<\/p>\n<p>Reste qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9chelle de la FBM, le progr\u00e8s est significatif. \u00abLa situation \u00e9volue dans la bonne direction, lance Christine Sempoux, copr\u00e9sidente de la Commission Pro-Femmes et professeure ordinaire \u00e0 l\u2019Institut universitaire de pathologie. Il faut laisser le temps \u00e0 la vague de femmes d\u2019arriver au sommet de la pyramide \u00e9troite de la recherche. Elles commencent \u00e0 grimper aux postes cadres comme professeures associ\u00e9es\u00bb, ajoute Fran\u00e7ois Pralong. Nicole D\u00e9glon est l\u2019une d\u2019entre elles. Professeure associ\u00e9e au D\u00e9partement des neurosciences cliniques et directrice du Laboratoire de neuroth\u00e9rapies cellulaires et mol\u00e9culaires (LNCM) du CHUV, elle confirme que les choses \u00e9voluent. \u00abLors des s\u00e9ances, je me retrouve de moins en moins entour\u00e9e uniquement par des coll\u00e8gues masculins. Les choses se modifient, au rythme de la Suisse.\u00bb Une mutation bienvenue mais encore loin de la parit\u00e9.<\/p>\n<p>Pour comprendre ces r\u00e9sultats, il faut analyser les biais qui subsistent dans une soci\u00e9t\u00e9 intrins\u00e8quement genr\u00e9e. Des \u00abdiff\u00e9rences comportementales\u00bb entre candidats masculins et f\u00e9minins perdurent. \u00abLes hommes sont des fonceurs, alors que les femmes se remettent davantage en question. Ce trait de personnalit\u00e9 masculine est un atout lors d\u2019un entretien d\u2019embauche, mais personnellement, je pense que l\u2019on gagnerait beaucoup \u00e0 avoir plus de scientifiques qui se questionnent davantage sur ce qu\u2019ils font\u00bb, constate Fran\u00e7ois Pralong.<\/p>\n<p><strong>Format\u00e9s d\u00e8s l\u2019enfance<\/strong><\/p>\n<p>\u00c9prise de biologie, Nicole D\u00e9glon avoue qu\u2019elle a h\u00e9sit\u00e9 avant de choisir la voie acad\u00e9mique. \u00abJ\u2019ai pris une ann\u00e9e sabbatique apr\u00e8s ma th\u00e8se. Est-ce que je me lance dans ce genre de carri\u00e8re? Est-ce que je bifurque dans une autre fili\u00e8re? La passion l\u2019a finalement emport\u00e9\u00bb, se souvient la scientifique. Mais de nombreuses femmes doutent. \u00abElles se demandent si elles peuvent combiner vie priv\u00e9e et professionnelle. Elles craignent que ce ne soit impossible\u00bb, commente Christine Sempoux.<\/p>\n<p>Cette m\u00e8re de famille souhaite, gr\u00e2ce aux programmes de soutien mis en place par la Commission Pro-Femmes, ainsi qu\u2019au mentoring entre femmes, leur prouver le contraire. \u00abLe potentiel de chercheuses entre 30 et 50 ans est incroyablement riche. Mais la pression sociale, suscit\u00e9e par le regard port\u00e9 sur les mamans qui s\u2019investissent dans leur travail de mani\u00e8re intensive, est encore trop forte.\u00bb<\/p>\n<p>Elsa Juan, postdoctorante en neurosciences, accuse cette m\u00eame soci\u00e9t\u00e9 de formater les enfants d\u00e8s leur plus jeune \u00e2ge, freinant ainsi les \u00e9coli\u00e8res \u00e0 la notion de prise de risque. \u00abDepuis petits, on entra\u00eene les gar\u00e7ons \u00e0 tout essayer, alors qu\u2019on pousse les filles \u00e0 valoriser le r\u00e9sultat.\u00bb Pour oser la carri\u00e8re de chercheur, il vaut mieux apprendre \u00e0 g\u00e9rer les \u00e9checs. \u00abQue les femmes oublient leur qu\u00eate de l\u00e9gitimit\u00e9!\u00bb clame la chercheuse.<\/p>\n<p>Gagnante du concours ma \u00abth\u00e8se en 180 secondes\u00bb en 2016 &#8212; une comp\u00e9tition majoritairement masculine &#8211;, Elsa Juan ne comprend pas pourquoi les femmes ne s\u2019engagent pas plus activement. \u00abJe me passerais bien de certaines remarques sexistes de mes homologues, mais je suis tr\u00e8s bien int\u00e9gr\u00e9e dans mon laboratoire.\u00bb<\/p>\n<p><strong>\u00abPublish or perish\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Autre frein souvent invoqu\u00e9, l\u2019\u00e9volution des activit\u00e9s des chercheurs. La carri\u00e8re acad\u00e9mique &#8212; et ce pour les deux sexes &#8212; est soumise \u00e0 des crit\u00e8res de titularisation de plus en plus \u00e9lev\u00e9s: capacit\u00e9 \u00e0 soulever des fonds, publications dans des revues scientifiques, enseignement, cr\u00e9ation d\u2019un r\u00e9seau solide et pure recherche, les attentes sont multiples et exigeantes.<\/p>\n<p>Sous le poids de cet environnement rigide, les femmes subissent d\u2019autant plus le r\u00e9f\u00e9rentiel temporel impos\u00e9 par les facult\u00e9s. \u00abLes postdocs ont cinq ans pour confirmer leur poste de titulaire. Les chercheurs ont souvent entre 28 et 35 ans, l\u2019\u00e2ge o\u00f9 les femmes pensent \u00e0 fonder une famille. Face \u00e0 une comp\u00e9tition internationale accrue, c\u2019est d\u00e9licat de remplacer une chercheuse \u00e0 la pointe de son domaine pour un cong\u00e9 maternit\u00e9\u00bb, pr\u00e9cise Fran\u00e7ois Pralong.<\/p>\n<p>Nicole D\u00e9glon conna\u00eet tr\u00e8s bien les exigences de son milieu. \u00abJ\u2019ai lu que 70% des chercheurs ont d\u00e9j\u00e0 pens\u00e9 \u00e0 abandonner leur poste, car leur cahier des charges s\u2019\u00e9loignait de la science pure. Si vous ajoutez le param\u00e8tre femme \u00e0 ces facteurs de performance, vous comprenez \u00e0 quel point la situation semble injouable pour mes cons\u0153urs.\u00bb<\/p>\n<p>De m\u00eame, la difficult\u00e9 \u00e0 gravir les \u00e9chelons acad\u00e9miques r\u00e9duit les chances d\u2019acc\u00e9der \u00e0 des responsabilit\u00e9s au niveau clinique. \u00abPour \u00eatre nomm\u00e9 \u00e0 un poste de chef-fe de D\u00e9partement ou de Service \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, il faut avoir un rang professoral, en principe celui de professeur ordinaire\u00bb, explique Susy Wagni\u00e8res.<\/p>\n<p><strong>Propositions novatrices<\/strong><\/p>\n<p>Alors pour changer la donne, la FBM et la Commission Pro-Femmes se repensent, guid\u00e9es par des initiatives nouvelles. Cette derni\u00e8re met \u00e0 disposition diff\u00e9rents outils pour attirer les chercheuses et proposer des solutions durables pour penser une science plus f\u00e9minine et engag\u00e9e.<\/p>\n<p>Des bourses de soutien au programme de mentoring entre femmes, en passant par des subventions en cas de cong\u00e9 parental afin d\u2019avoir les ressources pour engager un(e) rempla\u00e7ant(e) qui puisse faire avancer le projet de la scientifique pendant son absence, les propositions ne manquent pas.<\/p>\n<p>En outre, d\u2019autres propositions novatrices sont \u00e9galement d\u00e9battues afin d\u2019offrir un meilleur acc\u00e8s aux m\u00e9tiers acad\u00e9miques. \u00abDans les proc\u00e9dures de nomination, il faudrait par exemple tenir compte du nombre de publications scientifiques par rapport au nombre d\u2019ann\u00e9es effectives en poste et non par rapport \u00e0 l\u2019\u00e2ge afin de ne pas p\u00e9naliser les femmes qui ont mis leur carri\u00e8re entre parenth\u00e8ses le temps d\u2019un ou plusieurs cong\u00e9s maternit\u00e9\u00bb, intervient Christine Sempoux, copr\u00e9sidente de la Commission Pro-Femmes.<\/p>\n<p>Une autre id\u00e9e est d\u2019\u00e9valuer s\u00e9par\u00e9ment des listes de candidatures masculines et f\u00e9minines lors de mise au concours de postes professoraux. \u00abOn inviterait le m\u00eame nombre de candidats de chaque sexe afin d\u2019\u00e9viter l\u2019effet 1 femme face \u00e0 4 postulants masculins\u00bb, l\u00e2che Fran\u00e7ois Pralong, vice-doyen \u00e0 la rel\u00e8ve. Le concept plus controvers\u00e9 des quotas entre aussi dans la conversation. \u00abJ\u2019\u00e9tais un farouche opposant des contingents mais j\u2019ai chang\u00e9 d\u2019avis, car il faut vitaliser un syst\u00e8me qui ronronne\u00bb, ajoute ce p\u00e8re de cinq filles.<\/p>\n<p>Favoriser le temps partiel, en proposant \u00e0 la t\u00eate d\u2019un laboratoire deux codirecteurs et codirectrices \u00e0 60%, avec un temps d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la transmission de t\u00e9moin correspondrait aussi aux nouvelles attentes de la g\u00e9n\u00e9ration Y, en qu\u00eate d\u2019\u00e9quilibre entre vie priv\u00e9e et professionnelle. La copr\u00e9sidente de la Commission Pro-Femmes r\u00eave en secret d\u2019un syst\u00e8me de cr\u00e8che beaucoup plus flexible, \u00e0 l\u2019image de certains projets aux Etats-Unis, qui seraient mieux adapt\u00e9s aux exigences que requiert l\u2019investissement scientifique. Un win-win pour l\u2019innovation et la famille.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans In Vivo magazine (no 11).<\/p>\n<p>Pour vous abonner \u00e0 In Vivo au prix de seulement CHF 20.- (d\u00e8s 20 euros) pour 6 num\u00e9ros, rendez-vous sur <a href=\"http:\/\/www.invivomagazine.com\/\" target=\"_blank\">invivomagazine.com<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A l\u2019\u00e8re de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des genres, et malgr\u00e9 de nombreuses initiatives, l\u2019\u00e9quilibre entre hommes et femmes dans la recherche fondamentale et clinique n\u2019en est encore qu\u2019au stade de gen\u00e8se. 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