



{"id":4865,"date":"2017-04-05T08:24:37","date_gmt":"2017-04-05T06:24:37","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=4865"},"modified":"2017-04-11T15:39:39","modified_gmt":"2017-04-11T13:39:39","slug":"entreprise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=4865","title":{"rendered":"Quels enseignements tirer d\u2019une faillite?"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/112016\/largeur_05_avril_2017_01.jpg\" border=\"0\" height=\"311\" width=\"468\" title=\"largeur_05_avril_2017_01.jpg\" alt=\"largeur_05_avril_2017_01.jpg\" \/><\/p>\n<p>Insolvabilit\u00e9, clients qui paient en retard, erreurs strat\u00e9giques, mauvais positionnement: chaque ann\u00e9e, 13\u2019000 entreprises helv\u00e9tiques font faillite. Parmi elles, des soci\u00e9t\u00e9s qui ont parfois connu un succ\u00e8s \u00e9clatant. Comment se remet-on d\u2019un tel \u00e9chec? Quelles le\u00e7ons peut-on en tirer?<\/p>\n<p>\u00abSi ce n\u2019est par ses \u00e9checs, c\u2019est en tous cas dans la douleur qu\u2019on apprend le mieux.\u00bb Mathias Buttet sait de quoi il parle. L\u2019ancien dirigeant de BNB Concept, sp\u00e9cialiste de la conception de mouvements de pr\u00e9cision pour les grandes marques horlog\u00e8res, a connu une ascension fulgurante avec son entreprise avant de conna\u00eetre une chute non moins retentissante.<\/p>\n<p>N\u00e9e dans un garage avec trois associ\u00e9s et un investisseur, l\u2019affaire d\u00e9marre en trombe en 2004. En seulement deux ans d\u2019existence, BNB Concept devient une soci\u00e9t\u00e9 incontournable dans le domaine de la haute horlogerie, qui passe de 4 \u00e0 187 collaborateurs et emm\u00e9nage dans une usine enti\u00e8rement neuve \u00e0 Duillier, pr\u00e8s de Nyon. Une vingtaine de grandes marques lui ach\u00e8tent des montres et mouvements aux m\u00e9canismes sophistiqu\u00e9s.<\/p>\n<p>Mais frapp\u00e9 durement par la crise financi\u00e8re de 2008, le secteur horloger manque de liquidit\u00e9s. Les clients commencent \u00e0 retarder leurs paiements, dont les d\u00e9lais passent de 30 \u00e0 60, puis 90 jours, alors que salaires et charges doivent continuer \u00e0 \u00eatre pay\u00e9s. \u00abNos 25 clients avaient les m\u00eames probl\u00e8mes que nous. Toutes les marques ont dit \u2018puisque \u00e7a va mal, on serre les robinets\u2019. Et dans ce cas, ce sont les sous-traitants qui \u00e9copent en premier.\u00bb La faillite de BNB Concept est prononc\u00e9e le 25 janvier 2010.<\/p>\n<p><strong>Trouver des financements alternatifs<\/strong><\/p>\n<p>\u00abLe premier enseignement que j\u2019ai tir\u00e9 de cette faillite est la n\u00e9cessit\u00e9 de recourir le moins possible aux banques, estime Mathias Buttet. Il est pr\u00e9f\u00e9rable par exemple d\u2019emprunter de l\u2019argent \u00e0 d\u2019autres entrepreneurs. Plus g\u00e9n\u00e9ralement, il faudrait cr\u00e9er des organismes d\u2019Etat qui accorderaient directement des pr\u00eats aux entreprises en manque temporaire de liquidit\u00e9s. Ces aides pourraient \u00eatre financ\u00e9es par l\u2019argent des 2e piliers par exemple.\u00bb Une question cruciale, alors que la moiti\u00e9 des PME qui mettent la cl\u00e9 sous la porte sont de jeunes entreprises &#8212; de moins cinq ans d\u2019activit\u00e9 &#8212; en mal de financement. \u00abIl est important de tirer la sonnette d\u2019alarme, parce qu\u2019un jour toutes ces petites PME prometteuses vont aller ailleurs. Les jeunes trouvent de plus en plus souvent leur financement en dehors de la Suisse.\u00bb<\/p>\n<p>Dans un secteur en pleine tourmente, l\u2019imprimeur IRL Plus a d\u00fb lui aussi se r\u00e9soudre \u00e0 fermer son site de Renens en juillet 2015, trois ans apr\u00e8s avoir rachet\u00e9 l\u2019entreprise. \u00abNous avions un portefeuille important fait de clients fid\u00e8les, explique Michel Berney, son ancien dirigeant. Mais en 2014, le groupe Ringier a rachet\u00e9 le journal Le Temps et d\u00e9cid\u00e9 de transf\u00e9rer l\u2019impression des suppl\u00e9ments du quotidien dans son imprimerie de Zofingue (AG). \u00abNous avons ainsi perdu un contrat de 3 millions, sur un chiffre d\u2019affaires annuel total de 20.\u00bb Un manque \u00e0 gagner impossible \u00e0 compenser, auquel s\u2019ajoute d\u00e9but 2015 la fin du taux plancher, un \u00e9v\u00e9nement qui va donner le coup de gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019imprimerie. \u00abDu fait du franc fort, l\u2019\u00e9cart s\u2019est creus\u00e9 avec la concurrence \u00e9trang\u00e8re. Nous avions r\u00e9ussi \u00e0 rapatrier des produits imprim\u00e9s en Allemagne ou en Italie, mais avec des \u00e9carts de prix de 40%, ce n\u2019\u00e9tait plus tenable.\u00bb<\/p>\n<p>Les activit\u00e9s d\u2019imprimerie d\u2019IRL plus sont alors reprises par la SFF Arts graphiques, notamment les imprimeries <a href=\"http:\/\/www.genoudsa.ch\/\" target=\"_blank\">Genoud<\/a> au Mont-sur-Lausanne et les <a href=\"http:\/\/www.pcl.ch\/\" target=\"_blank\">Presses centrales<\/a> (PCL) \u00e0 Renens. Philosophe, Michel Berney admet que la faillite d\u2019IRL Plus a eu un impact b\u00e9n\u00e9fique pour les imprimeurs toujours en activit\u00e9, alors que le secteur \u00e9tait en surcapacit\u00e9: \u00abNous avons lib\u00e9r\u00e9 20 millions de chiffre d\u2019affaire en Suisse romande. Cela a donn\u00e9 \u00e0 ceux qui restaient une bouff\u00e9e d\u2019oxyg\u00e8ne et la capacit\u00e9 de se diversifier.\u00bb A la t\u00eate d\u2019une entreprise d\u2019\u00e9dition baptis\u00e9e Advantage, l\u2019ex-patron d\u2019imprimerie travaille par ailleurs d\u00e9sormais aussi comme consultant et fait b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019autres entrepreneurs de son exp\u00e9rience. \u00abIl y a une \u00e9volution positive des mentalit\u00e9s. Aujourd\u2019hui, la restructuration d\u2019entreprise est un th\u00e8me qui int\u00e9resse. On souhaite entendre des directeurs qui l\u2019ont v\u00e9cue et peuvent l\u2019analyser. Il y a 30 ans, quand on faisait faillite, on \u00e9tait mal consid\u00e9r\u00e9. D\u00e9sormais, celui qui peut apporter son savoir en la mati\u00e8re est respect\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Formation acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e<\/strong><\/p>\n<p>La plupart des 44 collaborateurs d\u2019IRL Plus ont d\u2019ailleurs retrouv\u00e9 un emploi, et bien souvent dans des secteurs diff\u00e9rents. La faillite a en effet constitu\u00e9 une sorte de formation acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e pour certains, qui ont d\u00fb encha\u00eener les bilans et business plans pour trouver en urgence des solutions. Anticiper est le meilleur enseignement qu\u2019en a tir\u00e9 Michel Berney. \u00abNous avons \u00e9t\u00e9 pris de vitesse. Une faillite brutale g\u00e9n\u00e8re beaucoup de difficult\u00e9s et de tensions. Si on anticipe, on fait souvent moins de d\u00e9g\u00e2ts et on peut aboutir \u00e0 une saine restructuration.\u00bb<\/p>\n<p>Anticiper, comprendre les march\u00e9s \u00e9mergents, voir les risques et les opportunit\u00e9s du secteur et repenser son activit\u00e9 si elle n\u2019est pas viable: le Genevois Jonathan Normand a pu redresser la barre juste avant la faillite. <a href=\"http:\/\/www.codethic.ch\/?lang=fr\" target=\"_blank\">Codethic<\/a>, sa soci\u00e9t\u00e9 de certification internationale, destin\u00e9e \u00e0 mesurer l\u2019impact humain et environnemental des entreprises, exigeait de tr\u00e8s lourds investissements. En 2013, il d\u00e9cide de transf\u00e9rer la certification \u00e0 une ONG, qui en supporte les co\u00fbts gr\u00e2ce aux donations qu\u2019elle re\u00e7oit, et se concentre sur le conseil en management durable, aupr\u00e8s d\u2019entreprises comme l\u2019a\u00e9roport de Gen\u00e8ve. \u00abSi nous n\u2019avions pas fait cela, nous aurions mis la cl\u00e9 sous la porte. Notre mod\u00e8le d\u2019entreprise \u00e9tait faux et nous l\u2019avons pay\u00e9 cher\u00bb, raconte l\u2019entrepreneur qui avoue y avoir laiss\u00e9 un demi-million de francs, puisque les certifications via l\u2019ONG sont d\u00e9sormais gratuites. Il a cependant trouv\u00e9 un sens \u00e0 son activit\u00e9 collaborative: \u00abOn peut faire d\u2019un \u00e9chec quelque chose de tr\u00e8s positif. Ma premi\u00e8re vision n\u2019a pas march\u00e9 mais aujourd\u2019hui je sais que, m\u00eame si c\u2019est moins lucratif, je suis utile pour les entreprises.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Seconde chance<\/strong><\/p>\n<p>Malik Khalfi est ce qu\u2019on peut appeler un entrepreneur r\u00e9silient. Il a fond\u00e9 quatre entreprises, dont deux n\u2019ont pas fonctionn\u00e9. Loin de se d\u00e9courager, il m\u00e8ne d\u00e9sormais de front son activit\u00e9 de chef d\u2019entreprise \u00e0 la t\u00eate de <a href=\"https:\/\/be-cash.ch\/\" target=\"_blank\">Be-Cash<\/a>, qui vend des terminaux de paiement mobiles et met en parall\u00e8le son exp\u00e9rience au service d\u2019autres patrons, avec sa soci\u00e9t\u00e9 de conseil, <a href=\"http:\/\/www.m3k.ch\/\" target=\"_blank\">M3K<\/a>, fond\u00e9e en 2010. De ses \u00e9checs et de ses rebonds, il tire de nombreux enseignements: \u00abIl faut avoir en soi la facult\u00e9 de positiver ses \u00e9checs. C\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019exposition que m\u2019a donn\u00e9 ma premi\u00e8re entreprise &#8212; sp\u00e9cialis\u00e9e dans l\u2019optimisation des frais bancaires &#8212; que j\u2019ai \u00e9t\u00e9 d\u00e9march\u00e9 pour monter la premi\u00e8re franchise d\u2019Adidas en Suisse.\u00bb Cette affaire est d\u2019abord couronn\u00e9e de succ\u00e8s, avant que des divergences de vues avec son associ\u00e9 ne le pousse \u00e0 quitter la franchise. <\/p>\n<p>Un revers qu\u2019il d\u00e9cide de transformer en une exp\u00e9rience utile \u00e0 d\u2019autres: \u00abQuand j\u2019\u00e9tais chez Adidas, de nombreux entrepreneurs venaient me voir. J\u2019ai commenc\u00e9 par quelques mandats pour conseiller de fa\u00e7on tr\u00e8s pragmatique des micro-entreprises. Puis, j\u2019ai mont\u00e9 ma soci\u00e9t\u00e9 de conseil. Et c\u2019est justement parce que j\u2019ai deux \u2018casseroles\u2019 que ces personnes m\u2019\u00e9coutent. Je pars toujours de la pratique, de mon exp\u00e9rience, et non de la th\u00e9orie\u00bb. Sa connaissance du march\u00e9, ses id\u00e9es et sa pers\u00e9v\u00e9rance lui ont permis d\u2019obtenir la confiance des investisseurs et de monter sa start-up sp\u00e9cialis\u00e9e dans le paiement mobile: \u00abQuand vous dites aux investisseurs que vous avez d\u00e9j\u00e0 mont\u00e9 deux entreprises et \u00e9chou\u00e9, ils vous font, malgr\u00e9 tout, davantage confiance qu\u2019\u00e0 un entrepreneur sans r\u00e9elle exp\u00e9rience. Ils n\u2019investissent pas tant dans le projet que dans la personne: ils veulent avant tout voir la capacit\u00e9 du chef d\u2019entreprise \u00e0 rebondir et \u00e0 trouver des solutions.\u00bb<\/p>\n<p>Un exemple qui montre que le droit \u00e0 l\u2019erreur et \u00e0 une seconde chance peut aussi \u00eatre le facteur d\u00e9clencheur d\u2019une motivation nouvelle. Et comme rel\u00e8ve le philosophe Charles P\u00e9pin, auteur de l\u2019ouvrage <em>Les vertus de l\u2019\u00e9chec<\/em>, il ne faut pas oublier qu\u2019\u00abaux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et dans les pays scandinaves, un homme qui a \u00e9chou\u00e9 est avant tout un homme qui a une exp\u00e9rience, qui a tent\u00e9 quelque chose\u00bb.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans PME Magazine.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Difficile de croire aux vertus de l\u2019\u00e9chec quand on vient de mettre la cl\u00e9 sous la porte. Et pourtant, de nombreux entrepreneurs romands ont davantage appris de leurs erreurs que de leurs succ\u00e8s. T\u00e9moignages.<\/p>\n","protected":false},"author":20222,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[],"class_list":["post-4865","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-kapital","kapital"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4865","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/20222"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4865"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4865\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4865"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4865"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4865"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}