



{"id":4850,"date":"2017-03-15T17:35:10","date_gmt":"2017-03-15T15:35:10","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=4850"},"modified":"2017-03-15T17:37:47","modified_gmt":"2017-03-15T15:37:47","slug":"pedagogie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=4850","title":{"rendered":"Le jazz, improvis\u00e9 en classe comme sur sc\u00e8ne"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/112016\/Large_150032017.jpg\" border=\"0\" height=\"311\" width=\"468\" title=\"Large_150032017.jpg\" alt=\"Large_150032017.jpg\" \/><\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait une petite r\u00e9volution dans le paysage musical suisse-romand: dans les ann\u00e9es 1970, les premi\u00e8res \u00e9coles de jazz ouvraient leurs portes. \u00abOn embauchait les copains et les musiciens des alentours, raconte Angelika G\u00fcsewell, responsable de la recherche \u00e0 la Haute Ecole de Musique de Lausanne \u2013 <a href=\"http:\/\/www.hemu.ch\/accueil\/\" target=\"_blank\">HEMU<\/a>. Ces enseignants n\u2019avaient pas de dipl\u00f4me et encore moins de formation p\u00e9dagogique.\u00bb A cette \u00e9poque, il n\u2019y avait pas de cursus comparable \u00e0 celui des conservatoires de musique classique. On apprenait avant tout par l\u2019\u00e9coute, en usant les microsillons des disques de Miles Davis ou de Charlie Parker. Mais l\u2019entr\u00e9e du jazz au conservatoire se justifiait pleinement: il avait d\u00e9j\u00e0 une histoire, ses l\u00e9gendes, ses sous-genres et ses standards.<\/p>\n<p>Quelques d\u00e9cennies plus tard, le jazz a bien grandi en Suisse romande. En 2006, il int\u00e8gre la Haute Ecole de Musique de Lausanne et obtient un bachelor et un master \u00e0 son nom. Les plans d\u2019\u00e9tudes sont adapt\u00e9s aux normes europ\u00e9ennes, le volume d\u2019apprentissage augmente et les enseignants sont form\u00e9s autant \u00e0 la p\u00e9dagogie qu\u2019\u00e0 la ma\u00eetrise de leur instrument.<\/p>\n<p>Cette \u00e9volution est r\u00e9jouissante \u00e0 bien des \u00e9gards pour la reconnaissance d\u2019une culture de niche qui doit constamment se l\u00e9gitimer &#8212; en t\u00e9moigne l\u2019annonce de r\u00e9duction des programmes de jazz sur Espace 2 en d\u00e9but d\u2019ann\u00e9e. Mais le contexte acad\u00e9mique est aussi un d\u00e9fi pour les enseignants: comment transmet-on la spontan\u00e9it\u00e9 du jazz et son impr\u00e9visibilit\u00e9 dans un cadre formel? \u00abC\u2019est une question que nous discutons souvent avec nos \u00e9tudiants et nos coll\u00e8gues internationaux\u00bb, constate Angelika G\u00fcsewell, qui vient de terminer <a href=\"http:\/\/biblio.hemu-cl.ch\/_multimedia\/documents\/rms_ag_jazz.pdf\" target=\"_blank\">une \u00e9tude<\/a> sur les premi\u00e8res \u00e9coles de jazz en Suisse romande et leurs m\u00e9thodes d\u2019enseignement (lire l&rsquo;encadr\u00e9 ci-dessous). La chercheuse estime qu\u2019il peut y avoir un risque de perdre l\u2019essence du jazz et des musiques improvis\u00e9es si on les transmet uniquement \u00e0 travers une \u00e9ducation formelle.<br \/>\n<strong><br \/>\nExigences \u00e0 la hausse<\/strong><\/p>\n<p>Jean-Pierre Schaller, professeur de basse \u00e0 la HEMU, souligne que les exigences acad\u00e9miques ne riment pas forc\u00e9ment avec formalisation. Le cursus de la haute \u00e9cole offre un certain nombre de cours moins formels, notamment \u00e0 travers des ateliers en groupe. Chaque \u00e9l\u00e8ve a \u00e9galement carte blanche pour son projet de fin de cursus. \u00abJe parlerais plut\u00f4t de professionnalisation, tranche le bassiste. Aujourd\u2019hui, l\u2019exigence est clairement \u00e0 la hausse dans la formation p\u00e9dagogique et c\u2019est une tr\u00e8s bonne chose. Quand j\u2019\u00e9tais jeune, j\u2019ai v\u00e9cu de mauvaises exp\u00e9riences avec des professeurs qui n\u2019aimaient pas enseigner et ne savaient pas comment s\u2019y prendre.\u00bb<\/p>\n<p>Ancien \u00e9l\u00e8ve de Jean-Pierre Schaller, Nadir Graa \u00e9voque un cadre relativement scolaire, en repensant \u00e0 son parcours acad\u00e9mique. \u00abMais ce n\u2019\u00e9tait pas un probl\u00e8me pour moi, car cela n\u2019emp\u00eachait pas d\u2019\u00eatre cr\u00e9atif, affirme le Vaudois. C\u2019\u00e9tait une immersion totale dans la musique. Lorsque j\u2019allais en cours, j\u2019\u00e9tais comme une \u00e9ponge qui absorbait le maximum d\u2019influences.\u00bb Apr\u00e8s leur bachelor, de nombreux \u00e9tudiants se lancent dans le Master en p\u00e9dagogie musicale, seule formation reconnue actuellement pour enseigner. \u00abOn pourrait croire qu\u2019on est format\u00e9 dans ce cadre acad\u00e9mique, mais c\u2019est le contraire, estime Simon Blanc, dipl\u00f4m\u00e9 de ce Master en p\u00e9dagogie musicale. On nous a appris \u00e0 prendre du recul, trouver notre propre m\u00e9thode et \u00eatre ouvert aux diff\u00e9rentes attentes des \u00e9l\u00e8ves. Dans le jazz, on improvise aussi dans l\u2019enseignement!\u00bb<\/p>\n<p><strong>S\u2019adapter \u00e0 ses \u00e9l\u00e8ves<\/strong><\/p>\n<p>Pour Thierry Lang, premier Suisse \u00e0 avoir sign\u00e9 chez le prestigieux label Blue Note Records, la marge de man\u0153uvre laiss\u00e9e \u00e0 l\u2019enseignant est essentielle: \u00abLe jazz est la musique la plus cr\u00e9ative de ce si\u00e8cle. \u00e0 quoi bon engager des enseignants qui ont des personnalit\u00e9s artistiques, si on adopte un cursus trop format\u00e9?\u00bb Le pianiste, qui donne des cours au Conservatoire de Montreux, se pla\u00eet \u00e0 comparer l\u2019apprentissage du jazz \u00e0 celui du langage. \u00abCe n\u2019est pas parce qu\u2019on a appris le fran\u00e7ais qu\u2019on est capable d\u2019\u00e9crire un bon livre. C\u2019est pareil pour la musique. La capacit\u00e9 \u00e0 improviser ne tombe pas du ciel, elle d\u00e9coule des motifs qu\u2019on \u00e9coute et qu\u2019on exerce. Je m\u2019adapte \u00e0 mes \u00e9l\u00e8ves en leur faisant \u00e9couter des morceaux qui vont les aider \u00e0 d\u00e9velopper leur propre langage.\u00bb<\/p>\n<p>Jean-Pierre Schaller met \u00e9galement un point d\u2019honneur \u00e0 s\u2019adapter \u00e0 ses \u00e9tudiants. \u00abC\u2019est vrai qu\u2019il y a des standards de jazz que tous les musiciens doivent conna\u00eetre et je veux que mes \u00e9l\u00e8ves soient comp\u00e9titifs sur le march\u00e9. Mais chacun a son propre univers. J\u2019essaie de les aider \u00e0 d\u00e9velopper leur personnalit\u00e9 plut\u00f4t que de les formater.\u00bb Susanne Abbuehl, professeure de chant \u00e0 la HEMU, rappelle aussi que les exercices consid\u00e9r\u00e9s comme th\u00e9oriques et formels peuvent \u00eatre une source d\u2019inspiration. \u00abEn construisant une base solide d\u2019harmonie, de technique vocale et de rythme, l\u2019\u00e9l\u00e8ve commence \u00e0 d\u00e9couvrir ses affinit\u00e9s, sa force cr\u00e9ative et se dirige vers une voie de plus en plus personnelle.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Rapprochements timides avec la musique classique<\/strong><\/p>\n<p>Il est souvent tentant d\u2019opposer le jazz au classique, lorsque l\u2019on parle de p\u00e9dagogie musicale. Certains \u00e9l\u00e8ves choisiraient m\u00eame la section jazz uniquement pour \u00e9chapper \u00e0 l\u2019autre, mais les barri\u00e8res s\u2019estompent progressivement. De plus en plus d\u2019\u00e9l\u00e8ves issus de la fili\u00e8re classique souhaitent par exemple apprendre l\u2019improvisation. \u00abIl y a une \u00e9volution claire dans ce sens et je pense que c\u2019est un peu le futur, constate Jean-Pierre Schaller. Ce serait tr\u00e8s int\u00e9ressant d\u2019avoir des moments d\u2019improvisation dans une symphonie!\u00bb<\/p>\n<p>Pour Thierry Lang, cette tendance n\u2019a rien d\u2019\u00e9tonnant. \u00abJ\u2019ai derri\u00e8re moi une longue formation classique qui m\u2019a beaucoup apport\u00e9. Mais c\u2019est un r\u00e9pertoire qui laisse peu de place \u00e0 la cr\u00e9ativit\u00e9, car il a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 jou\u00e9 et enregistr\u00e9 des centaines de fois. En comparaison, la spontan\u00e9it\u00e9 du jazz a de quoi faire r\u00eaver.\u00bb<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p>ENCADRE<br \/>\n<strong><br \/>\nLes premi\u00e8res \u00e9coles de jazz en Suisse romande<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/biblio.hemu-cl.ch\/_multimedia\/documents\/rms_ag_jazz.pdf\" target=\"_blank\">Une \u00e9tude<\/a> sur les premi\u00e8res \u00e9coles de jazz en Suisse romande vient d&rsquo;\u00eatre publi\u00e9e par Angelika G\u00fcsewell et Monika Piecek, chercheuses \u00e0 la HEMU. Leur objectif \u00e9tait d\u2019examiner si et en quoi l\u2019enseignement \u00e9tait formel, non formel ou informel dans les ann\u00e9es 1980. \u00abLe d\u00e9fi de cette \u00e9poque \u00e9tait de d\u00e9velopper les aspects formels de l\u2019\u00e9ducation jazz, alors qu\u2019aujourd\u2019hui, il semble que le d\u00e9fi est d\u2019int\u00e9grer des opportunit\u00e9s d\u2019apprentissage informel au sein de structures tr\u00e8s formelles\u00bb, \u00e9crivent-elles en conclusion. En effet, en s\u2019adaptant aux normes europ\u00e9ennes, les hautes \u00e9coles ont adopt\u00e9 un syst\u00e8me acad\u00e9mique plus structur\u00e9. A Lausanne, la fili\u00e8re jazz \u00e9volue d\u2019ann\u00e9e en ann\u00e9e. Elle accueillait 54 \u00e9l\u00e8ves en 2006. Ils sont aujourd\u2019hui 82, en comptant le nouveau Bachelor en musiques actuelles. Plus de 100 \u00e9l\u00e8ves par ann\u00e9e sont attendus d\u2019ici \u00e0 2020.<\/p>\n<p><strong>Chronologie<\/strong><\/p>\n<p>1975 &#8211; AMR (Association pour l&rsquo;encouragement de la Musique impRovis\u00e9e) &#8211; Gen\u00e8ve<br \/>\n1979 &#8211; Conservatoire de Fribourg<br \/>\n1980 &#8211; CPM (Conservation Populaire de Musique) &#8211; Gen\u00e8ve<br \/>\n1982 &#8211; Conservatoire de Montreux<br \/>\n1983 &#8211; EJMA (Ecole de Jazz et de Musique Actuelle) &#8211; Martigny<br \/>\n1984 &#8211; EJMA &#8211; Lausanne<br \/>\n1986 &#8211; EJMA &#8211; Sion<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans la revue H\u00e9misph\u00e8res (no 12).<\/p>\n<p>Pour vous abonner \u00e0 H\u00e9misph\u00e8res au prix de CHF 45.- (d\u00e8s 45 euros) pour 6 num\u00e9ros, rendez-vous sur <a href=\"http:\/\/revuehemispheres.com\" target=\"_blank\">revuehemispheres.com<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La musique jazz demande une interpr\u00e9tation plus personnelle et spontan\u00e9e que la musique classique. 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