



{"id":485,"date":"2000-08-21T00:00:00","date_gmt":"2000-08-20T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=485"},"modified":"2017-07-12T11:32:05","modified_gmt":"2017-07-12T09:32:05","slug":"decouverte","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=485","title":{"rendered":"Un parfum Chanel s&rsquo;\u00e9chappait des jardins de Lausanne"},"content":{"rendered":"<p>Que deviennent les \u00abJardins 2000\u00bb? A son ouverture en juin, cette installation paysag\u00e8re lausannoise avait b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d&rsquo;un tapage m\u00e9diatique exceptionnel. Et depuis, c&rsquo;est le silence. Le charme est-il au rendez-vous cette ann\u00e9e, comme lors de la pr\u00e9c\u00e9dente \u00e9dition? Les visiteurs s&rsquo;y ruent-ils? Les fleurs ont-elles support\u00e9 les pluies de juillet et les chaleurs d&rsquo;ao\u00fbt?<\/p>\n<p>Priv\u00e9e d&rsquo;informations, je suis all\u00e9e les cueillir moi-m\u00eame. Et c&rsquo;est la d\u00e9ception.<\/p>\n<p>Je commence ma visite sur l&rsquo;esplanade de Montbenon o\u00f9 une jet\u00e9e a \u00e9t\u00e9 install\u00e9e. Trop timide, la jet\u00e9e! J&rsquo;aurais tant souhait\u00e9 d\u00e9passer, ne serait-ce que de quelques centim\u00e8tres symboliques, la fa\u00e7ade de l&rsquo;immeuble! C&rsquo;est si bon, un petit coup de vertige&#8230;<\/p>\n<p>\u00abR\u00eaves\u00bb, \u00abQuo Vadis\u00bb, \u00abRound Up\u00bb&#8230; Je reste sur ma faim. Le Jardin de Deukalion ne me transporte pas vraiment, celui des Nolfs pas davantage. Je d\u00e9cide de prendre le m\u00e9tro jusqu&rsquo;au cimeti\u00e8re du Bois-de-Vaux o\u00f9 se trouvent d&rsquo;autres \u00e9tapes de l&rsquo;expo.<\/p>\n<p>Mais que diable suis-je venue faire ici, \u00e0 midi, par cette chaleur? Voir des moutons assoupis ou \u00able champ de repos\u00bb? Au repos, j&rsquo;y aspire, mais pas sous cette forme d\u00e9finitive&#8230; Ma balade prend des allures de parcours du combattant.<\/p>\n<p>A l&rsquo;horizon, un jardinier vient de poser la plus attrayante des installations: un arroseur tournant. Quel d\u00e9lice que cette l\u00e9g\u00e8re douche surmont\u00e9e du plus beau des bouquets! Un arc-en ciel!<\/p>\n<p>Rafra\u00eechie, je ne vais pas tarder \u00e0 l&rsquo;\u00eatre, au sens figur\u00e9 cette fois. A grands pas, j&rsquo;arpente \u00abLa pr\u00e9sence de l&rsquo;absence\u00bb et le \u00abD\u00e9lice de l&rsquo;absence\u00bb, deux \u0153uvres install\u00e9es dans ce cimeti\u00e8re. La r\u00e9cup\u00e9ration de ces anciennes pierres tombales me d\u00e9range. Et puis, cette musique est-elle de mise?<\/p>\n<p>Je suis fatigu\u00e9e par ces d\u00e9marches intellectuelles qui me d\u00e9passent&#8230; mais voici que le hasard me prend par la main. Un irr\u00e9sistible besoin de quitter l&rsquo;artifice s&#8217;empare de moi. Je d\u00e9cide d&rsquo;aller me recueillir du c\u00f4t\u00e9 des \u00abvraies\u00bb s\u00e9pultures &#8211; que le public de cet \u00e9t\u00e9 n\u00e9glige au profit des \u00ab<a href=http:\/\/www.letemps.ch\/jardins target=_blank>Jardins 2000<\/a>\u00bb.<\/p>\n<p>Quelques marches et, stup\u00e9faite, je me retrouve en face de Paul Robert (1910-1980), lexicographe. Une \u00e9pitaphe: \u00abJe le ferais encor, si j&rsquo;avais \u00e0 le faire\u00bb. Quel choc! Qu&rsquo;aurais-je fait s&rsquo;il ne l&rsquo;avait pas fait, son Petit Robert? En permanence sur mon bureau, il est mon indispensable compagnon de travail.<\/p>\n<p>Son auteur g\u00eet donc ici, lui dont son ami Bernard Clavel disait: \u00abBeaucoup mieux qu&rsquo;une statue, le plus grand, le plus beau, le plus solide des monuments parce que le plus humble: un nom commun. Il est des gens qui d\u00e9pensent une fortune pour acheter une particule, d&rsquo;autres qui luttent avec acharnement pour conqu\u00e9rir une majuscule, Paul Robert a travaill\u00e9 toute sa vie pour perdre son pr\u00e9nom et sa majuscule. Quoi de plus \u00e9tonnant que cet homme qui devient le Robert, puis un dictionnaire, puis le dictionnaire?\u00bb Songeuse, je fais quelques pas et\u2026<\/p>\n<p>Le plus beau jardin de Lausanne est l\u00e0. Quatre m\u00e8tres carr\u00e9 de b\u00e9gonias blancs. Autour, une haie-alc\u00f4ve, \u00e0 gauche, un petit banc de pierre qui nous permet de devenir les h\u00f4tes de celle qui se disait petite couturi\u00e8re. Ceux qui croyaient la conna\u00eetre l&rsquo;appelaient Coco et ceux qui l&rsquo;admiraient Mademoiselle. Gabrielle Chanel (1883-1971) repose ici.<\/p>\n<p>Quelle classe! Par le biais de sa <a href=http:\/\/www.home.ch\/~spaw2758\/lausanne\/cimetiere.htm target=_blank>derni\u00e8re demeure<\/a>, elle continue \u00e0 donner des le\u00e7ons de modestie. Aucun signe tapageur, rien d&rsquo;ostentatoire. Un simple carr\u00e9 blanc. J&rsquo;interroge la jardini\u00e8re charg\u00e9e de son entretien. Elle ignore si c&rsquo;\u00e9tait l\u00e0 le souhait de Mademoiselle. \u00abLes fleurs sont toujours blanches. C&rsquo;est les Fran\u00e7ais qui le demandent et qui s&rsquo;en occupent\u00bb, r\u00e9pond-elle. <\/p>\n<p>Assise sur le banc, je vois d\u00e9filer des \u00abpetites robes noires\u00bb, des tailleurs rac\u00e9s, des \u00e9l\u00e9gants sacs matelass\u00e9s, des ceintures dor\u00e9es\u2026 Curieux: des b\u00e9gonias monte une odeur de rose de mai de Grasse. Le No 5. Je suis en plein jardin d&rsquo;Eden.<\/p>\n<p>Un peu plus tard, j&rsquo;apprendrai que Gabrielle Chanel a longtemps v\u00e9cu \u00e0 Lausanne, dans une villa de Sauvabelin et au Palace. Qu&rsquo;elle fr\u00e9quentait les restaurants de la Bossette et de la Pomme de pin. Qu&rsquo;elle achetait ses ampoules de S\u00e9dol \u00e0 la pharmacie du Grand Ch\u00eane.<\/p>\n<p>La mort l&rsquo;a saisie \u00e0 87 ans, le 11 janvier 1971 dans sa mansarde du Ritz, apr\u00e8s une promenade au champ de courses de Longchamp. Son corps a \u00e9t\u00e9 amen\u00e9 \u00e0 Lausanne o\u00f9, selon sa volont\u00e9, Gabrielle Chanel \u00e9t\u00e9 enterr\u00e9e.<\/p>\n<p>Merci aux \u00abJardins 2000\u00bb d&rsquo;avoir suscit\u00e9 cette d\u00e9couverte fortuite.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u2019est en visitant, d\u00e9\u00e7ue, l\u2019expo \u00abJardins 2000\u00bb que j\u2019ai d\u00e9couvert par hasard les traces de deux Fran\u00e7ais illustres. D\u00e9licieuse surprise! J&rsquo;ignorais que Mademoiselle Chanel se trouvait dans le canton de Vaud.<\/p>\n","protected":false},"author":375,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[1298],"class_list":["post-485","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-latitude","tag-chroniques","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/485","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/375"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=485"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/485\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6019,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/485\/revisions\/6019"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=485"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=485"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=485"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}