



{"id":4801,"date":"2016-12-22T17:01:33","date_gmt":"2016-12-22T16:01:33","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=4801"},"modified":"2017-08-24T10:25:55","modified_gmt":"2017-08-24T08:25:55","slug":"sante-20","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=4801","title":{"rendered":"La mort, un enjeu vivant"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/112016\/Large22122016.jpg\" border=\"0\" height=\"311\" width=\"468\" title=\"Large22122016.jpg\" alt=\"Large22122016.jpg\" \/><\/p>\n<p>Difficile d\u2019y voir une simple co\u00efncidence: deux des collections de vulgarisation scientifique les plus populaires en Suisse &#8212; <em>Que sais-je?<\/em> et <em>Le savoir suisse<\/em> &#8212; ont r\u00e9cemment publi\u00e9 des ouvrages sur la mort. Le ph\u00e9nom\u00e8ne int\u00e9resse toujours plus le grand public, mais aussi le monde scientifique, qui souhaite mieux le comprendre. Il faut dire que la mort, sujet tabou, n\u2019a pas b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 jusqu\u2019ici d\u2019une grande attention. \u00abSi nos connaissances sur le commencement de la vie sont multiples et pr\u00e9cises, la mort, elle, reste un domaine largement inexplor\u00e9\u00bb, souligne Gian Domenico Borasio, chef du Service de soins palliatifs et de support du CHUV, dans son livre <em>Mourir<\/em>.<\/p>\n<p>Cette attention accrue intervient alors que la notion de fin de vie conna\u00eet d\u2019importants changements. \u00abLe concept de mort c\u00e9r\u00e9brale a entra\u00een\u00e9 de nouvelles possibilit\u00e9s &#8212; transplantation d\u2019organes en t\u00eate &#8212; et passablement chamboul\u00e9 les esprits\u00bb, rel\u00e8ve Marc-Antoine Berthod, pr\u00e9sident de la Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019\u00e9tudes thanatologiques de Suisse romande (lire encadr\u00e9 ci-dessous).<\/p>\n<p>\u00abLongtemps, les gens s\u2019int\u00e9ressaient \u00e0 ce qui se passait apr\u00e8s la mort, souligne Alexandrine Schniewind, professeure de philosophie \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne (UNIL) et auteure de l\u2019ouvrage <em>La Mort<\/em>. Pendant des si\u00e8cles, l\u2019Eglise a eu un discours ambigu sur l\u2019au-del\u00e0. A la fois anxiog\u00e8ne, si l\u2019on pense au purgatoire et \u00e0 l\u2019enfer, mais aussi rassurant, promettant aux fid\u00e8les l\u2019arriv\u00e9e au paradis.\u00bb L\u2019affaiblissement de l\u2019emprise du religieux et la prolongation de l\u2019esp\u00e9rance de vie ont d\u00e9plac\u00e9 la probl\u00e9matique. Aujourd\u2019hui, aussi bien les croyants que les non-croyants \u00e9mettent le d\u00e9sir de vivre une \u00abbonne mort\u00bb.<\/p>\n<p>La m\u00e9decine palliative r\u00e9pond \u00e0 cette \u00e9volution en prodiguant des soins qui ne visent pas \u00e0 rallonger la vie, mais \u00e0 en am\u00e9liorer la qualit\u00e9. Une pratique qui devient de plus en plus importante avec le vieillissement de la population. Selon l\u2019Office f\u00e9d\u00e9ral de la statistique (OFS), la part des personnes de 65 ans et plus dans la population suisse passera de 17% en 2010 \u00e0 28% en 2060. De fait, les besoins en soins palliatifs augmenteront \u00e9galement. Afin de r\u00e9pondre \u00e0 ce d\u00e9fi d\u00e9mographique, une chaire de soins palliatifs g\u00e9riatriques &#8212; la premi\u00e8re au monde &#8212; a \u00e9t\u00e9 inaugur\u00e9e cette ann\u00e9e \u00e0 Lausanne.<\/p>\n<p>\u00abOn n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 moins proches des mourants, remarque Alexandrine Schniewind. Jusqu\u2019au d\u00e9but du si\u00e8cle pass\u00e9, on terminait sa vie \u00e0 la maison, accompagn\u00e9 par sa famille.\u00bb Aujourd\u2019hui, la tendance s\u2019est totalement invers\u00e9e: 41% des Suisses sont d\u00e9c\u00e9d\u00e9s \u00e0 l\u2019h\u00f4pital en 2009, contre 40% en EMS et 20% ailleurs, selon l\u2019OFS. \u00abOn d\u00e9l\u00e8gue aux soignants l\u2019encadrement de la fin de vie, sans r\u00e9aliser que tout un chacun est (ou sera) concern\u00e9 par cette th\u00e9matique.\u00bb<\/p>\n<p>Plus que jamais, la mort appara\u00eet donc comme un sujet vivant. Y compris pour les professionnels du milieu m\u00e9dical, qui n\u2019y sont pas toujours suffisamment sensibilis\u00e9s.<\/p>\n<p>1. SOUTENIR LES FUTURS MEDECINS<\/p>\n<p><strong>Une association pour informer<\/strong><\/p>\n<p>Interpell\u00e9s par le manque d\u2019informations sur la mort dans le milieu m\u00e9dical, des \u00e9tudiants de l\u2019UNIL ont fond\u00e9 il y a cinq ans l\u2019association <a href=\"https:\/\/doctorsanddeath.wordpress.com\/\" target=\"_blank\">Doctors &amp; Death<\/a>. Le d\u00e9clic: l\u2019aspect \u00abm\u00e9canique et froid\u00bb des s\u00e9ances de dissection. \u00abLa plupart des \u00e9tudiants en m\u00e9decine qui arrivent dans la salle d\u2019anatomie sont confront\u00e9s pour la premi\u00e8re fois \u00e0 la mort\u00bb, constate Lo\u00efc Payrard, vice-pr\u00e9sident de l\u2019antenne lausannoise.<\/p>\n<p>\u00abLes \u00e9tudes de m\u00e9decine sont tr\u00e8s comp\u00e9titives et montrer ses \u00e9motions face \u00e0 la mort est souvent per\u00e7u comme une faiblesse. Cela cr\u00e9e une grande ambivalence: d\u2019une part, on attend du praticien qu\u2019il soit dou\u00e9 d\u2019empathie et, d\u2019autre part, on lui impose une sorte de froideur.\u00bb Le projet Doctors &amp; Death, qui est n\u00e9 en terres vaudoises mais a fait des \u00e9mules \u00e0 travers le pays, cherche \u00e0 d\u00e9culpabiliser les \u00e9tudiants qui ressentent des \u00e9motions face \u00e0 la mort. Il leur offre un espace de discussion &#8212; par exemple via une cellule de veille anim\u00e9e par des professeurs exp\u00e9riment\u00e9s &#8212; et d\u2019information.<\/p>\n<p>Par ricochet, l\u2019association vise \u00e9galement une meilleure communication entre m\u00e9decins et patients autour de la mort. \u00abJe connais encore trop de soignants qui sont incapables de parler de ce th\u00e8me, sans doute parce que cela les renvoie \u00e0 leur impuissance\u00bb, regrette l\u2019\u00e9tudiant. Or, \u00able c\u00f4t\u00e9 irr\u00e9vocable de la mort ne remet pas en question l\u2019importance de notre m\u00e9tier, dont une part consiste \u00e0 \u00eatre honn\u00eate avec nos patients, qui ont de toute fa\u00e7on acc\u00e8s \u00e0 des tas d\u2019informations gr\u00e2ce aux nouvelles technologies\u00bb.<\/p>\n<p>2. L\u2019ENJEU DES SOINS PALLIATIFS<\/p>\n<p><strong>Mourir sereinement \u00e0 l\u2019h\u00f4pital<\/strong><\/p>\n<p>La sensibilisation des futurs m\u00e9decins aux probl\u00e9matiques de la mort va toutefois dans le bon sens. En troisi\u00e8me ann\u00e9e de bachelor, les \u00e9tudiants en m\u00e9decine de la Facult\u00e9 de biologie et de m\u00e9decine (FBM) doivent par exemple passer deux jours d\u2019observation au sein d\u2019une unit\u00e9 de soins palliatifs. Pour les m\u00e9decins-assistants, le CHUV organise des formations sp\u00e9cifiques li\u00e9es \u00e0 la mort et \u00e0 la m\u00e9decine palliative, selon les besoins des diff\u00e9rents services.<\/p>\n<p>Unique professeur ordinaire en m\u00e9decine palliative de Suisse, Gian Domenico Borasio \u0153uvre depuis plusieurs ann\u00e9es avec son \u00e9quipe pour encourager un changement de mentalit\u00e9 dans la mani\u00e8re de concevoir la derni\u00e8re phase de la vie des patients. Chaque ann\u00e9e, l\u2019h\u00f4pital organise une demi-journ\u00e9e consacr\u00e9e \u00e0 la probl\u00e9matique de l\u2019acharnement th\u00e9rapeutique. \u00abDe nombreuses institutions nient compl\u00e8tement l\u2019existence de ce probl\u00e8me, affirme Gian Domenico Borasio. Il existe encore une tradition d\u2019essayer de rallonger la vie des patients \u00e0 tout prix.\u00bb<\/p>\n<p>Les soins palliatifs n\u2019ont pas comme objectif le rallongement de la vie, mais la qualit\u00e9 de celle-ci. \u00abIl est primordial d\u2019adopter une culture de l\u2019\u00e9coute afin de savoir comment le patient veut vivre les derniers instants de sa vie, explique Emmanuel Tamch\u00e8s, responsable de l\u2019\u00e9quipe mobile des soins palliatifs du CHUV. Le personnel soignant doit communiquer de fa\u00e7on bienveillante et respecter les diff\u00e9rentes \u00e9chelles de valeurs des patients.\u00bb<\/p>\n<p>Pour des raisons historiques, les soins palliatifs sont prodigu\u00e9s majoritairement aux patients atteints de cancer, mais ils sont de plus en plus consid\u00e9r\u00e9s dans d\u2019autres situations de fin de vie. Pour r\u00e9pondre aux besoins des diff\u00e9rents services, le CHUV a mis au point un programme de lits dits \u00abidentifi\u00e9s\u00bb. \u00abCe projet compte pour l\u2019instant dix lits. Il permet aux patients de rester h\u00e9berg\u00e9s dans leur service d\u2019origine, mais sous la responsabilit\u00e9 m\u00e9dicale d\u2019une \u00e9quipe sp\u00e9cialis\u00e9e en soins palliatifs\u00bb, pr\u00e9cise Emmanuel Tamch\u00e8s.<\/p>\n<p>Le vieillissement de la population entra\u00eene \u00e9galement de nouveaux d\u00e9fis. \u00abNous devons par exemple anticiper les situations des personnes \u00e2g\u00e9es qui vont d\u00e9c\u00e9der des complications li\u00e9es directement \u00e0 la d\u00e9mence\u00bb, explique Eve Rubli Truchard. Depuis le 1er mai 2016, la g\u00e9riatre codirige avec Ralf Jox, palliativiste, neurologue et \u00e9thicien, la premi\u00e8re chaire de soins palliatifs g\u00e9riatriques au monde. \u00abNous arrivons souvent trop tard, \u00e0 un stade o\u00f9 le patient n\u2019est plus capable de s\u2019exprimer sur la mani\u00e8re dont il veut vivre cette derni\u00e8re \u00e9tape. Dans ces cas-l\u00e0, la communication avec les proches est tr\u00e8s importante. Nous devons les accompagner dans leurs d\u00e9cisions en leur proposant des solutions coh\u00e9rentes.\u00bb<\/p>\n<p>3. LE DON D\u2019ORGANES \u00c0 C\u0152UR ARR\u00caT\u00c9<\/p>\n<p><strong>Un ambitieux d\u00e9fi \u00e9thique<\/strong><\/p>\n<p>Dans le milieu hospitalier, la mort est aussi intimement li\u00e9e \u00e0 la question sensible du don d\u2019organes. Avec une interrogation fondamentale: quelles sont les conditions pour consid\u00e9rer qu\u2019un patient est d\u00e9c\u00e9d\u00e9? Depuis toujours, la mort est d\u00e9finie comme l\u2019arr\u00eat complet des fonctions vitales. Dans les ann\u00e9es 1970, un nouveau concept voit le jour: la mort c\u00e9r\u00e9brale. Le diagnostic du d\u00e9c\u00e8s est alors bas\u00e9 sur l\u2019interruption des fonctions c\u00e9r\u00e9brales, tandis que le c\u0153ur continue de battre. \u00abLa majorit\u00e9 des transplantations a lieu suite aux pr\u00e9l\u00e8vements d\u2019organes de donneurs en mort c\u00e9r\u00e9brale\u00bb, rappelle Manuel Pascual, m\u00e9decin-chef du Service de transplantation du CHUV.<\/p>\n<p>Mais face au manque de donneurs, en Suisse comme \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, la pratique \u00e9volue. Les h\u00f4pitaux universitaires de Zurich, Gen\u00e8ve et Lausanne se tournent d\u00e9sormais vers le don d\u2019organes dit \u00ab\u00e0 c\u0153ur arr\u00eat\u00e9\u00bb. \u00abIl s\u2019agit de donneurs ayant subi des d\u00e9g\u00e2ts c\u00e9r\u00e9braux majeurs qui sont irr\u00e9versibles, mais ne remplissent pas tous les crit\u00e8res de mort c\u00e9r\u00e9brale, explique Manuel Pascual. Apr\u00e8s discussion et d\u2019entente avec la famille, il est d\u00e9cid\u00e9 de d\u00e9brancher les machines et il s\u2019ensuit un arr\u00eat cardiaque.\u00bb<\/p>\n<p>Cette \u00e9volution, qui pourrait \u00e0 moyen terme accro\u00eetre d\u2019environ 20% le nombre des donneurs d\u00e9c\u00e9d\u00e9s identifi\u00e9s aux soins intensifs, soul\u00e8ve toutefois de nombreux d\u00e9fis. Les h\u00f4pitaux ont mis en place des garde-fous d\u2019ordre \u00e9thique: \u00abLa d\u00e9cision de d\u00e9brancher les machines doit \u00eatre compl\u00e8tement ind\u00e9pendante de la perspective du don et de la transplantation d\u2019organes. En aucun cas la famille ou le personnel soignant ne doit ressentir une pression en ce sens.\u00bb Afin de garantir le respect de cette s\u00e9paration nette, \u00abdes dizaines de s\u00e9ances d\u2019information et de discussion ont \u00e9t\u00e9 organis\u00e9es \u00e0 l\u2019interne\u00bb, rapporte Philippe Eckert, chef du Service de m\u00e9decine intensive adulte du CHUV. Au sein de l\u2019h\u00f4pital universitaire vaudois, alors que le nombre de retraits th\u00e9rapeutiques (arr\u00eat du traitement  menant au d\u00e9c\u00e8s du patient) se monte \u00e0 environ 200 par an, \u00abon ne table que sur environ dix cas annuels de dons d\u2019organes \u00e0 c\u0153ur arr\u00eat\u00e9\u00bb, indique-t-il.<\/p>\n<p>Le don d\u2019organes \u00e0 c\u0153ur arr\u00eat\u00e9 pose \u00e9galement un d\u00e9fi logistique. Avec cette m\u00e9thode, les chirurgiens disposent de moins d\u2019une heure pour proc\u00e9der au pr\u00e9l\u00e8vement. La circulation sanguine ayant cess\u00e9, tous les intervenants doivent agir vite et de fa\u00e7on parfaitement coordonn\u00e9e. Philippe Eckert confirme: \u00abGarantir la qualit\u00e9 des organes tout en respectant le d\u00e9funt et sa famille repr\u00e9sente une vraie course contre la montre.\u00bb La complexit\u00e9 du processus est d\u2019ailleurs \u00abl\u2019une des raisons pour lesquelles on a longtemps renonc\u00e9 au don d\u2019organes \u00e0 c\u0153ur arr\u00eat\u00e9\u00bb, pr\u00e9cise Manuel Pascual.<\/p>\n<p>4. LES EXP\u00c9RIENCES DE MORT IMMINENTE<\/p>\n<p><strong>Un ph\u00e9nom\u00e8ne au c\u0153ur des neurosciences<\/strong><\/p>\n<p>Les progr\u00e8s en neurosciences ont, quant \u00e0 eux, permis d\u2019apporter de nouveaux \u00e9clairages sur les exp\u00e9riences de mort imminente (EMI). Mentionn\u00e9s dans l\u2019Antiquit\u00e9 d\u00e9j\u00e0, ces ph\u00e9nom\u00e8nes n\u2019ont cess\u00e9 depuis d\u2019alimenter les fantasmes, ceux-ci \u00e9tant associ\u00e9s tant\u00f4t \u00e0 du mysticisme, tant\u00f4t \u00e0 de la charlatanerie.<\/p>\n<p>Les EMI ont ensuite \u00e9t\u00e9 projet\u00e9es sur le devant de la sc\u00e8ne contemporaine en 1975, lorsque le m\u00e9decin et psychiatre Raymond Moody a publi\u00e9 sa c\u00e9l\u00e8bre enqu\u00eate <em>La vie apr\u00e8s la vie<\/em>. Bas\u00e9e sur de nombreux t\u00e9moignages, elle d\u00e9crit les caract\u00e9ristiques communes les plus souvent relat\u00e9es par les personnes ayant v\u00e9cu des EMI: lumi\u00e8re blanche au bout d\u2019un tunnel, rencontre avec des proches disparus, sensation de flotter au-dessus de son corps, contact avec une unit\u00e9 transcendante.<\/p>\n<p>Depuis, ces exp\u00e9riences sont prises au s\u00e9rieux par la communaut\u00e9 scientifique. En 2001, la premi\u00e8re recherche prospective sur le sujet, conduite aux Pays-Bas autour du cardiologue Pim Van Lommel, estime que 12% des patients r\u00e9anim\u00e9s apr\u00e8s un arr\u00eat cardiaque auraient exp\u00e9riment\u00e9 une EMI. De la certitude que le cerveau s\u2019arr\u00eate quelques dizaines de secondes apr\u00e8s le c\u0153ur, on passe \u00e0 une nouvelle hypoth\u00e8se, celle de la mort par \u00e9tapes. Selon une recherche de grande ampleur d\u00e9voil\u00e9e en 2014, l\u2019EMI surviendrait dans un laps de temps d\u2019environ trois minutes. Men\u00e9e durant quatre ans sur plus de 2000 patients hospitalis\u00e9s au Royaume-Uni, aux Etats-Unis et en Autriche, l\u2019\u00e9tude AWARE parvient en outre au r\u00e9sultat suivant: pr\u00e8s de quatre patients sur dix ayant surv\u00e9cu \u00e0 un arr\u00eat cardiaque ont d\u00e9crit une sensation de conscience, sans pour autant parvenir \u00e0 relater des souvenirs pr\u00e9cis. Sur ces 39%, seuls 9% d\u00e9crivent par contre des exp\u00e9riences que l\u2019on pourrait qualifier d\u2019EMI.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, plusieurs \u00e9tudes en neurosciences ambitionnent de trouver des r\u00e9ponses \u00e0 ce ph\u00e9nom\u00e8ne, dont celle d\u2019une \u00e9quipe de chercheurs de l\u2019Universit\u00e9 du Michigan. R\u00e9alis\u00e9s sur des rats, les tests d\u00e9montrent que l\u2019activit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale s\u2019intensifie de fa\u00e7on exceptionnelle durant trente secondes apr\u00e8s l\u2019arr\u00eat cardiaque, notamment dans les zones associ\u00e9es \u00e0 la conscience et \u00e0 la vision. Selon George Mashour, l\u2019un des coauteurs de l\u2019\u00e9tude, les visions relat\u00e9es par les personnes ayant v\u00e9cu une EMI pourraient s\u2019expliquer par une communication devenue anarchique entre les diff\u00e9rentes parties du cerveau. Rien n\u2019indique toutefois que les r\u00e9sultats seraient semblables chez l\u2019homme.<\/p>\n<p>Si les causes et les contours pr\u00e9cis des EMI demeurent encore aujourd\u2019hui largement d\u00e9battus, \u00abune chose est toutefois certaine\u00bb, \u00e9crit Gian Domenico Borasio dans son livre <em>Mourir<\/em>: \u00abCeux qui ont approch\u00e9 ainsi la mort confient que d\u00e9sormais ils la redoutent moins et qu\u2019ils sont plus calmes face aux \u00e9preuves. Leurs t\u00e9moignages nous invitent donc \u00e0 consid\u00e9rer ce ph\u00e9nom\u00e8ne sous un angle positif.\u00bb<br \/>\n_______<\/p>\n<p>ENCADRES<\/p>\n<p><strong>Qu&rsquo;est-ce que la mort?<\/strong><br \/>\nLa d\u00e9finition de la mort s\u2019est affin\u00e9e, d\u2019un point de vue scientifique, dans les ann\u00e9es 1960, notamment gr\u00e2ce aux progr\u00e8s de la m\u00e9decine de la transplantation. En Suisse, l\u2019Acad\u00e9mie des sciences m\u00e9dicales (ASSM) \u00e9labore des premi\u00e8res directives en 1969, corrig\u00e9es par la suite \u00e0 plusieurs reprises. Aujourd\u2019hui, le document s\u2019appelle \u00abDirectives pour la d\u00e9finition et le diagnostic de la mort en vue d\u2019une transplantation d\u2019organes\u00bb et stipule qu\u2019\u00abune personne est d\u00e9c\u00e9d\u00e9e lorsque l\u2019ensemble des fonctions du cerveau, y compris du tronc c\u00e9r\u00e9bral, a subi un arr\u00eat irr\u00e9versible\u00bb. Une d\u00e9finition qui pourrait \u00e0 nouveau \u00eatre revue, afin de correspondre \u00e0 l\u2019\u00e9volution de la pratique.<\/p>\n<p><strong>De quoi meurent les Suisses<\/strong><br \/>\nLes maladies cardiovasculaires se placent au premier rang des causes de d\u00e9c\u00e8s (20&rsquo;972 cas sur 63&rsquo;938), tant chez les hommes que chez les femmes. Les tumeurs malignes et les accidents sont les autres principales causes de mortalit\u00e9 dans le pays.<\/p>\n<p><strong>Une esp\u00e9rance de vie qui progresse<\/strong><br \/>\nEn 1960, 19,8% des hommes d\u00e9c\u00e9daient apr\u00e8s 80 ans. Ils sont aujourd\u2019hui 51,2% \u00e0 atteindre cet \u00e2ge-l\u00e0. Ces chiffres confirment une tendance d\u00e9mographique forte: les Suisses vivent de plus en plus longtemps. Leur esp\u00e9rance de vie est la plus longue au niveau mondial, juste derri\u00e8re les Islandais pour les hommes (85 ans), et apr\u00e8s les Japonaises pour les femmes (80,7 ans).<br \/>\n_______<\/p>\n<p>INTERVIEW<\/p>\n<p><strong>\u00abLa Suisse peut mieux faire en mati\u00e8re de soins palliatifs\u00bb<\/strong><\/p>\n<p><em>Gian Domenico Borasio, chef du Service de soins palliatifs et de support du CHUV, estime que les m\u00e9decins g\u00e9n\u00e9ralistes sont les piliers de l\u2019accompagnement en fin de vie.<\/em><\/p>\n<p>Le suicide assist\u00e9 et la notion d\u2019acharnement th\u00e9rapeutique font l\u2019objet de vifs d\u00e9bats. Dans ce contexte tourment\u00e9, les soins palliatifs ont gagn\u00e9 en reconnaissance ces derni\u00e8res ann\u00e9es. Mais la Suisse peut encore s\u2019am\u00e9liorer. Une piste: placer les m\u00e9decins de famille au centre de la prise en charge.<\/p>\n<p><strong>O\u00f9 en est la Suisse dans le domaine des soins palliatifs?<\/strong><br \/>\nPlusieurs grands pas en avant ont \u00e9t\u00e9 accomplis r\u00e9cemment, dont l\u2019acceptation en 2009 d\u2019une strat\u00e9gie nationale en mati\u00e8re de soins palliatifs. Cette derni\u00e8re a permis de dynamiser l\u2019offre de structures ad hoc dans le pays. Autres avanc\u00e9es majeures: l\u2019entr\u00e9e en 2012 de la m\u00e9decine palliative comme discipline obligatoire durant la formation des m\u00e9decins, ainsi que son accession en 2016 au statut de sous-sp\u00e9cialisation \u00e0 part enti\u00e8re, \u00e0 l\u2019image par exemple de la g\u00e9riatrie. Reste que la Suisse peut mieux faire. Selon un classement international \u00e9tabli en 2015 par \u00abThe Economist\u00bb, elle se situe au 15e rang en ce qui concerne la qualit\u00e9 de l\u2019accompagnement en fin de vie.<\/p>\n<p><strong>Selon vous, l\u2019avenir des soins palliatifs ne repose pas sur les \u00e9paules des unit\u00e9s sp\u00e9cialis\u00e9es mais sur celles des m\u00e9decins de famille\u2026<\/strong><br \/>\nEn effet, les g\u00e9n\u00e9ralistes sont les piliers de la m\u00e9decine palliative. Environ 80% des personnes en fin de vie pourraient \u00eatre prises en charge par leur m\u00e9decin de famille, moyennant l\u2019aide de soignants et b\u00e9n\u00e9voles form\u00e9s. Seuls quelque 20% des d\u00e9c\u00e8s n\u00e9cessitent une prise en charge par des sp\u00e9cialistes en m\u00e9decine palliative. Une grande partie des malades pourrait donc en th\u00e9orie rester \u00e0 la maison, \u00e0 condition bien s\u00fbr que les g\u00e9n\u00e9ralistes soient mieux sensibilis\u00e9s et form\u00e9s, et que les soins \u00e0 domicile soient mieux d\u00e9velopp\u00e9s. Actuellement, alors que plus des trois quarts des Suisses souhaiteraient mourir chez eux, pr\u00e8s de 80% des d\u00e9c\u00e8s ont lieu \u00e0 l\u2019h\u00f4pital ou en EMS.<\/p>\n<p><strong>Que peuvent faire les patients pour que leur volont\u00e9, par exemple celle de mourir chez eux, soit respect\u00e9e s\u2019ils perdent leur capacit\u00e9 de discernement?<\/strong><br \/>\nLe meilleur moyen est d\u2019anticiper. Plus concr\u00e8tement, on peut pr\u00e9parer sa mort comme on pr\u00e9pare d\u2019autres aspects de sa vie. En Suisse, le nouveau droit de la protection de l\u2019adulte, entr\u00e9 en vigueur en 2013, permet de nommer un repr\u00e9sentant th\u00e9rapeutique et d\u2019\u00e9laborer des directives anticip\u00e9es, \u00e0 savoir des instructions concernant les traitements souhait\u00e9s ou refus\u00e9s par le patient dans une situation de fin de vie. La r\u00e9daction de ces directives devrait toujours se faire en collaboration avec le m\u00e9decin traitant.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>ENCADRE<\/p>\n<p><strong>Aborder la mort de fa\u00e7on d\u00e9cal\u00e9e<\/strong><\/p>\n<p><em>La Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019\u00e9tudes thanatologiques, qui a son si\u00e8ge \u00e0 l\u2019Ecole d\u2019\u00e9tudes sociales et p\u00e9dagogiques de Lausanne (EESP), entend am\u00e9liorer la compr\u00e9hension de la mort dans notre soci\u00e9t\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 une communication originale.<\/em><\/p>\n<p>Conf\u00e9rence sur les bouquets fun\u00e9raires au bord des routes, \u00abCaf\u00e9s mortels\u00bb, performance culinaire baptis\u00e9e \u00abLa mort a-t-elle du go\u00fbt?\u00bb ou encore concours de mini courts-m\u00e9trages \u00abC\u2019est pas la mort\u00bb: la Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019\u00e9tudes thanatologiques de Suisse romande (Set) s\u2019\u00e9vertue \u00e0 gommer les zones d\u2019ombre autour de la mort depuis sa fondation en 1982. Sans h\u00e9siter \u00e0 avoir recours \u00e0 des \u00e9v\u00e9nements d\u00e9cal\u00e9s, mais toujours s\u00e9rieux. \u00abA ses d\u00e9buts, l\u2019objectif de la Set \u00e9tait surtout de mettre &#8212; ou plut\u00f4t remettre &#8212; sur la place publique un sujet consid\u00e9r\u00e9 comme tabou\u00bb, explique Marc-Antoine Berthod, l\u2019actuel pr\u00e9sident de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Au fil des ans, les buts de la soci\u00e9t\u00e9 ont l\u00e9g\u00e8rement chang\u00e9. \u00abLa mort et le rapport que nous entretenons avec elle ont \u00e9t\u00e9 l\u2019objet de nombreuses et rapides \u00e9volutions ces derni\u00e8res ann\u00e9es.\u00bb Le profil des d\u00e9funts a \u00e9volu\u00e9. Il s\u2019agit avant tout de personnes \u00e2g\u00e9es, en raison notamment de la forte baisse de la mortalit\u00e9 infantile et des d\u00e9veloppements de la m\u00e9decine. Dans la foul\u00e9e, le temps de fin de vie s\u2019allonge, ce qui provoque un d\u00e9placement d\u2019une partie des inqui\u00e9tudes li\u00e9es \u00e0 la mort vers la p\u00e9riode qui la pr\u00e9c\u00e8de. \u00abLa compr\u00e9hension de la place de la mort dans notre soci\u00e9t\u00e9 aujourd\u2019hui et la fa\u00e7on de communiquer \u00e0 son sujet n\u00e9cessitent un peu de rattrapage.\u00bb<br \/>\n_______<\/p>\n<p>VRAI \/ FAUX<\/p>\n<p><strong>\u00abLes soins palliatifs permettent de prolonger la vie.\u00bb<\/strong><br \/>\n<strong>VRAI<\/strong> M\u00eame si l\u2019objectif de la m\u00e9decine palliative n\u2019est pas de prolonger la vie, mais d\u2019am\u00e9liorer la qualit\u00e9 de celle-ci, des \u00e9tudes ont clairement d\u00e9montr\u00e9 que des soins palliatifs prodigu\u00e9s de fa\u00e7on pr\u00e9coce peuvent aussi rallonger la vie des patients de mani\u00e8re significative.<\/p>\n<p><strong>\u00abLe personnel soignant peut aider les gens \u00e0 mourir \u00e0 l\u2019h\u00f4pital ou dans un EMS.\u00bb<\/strong><br \/>\n<strong>FAUX<\/strong> Dans certains cantons, comme Vaud et Gen\u00e8ve, le suicide assist\u00e9 est autoris\u00e9 au sein des h\u00f4pitaux, si le patient ne peut pas retourner \u00e0 son domicile, par exemple. Mais le personnel soignant n\u2019est pas autoris\u00e9 \u00e0 aider une personne \u00e0 mourir. Le patient doit en effet faire appel \u00e0 une association externe, telle que EXIT.<\/p>\n<p><strong>\u00abEn Suisse, chacun est libre de choisir o\u00f9 il souhaite mourir.\u00bb<\/strong><br \/>\n<strong>VRAI<\/strong> En Suisse, 80% des gens meurent \u00e0 l\u2019h\u00f4pital ou en EMS. Si une personne souhaite mourir \u00e0 la maison, elle peut th\u00e9oriquement le faire, mais \u00e0 condition que des proches soient pr\u00eats et capables de prendre en charge une grande partie des soins.<\/p>\n<p><strong>\u00abEn cas de mort c\u00e9r\u00e9brale, le personnel soignant peut automatiquement pr\u00e9lever les organes.\u00bb<\/strong><br \/>\n<strong>FAUX<\/strong> Le pr\u00e9l\u00e8vement d\u2019un organe n\u2019est autoris\u00e9 que si le donneur y a pr\u00e9alablement consenti. En l\u2019absence d\u2019un document attestant le refus ou le consentement de la personne d\u00e9c\u00e9d\u00e9e, un don d\u2019organes peut toutefois \u00eatre effectu\u00e9 si les proches de la personne y consentent.<\/p>\n<p><strong>\u00abLes organes peuvent \u00eatre pr\u00e9lev\u00e9s sur une personne d\u00e9c\u00e9d\u00e9e hors d\u2019un h\u00f4pital depuis plusieurs heures.\u00bb<\/strong><br \/>\n<strong>FAUX<\/strong> Lorsqu\u2019ils sont priv\u00e9s d\u2019oxyg\u00e8ne \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du corps, les organes ne peuvent \u00eatre pr\u00e9lev\u00e9s qu\u2019apr\u00e8s une p\u00e9riode d\u00e9finie, allant de 30 \u00e0 60 minutes. La tol\u00e9rance \u00e0 l\u2019isch\u00e9mie &#8212; le temps pendant lequel un organe peut survivre sans oxyg\u00e8ne &#8212; varie en effet d\u2019un organe \u00e0 l\u2019autre.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans In Vivo magazine (no 10).<\/p>\n<p>Pour vous abonner \u00e0 In Vivo au prix de seulement CHF 20.- (d\u00e8s 20 euros) pour 6 num\u00e9ros, rendez-vous sur <a href=\"http:\/\/www.invivomagazine.com\/\" target=\"_blank\">invivomagazine.com<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ph\u00e9nom\u00e8ne longtemps inexplor\u00e9, la mort fait l\u2019objet d\u2019une attention croissante de la part de la m\u00e9decine et de la science.<\/p>\n","protected":false},"author":20218,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[1303,1299],"class_list":["post-4801","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-latitude","tag-choix-de-l-editeur","tag-paru-dans-in-vivo","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4801","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/20218"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4801"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4801\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6067,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4801\/revisions\/6067"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4801"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4801"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4801"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}