



{"id":4799,"date":"2016-12-20T12:59:49","date_gmt":"2016-12-20T10:59:49","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=4799"},"modified":"2016-12-20T15:34:56","modified_gmt":"2016-12-20T13:34:56","slug":"sante","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=4799","title":{"rendered":"Le porc, source d\u2019organes"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/112016\/cochon.jpg\" alt=\"cochon.jpg\" title=\"cochon.jpg\" width=\"480\" height=\"320\" border=\"0\" \/><\/p>\n<p>\u00abLes listes d\u2019attente augmentent inexorablement alors que le nombre de donneurs d\u2019organes demeure insuffisant\u00bb, rel\u00e8ve Manuel Pascual, m\u00e9decin-chef du Centre de transplantation d\u2019organes du CHUV. Dans les ann\u00e9es 1980, l\u2019arriv\u00e9e de la ciclosporine, une mol\u00e9cule immunosuppressive, a permis d\u2019effectuer les premi\u00e8res transplantations d\u2019organes d\u2019homme \u00e0 homme et de supprimer les r\u00e9ponses immunitaires aigu\u00ebs. Pour L\u00e9o B\u00fchler, m\u00e9decin adjoint au Service de chirurgie visc\u00e9rale des HUG, ce fut une r\u00e9volution qui a men\u00e9 \u00e0 la p\u00e9nurie d\u2019organes actuelle. Pour y faire face, les m\u00e9decins pourraient un jour prescrire des organes de porcs \u00e0 leurs patients. \u00abCes animaux constitueraient une source illimit\u00e9e d\u2019organes disponibles sans attente et nous pourrions intervenir beaucoup plus t\u00f4t dans la maladie.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Les x\u00e9nogreffes relanc\u00e9es<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019id\u00e9e d\u2019effectuer des x\u00e9nogreffes, c\u2019est-\u00e0-dire toutes \u00e9ventuelles greffes d\u2019origine animale chez l\u2019homme (lire encadr\u00e9 ci-dessous), ne date pas d\u2019aujourd\u2019hui. En 1906 d\u00e9j\u00e0, le chirurgien lyonnais Mathieu Jaboulay effectuait les premi\u00e8res transplantations de reins issus de ch\u00e8vres ou de porcs sur l\u2019homme. Les tentatives se sold\u00e8rent par des \u00e9checs en raison du rejet rapide par le syst\u00e8me immunitaire du receveur. M\u00eame si les connaissances en immunologie et les technologies ont progress\u00e9, les x\u00e9nogreffes se soldent toujours par des rejets 110 ans apr\u00e8s. Mais les r\u00e9cents progr\u00e8s de l\u2019ing\u00e9nierie g\u00e9n\u00e9tique et plus particuli\u00e8rement le d\u00e9veloppement de la technologie CRISPR-Cas9 pourraient ouvrir de nouvelles possibilit\u00e9s.<\/p>\n<p>CRISPR-Cas9 est un nouvel outil qui fonctionne comme un ciseau mol\u00e9culaire, capable de d\u00e9couper pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019ADN. Il permet, relativement ais\u00e9ment, de modifier des s\u00e9quences. Nicole D\u00e9glon, directrice du Centre de recherche en neurosciences du CHUV explique que les syst\u00e8mes pr\u00e9c\u00e9dents, bas\u00e9s sur des prot\u00e9ines pour reconna\u00eetre une s\u00e9quence d\u2019ADN, \u00e9taient trop complexes et peu fiables. CRISPR se base sur l\u2019ARN qui est ais\u00e9 \u00e0 synth\u00e9tiser et tr\u00e8s fiable. La prot\u00e9ine Cas9 s\u2019occupe simplement de couper l\u2019ADN; elle est universelle.<br \/>\nLa technologie est applicable in vivo et permet l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration sans pr\u00e9c\u00e9dent de la production d\u2019organisme g\u00e9n\u00e9tiquement modifi\u00e9, ce qui pourrait, selon Manuel Pascual, relancer les recherches sur les x\u00e9nogreffes en acc\u00e9l\u00e9rant l\u2019humanisation du porc. \u00abIl y a dix ans, personne n\u2019aurait pr\u00e9dit un avenir aux x\u00e9nogreffes d\u2019organes, mais les discussions sur d\u2019\u00e9ventuelles applications cliniques pourraient reprendre.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Le choix du porc<\/strong><\/p>\n<p>Les meilleurs candidats pour une x\u00e9nogreffe sont les porcs, du fait de leurs similitudes avec l\u2019homme. \u00abNous partageons pr\u00e8s de 99% de nos g\u00e8nes, et nos organes sont de taille et de fonctionnement quasi similaires, pr\u00e9cise Alexandre Reymond, g\u00e9n\u00e9ticien et directeur du Centre int\u00e9gratif de g\u00e9nomique de l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne. Malgr\u00e9 cette ressemblance, ces animaux sont suffisamment \u00e9loign\u00e9s de l\u2019homme g\u00e9n\u00e9tiquement parlant pour limiter la transmission de virus li\u00e9s \u00e0 l\u2019animal.\u00bb De plus, les truies portent jusqu\u2019\u00e0 dix porcelets tous les trois mois, indique L\u00e9o B\u00fchler. Cette rapidit\u00e9 de reproduction est une aubaine pour les manipulations g\u00e9n\u00e9tiques comparativement \u00e0 d\u2019autres esp\u00e8ces, puisque les croisements et la s\u00e9lection des individus porteurs ou non porteurs des g\u00e8nes modifi\u00e9s sont facilit\u00e9s par la fr\u00e9quence et le nombre des naissances. En effet, la probabilit\u00e9 d\u2019obtenir un individu g\u00e9n\u00e9tiquement modifi\u00e9 est plus \u00e9lev\u00e9e en cas de port\u00e9e multiple.<\/p>\n<p>Les petites diff\u00e9rences g\u00e9n\u00e9tiques entre les porcs et l\u2019homme expliquent d\u2019ailleurs les rejets s\u00e9v\u00e8res des greffons porcins. Un des responsables est l\u2019alpha-gal, un sucre qui n\u2019existe pas chez l\u2019homme. Des animaux transg\u00e9niques sans alpha-gal ont pu \u00eatre g\u00e9n\u00e9r\u00e9s, mais \u00abce fut une grosse d\u00e9ception, car les rejets d\u2019organes persistaient\u00bb, raconte Manuel Pascual. Aujourd\u2019hui encore, les essais de greffes d\u2019organes ne donnent pas de r\u00e9sultats suffisamment encourageants pour une entr\u00e9e en phase clinique. CRIPR-Cas9 pourrait permettre d\u2019acc\u00e9l\u00e9rer la recherche en facilitant la modification g\u00e9n\u00e9tiquement des cochons par la suppression de g\u00e8nes porcins et l\u2019ajout de g\u00e8nes humains.<\/p>\n<p>Un autre probl\u00e8me majeur r\u00e9side dans le fait que les porcs portent des vecteurs r\u00e9troviraux potentiellement dangereux pour l\u2019homme. \u00abOn parle ici de virus qui modifient l\u2019ADN de leur h\u00f4te\u00bb, indique Alexandre Reymond. L\u00e0 encore, les animaux devraient \u00eatre modifi\u00e9s g\u00e9n\u00e9tiquement pour supprimer toutes traces de r\u00e9trovirus. C\u2019est en partie ce que vient de r\u00e9aliser le g\u00e9n\u00e9ticien d\u2019Harvard, George Church, d\u00e9montrant tout le potentiel de ce nouvel outil dans le cadre des x\u00e9nogreffes.<\/p>\n<p><strong>Pas d\u2019impasse \u00e9thique<\/strong><\/p>\n<p>La formule choque, mais les barri\u00e8res l\u00e9gales et \u00e9thiques ne semblent pas insurmontables. En Suisse, c\u2019est la loi f\u00e9d\u00e9rale sur la transplantation d\u2019organes qui r\u00e9git les x\u00e9notransplantations. Elle stipule qu\u2019une autorisation de l\u2019Office f\u00e9d\u00e9ral de la sant\u00e9 publique (OFSP) est indispensable. Selon L\u00e9o B\u00fchler, les barri\u00e8res religieuses n\u2019existent pas puisque les trois grandes religions ont valid\u00e9 le concept de x\u00e9nogreffe \u00e0 des fins th\u00e9rapeutiques. C\u2019est son ingestion qui est interdite pour le juda\u00efsme et l\u2019islam.<\/p>\n<p>Peut-\u00eatre donc qu\u2019un jour, la phrase \u00abDes rognons de porc pour la douze!\u00bb, classiquement cri\u00e9e par les gar\u00e7ons de brasseries, pourrait bien \u00eatre entendue dans les couloirs des h\u00f4pitaux!<br \/>\n_______<\/p>\n<p>ENCADRES<\/p>\n<p><strong>Greffer des tissus animaux<\/strong><\/p>\n<p>Les x\u00e9nogreffes ne concernent pas que les organes vascularis\u00e9s. Des cellules animales peuvent \u00eatre encapsul\u00e9es dans une membrane synth\u00e9tique poreuse perm\u00e9able aux nutriments, \u00e0 l\u2019oxyg\u00e8ne et \u00e0 certains m\u00e9tabolites, tout en prot\u00e9geant le greffon contre le syst\u00e8me immunitaire du receveur. La start-up Cellcaps issue des HUG et de l\u2019EPFL a bon espoir de pouvoir lancer des essais cliniques d\u2019ici \u00e0 trois ans.<br \/>\n_______<\/p>\n<p><strong>Et les singes?<\/strong><\/p>\n<p>Les grands singes sont encore plus proches g\u00e9n\u00e9tiquement des hommes et poss\u00e8dent des organes de fonctionnement et de taille compatible, ce qui a priori en fait de bons donneurs. Pourtant, ils ont des d\u00e9savantages incontournables, principalement au niveau de la reproduction. \u00abLes porcs sont matures sexuellement \u00e0 7 mois alors que les babouins \u00e0 10 ans, indique L\u00e9o B\u00fchler. De plus, ils ne portent qu\u2019un individu \u00e0 la fois. Ce n\u2019est pas assez.\u00bb<\/p>\n<p>Par ailleurs, en Suisse, la l\u00e9gislation stipule qu\u2019il est \u00abinterdit d\u2019utiliser des primates comme animaux ressource\u00bb et, d\u2019un point de vue \u00e9thique, \u00able sacrifice d\u2019un singe est moins accept\u00e9 en raison de ses similitudes comportementales avec l\u2019homme\u00bb, indique Manuel Pascual.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans In Vivo magazine (no 10).<\/p>\n<p>Pour vous abonner \u00e0 In Vivo au prix de seulement CHF 20.- (d\u00e8s 20 euros) pour 6 num\u00e9ros, rendez-vous sur <a href=\"http:\/\/www.invivomagazine.com\/\" target=\"_blank\">invivomagazine.com<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chaque ann\u00e9e, seul un tiers des patients en liste d\u2019attente pour une transplantation re\u00e7oit une greffe. 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