



{"id":4795,"date":"2016-12-15T10:51:20","date_gmt":"2016-12-15T09:51:20","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=4795"},"modified":"2017-07-12T12:11:46","modified_gmt":"2017-07-12T10:11:46","slug":"sante-21","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=4795","title":{"rendered":"Le je\u00fbne au go\u00fbt du jour"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/112016\/IDJ_1.jpg\" alt=\"IDJ_1.jpg\" title=\"IDJ_1.jpg\" width=\"470\" height=\"311\" border=\"0\" \/><\/p>\n<p>En Valais, le centre Interlude bien-\u00eatre propose depuis cette ann\u00e9e des s\u00e9jours \u00abje\u00fbne et randonn\u00e9e\u00bb. Dans un d\u00e9cor enchanteur \u00e0 mi-montagne, loin des tentations, une dizaine de personnes &#8212; \u00e0 80% des femmes, \u00e2g\u00e9es entre 30 et 60 ans &#8212; viennent je\u00fbner et marcher entre 4 et 7 jours. \u00abMalgr\u00e9 tr\u00e8s peu de publicit\u00e9, nous avons r\u00e9ussi \u00e0 remplir nos semaines depuis le d\u00e9but, rapporte Louis Clerc, responsable du centre; il existe un v\u00e9ritable int\u00e9r\u00eat pour ce type d\u2019offre.\u00bb Le je\u00fbne &#8212; l\u2019abstinence compl\u00e8te ou limit\u00e9e d\u2019aliments pendant une dur\u00e9e d\u00e9termin\u00e9e &#8212; est en effet de plus en plus connu et les offres se multiplient, en Suisse comme ailleurs. <\/p>\n<p>Chez Interlude bien-\u00eatre, seules les personnes en bonne sant\u00e9 avec un indice de masse corporelle normal (entre 18 et 32-33) sont admises sans certificat m\u00e9dical. Le centre n\u2019offre pas des je\u00fbnes th\u00e9rapeutiques, mais ambitionne de se m\u00e9dicaliser dans les ann\u00e9es \u00e0 venir. \u00abNous proposons un je\u00fbne pr\u00e9ventif ou de &lsquo;bien-\u00eatre&rsquo;, sans pr\u00e9tendre gu\u00e9rir les maladies chroniques, pr\u00e9cise Louis Clerc, m\u00eame si plusieurs participants constatent une nette am\u00e9lioration de leur condition au terme de leur s\u00e9jour.\u00bb Celui-ci est rythm\u00e9 par le rituel du jus de fruits le matin et celui du bouillon clair le soir, deux ou trois heures de randonn\u00e9e en matin\u00e9e sur le plat, avec s\u00e9ances de yoga, m\u00e9ditation, massages et ateliers sur l\u2019alimentation \u00e0 la carte, le tout accompagn\u00e9 d\u2019une naturopathe et d\u2019\u00e9changes avec le groupe.<\/p>\n<p>Selon Olivier Bauer, Prof. de th\u00e9ologie \u00e0 l\u2019UNIL, sp\u00e9cialiste de la nourriture, le questionnement sur l\u2019alimentation et la conscience \u00e9cologique que partagent de plus en plus de citoyens explique en partie l\u2019engouement actuel pour le je\u00fbne. \u00abQu\u2019est-ce que je mange, d\u2019o\u00f9 cela vient-il, dans quelles conditions est-ce produit; est-ce que je mange ma juste part ou celle des autres aussi? Ces interrogations font partie d\u2019une r\u00e9flexion qui peut mener au je\u00fbne.\u00bb Il y voit aussi une dimension spirituelle. \u00abLe je\u00fbne permet de se rappeler la chance que l\u2019on a de pouvoir manger et de choisir ce que l\u2019on mange; il peut aider \u00e0 se montrer reconnaissant.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Risque de carences<\/strong> <\/p>\n<p>Consid\u00e9r\u00e9 comme une th\u00e9rapie de purification du corps par toutes les m\u00e9decines traditionnelles (chinoise, am\u00e9rindienne, africaine ou encore l\u2019Ayurveda), le je\u00fbne a \u00e9t\u00e9 occult\u00e9 par la m\u00e9decine allopathique moderne. Pourtant, dans l\u2019Antiquit\u00e9, Hippocrate (460-370 av. J.-C.), le \u00abp\u00e8re\u00bb de la m\u00e9decine occidentale, incitait ses patients \u00e0 se soigner par le je\u00fbne plut\u00f4t que de recourir aux m\u00e9dicaments<\/p>\n<p>Certains tentent de le r\u00e9habiliter. Dans son documentaire \u00abLe je\u00fbne, une nouvelle th\u00e9rapie?\u00bb (lire interview ci-dessous) par exemple, le Fran\u00e7ais Thierry de Lestrade montre comment cette pratique et son efficacit\u00e9 pour soulager les maladies chroniques ont \u00e9t\u00e9 \u00e9tudi\u00e9es pendant quarante ans en Union sovi\u00e9tique jusqu\u2019en 1988. Il pr\u00e9sente par ailleurs le travail de Valter Longo, biologiste \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Californie, qui a prouv\u00e9 que de courts je\u00fbnes augmentent l\u2019efficacit\u00e9 de la chimioth\u00e9rapie pour combattre le cancer, tout en r\u00e9duisant ses effets secondaires.<\/p>\n<p>Professeur de physiologie \u00e0 l\u2019UNIL-CHUV, expert dans le fonctionnement du m\u00e9tabolisme, Luc Pellerin estime que l\u2019attitude du corps scientifique occidental par rapport au je\u00fbne commence \u00e0 s\u2019ouvrir. \u00abDepuis une dizaine d\u2019ann\u00e9es, il existe un r\u00e9el int\u00e9r\u00eat concernant les effets des restrictions alimentaires sur l\u2019organisme.\u00bb Selon les r\u00e9sultats de la recherche fondamentale sur les rongeurs, celles-ci augmenteraient la long\u00e9vit\u00e9 et les performances cognitives. \u00abEn revanche, poursuit le sp\u00e9cialiste, chez les primates plus \u00e9volu\u00e9s, dont l\u2019humain, les effets sont plus limit\u00e9s et difficiles \u00e0 mettre en \u00e9vidence, car les variables \u00e0 consid\u00e9rer sont beaucoup plus nombreuses.\u00bb Il appelle \u00e0 la prudence quant au je\u00fbne complet pendant de longues p\u00e9riodes, lequel peut entra\u00eener des carences de nutriments essentiels, notamment chez les personnes plus vuln\u00e9rables. \u00abPour l\u2019heure, nous ne savons pas bien comment utiliser cette approche; il serait pr\u00e9matur\u00e9 de passer \u00e0 une application large.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Pas pour les malades<\/strong><\/p>\n<p>Responsable m\u00e9dicale de la nutrition au Service d\u2019endocrinologie du CHUV, diab\u00e9tologie et m\u00e9tabolisme du CHUV, Pauline Coti Bertrand se veut \u00e9galement prudente. \u00abLes preuves scientifiques actuelles ne permettent pas de recommander la pratique du je\u00fbne, m\u00eame chez l\u2019individu en bonne sant\u00e9, affirme-t-elle, notamment parce que des effets n\u00e9fastes non observ\u00e9s \u00e0 court terme pourraient s\u2019observer \u00e0 long terme.\u00bb<\/p>\n<p>Pour sa coll\u00e8gue Marie-Paule Depraz Cissoko, di\u00e9t\u00e9ticienne cheffe au sein du m\u00eame d\u00e9partement, le je\u00fbne pr\u00e9sente peu de risques uniquement chez la personne en bonne sant\u00e9, s\u2019il est occasionnel et ne dure que quelques jours. \u00abNotre organisme a des besoins constants, mais des apports discontinus. Il est ainsi con\u00e7u pour stocker des r\u00e9serves et les mobiliser lorsque cela est n\u00e9cessaire.\u00bb La di\u00e9t\u00e9ticienne insiste cependant sur l\u2019importance d\u2019une hydratation suffisante tout au long du je\u00fbne et met en garde contre sa r\u00e9p\u00e9tition, laquelle pourrait exposer l\u2019organisme \u00e0 des carences nutritionnelles. <\/p>\n<p>Quant aux personnes malades, les deux expertes en nutrition jugent qu\u2019il en va autrement, particuli\u00e8rement au cours des phases aigu\u00ebs de la maladie. \u00abL\u2019organisme ne pr\u00e9sente plus les m\u00eames capacit\u00e9s d\u2019adaptation; ses besoins nutritionnels peuvent \u00eatre augment\u00e9s, les pertes plus importantes, explique Marie-Paule Depraz Cissoko. Un je\u00fbne de plusieurs jours peut affaiblir l\u2019organisme et le rendre moins r\u00e9ceptif aux traitements.\u00bb \u00abDans tous les cas, ajoute Pauline Coti Bertrand, le m\u00e9decin doit informer le patient sur les effets secondaires potentiels de l\u2019abstinence alimentaire et l\u2019en dissuader.\u00bb<\/p>\n<p>Si la question du je\u00fbne fait toujours d\u00e9bat au sein de la communaut\u00e9 scientifique, c\u2019est que les \u00e9tudes \u00e0 ce sujet sont encore peu nombreuses. Comment l\u2019expliquer? L\u2019une des barri\u00e8res \u00e0 la recherche est culturelle, selon Luc Pellerin: \u00abHistoriquement, nous avons toujours associ\u00e9 la bonne sant\u00e9 \u00e0 une alimentation vari\u00e9e. Les scientifiques ont donc mis du temps \u00e0 prendre la question au s\u00e9rieux.\u00bb De plus, les autorit\u00e9s v\u00e9t\u00e9rinaires sont r\u00e9ticentes lorsqu\u2019il s\u2019agit de d\u00e9livrer les autorisations \u00e0 \u00e9tudier le je\u00fbne sur les animaux. \u00abLa restriction alimentaire est consid\u00e9r\u00e9e par les autorit\u00e9s comme un inconfort majeur. Leur a priori n\u00e9gatif restreint donc consid\u00e9rablement les possibilit\u00e9s de recherche sur les animaux\u00bb, affirme le professeur de physiologie.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>INTERVIEW<\/p>\n<p><strong>\u00abL\u2019organisme a besoin de se reposer\u00bb<\/strong><\/p>\n<p><em>Suite \u00e0 son enqu\u00eate, le documentaliste Thierry de Lestrade est persuad\u00e9 de l\u2019efficacit\u00e9 du je\u00fbne.<\/em><\/p>\n<p><strong>Votre documentaire et votre livre ont-ils eu un fort impact sur le public?<\/strong><br \/>\nLes gens qui travaillent autour du je\u00fbne m\u2019ont dit qu\u2019il y a eu un \u00abavant\u00bb et un \u00abapr\u00e8s\u00bb. Notre documentaire a \u00e9t\u00e9 multi-rediffus\u00e9 sur Arte, chaque fois avec un grand succ\u00e8s, car nous avons abord\u00e9 le je\u00fbne de mani\u00e8re scientifique. <\/p>\n<p><strong>Comment expliquez-vous les r\u00e9serves de la communaut\u00e9 m\u00e9dicale occidentale \u00e0 l\u2019\u00e9gard du je\u00fbne?<\/strong><br \/>\nElle est peu ouverte aux pratiques alternatives, car elle craint ce qu\u2019elle ne conna\u00eet pas. Le fait que des m\u00e9decins disent \u00e0 des patients int\u00e9ress\u00e9s qu\u2019ils ne doivent surtout pas je\u00fbner me scandalise; le corps m\u00e9dical avance qu\u2019il n\u2019y a pas de preuves scientifiques \u00e9tablissant l\u2019efficacit\u00e9 du je\u00fbne. Or en Russie, des \u00e9tudes sur des milliers de patients l\u2019ont d\u00e9montr\u00e9. Des exp\u00e9riences en Allemagne et en biologie mol\u00e9culaire en Californie apportent des \u00e9l\u00e9ments nouveaux irr\u00e9futables. Par ailleurs, il n\u2019existe aucun fondement pour pr\u00e9tendre que je\u00fbner est dangereux pour une personne en sant\u00e9. Pour sa part, l\u2019industrie pharmaceutique n\u2019a aucun int\u00e9r\u00eat \u00e0 prouver qu\u2019on puisse se passer de m\u00e9dicaments. <\/p>\n<p><strong>Vous \u00eates convaincu des qualit\u00e9s th\u00e9rapeutiques du je\u00fbne?<\/strong><br \/>\nLe je\u00fbne r\u00e9pond \u00e0 un besoin physiologique. L\u2019\u00e9volution humaine est caract\u00e9ris\u00e9e par l\u2019alternance de p\u00e9riodes d\u2019abondance et de disette. Depuis la Seconde Guerre mondiale, la plupart des frigos occidentaux sont pleins en permanence; nous mangeons continuellement et le corps s\u2019encrasse. En je\u00fbnant, l\u2019organisme se nettoie et se repose, d\u2019autant que la digestion emploie 30% de notre \u00e9nergie. De plus en plus de gens souffrent de maladies chroniques; hypertension, diab\u00e8tes, rhumatismes, allergies, inflammations, etc., que la m\u00e9decine moderne n\u2019arrive pas \u00e0 gu\u00e9rir. Le je\u00fbne, en revanche, s\u2019y attaque, en soulage les sympt\u00f4mes et dans certains cas, les gu\u00e9rit.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>ENCADRE<\/p>\n<p><strong>Les phases du je\u00fbne<\/strong><\/p>\n<p><strong>Le je\u00fbne court<\/strong><br \/>\nEntre environ 16 heures et trois ou quatre jours apr\u00e8s la derni\u00e8re prise alimentaire, les r\u00e9serves de glucose s\u2019\u00e9puisent. Quelques sympt\u00f4mes d\u00e9sagr\u00e9ables peuvent se manifester; naus\u00e9es, maux de t\u00eate, vertiges, essoufflements, palpitations, faiblesse, crampes&#8230; <\/p>\n<p><strong>Le je\u00fbne prolong\u00e9<\/strong><br \/>\nEntre les quatri\u00e8me et cinqui\u00e8me jours, la deuxi\u00e8me phase s\u2019installe; elle peut durer plusieurs semaines. Elle se caract\u00e9rise par une perte prot\u00e9ique infime et stable. Un sentiment d\u2019euphorie peut gagner le je\u00fbneur, d\u00fb \u00e0 l\u2019\u00e9l\u00e9vation du taux d\u2019hormones telles que la s\u00e9rotonine.<\/p>\n<p><strong>La phase terminale<\/strong><br \/>\nCette phase se caract\u00e9rise par la mobilisation des prot\u00e9ines et elle survient lorsqu\u2019il reste environ 20% des r\u00e9serves lipidiques. Cette p\u00e9riode est limit\u00e9e \u00e0 br\u00e8ve \u00e9ch\u00e9ance.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans In Vivo magazine (no 10).<\/p>\n<p>Pour vous abonner \u00e0 In Vivo au prix de seulement CHF 20.- (d\u00e8s 20 euros) pour 6 num\u00e9ros, rendez-vous sur <a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.invivomagazine.com\/\">invivomagazine.com<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>S\u2019abstenir de manger \u00e0 des fins th\u00e9rapeutiques ou de bien-\u00eatre est une pratique qui fait toujours plus d\u2019adeptes. 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