



{"id":4785,"date":"2016-11-30T16:56:12","date_gmt":"2016-11-30T15:56:12","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=4785"},"modified":"2017-07-12T12:12:16","modified_gmt":"2017-07-12T10:12:16","slug":"sante-22","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=4785","title":{"rendered":"L\u2019homme est un mauvais malade"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/112016\/Large30112016.jpg\" alt=\"Large30112016.jpg\" title=\"Large30112016.jpg\" width=\"468\" height=\"311\" border=\"0\" \/><\/p>\n<p>Les 33 patients, un m\u00e9lange de fumeurs et d\u2019anciens fumeurs, \u00e9taient tous atteints de diab\u00e8te de type 2 (voir lexique ci-dessous). \u00abIls \u00e9taient conscients du danger du tabac et de son interaction avec leur maladie\u00bb, explique Carol Claire, cheffe de clinique \u00e0 la Policlinique m\u00e9dicale universitaire de Lausanne, qui a men\u00e9 une \u00e9tude sur leur comportement.<\/p>\n<p>Le constat de la chercheuse? La plupart des hommes \u00e9tudi\u00e9s ne respectaient pas les consignes de s\u00e9curit\u00e9 du personnel m\u00e9dical. \u00abLeur comportement \u00e9tait dangereux, explique l\u2019experte. Ils continuaient \u00e0 fumer en se disant \u2018bah, il faut bien mourir de quelque chose\u2019 ou continuaient \u00e0 manger trop de sucre et \u00e0 boire de l\u2019alcool.\u00bb Les femmes, au contraire, se comportaient comme des patientes exemplaires: fini la cigarette et la nourriture malsaine.<\/p>\n<p>Ce comportement semble typique des patients masculins. \u00abLes hommes font moins attention \u00e0 leur sant\u00e9 que les femmes\u00bb, explique Anita Riecher-R\u00f6ssler, une psychiatre qui dirige le Centre m\u00e9dical sur le genre (voir lexique ci-dessous) de l\u2019Universit\u00e9 de B\u00e2le. Tout d\u2019abord, l\u2019homme d\u00e9teste admettre qu\u2019il est malade. \u00abLes patients masculins ont tendance \u00e0 ignorer leurs sympt\u00f4mes et \u00e0 \u00e9viter d\u2019aller chez le m\u00e9decin aussi longtemps que possible, ils ne consulteront qu\u2019en cas de crise grave\u00bb, explique Anita Riecher-R\u00f6ssler. Selon une \u00e9tude de l\u2019Office f\u00e9d\u00e9ral de la statistique r\u00e9alis\u00e9e en 2012, la moiti\u00e9 des hommes entre 25 et 45 ans ne consultent pas de m\u00e9decin en une ann\u00e9e, contre seulement 35% pour les femmes &#8212; en excluant les consultations chez le gyn\u00e9cologue et d\u2019autres sp\u00e9cialistes de ce genre.<\/p>\n<p>Une fois chez le m\u00e9decin, les hommes se comportent aussi diff\u00e9remment. \u00abIls sont moins ouverts et ont plus de peine \u00e0 mettre des mots sur leurs sympt\u00f4mes, note Anita Riecher-R\u00f6ssler. Les hommes s\u2019expriment aussi moins bien que les femmes, qui sont plus \u00e0 l\u2019aise et peuvent parler plus librement de leurs sympt\u00f4mes.\u00bb Parfois aussi, l\u2019homme cesse de suivre le traitement prescrit d\u00e8s qu\u2019il commence \u00e0 se sentir mieux, alors qu\u2019il est crucial de le prendre en entier.<\/p>\n<p><strong>\u00abLes hommes jouent aux \u2018mecs\u2019\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Ce ph\u00e9nom\u00e8ne est encore accentu\u00e9 dans le cas des maladies mentales. \u00abDeux fois plus de femmes se font diagnostiquer avec une d\u00e9pression, explique Catherine Fussinger, une historienne sp\u00e9cialiste de la question du genre en m\u00e9decine. Les hommes n\u2019en sont pas moins atteints, mais ils osent moins en parler, car ils pensent que cela les ferait passer pour quelqu\u2019un de faible.\u00bb<\/p>\n<p>Des diff\u00e9rences qui s\u2019expliquent par la construction sociale du genre. \u00abIls agissent de la sorte simplement car cela correspond \u00e0 l\u2019id\u00e9al masculin (voir lexique ci-dessous) qui leur a \u00e9t\u00e9 inculqu\u00e9, explique Catherine Fussinger. Ils jouent aux \u2018mecs\u2019. Les questions biologiques n\u2019y sont pour rien.\u00bb Un gar\u00e7on doit donc se montrer viril, fort et puissant. Cette attitude est aussi plus marqu\u00e9e \u00e0 certains moments de leur existence: les adolescents, en pleine construction de leur identit\u00e9, exag\u00e8rent davantage ce comportement; les seniors se montrent plus ouverts, se souciant g\u00e9n\u00e9ralement moins des questions d\u2019apparence.<\/p>\n<p>Faut-il att\u00e9nuer ces diff\u00e9rences? \u00abIl faut apprendre aux jeunes enfants qu\u2019ils ont le droit d\u2019exprimer de la douleur, de la tristesse ou de la peur, dit Carole Clair. Nous devons faire en sorte que les aspects de la virilit\u00e9 mis en valeur par les gar\u00e7ons ne le soient plus.\u00bb Des campagnes de pr\u00e9vention cibl\u00e9es sur certaines maladies pourraient \u00e9galement avoir un impact aupr\u00e8s des adultes. Le mouvement <a href=\"https:\/\/ch.movember.com\/fr\/\" target=\"_blank\">Movember<\/a> (voir lexique ci-dessous), par exemple, a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 dans le but de sensibiliser la population \u00e0 des pathologies masculines telles que le cancer de la prostate ou des testicules. L\u2019Association am\u00e9ricaine de cardiologie a par exemple diffus\u00e9 une publicit\u00e9 t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e \u00e0 caract\u00e8re humoristique, o\u00f9 les enfants d\u2019une femme au foyer surmen\u00e9e lui expliquent qu\u2019elle fait une attaque cardiaque. \u00abC\u2019\u00e9tait original et \u00e7a a touch\u00e9 les gens\u00bb, dit l\u2019experte.<\/p>\n<p>D\u2019autres vont encore plus loin: dans le monde anglo-saxon, une s\u00e9rie de centres sp\u00e9cialis\u00e9s en soins pour hommes ont vu le jour, comme le Center for Men\u2019s health de NYU Langone \u00e0 New York et la Leeds Beckett University en Angleterre. Ces centres se sp\u00e9cialisent en maladies qui touchent les hommes en particulier, comme les probl\u00e8mes \u00e9rectiles et le cancer de la prostate. Le tout, en essayant de cr\u00e9er une atmosph\u00e8re qui mettent les hommes \u00e0 l\u2019aise: de gros canap\u00e9s en cuir embellissent les salles d\u2019attente, ce qui leur donne un c\u00f4t\u00e9 exclusif, les m\u00e9decins utilisent des gadgets tech qui touchent l\u2019\u00e2me geek des hommes et parlent de mani\u00e8re plus d\u00e9tendue quand ils abordent les questions de consommation de drogue et d\u2019alcool. Une approche extr\u00eame qui peut marcher pour un certain groupe de la population, mais r\u00e9gler ce probl\u00e8me de soci\u00e9t\u00e9 passera avant tout par une meilleure sensibilisation des patients masculins.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>LEXIQUE<\/p>\n<p><strong>Diab\u00e8te de type 2<\/strong><br \/>\nLe diab\u00e8te est un trouble de l\u2019assimilation du sucre dans le sang. L\u2019ob\u00e9sit\u00e9 et le manque d\u2019activit\u00e9 physique seraient les causes principales du diab\u00e8te de type 2 chez des personnes qui y sont g\u00e9n\u00e9tiquement pr\u00e9dispos\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>M\u00e9decine du genre<\/strong><br \/>\nUne approche de la m\u00e9decine qui prend en compte les diff\u00e9rences biologiques et sociales entre les hommes et les femmes. N\u00e9e dans les ann\u00e9es 1970, la notion s\u2019est institutionnalis\u00e9e d\u00e8s les ann\u00e9es 1990. Les sp\u00e9cialistes reconnaissent aujourd\u2019hui que des traitements l\u00e9g\u00e8rement diff\u00e9rents sont requis pour traiter les maladies cardio-vasculaires, les troubles mentaux ou les cancers chez l\u2019homme et la femme.<\/p>\n<p><strong>Masculinisme<\/strong><br \/>\nA l\u2019inverse du f\u00e9minisme, il s\u2019agit d\u2019un mouvement qui promeut les droits des hommes. Le mouvement est n\u00e9 du constat que les hommes souffrent d\u2019un plus grand taux de suicide, ont de moins bons r\u00e9sultats scolaires et sont plus souvent victimes de meurtres.<\/p>\n<p><strong>Movember<\/strong><br \/>\nEn 2003, la fondation australienne Movember Foundation Charity s\u2019est lanc\u00e9 comme d\u00e9fi de changer le visage de la sant\u00e9 au masculin. Chaque ann\u00e9e, en novembre, elle organise des \u00e9v\u00e9nements et invite les hommes du monde entier \u00e0 se laisser pousser la moustache. But: r\u00e9colter des fonds pour soutenir les maladies dites masculines.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>ENCADRE<\/p>\n<p><strong>Le cancer oubli\u00e9<\/strong><\/p>\n<p><em>Pr\u00e8s de 1% des cas de cancer du sein touche les hommes. Une maladie difficile \u00e0 accepter pour cette minorit\u00e9.<\/em><\/p>\n<p>En moyenne, on compte un cancer du sein chez l\u2019homme tous les 100 cas d\u00e9couverts chez la femme. Une maladie qui est donc tr\u00e8s difficile \u00e0 accepter pour un homme. \u00abComme le cancer du sein est per\u00e7u comme une maladie de femme, un homme concern\u00e9 va avoir honte et peur d\u2019en parler, explique Maurice Matter, oncologue au CHUV. C\u2019est pourtant un cancer comme un autre.\u00bb<\/p>\n<p>Par ailleurs, les r\u00e9seaux de soins sont organis\u00e9s essentiellement autour de la femme. \u00abLe personnel a moins l\u2019habitude de traiter un homme\u00bb, raconte le sp\u00e9cialiste. La prise en charge est plus maladroite et les informations transmises ne sont pas forc\u00e9ment adapt\u00e9es aux patients masculins. \u00abLes centres de traitement du cancer du sein sont souvent install\u00e9s dans le centre de gyn\u00e9cologie d\u2019un h\u00f4pital, les autres patientes regardent parfois bizarrement l\u2019homme qui vient s\u2019y faire soigner.\u00bb Les hommes atteints de cette maladie ont aussi plus de peine \u00e0 obtenir du soutien, les associations de patients \u00e9tant exclusivement compos\u00e9es de femmes. \u00abJ\u2019essaie donc de mettre en contact mes patients pour qu\u2019ils puissent se parler\u00bb, dit Maurice Matter. Aujourd\u2019hui, le CHUV souhaite am\u00e9liorer cette prise en charge, en cr\u00e9ant notamment une fili\u00e8re clinique d\u00e9di\u00e9e aux hommes.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans In Vivo magazine (no 10).<\/p>\n<p>Pour vous abonner \u00e0 In Vivo au prix de seulement CHF 20.- (d\u00e8s 20 euros) pour 6 num\u00e9ros, rendez-vous sur <a href=\"http:\/\/www.invivomagazine.com\/\" target=\"_blank\">invivomagazine.com<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les patients masculins ont tendance \u00e0 ignorer leur maladie et \u00e0 \u00e9viter les visites chez le m\u00e9decin. Des chiffres confirment aujourd\u2019hui ce que l\u2019on croyait \u00eatre un clich\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"author":19990,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[1299],"class_list":["post-4785","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-latitude","tag-paru-dans-in-vivo","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4785","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19990"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4785"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4785\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6069,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4785\/revisions\/6069"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4785"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4785"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4785"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}