



{"id":4750,"date":"2016-09-28T12:37:49","date_gmt":"2016-09-28T10:37:49","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=4750"},"modified":"2016-09-28T13:02:37","modified_gmt":"2016-09-28T11:02:37","slug":"portraits","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=4750","title":{"rendered":"Un rapport individualis\u00e9 au risque"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/201408\/img_du_jour_28_septembre_1.jpg\" border=\"0\" height=\"311\" width=\"468\" title=\"img_du_jour_28_septembre_1.jpg\" alt=\"img_du_jour_28_septembre_1.jpg\" \/><\/p>\n<p>La ma\u00eetrise du risque est devenue une obsession dans notre soci\u00e9t\u00e9. Comment un photographe de guerre, un pilote d\u2019h\u00e9licopt\u00e8re, ou encore un survivaliste fait-il face au danger?<\/p>\n<p><strong>Piero San Giorgio, 45 ans, survivaliste<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00abJe me suis \u00e9loign\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 de consommation et j\u2019habite dans ma ferme o\u00f9 je cultive mon jardin\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>\u00abMa vision du survivalisme me conduit \u00e0 \u00eatre un adulte et un citoyen responsable, confie Piero San Giorgio, auteur et survivaliste genevois. Face \u00e0 l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 et les cons\u00e9quences de la crise \u00e9conomique, je pr\u00e9f\u00e8re \u00eatre autonome et compter sur mes propres ressources pour prot\u00e9ger ma famille. Contre les risques de d\u00e9faillance du syst\u00e8me public, pour ma s\u00e9curit\u00e9, mon alimentation en eau ou en \u00e9lectricit\u00e9, ma nourriture aussi, je ne veux pas d\u00e9pendre des infrastructures d\u2019un &lsquo;Etat nounou&rsquo; et providentiel. Pareil en cas de catastrophe autre que soci\u00e9tale: je veux assurer ma survie, \u00eatre capable d\u2019anticiper les probl\u00e8mes qui suivent un incendie, une inondation ou un attentat.\u00bb<\/p>\n<p>\u00abDepuis 2011, j\u2019ai choisi de vivre diff\u00e9remment, poursuit Piero San Giorgio. J\u2019ai quitt\u00e9 mon travail dans le marketing international pour me consacrer \u00e0 ma famille et vivre en quasi-autarcie. Je me suis \u00e9loign\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 de consommation et j\u2019habite dans ma ferme o\u00f9 je cultive mon jardin et produis une grande partie de notre nourriture. Dans ma d\u00e9marche survivaliste, il devenait plus utile d\u2019apprendre les bases de l\u2019agriculture, de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 ou de la menuiserie, que de faire du business. Je connais aussi les bonnes techniques pour survivre en cas de catastrophe.\u00bb<\/p>\n<p>\u00abJe suis loin de la caricature du survivaliste am\u00e9ricain clo\u00eetr\u00e9 dans son bunker, m\u00eame si je poss\u00e8de l\u00e9galement des armes pour me d\u00e9fendre. En Suisse, nous vivons dans notre bulle depuis bient\u00f4t septante ans, alors qu\u2019ailleurs, les choses vont tr\u00e8s mal. La petite barri\u00e8re qui nous prot\u00e8ge du reste du monde ne tiendra pas face \u00e0 cette violence.\u00bb<br \/>\n_______<\/p>\n<p><strong>Emmanuel Fragni\u00e8re, 50 ans, consultant en management du risque<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00abMon travail consiste \u00e0 prendre un maximum de risques avec un maximum de pr\u00e9caution\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>\u00abCertaines multinationales sont tellement d\u00e9mesur\u00e9es et cloisonn\u00e9es qu\u2019il est de plus en plus difficile d\u2019avoir une vue d\u2019ensemble de leurs activit\u00e9s et des risques auxquels elles s\u2019exposent, observe Emmanuel Fragni\u00e8re, professeur \u00e0 la HES-SO Valais-Wallis Haute Ecole de Gestion &amp; Tourisme &#8212; HEG et consultant en management du risque. Aujourd\u2019hui, on fait marche arri\u00e8re: le management casse ce syst\u00e8me &lsquo;d\u2019entreprises-silos&rsquo; et cherche \u00e0 avoir une vue globale de l\u2019entreprise pour la diriger de mani\u00e8re optimale. Le fonctionnement de l\u2019entreprise est de plus en plus coordonn\u00e9 pour la prot\u00e9ger de mani\u00e8re coh\u00e9rente.\u00bb<\/p>\n<p>Dans cet univers, le Risk Manager appara\u00eet comme un trublion, un Columbo qui questionne l\u2019entreprise de mani\u00e8re pertinente pour comprendre ses ambitions et l\u2019orienter vers une prise de risques en rapport avec ses objectifs. Sur la base de ces objectifs, les risques sont r\u00e9pertori\u00e9s afin de pouvoir \u00eatre \u00e9vit\u00e9s avant que les dommages n\u2019aient de lourdes r\u00e9percussions.<\/p>\n<p>\u00abAujourd\u2019hui, l\u2019approche du risque n\u2019est plus juste financi\u00e8re, poursuit Emmanuel Fragni\u00e8re. Elle devient manag\u00e9riale et touche tous les domaines qui contribuent au bon fonctionnement de l\u2019entreprise, comme les ressources humaines ou le savoir-faire. Dans cet univers, la philosophie du Risk Manager n\u2019est pas d\u2019\u00e9viter le risque, mais de le pr\u00e9voir et d\u2019en pr\u00e9dire les cons\u00e9quences. Son r\u00f4le est d\u2019avoir le bon geste, de savoir sur quel bouton appuyer au moment o\u00f9 le danger se pr\u00e9sente. Cela s\u2019apprend avec l\u2019exp\u00e9rience et j\u2019estime qu\u2019il faut 10\u2019000 heures de travail pour devenir un bon Risk Manager. Car au final, notre travail consiste \u00e0 prendre un maximum de risques avec un maximum de pr\u00e9caution. Parce que pour faire du business, il faut innover, oser et s\u2019exposer!\u00bb<br \/>\n_______<\/p>\n<p><strong>Guillaume Briquet, 52 ans, photographe<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00abEn reportage, je suis conscient d\u2019\u00eatre expos\u00e9 aux attaques\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>A Fukushima, en Ha\u00efti, ou sur une ligne de front en Afghanistan, Guillaume Briquet d\u00e9clenche son objectif l\u00e0 o\u00f9 la guerre fait des ravages. \u00abEn reportage, je suis conscient d\u2019\u00eatre expos\u00e9 aux attaques. Mais j\u2019essaye de ne pas y penser, de me concentrer sur les sc\u00e8nes qui m\u2019entourent pour les photographier. Mes photos t\u00e9moignent du quotidien de ceux qui restent dans ces endroits frapp\u00e9s par l\u2019horreur. L\u2019image de presse telle que je la con\u00e7ois est ambigu\u00eb, en ce sens que l\u2019esth\u00e9tisme y est pr\u00e9sent, alors que le clich\u00e9 raconte une histoire d\u00e9rangeante. Sur le terrain, je n\u2019ai pas peur\u2026 Les \u00e9motions, les larmes parfois, viennent apr\u00e8s, une fois le reportage boucl\u00e9, quand je suis \u00e0 nouveau \u00e0 l\u2019abri avec mon &lsquo;fixeur&rsquo; et que nous partageons, en silence, ce que nous venons de vivre.<\/p>\n<p>Le m\u00e9tier de photographe de guerre ne s\u2019improvise pas. Etre conscient du danger, avoir les bons informateurs sur le terrain et minimiser les risques, cela s\u2019apprend avec l\u2019exp\u00e9rience. Je ne peux que mettre en garde de jeunes coll\u00e8gues lorsque je les vois sur une zone de conflit sans gilet pare-balles. Ils se mettent en danger, pour une photo qu\u2019ils ne vendront peut-\u00eatre m\u00eame pas! Personnellement, j\u2019ai une famille qui attend mon retour. Je ne peux pas jouer avec ma vie. Mais, le risque z\u00e9ro n\u2019existe pas: j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 failli me faire enlever et ma t\u00eate a \u00e9t\u00e9 mise \u00e0 prix par l\u2019Etat islamique en Syrie.\u00bb<br \/>\n_______<\/p>\n<p><strong>No\u00e9mie Boillat-Blanco, 39 ans, infectiologue<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00abA mon retour en Suisse, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 soulag\u00e9e d\u2019apprendre que je n\u2019avais pas la tuberculose\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>\u00abEn m\u00e9decine, l\u2019appr\u00e9hension et la gestion d\u2019un risque infectieux peuvent \u00eatre tr\u00e8s diff\u00e9rentes d\u2019un pays \u00e0 l\u2019autre, selon l\u2019incidence d\u2019une infection et les ressources \u00e0 disposition, explique No\u00e9mie Boillat-Blanco, infectiologue au Centre de vaccination et de m\u00e9decine des voyages de la Polyclinique m\u00e9dicale universitaire de Lausanne. Je viens de passer trois ans en Tanzanie \u00e0 travailler sur la tuberculose, une infection fr\u00e9quente l\u00e0-bas et transmise par les s\u00e9cr\u00e9tions respiratoires. En Suisse, un patient atteint de cette maladie aujourd\u2019hui rare est isol\u00e9 et le personnel soignant prot\u00e9g\u00e9 avec des mesures pr\u00e9ventives. L\u00e0-bas, comme il n\u2019y avait pas de masque, nous laissions les fen\u00eatres du service ouvertes pour l\u2019a\u00e9ration et il \u00e9tait demand\u00e9 aux malades de tousser dans un mouchoir! Cette diff\u00e9rence de prise en charge du risque de contagion a \u00e9t\u00e9 une source de stress pour moi. A mon retour en Suisse, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 soulag\u00e9e d\u2019apprendre que je n\u2019avais pas \u00e9t\u00e9 infect\u00e9e.\u00bb<\/p>\n<p>Pour la pr\u00e9vention des infections chez les voyageurs, c\u2019est un peu pareil. Les risques de contracter une maladie sont tr\u00e8s diff\u00e9rents selon la destination et le type de voyage entrepris. \u00abUne personne qui s\u00e9journe dans un club de vacances au Kenya s\u2019expose \u00e0 la malaria\u2026 Mais, elle ne contractera sans doute pas la rage. Par contre, un voyageur qui part en brousse s\u2019expose au risque de se faire mordre par un chien enrag\u00e9. Nous lui conseillerons de se faire vacciner contre la rage en plus de la prise d\u2019un antipalud\u00e9en. Sur le sol suisse, il est difficile d\u2019estimer le risque de propagation de certaines \u00e9pid\u00e9mies. En prenant l\u2019exemple du virus Zika, une expansion \u00e0 large \u00e9chelle de cette infection est tr\u00e8s peu probable. Cependant, le niveau de pr\u00e9vention reste \u00e9lev\u00e9, dans la mesure o\u00f9 ce virus a de graves cons\u00e9quences pour la femme enceinte dont le nouveau-n\u00e9 est \u00e0 risque d\u2019\u00eatre atteint de microc\u00e9phalie.\u00bb<br \/>\n_______<\/p>\n<p><strong>Werner Marty, 50 ans, pilote d\u2019h\u00e9licopt\u00e8re<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00abJe ne mettrai jamais mon \u00e9quipage en danger\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>\u00abDans mon m\u00e9tier, j\u2019analyse constamment mes actions en fonction du risque encouru, raconte Werner Marty, pilote d\u2019h\u00e9licopt\u00e8re et responsable de la base Rega de Lausanne. La pr\u00e9vention du danger est une des r\u00e8gles de base pour un pilote d\u2019h\u00e9licopt\u00e8re \u00e0 la Rega: c\u2019est pour cette raison que les accidents sont aussi rares. Le risque est omnipr\u00e9sent pour un sauveteur, mais nous le minimisons. Chaque matin, je v\u00e9rifie l\u2019\u00e9tat de ma machine. Une r\u00e9union avec l\u2019\u00e9quipage nous permet de nous assurer de la forme de chacun. Car, dans l\u2019urgence d\u2019une intervention, un sauveteur doit disposer de toutes ses capacit\u00e9s, m\u00eame si sa nuit a \u00e9t\u00e9 mauvaise.\u00bb Au moment de l\u2019alarme, l\u2019\u00e9quipage suit une proc\u00e9dure pr\u00e9cise et se r\u00e9unit pour un briefing d\u2019avant d\u00e9collage. On imagine ais\u00e9ment qu\u2019un transfert de malade de l\u2019h\u00f4pital de Sion \u00e0 celui de Lausanne ne pr\u00e9sente pas les m\u00eames risques que le sauvetage d\u2019un skieur en p\u00e9ril sur le glacier des Diablerets, un jour de mauvais temps. \u00abPour chaque intervention, nous \u00e9valuons pr\u00e9cis\u00e9ment la nature des risques en tenant compte des param\u00e8tres qui peuvent d\u00e9ranger son d\u00e9roulement.\u00bb<\/p>\n<p>La r\u00e9flexion se poursuit pendant le vol. \u00abA l\u2019approche du lieu de l\u2019accident, un premier survol de la zone me permet d\u2019analyser le vent, le terrain et les obstacles. C\u2019est seulement lors d\u2019un second passage que je d\u00e9cide de poser ou treuiller un sauveteur. Si j\u2019estime que les risques sont trop grands, je ne mettrai jamais l\u2019\u00e9quipage en danger. Lorsque la m\u00e9t\u00e9o et la visibilit\u00e9 sont mauvaises, nous ne volons pas. Mais nous mettons tout en \u0153uvre pour acheminer les secours par d\u2019autres moyens.\u00bb<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans la revue H\u00e9misph\u00e8res (no 11).<\/p>\n<p>Pour vous abonner \u00e0 H\u00e9misph\u00e8res au prix de CHF 45.- (d\u00e8s 45 euros) pour 6 num\u00e9ros, rendez-vous sur <a href=\"http:\/\/revuehemispheres.com\/\" target=\"_blank\">revuehemispheres.com<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Comment appr\u00e9hende-t-on le risque en tant que photographe de guerre, pilote d\u2019h\u00e9licopt\u00e8re, ou survivaliste? 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