



{"id":4746,"date":"2016-09-22T14:41:13","date_gmt":"2016-09-22T12:41:13","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=4746"},"modified":"2016-09-22T16:49:54","modified_gmt":"2016-09-22T14:49:54","slug":"sante","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=4746","title":{"rendered":"Du labo du chercheur au brevet"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/201408\/nuage_06.jpg\" alt=\"nuage_06.jpg\" title=\"nuage_06.jpg\" width=\"469\" height=\"312\" border=\"0\" \/><\/p>\n<p>Les institutions universitaires sont le bassin des plus grandes d\u00e9couvertes. Celles-ci donnent parfois lieu \u00e0 des avanc\u00e9es technologiques r\u00e9volutionnaires pouvant am\u00e9liorer le sort de millions de personnes, comme la p\u00e9nicilline. En outre, certaines de ces trouvailles peuvent devenir extr\u00eamement lucratives. Les acad\u00e9miciens sont donc les mieux plac\u00e9s pour g\u00e9n\u00e9rer des produits novateurs. Pourtant, peu r\u00e9ussissent. Il y a de multiples raisons \u00e0 ce paradoxe, mais la principale r\u00e9side dans le fait qu\u2019une trouvaille ne constitue pas une invention: de sinueuses \u00e9tapes s\u00e9parent la p\u00e9nicilline, d\u00e9couverte par Louis Pasteur en 1877, des premiers usages cliniques suite \u00e0 sa purification et synth\u00e8se par Howard Florey soixante ans plus tard.<\/p>\n<p><strong>De l\u2019id\u00e9e au produit<\/strong><\/p>\n<p>Une d\u00e9couverte reste l\u2019\u00e9tape incontournable de l\u2019\u00e9laboration d\u2019un produit, mais \u00e9galement la plus probl\u00e9matique. Sylvain Lengacher, responsable du transfert de technologie au p\u00f4le de recherche NCCR-Synapsy, constate que \u00ables chercheurs se suffisent de la d\u00e9couverte d\u2019un m\u00e9canisme physiologique ou d\u2019une nouvelle mol\u00e9cule. Pour la plupart, le travail est fait d\u00e8s que leur histoire est sous presse.\u00bb A priori, le chercheur pense connaissances et transmission du savoir, mais rarement produit. \u00abLes chercheurs oublient souvent de prot\u00e9ger leurs inventions avec une demande de brevet avant la publication. Malheureusement, les publications bloquent la possibilit\u00e9 de d\u00e9poser un brevet et signent l\u2019arr\u00eat d\u00e9finitif du transfert de technologie.\u00bb<\/p>\n<p>Publier est toutefois vital pour les chercheurs sous peine de voir leurs financements coup\u00e9s et leurs carri\u00e8res stopp\u00e9es. Pourtant, comme le rappelle Adam Swetloff de l\u2019Office du transfert de technologie (TTO) de l\u2019EPFL, \u00abl\u2019innovation est inscrite dans les missions de l\u2019EPFL\u00bb. La loi sur les hospices du CHUV, quant \u00e0 elle, mentionne dispenser des prestations dans le domaine du transfert technologique. Pour aider leurs chercheurs et m\u00e9decins \u00e0 passer de l\u2019id\u00e9e au produit, les institutions se sont dot\u00e9es de bureaux sp\u00e9cialis\u00e9s, le PACTT \u00e0 l\u2019UNIL-CHUV et le TTO \u00e0 l\u2019EPFL.<\/p>\n<p>Il est pourtant possible de concilier valorisation et recherche, \u00e0 l\u2019image du laboratoire de Nikolaos Stergiopulos, professeur ordinaire \u00e0 l\u2019EPFL. Il a fait du transfert technologique une priorit\u00e9 et divis\u00e9 son laboratoire en deux parties: une d\u00e9di\u00e9e \u00e0 la recherche fondamentale et l\u2019autre \u00e0 la recherche appliqu\u00e9e. \u00abUne des start-up issues de notre laboratoire est n\u00e9e d\u2019une th\u00e8se de doctorat. Nous avons simplement retard\u00e9 les publications et gard\u00e9 l\u2019id\u00e9e au laboratoire plus longtemps.\u00bb Toutefois, toutes les disciplines ne sont pas \u00e9gales face \u00e0 l\u2019innovation. \u00abPour breveter une invention li\u00e9e \u00e0 la biologie, il faut un apport technique et l\u2019identification d\u2019une application concr\u00e8te pour l\u2019industrie, selon la loi europ\u00e9enne\u00bb, pr\u00e9cise Adam Swetloff.<\/p>\n<p>Sylvain Lengacher ajoute qu\u2019\u00abun dispositif m\u00e9dical (proth\u00e8se, appareil, \u00e9quipement, instrument ou logiciel) sera plus rapide \u00e0 amener sur le march\u00e9 qu\u2019un m\u00e9dicament qui n\u00e9cessite des essais cliniques beaucoup plus longs\u00bb. Un biologiste fondamental est donc a priori dans une situation moins favorable qu\u2019un ing\u00e9nieur m\u00e9dical.<\/p>\n<p><strong>Breveter puis valoriser<\/strong><\/p>\n<p>Une fois l\u2019invention d\u00e9velopp\u00e9e en laboratoire, les chercheurs doivent contacter les bureaux de transfert de technologie. \u00abCette \u00e9tape est obligatoire non seulement parce que les institutions poss\u00e8dent les propri\u00e9t\u00e9s intellectuelles, mais aussi, et surtout, parce que dans beaucoup de domaines un d\u00e9veloppement vers un produit commercial est possible, mais uniquement s\u2019il existe une protection juridique ad\u00e9quate\u00bb, pr\u00e9cise Stefan Kohler, directeur du PACTT. D\u2019abord, les offices de transfert d\u00e9terminent la nouveaut\u00e9 et l\u2019inventivit\u00e9, en d\u2019autres termes la brevetabilit\u00e9. Puis, \u00abs\u2019il y a un impact financier potentiel ou un b\u00e9n\u00e9fice soci\u00e9tal \u00e9vident, le PACTT d\u00e9pose un titre de propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle\u00bb.<\/p>\n<p>Il faut, d\u00e8s lors, valoriser les brevets pour \u00e9viter qu\u2019ils ne remplissent inutilement les armoires des universit\u00e9s, indique Sylvain Lengacher. Pour ce faire, deux solutions: cr\u00e9er une start-up ou octroyer des licences aux industriels. \u00abLe r\u00f4le du PACTT est d\u00e9terminant dans le processus de dialogue avec les entreprises\u00bb, indique Stefan Kohler. Ce processus se fait souvent d\u00e8s le d\u00e9p\u00f4t d\u2019une demande de brevet pour \u00e9valuer l\u2019int\u00e9r\u00eat du march\u00e9. Le PACTT n\u00e9gocie alors les licences avec les partenaires industriels et s\u2019assure que le cadre l\u00e9gal est respect\u00e9. \u00abLe retour financier ne doit pas \u00eatre le but principal. Pour le PACTT, l\u2019image de l\u2019institution et les droits des chercheurs priment sur les revenus lors des n\u00e9gociations.\u00bb Les licences sont g\u00e9n\u00e9ralement propos\u00e9es aux chercheurs d\u00e9sireux de d\u00e9velopper eux-m\u00eames leurs technologies dans le cadre d\u2019une start-up, \u00abuniquement si leur ambition est accompagn\u00e9e d\u2019un plan d\u2019affaires cr\u00e9dible et d\u2019une perspective de financement\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Le sommet de l\u2019iceberg<\/strong><\/p>\n<p>Pour les start-up, l\u2019\u00e9tape d\u2019apr\u00e8s consiste \u00e0 obtenir une autorisation de mise sur le march\u00e9, ce qui peut impliquer de co\u00fbteux essais cliniques selon le type de produit. Afin de les aider financi\u00e8rement, de nombreux outils et bourses existent au niveau local et national. Si ces jeunes entreprises y parviennent, les montants d\u00e9pens\u00e9s jusque-l\u00e0 ne repr\u00e9senteront que le sommet de l\u2019iceberg, \u00absoit seulement 10% du co\u00fbt des futures \u00e9tudes cliniques\u00bb, pr\u00e9cise Sylvain Lengacher. A ce stade, il est donc essentiel de trouver des investisseurs pour obtenir un capital-risque (venture-capital). Compte tenu des sommes inject\u00e9es, ils deviennent majoritaires au sein de la compagnie et si l\u2019aventure se poursuit, il y a de fortes chances que la start-up soit rachet\u00e9e. \u00abLors d\u2019offres de grands groupes, il est difficile d\u2019\u00e9viter le sc\u00e9nario du rachat d\u00e8s que nous ne sommes plus les propri\u00e9taires de l\u2019entreprise. Personnellement, je trouve au contraire id\u00e9al de pouvoir garder une soci\u00e9t\u00e9 et de la faire cro\u00eetre\u00bb, confie Nikolaos Stergiopulos.<\/p>\n<p>Octrois de licences, collaboration avec les entreprises ou rachat de start-up, les retours nets par valorisations sont partag\u00e9s comme suit: \u00ab10% pour le PACTT, 30% pour l\u2019UNIL-CHUV, 30% pour le laboratoire de recherche et 30% pour les inventeurs\u00bb, pr\u00e9cise Stefan Kohler. Dans un monde id\u00e9al, les retours devraient servir \u00e0 alimenter les institutions qui pourraient ainsi soutenir la recherche, et la boucle serait boucl\u00e9e. Adam Swetloff pr\u00e9cise toutefois que \u00ables retours financiers ne couvrent pas la totalit\u00e9 du budget de recherche d\u2019une institution\u00bb.<\/p>\n<p>Finalement, le vrai b\u00e9n\u00e9ficiaire du transfert de technologie semble donc \u00eatre la soci\u00e9t\u00e9, qui peut ainsi profiter d\u2019un nouveau produit &#8212; traitement ou appareil m\u00e9dical &#8212; et de la cr\u00e9ation de nouveaux emplois.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>ENCADRE<\/p>\n<p><strong>De l\u2019id\u00e9e au rachat: l\u2019histoire de Flowatch<\/strong><\/p>\n<p><strong>1. Expertise<\/strong><br \/>\nPendant les ann\u00e9es 1990, le laboratoire de Nikolaos Stergiopulos s&rsquo;int\u00e9resse a une maladie cardiaque cong\u00e9nitale: la malformation septale. Comme la paroi qui s\u00e9pare les deux ventricules n\u2019est pas referm\u00e9e, les b\u00e9b\u00e9s naissent avec un trou dans le c\u0153ur qui emp\u00eache la circulation du sang dans l\u2019organisme et augmente la pression pulmonaire.<\/p>\n<p><strong>2. Identification<\/strong><br \/>\nCette malformation n\u00e9cessite une op\u00e9ration a c\u0153ur ouvert des la naissance. A l\u2019\u00e9poque, la strat\u00e9gie de traitement consistait en la pose d\u2019une valve pour abaisser la pression, mais celle-ci n\u2019\u00e9tait pas modulable. Les chirurgiens devaient r\u00e9ajuster l\u2019obturation en r\u00e9p\u00e9tant les interventions. Pour le laboratoire de l\u2019EPFL, c\u2019\u00e9tait une limitation clinique a combler.<\/p>\n<p><strong>3. Transfert<\/strong><br \/>\nEn cr\u00e9ant la start-up EndoArt SA en 1998, Nikolaos Stergiopulos et son \u00e9quipe d\u00e9veloppent une bride implantable autour de l\u2019art\u00e8re pulmonaire. La position de serrage est ajustable a distance et hors chirurgie gr\u00e2ce a un syst\u00e8me \u00e9lectromagn\u00e9tique. Plus besoin de multiples op\u00e9rations: les temps d\u2019hospitalisation et les d\u00e9c\u00e8s sont r\u00e9duits, la technologie Flowatch est n\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>4. R\u00e9orientation<\/strong><br \/>\nLe marche europ\u00e9en ne comptant que 1\u2019000 implants potentiels par ann\u00e9e, la start-up cherche de nouvelles applications pour assurer son d\u00e9veloppement. A l\u2019\u00e9poque, le cerclage gastrique pour ob\u00e9sit\u00e9 morbide est tr\u00e8s courant et n\u00e9cessite des perfectionnements. EndoArt cr\u00e9e Easyband, un cerclage gastrique ajustable s\u2019inspirant de la technologie de Flowatch.<\/p>\n<p><strong>5. Rachat<\/strong><br \/>\nLa soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9croche 38 millions de venture-capital et compte jusqu\u2019a 27 employ\u00e9s. En 2007, la compagnie californienne Allergan la rach\u00e8te pour 120 millions. Allergan revendra Flowatch dans la foul\u00e9e avant que l\u2019entreprise ne soit abandonn\u00e9e en 2012, faute de marches.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans In Vivo magazine (no 9).<\/p>\n<p>Pour vous abonner \u00e0 In Vivo au prix de seulement CHF 20.- (d\u00e8s 20 euros) pour 6 num\u00e9ros, rendez-vous sur <a href=\"http:\/\/www.invivomagazine.com\/\" target=\"_blank\">invivomagazine.com<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour transformer une id\u00e9e en produit disponible sur le march\u00e9, chercheurs et cliniciens doivent s\u2019assurer de suivre une proc\u00e9dure stricte, notamment pour prot\u00e9ger leur invention. 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