



{"id":4722,"date":"2016-08-17T17:08:50","date_gmt":"2016-08-17T15:08:50","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=4722"},"modified":"2016-08-17T17:21:22","modified_gmt":"2016-08-17T15:21:22","slug":"sante","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=4722","title":{"rendered":"Quand donner la vie devient une pratique \u00e0 risques"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/201408\/imagedujour_180816_1.jpg\" border=\"0\" height=\"311\" width=\"468\" title=\"imagedujour_180816_1.jpg\" alt=\"imagedujour_180816_1.jpg\" \/><\/p>\n<p>Avaler de l\u2019acide folique tous les matins, \u00e9viter les salades, le lait cru et les sushis, beaucoup bouger tout en renon\u00e7ant aux mouvements brusques et, cela va de soi, proscrire la moindre goutte d\u2019alcool. Etre enceinte au XXIe si\u00e8cle, c\u2019est avancer en terrain min\u00e9. A tel point qu\u2019\u00abactuellement, dans le jargon m\u00e9dical, une grossesse normale est appel\u00e9e &lsquo;\u00e0 bas risque&rsquo;\u00bb, constate Heike Emery, responsable m\u00e9dias de la F\u00e9d\u00e9ration suisse des sages-femmes.<\/p>\n<p>Comment le fait de porter un enfant, longtemps consid\u00e9r\u00e9 comme le ph\u00e9nom\u00e8ne le plus naturel au monde, s\u2019est-il mu\u00e9 en un \u00e9v\u00e9nement \u00e0 risques? Les observateurs s\u2019accordent \u00e0 dire qu\u2019une des principales raisons de cette \u00e9volution est le d\u00e9veloppement des connaissances m\u00e9dicales. Qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019alcool (voir le \u00abtrois questions \u00e0\u00bb ci-dessous), d\u2019alimentation &#8212; par exemple les recherches relatives \u00e0 la list\u00e9riose et \u00e0 la toxoplasmose &#8212; ou de trisomie 21 (d\u00e9pistage nettement am\u00e9lior\u00e9), la science a fait des pas de g\u00e9ant ces derni\u00e8res d\u00e9cennies.<\/p>\n<p>Tout en saluant ces avanc\u00e9es, les sages-femmes regrettent n\u00e9anmoins qu\u2019elles aient entra\u00een\u00e9 dans leur sillage une \u00abforte m\u00e9dicalisation de l\u2019obst\u00e9trique\u00bb, ainsi qu\u2019un nombre de c\u00e9sariennes \u00e9lev\u00e9 en comparaison internationale (environ un accouchement sur trois est concern\u00e9 en Suisse, ndlr). \u00abLe suivi de grossesse est ponctu\u00e9 de nombreux contr\u00f4les et tests, commente Heike Emery. Dans l\u2019attente du r\u00e9sultat, les femmes enceintes se retrouvent dans un \u00e9tat d\u2019incertitude qui peut diminuer la confiance en leur propre corps, alors que la majorit\u00e9 d\u2019entre elles sont en bonne sant\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Limiter les risques gr\u00e2ce \u00e0 la science<\/strong><\/p>\n<p>M\u00e9decin-chef du Service d\u2019obst\u00e9trique des HUG, Olivier Irion nuance: \u00abLa grossesse fait bien \u00e9videmment partie de la nature. Tout comme les tremblements de terre, d\u2019ailleurs. Mais si l\u2019on s\u2019abstenait d\u2019intervenir, on se retrouverait dans la m\u00eame situation que celle observ\u00e9e dans certains pays en d\u00e9veloppement, o\u00f9 le taux de complications li\u00e9es \u00e0 la natalit\u00e9 est tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9. Je pense qu\u2019il faut aller le plus loin possible dans le respect de la nature, puis intervenir &#8212; de fa\u00e7on la plus minimale possible &#8212; pour remettre les choses dans le droit chemin.\u00bb<\/p>\n<p>Contournant ces dissensions, le sociologue et professeur \u00e0 la HESAV &#8212; Haute \u00e9cole de sant\u00e9 Vaud &#8212; Rapha\u00ebl Hammer souligne que \u00abla connaissance accrue des dangers li\u00e9s \u00e0 la grossesse ne s\u2019oppose pas directement \u00e0 son caract\u00e8re naturel. De tout temps et dans toutes les soci\u00e9t\u00e9s, on a \u00e9dict\u00e9 des r\u00e8gles pour \u00e9viter les complications et les malformations. La nouveaut\u00e9, c\u2019est qu\u2019on pense en termes de \u00abrisques\u00bb et qu\u2019on compte sur la science pour les limiter.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Une volont\u00e9 de contr\u00f4le accrue<\/strong><\/p>\n<p>Une notion sur laquelle se rejoignent aussi bien la sage-femme et l\u2019obst\u00e9tricien que le sociologue, c\u2019est celle que les futurs parents \u00e9voluent dans un contexte de volont\u00e9 de contr\u00f4le accrue. A l\u2019heure o\u00f9 mettre au monde son premier (et parfois seul) enfant apr\u00e8s ses 40 ans ne fait plus figure d\u2019exception, ce constat n\u2019\u00e9tonne pas. Elle est bien loin, l\u2019\u00e9poque o\u00f9 les couples consid\u00e9raient comme normal de perdre un, voire deux f\u0153tus.<\/p>\n<p>Professeure \u00e0 la Haute \u00e9cole de Sant\u00e9 Gen\u00e8ve &#8212; HEdS-GE, Marie-Julia Guittier constate elle aussi que le besoin de contr\u00f4le des parents est globalement \u00e0 la hausse. Certes, \u00abil faut faire attention de ne pas g\u00e9n\u00e9raliser ce ph\u00e9nom\u00e8ne, car il d\u00e9pend de la personnalit\u00e9 des parents et de leur culture\u00bb. Reste que de nombreuses pratiques, telles que l\u2019\u00e9tablissement d\u2019un plan de naissance &#8212; \u00abtr\u00e8s \u00e0 la mode \u00e0 l\u2019heure actuelle\u00bb &#8211;, vont dans ce sens.<\/p>\n<p>Or plus pr\u00e9cises sont les projections des parents sur l\u2019accouchement et la parentalit\u00e9, plus grand est le risque de d\u00e9ception en cas d\u2019impr\u00e9vu. \u00abUne des recherches auxquelles j\u2019ai particip\u00e9 a montr\u00e9 qu\u2019un mois apr\u00e8s avoir subi une c\u00e9sarienne en urgence, la moiti\u00e9 des femmes interrog\u00e9es \u00e9tait assaillie par des regrets et un sentiment d\u2019\u00e9chec en partie li\u00e9 \u00e0 la perte de contr\u00f4le\u00bb, rapporte la sage-femme et auteure de plusieurs recherches sur le v\u00e9cu de la grossesse et de l\u2019accouchement.<\/p>\n<p><strong>Les m\u00e9decins sous surveillance<\/strong><\/p>\n<p>Olivier Irion avance un autre \u00e9l\u00e9ment expliquant la prudence accrue dont la grossesse fait l\u2019objet: la judiciarisation de la m\u00e9decine. \u00abIl y a trente ans, en cas de complications li\u00e9es \u00e0 une grossesse, le praticien \u00e9tait rarement remis en cause. Aujourd\u2019hui, nous sommes beaucoup plus observ\u00e9s. Aux Etats-Unis, il y a une r\u00e9elle tendance \u00e0 la \u00abm\u00e9decine d\u00e9fensive\u00bb pour \u00e9viter d\u2019\u00e9ventuelles poursuites.\u00bb Si la situation est moins flagrante en Suisse, le sp\u00e9cialiste des HUG cite l\u2019exemple des accouchements de f\u0153tus se pr\u00e9sentant par le si\u00e8ge par les voies naturelles, auxquels de nombreux h\u00f4pitaux ont renonc\u00e9.<\/p>\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 des parents, l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019information facilit\u00e9 par les nouvelles technologies ne fait que renforcer la perception des risques, voire l\u2019anxi\u00e9t\u00e9. \u00abLa quantit\u00e9 d\u2019informations circulant sur le web, notamment via des forums, est telle que les gens s\u2019y perdent, rapporte Heike Emery. Il m\u2019est d\u00e9j\u00e0 arriv\u00e9 de recommander \u00e0 des femmes enceintes de laisser tomber internet et de se contenter d\u2019un livre et d\u2019une ou deux personnes de r\u00e9f\u00e9rence.\u00bb<\/p>\n<p>Dans ce contexte de vigilance exacerb\u00e9e d\u00e8s les premiers stades de la grossesse, ne risque-t-on pas de mettre au monde une g\u00e9n\u00e9ration d\u2019enfants surprot\u00e9g\u00e9s? Rapha\u00ebl Hammer relativise: \u00abSi les couples sont tr\u00e8s orient\u00e9s sur la ma\u00eetrise des risques avant la naissance d\u00e9j\u00e0, on peut supposer que cela refl\u00e8te chez certains une tendance pr\u00e9existante. Ce qui veut dire qu\u2019ils auraient probablement \u00e9t\u00e9 assez anxieux face \u00e0 l\u2019\u00e9ducation.\u00bb En revanche, \u00abun aspect qui peut poser probl\u00e8me lors d\u2019un processus de d\u00e9tection accrue des risques, c\u2019est qu\u2019il n\u2019y a ensuite pas toujours une solution qui fait consensus\u00bb, avertit le sociologue. Et de prendre le cas de la trisomie 21: dans l\u2019\u00e9ventualit\u00e9 d\u2019un r\u00e9sultat \u00abpositif\u00bb au test diagnostique, \u00abtout ce que la m\u00e9decine peut offrir, \u00e0 part ne rien faire, c\u2019est l\u2019interruption de grossesse\u00bb.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>TROIS QUESTIONS A<\/p>\n<p>Alors que la consommation d\u2019alcool durant la grossesse est l\u2019un des risques les plus m\u00e9diatis\u00e9s, un grand flou r\u00e8gne encore autour de cette probl\u00e9matique. Le point avec Yvonne Meyer, sage-femme, professeure \u00e0 la HESAV et coauteure (avec Rapha\u00ebl Hammer) d\u2019une \u00e9tude qualitative intitul\u00e9e \u00abLe risque li\u00e9 \u00e0 l\u2019alcool durant la grossesse: gestion au sein du couple et enjeux professionnels\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Quelles sont les connaissances scientifiques actuelles en mati\u00e8re de grossesse et d\u2019alcool?<\/strong><br \/>\nDepuis la fin des ann\u00e9es 1960, il est prouv\u00e9 scientifiquement qu\u2019une importante consommation d\u2019alcool durant la grossesse &#8212; une dose par jour ou plus &#8212; peut engendrer un FAS (fetal alcohol syndrome), qui se traduit chez l\u2019enfant par un retard de croissance, une dysmorphie faciale et une arri\u00e9ration mentale. La question des cons\u00e9quences pr\u00e9cises de la consommation mod\u00e9r\u00e9e (maximum quatre doses par semaine) \u00e0 faible (une ou deux doses par mois) d\u2019alcool par la femme enceinte est plus d\u00e9licate: m\u00eame les \u00e9tudes les plus r\u00e9centes se contredisent. Selon Addiction Suisse, environ 1% des naissances dans notre pays seraient concern\u00e9es par l\u2019ETCAF (l\u2019ensemble des troubles caus\u00e9s par l\u2019alcoolisation f\u0153tale, qui prend en compte aussi bien les FAS que les autres troubles possibles, tels que le manque de concentration ou l\u2019hyperactivit\u00e9). Quant aux seuls FAS, ils toucheraient un b\u00e9b\u00e9 sur 1\u2019000. Mais de nombreux sp\u00e9cialistes pensent que ces pourcentages sont sous-estim\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>Quelles sont les recommandations en Suisse et comment sont-elles suivies?<\/strong><br \/>\nSe basant sur le principe de pr\u00e9caution, l\u2019Office f\u00e9d\u00e9ral de la sant\u00e9 publique recommande de s\u2019abstenir totalement de boire de l\u2019alcool durant la grossesse. Malgr\u00e9 cela, environ 30 \u00e0 40% des femmes interrog\u00e9es dans le cadre de notre \u00e9tude ont indiqu\u00e9 en avoir consomm\u00e9, et ce \u00e0 des degr\u00e9s tr\u00e8s variables. On ne peut pas non plus exclure que parmi les 60 \u00e0 70% restants figurent des femmes ayant bu un ou deux verres durant leur grossesse et associant cette consommation \u00e0 de l\u2019abstinence.<\/p>\n<p><strong>Quels sont, \u00e0 votre avis, les r\u00e9sultats les plus marquants de votre \u00e9tude?<\/strong><br \/>\nD\u2019une part, nous avons constat\u00e9 que si la majorit\u00e9 des futurs parents sont conscients des risques li\u00e9s \u00e0 l\u2019alcool et optent pour le principe de pr\u00e9caution, cette attitude se base souvent sur la notion assez vague que \u00abc\u2019est mauvais pour le b\u00e9b\u00e9\u00bb plut\u00f4t que sur des savoirs scientifiques. De nombreuses personnes ne connaissent pas la notion de \u00abverre standard\u00bb, pensent qu\u2019il ne faut faire attention qu\u2019au premier trimestre ou encore que boire en mangeant est moins grave. Nous avons par ailleurs observ\u00e9 que ce sont essentiellement les femmes qui portent le changement de comportement face \u00e0 l\u2019alcool, et que ce dernier fait rarement l\u2019objet d\u2019une vraie discussion au sein du couple.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans la revue H\u00e9misph\u00e8res (no 11).<\/p>\n<p>Pour vous abonner \u00e0 H\u00e9misph\u00e8res au prix de CHF 45.- (d\u00e8s 45 euros) pour 6 num\u00e9ros, rendez-vous sur <a href=\"http:\/\/revuehemispheres.com\/\" target=\"_blank\">revuehemispheres.com<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Longtemps consid\u00e9r\u00e9e comme un \u00e9v\u00e9nement naturel, la grossesse s\u2019assortit d\u00e9sormais d\u2019une pl\u00e9thore de tests et de recommandations. 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