



{"id":4711,"date":"2016-08-02T16:20:52","date_gmt":"2016-08-02T14:20:52","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=4711"},"modified":"2017-07-12T10:50:27","modified_gmt":"2017-07-12T08:50:27","slug":"entrepreneuriat-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=4711","title":{"rendered":"Comment les Proct\u00e9riens ont transform\u00e9 Gen\u00e8ve"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/201408\/Large02082016_1.jpg\" border=\"0\" height=\"311\" width=\"468\" title=\"Large02082016_1.jpg\" alt=\"Large02082016_1.jpg\" \/><br \/>\nMercredi, 19h30. La terrasse du <a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.chaletbianco.ch\/\">Chalet Bianco<\/a>, dans le quartier des Eaux-Vives \u00e0 Gen\u00e8ve, est bond\u00e9e. Mobilier en bois, structures en m\u00e9tal et ampoules tombantes en guise de lampes: le lieu revendique son inspiration des bars de grandes capitales. C\u00f4t\u00e9 cuisine, quelques plats soign\u00e9s \u00e0 la carte, et des tapas pointus. L\u2019\u00e9tablissement a ouvert en octobre 2015 et ne d\u00e9semplit pas depuis. Ici, la client\u00e8le en chemise (avec ou sans cravate) vient surtout pour l\u2019afterwork. \u00abNous voulions ouvrir un restaurant moderne et international\u00bb, explique Michele Marchini, un des quatre fondateurs.<\/p>\n<p>Cet Italien d\u2019origine est venu s\u2019\u00e9tablir en Suisse en 2000 apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 engag\u00e9 au d\u00e9partement marketing de la multinationale Procter &#038; Gamble (P&#038;G). Il se souvient d\u2019un grand d\u00e9calage entre la diversit\u00e9 de l\u2019offre genevoise en mati\u00e8re de restauration et l\u2019augmentation du nombre d\u2019expatri\u00e9s \u00e0 cette \u00e9poque: \u00abIl n\u2019existait que peu d\u2019\u00e9tablissements branch\u00e9s proposant de nouveaux produits, tels que l\u2019on pouvait en voir \u00e0 Londres ou Milan. Nous avions le choix entre les grands h\u00f4tels de luxe et les pizzerias conventionnelles. Certains d\u2019entre nous pr\u00e9f\u00e9raient donc passer le week-end \u00e0 l\u2019\u00e9tranger plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 Gen\u00e8ve, ne trouvant pas d\u2019endroits o\u00f9 sortir.\u00bb<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, le paysage genevois en mati\u00e8re de restauration n\u2019a plus rien \u00e0 voir avec celui des ann\u00e9es 2000. Bars \u00e0 vin, \u00abfood trucks\u00bb, magasins de donuts et autres livraisons \u00e0 domicile de plats bio essaiment et donne \u00e0 la ville une empreinte toujours plus internationale. Bon nombre de ces \u00e9tablissements ont \u00e9t\u00e9 ouverts par d\u2019anciens salari\u00e9s de P&#038;G.<\/p>\n<p><strong>Int\u00e9grer les expats<\/strong><\/p>\n<p>Le nombre d\u2019employ\u00e9s de P&#038;G \u00e0 Gen\u00e8ve a massivement augment\u00e9 \u00e0 partir de 1999, date \u00e0 laquelle la ville est devenue le si\u00e8ge pour l\u2019Europe, le Moyen-Orient et l\u2019Afrique de la multinationale sp\u00e9cialis\u00e9e dans les biens de consommation courante. Pour l\u2019occasion, le g\u00e9ant am\u00e9ricain d\u00e9m\u00e9nage dans les 45&rsquo;000 m2 de l\u2019ancien si\u00e8ge SBS au Petit-Lancy. P&#038;G compte alors 250 employ\u00e9s. Deux ans plus tard, mille collaborateurs viennent s\u2019y ajouter. En 2013, leur nombre atteint 2800, ce qui hisse la multinationale en troisi\u00e8me position des plus gros employeurs du canton.<\/p>\n<p>Cette nouvelle tribu, rapidement baptis\u00e9e \u00abProct\u00e9riens\u00bb par les Genevois, a n\u00e9cessit\u00e9 une organisation importante. Il a notamment fallu trouver des centaines de logements, ainsi que des places dans les \u00e9coles et les institutions de la petite enfance. \u00abP&#038;G a conclu des partenariats avec des cr\u00e8ches locales, indique Eliane Brigger, responsable de la communication pour le si\u00e8ge de Gen\u00e8ve. Dans les communes de Lancy, Gen\u00e8ve et de France voisine, plus de 100 familles en b\u00e9n\u00e9ficient aujourd\u2019hui.\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019int\u00e9gration des expatri\u00e9s \u00e9tait \u00e9galement n\u00e9cessaire. Quelque 70 nationalit\u00e9s se c\u00f4toient au sein de l\u2019entreprise. Nir Ofek, 41 ans, venu d\u2019Isra\u00ebl en 1999 pour travailler chez P&#038;G, s\u2019en est vite aper\u00e7u. \u00abQuelques mois apr\u00e8s \u00eatre arriv\u00e9 \u00e0 Gen\u00e8ve, je me suis rendu compte qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas facile de se faire des amis en dehors de l\u2019entreprise. Les \u2018vrais\u2019 Genevois et les expatri\u00e9s ne se m\u00e9langent que peu: ce sont deux mondes tr\u00e8s distincts.\u00bb L\u2019ann\u00e9e de sa venue en Suisse, Nir Ofek d\u00e9cide de cr\u00e9er <a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/sindy.ch\/\">Sindy.ch<\/a>, un groupe d\u00e9di\u00e9 \u00e0 l\u2019organisation de soir\u00e9es pour les expatri\u00e9s. Le succ\u00e8s de la premi\u00e8re f\u00eate d\u00e9passe toutes ses attentes: pr\u00e8s de mille personnes viennent, alors que les organisateurs en attendaient 200. Fort du succ\u00e8s de Sindy.ch, Nir Ofek lance en 2006 <a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.glocals.com\/\">Glocals.com<\/a>, un r\u00e9seau social ciblant l\u00e0 aussi les expatri\u00e9s. Son but: partager un verre de vin ou passer une journ\u00e9e \u00e0 la montagne en compagnie d\u2019autres expatri\u00e9s de toute la Suisse. Le r\u00e9seau compte aujourd\u2019hui 120&rsquo;000 membres, dont 70&rsquo;000 rien qu\u2019\u00e0 Gen\u00e8ve. M\u00eame s\u2019il ne travaille plus pour P&#038;G depuis 2007, Nir Ofek continue d\u2019organiser des soir\u00e9es par le biais de Sindy.ch. Certaines d\u2019entre elles attirent encore jusqu\u2019\u00e0 2000 participants, comme r\u00e9cemment au Th\u00e9\u00e2tre Pito\u00ebff.<\/p>\n<p><strong>Innovations de l\u2019\u00e9tranger<\/strong><\/p>\n<p>Selon Nir Ofek, les attentes des expatri\u00e9s en mati\u00e8re de service expliquent en partie le caract\u00e8re cosmopolite que rev\u00eat Gen\u00e8ve aujourd\u2019hui. \u00abIls ont souvent beaucoup voyag\u00e9 et ont donc une multitude de points de comparaison. Les \u00e9tablissements genevois ont d\u00fb am\u00e9liorer leur service et changer leurs produits pour satisfaire cette client\u00e8le.\u00bb<\/p>\n<p>Un changement que les Proct\u00e9riens ont accompagn\u00e9. Les initiatives dans les domaines de la restauration et des services les impliquant sont nombreuses \u00e0 Gen\u00e8ve. Elles ont souvent un point commun: l\u2019importation en Suisse d\u2019une id\u00e9e venant de l\u2019\u00e9tranger. Nicholas Richmond a par exemple lanc\u00e9 <a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/hoppbox.com\/\">Hoppbox <\/a>d\u00e9but 2016, une bo\u00eete contenant des en-cas pour la semaine, con\u00e7us par une nutritionniste et livrable chez soi ou au travail. Avant de d\u00e9velopper son produit, ce Franco-britannique de 34 ans, ancien employ\u00e9 de P&#038;G, a regard\u00e9 ailleurs: \u00abJ\u2019ai remarqu\u00e9 que le concept fonctionnait bien dans les pays anglo-saxons. Le vrai challenge a \u00e9t\u00e9 de l\u2019adapter au march\u00e9 suisse et de convaincre les consommateurs de son utilit\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p>Idem pour <a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.nonstopgym.com\/fr\/\">NonStop Gym<\/a>, ce r\u00e9seau de clubs de fitness low-cost ouverts 24h\/24 7j\/7: de tels centres \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sents en Su\u00e8de, d\u2019o\u00f9 vient sa fondatrice Ellen Berg. \u00abLes services en dehors des heures de bureau sont plus d\u00e9velopp\u00e9s en Su\u00e8de qu\u2019en Suisse. Il est commun d\u2019aller faire ses courses le dimanche ou son fitness la nuit.\u00bb NonStop Gym a ouvert sa premi\u00e8re salle en 2014 dans le quartier de la Servette. Aujourd\u2019hui, le club en compte trois \u00e0 Gen\u00e8ve et une \u00e0 Lausanne.<\/p>\n<p><strong>Fibre entrepreneuriale<\/strong><\/p>\n<p>Autre d\u00e9nominateur commun des business lanc\u00e9s par d\u2019ex-employ\u00e9s de Procter &#038; Gamble dans la restauration: une carte r\u00e9duite proposant des produits sains. Hoppbox et le Chalet Bianco en sont deux exemples. A ceux-l\u00e0 vient s\u2019ajouter <a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.thehamburgerfoundation.ch\/\">The Hamburger Foundation<\/a>, cr\u00e9\u00e9 par trois amis d\u2019enfance. L\u2019un d\u2019eux, l\u2019Anglo-genevois George Bowring, a travaill\u00e9 trois ans pour la multinationale am\u00e9ricaine avant de se rendre compte que son travail ne lui plaisait plus. Les trois amis ont commenc\u00e9 par lancer un \u00abfood truck\u00bb en 2012. Puis ont ouvert un restaurant dans le quartier des P\u00e2quis en 2014. A la carte, trois hamburgers seulement. \u00abNous avons limit\u00e9 le choix de produits car nous recherchons avant tout l\u2019authenticit\u00e9\u00bb, explique George Bowring. Selon lui, encore trop peu de restaurants \u00e0 Gen\u00e8ve proposent un concept \u2018mono-produit\u2019, alors que la tendance est grandissante \u00e0 Londres par exemple. Au fond du restaurant se cache un bar \u00e0 hu\u00eetres: avec l\u00e0 aussi seules trois sortes \u00e0 choix.<\/p>\n<p>Comment expliquer que tant d\u2019\u00e9tablissements soient ouverts par d\u2019anciens Proct\u00e9riens? \u00abL\u2019employ\u00e9 de chez P&#038;G a le profil-type d\u2019un entrepreneur, explique George Bowring. Il est jeune, ambitieux et a beaucoup voyag\u00e9. De plus, l\u2019entreprise d\u00e9cline ses produits partout et vers tous les publics, ce qui permet d\u2019acqu\u00e9rir une tr\u00e8s bonne formation en marketing.\u00bb L\u2019ex-salari\u00e9 de la multinationale a \u00e9galement ce qu\u2019un jeune patron lambda n\u2019a pas forc\u00e9ment: des moyens. \u00abLes salaires sont confortables, ajoute George Bowring. Cela permet d\u2019avoir les fonds n\u00e9cessaires pour bien se lancer.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Gentrification<\/strong><\/p>\n<p>Le maire de Gen\u00e8ve, Guillaume Barazzone, dit accueillir de telles initiatives de mani\u00e8re tr\u00e8s positive: \u00abCes endroits modernes et innovants participent au renouveau de l\u2019offre genevoise en mati\u00e8re de restauration. Gen\u00e8ve est une ville tourn\u00e9e vers l\u2019international: elle se doit d\u2019\u00eatre attractive.\u00bb M\u00eame son de cloche positif du c\u00f4t\u00e9 de la Soci\u00e9t\u00e9 des cafetiers, restaurateurs et h\u00f4teliers de Gen\u00e8ve. \u00abLes restaurants doivent ressembler aux habitants du canton, dit Laurent Terlinchamp, pr\u00e9sident de l\u2019association. D\u00e8s lors qu\u2019il a une demande pour ce type d\u2019\u00e9tablissements, il est tout \u00e0 fait normal qu\u2019ils existent.\u00bb<\/p>\n<p>Certains regrettent pourtant cette tendance: \u00abLa ville tend \u00e0 se configurer de plus en plus \u00e0 travers les gens qui poss\u00e8dent les moyens financiers, explique Luca Pattaroni, docteur en sociologie et chercheur au laboratoire de sociologie urbaine de l\u2019EPFL. Les personnes les plus ais\u00e9es peuvent facilement se saisir de l\u2019espace urbain au d\u00e9triment d\u2019autres populations.\u00bb Il cite notamment les quartiers des P\u00e2quis ou de Saint-Gervais dans lesquels \u00abd\u2019anciens restaurants disparaissent\u00bb. Paule Mangeat, \u00e9crivaine genevoise et P\u00e2quisarde, a les m\u00eames inqui\u00e9tudes: \u00abCertains tenanciers de bistrots n\u2019ont plus les moyens de payer leur loyer trop \u00e9lev\u00e9 et sont contraints de mettre la cl\u00e9 sous la porte. Tandis que les expatri\u00e9s plus ais\u00e9s peuvent facilement reprendre les lieux. Il faut \u00e9viter que les endroits internationaux aient le monopole dans des quartiers entiers, au risque de nuire \u00e0 la diversit\u00e9 de la ville.\u00bb Gen\u00e8ve est-elle en passe d\u2019\u00eatre gentrifi\u00e9e? \u00abElle l\u2019est d\u00e9j\u00e0, r\u00e9pond Luca Pattaroni. L\u2019ouverture de tels \u00e9tablissements y a sans doute contribu\u00e9.\u00bb<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans le magazine L\u2019Hebdo.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le dynamisme, la cr\u00e9ativit\u00e9 et le pouvoir d\u2019achat des cadres de la multinationale Procter &#038; Gamble ont contribu\u00e9 \u00e0 la cr\u00e9ation de nombreux restaurants, bars et start-up. Les autorit\u00e9s se r\u00e9jouissent de cet essor, tandis que certains regrettent la \u00abgentrification\u00bb de la m\u00e9tropole.<\/p>\n","protected":false},"author":20194,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[1303],"class_list":["post-4711","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-kapital","tag-choix-de-l-editeur","kapital"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4711","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/20194"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4711"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4711\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4992,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4711\/revisions\/4992"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4711"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4711"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4711"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}