



{"id":4687,"date":"2016-06-28T16:58:42","date_gmt":"2016-06-28T14:58:42","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=4687"},"modified":"2016-06-28T17:28:41","modified_gmt":"2016-06-28T15:28:41","slug":"entreprise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=4687","title":{"rendered":"Quand le travail nuit \u00e0 la sant\u00e9"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/201408\/Large290616_1.jpg\" border=\"0\" height=\"311\" width=\"468\" title=\"Large290616_1.jpg\" alt=\"Large290616_1.jpg\" \/><br \/>\nBurn out, d\u00e9pression, mal de dos, alcoolisme: ce sont quelques-unes des formes que prennent les risques psychosociaux en entreprise. Ces dangers qui guettent la sant\u00e9 mentale et physique sont li\u00e9s \u00e0 l\u2019organisation du travail. En cause, un environnement professionnel qui a beaucoup chang\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es, notamment avec la mondialisation et l\u2019explosion des communications. \u00abLe manque de temps, le sentiment de solitude, le mobbing, les mauvaises relations de travail ou encore une marge d\u00e9cisionnelle restreinte repr\u00e9sentent autant de facteurs consid\u00e9r\u00e9s comme des risques psychosociaux\u00bb, d\u00e9taille Mathias Rossi, professeur \u00e0 la Haute \u00e9cole de gestion de Fribourg &#8212; HEG-FR. Les personnes en situation de travail pr\u00e9caire sont particuli\u00e8rement vuln\u00e9rables, observe le chercheur. Mais les cadres &#8212; sous haute pression, parfois isol\u00e9s et prisonniers de leur image de battants &#8212; ne sont pas \u00e0 l\u2019abri.<\/p>\n<p>Il n\u2019est pas ais\u00e9 d\u2019\u00e9tablir les causes, souvent multiples, des risques psychosociaux, selon Mathias Rossi. Les fils de la vie professionnelle et priv\u00e9e peuvent s\u2019entrem\u00ealer: \u00abOn peut subir une pression \u00e9norme au travail et se trouver en m\u00eame temps en plein divorce.\u00bb Le sens de la causalit\u00e9 n\u2019est pas \u00e9vident non plus. \u00abUn exemple: on est d\u00e9prim\u00e9 et harcel\u00e9 au bureau. Est-on d\u00e9prim\u00e9 parce que harcel\u00e9 ou harcel\u00e9 parce que d\u00e9prim\u00e9?\u00bb<\/p>\n<p><strong>Rythme de travail trop exigeant, pression et mobbing<\/strong><\/p>\n<p>Les risques psychosociaux sont les plus fr\u00e9quents dans l\u2019agriculture, la construction, l\u2019industrie, l\u2019h\u00f4tellerie-restauration, la sant\u00e9 et l\u2019action sociale, selon la 5e enqu\u00eate europ\u00e9enne sur les conditions de travail, publi\u00e9e en 2010. Les Suisses seraient parmi les plus touch\u00e9s. 84% des travailleurs interrog\u00e9s dans le pays se plaignent d\u2019un rythme de travail trop exigeant, 80% d\u2019entre eux souffrent de la pression des d\u00e9lais. Ces chiffres d\u00e9passent la moyenne europ\u00e9enne, et leur hausse a \u00e9t\u00e9 plus marqu\u00e9e que dans les autres pays consid\u00e9r\u00e9s entre 2005 et 2010.<\/p>\n<p>En outre, soulignent les chercheurs, pr\u00e8s d\u2019un actif helv\u00e9tique de condition d\u00e9pendante sur deux travaille souvent plus de dix heures par jour, alors que la moyenne europ\u00e9enne est inf\u00e9rieure d\u2019un tiers. En Suisse, on se plaint aussi plus souvent qu\u2019ailleurs de mobbing. Le r\u00e9cit de Fr\u00e9d\u00e9ric Cl\u00e9ment (voir t\u00e9moignage ci-dessous) en est un exemple: facteur \u00e0 La Poste depuis plusieurs ann\u00e9es, il subit les pressions li\u00e9es aux nouvelles exigences de performances qui lui sont impos\u00e9es au quotidien.<\/p>\n<p>Au Secr\u00e9tariat d\u2019Etat \u00e0 l\u2019\u00e9conomie (Seco), on pointe la subjectivit\u00e9 de l\u2019enqu\u00eate europ\u00e9enne, bas\u00e9e sur des questionnaires. \u00abIl est difficile de comparer les secteurs d\u2019activit\u00e9s entre eux, explique Valentin Lagger, chef de l\u2019inspection f\u00e9d\u00e9rale du travail au Seco. Les contraintes ne seront pas les m\u00eames dans la coiffure ou la construction.\u00bb Le sp\u00e9cialiste ajoute qu\u2019il n\u2019existe pas d\u2019\u00e9tude sur les co\u00fbts totaux engendr\u00e9s par ces risques. \u00abMais on sait qu\u2019ils sont \u00e9normes.\u00bb Le cercle est vicieux, car les cons\u00e9quences d\u2019une absence touchent toute l\u2019entreprise: \u00abSi des travailleurs sont absents, la production en souffre. S\u2019ils subissent des troubles du sommeil, ils risquent d\u2019\u00eatre moins concentr\u00e9s et de faire davantage d\u2019erreurs, voire des accidents. S\u2019ils doivent quitter l\u2019entreprise, celle-ci doit r\u00e9embaucher, etc.\u00bb Le risque psychosocial que repr\u00e9sente le stress au travail a co\u00fbt\u00e9 \u00e0 lui seul 5 milliards de francs en Suisse &#8212; soit pr\u00e8s de 1,3% du PIB &#8212; en frais m\u00e9dicaux, absent\u00e9isme et baisse de la production, selon l\u2019indice 2015 de Promotion Sant\u00e9 Suisse.<\/p>\n<p><strong>Une probl\u00e9matique difficile \u00e0 ma\u00eetriser<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019ampleur des risques psychosociaux est d\u00e9sormais si alarmante que la Haute Ecole de gestion de Fribourg et le Seco lui ont consacr\u00e9 une journ\u00e9e de r\u00e9flexion nationale en d\u00e9cembre dernier. Pour freiner ce fl\u00e9au, le Seco a adopt\u00e9 un programme de sensibilisation qui s\u2019appliquera jusqu\u2019en 2018. Il vise les inspecteurs du travail et, \u00e0 travers eux, les entreprises.<\/p>\n<p>Christian Voirol, professeur \u00e0 la Haute Ecole Arc Sant\u00e9 \u00e0 Neuch\u00e2tel, loue cette initiative. Ainsi, estime-t-il, la Suisse se met enfin au m\u00eame niveau que l\u2019Europe et les pays anglo-saxons. \u00abIl \u00e9tait temps qu\u2019on passe \u00e0 l\u2019action puisque les chercheurs travaillent sur cette probl\u00e9matique depuis plus de trente ans!\u00bb Lui cherche \u00e0 savoir dans quelle mesure on peut pr\u00e9dire les principaux d\u00e9terminants de la sant\u00e9 mentale au travail. Pour cela, il tente de faire parler les bases de donn\u00e9es disponibles. \u00abMalgr\u00e9 une litt\u00e9rature scientifique importante, la probl\u00e9matique des risques psychosociaux reste difficile \u00e0 ma\u00eetriser, estime-t-il. La mise en place d\u2019une pr\u00e9vention ad\u00e9quate repr\u00e9sente l\u2019un des d\u00e9fis majeurs.\u00bb<\/p>\n<p>Partisan d\u2019une approche globale, le psychologue du travail milite aujourd\u2019hui pour que la recherche sur les facteurs psychosociaux &#8212; il pr\u00e9f\u00e8re parler de facteurs plut\u00f4t que de risques, ceux-ci pouvant avoir un effet positif ou n\u00e9gatif selon les situations et les individus &#8212; tienne compte aussi d\u2019\u00e9l\u00e9ments externes au milieu de travail. \u00abOn sait d\u00e9sormais que les facteurs psychosociaux hors de la sph\u00e8re professionnelle expliquent au moins 50% de la sant\u00e9 mentale au travail.\u00bb<br \/>\n_______<\/p>\n<p>TEMOIGNAGES<\/p>\n<p><strong>\u00abLe burn out est davantage li\u00e9 \u00e0 l\u2019ambiance qu\u2019\u00e0 la quantit\u00e9 de travail\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Steve Bonvin, directeur des Ressources humaines \u00e0 la Radio t\u00e9l\u00e9vision suisse (RTS), a mis en place une gestion des absences en lien avec les risques psychosociaux.<\/p>\n<p>Nous disposons d\u2019une politique de pr\u00e9vention et de gestion des absences caus\u00e9es, entre autres, par les risques psychosociaux. D\u2019apr\u00e8s mon exp\u00e9rience, lorsqu\u2019il y a des tensions entre des travailleurs, c\u2019est souvent parce que les r\u00f4les et responsabilit\u00e9s de chacun ne sont pas clairs. Si cette situation perdure, elle engendre des conflits pouvant g\u00e9n\u00e9rer des cas de souffrance au travail et des maladies. En ce qui concerne le burn out proprement dit, je pense qu\u2019il est davantage li\u00e9 \u00e0 la qualit\u00e9 de l\u2019ambiance au travail qu\u2019\u00e0 la quantit\u00e9 de travail. A la RTS, nous mettons l\u2019accent sur la pr\u00e9vention. Lorsque celle-ci n\u2019a pas port\u00e9 ses fruits, nous abordons les situations d\u2019absence avec l\u2019approche du case management: nous organisons des entretiens en r\u00e9seau avec tous les acteurs susceptibles de faire \u00e9voluer une situation (collaborateurs, sup\u00e9rieurs, assureurs, responsables des RH) pour d\u00e9finir des mesures d\u2019accompagnement au retour, permettant une reprise progressive.<br \/>\n_______<\/p>\n<p><strong>\u00abJ\u2019ai fr\u00f4l\u00e9 le burn out\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Fr\u00e9d\u00e9ric Cl\u00e9ment*, postier, travaille dans un environnement de risques psychosociaux \u00e9lev\u00e9s.<\/p>\n<p>Je travaille depuis longtemps \u00e0 La Poste et le climat s\u2019est d\u00e9t\u00e9rior\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es. Nous sommes soumis \u00e0 une pression constante. Chaque d\u00e9tail est calcul\u00e9, comptabilis\u00e9, il y a des statistiques pour tout. Les employ\u00e9s doivent se conformer aux performances des plus rapides, quels que soient leur \u00e2ge ou leur condition physique. Nous \u00e9voluons dans un climat malsain o\u00f9 les travailleurs sont mont\u00e9s les uns contre les autres. Nos charges de travail augmentent sans cesse. Sur mon contrat, je travaille \u00e0 70%. On me demande de faire un 100%, en me disant que si je ne parviens pas \u00e0 faire ce qu\u2019on m\u2019assigne avec un 70%, c\u2019est que je suis trop lent. Plusieurs employ\u00e9s ont craqu\u00e9 sous la pression. En ce qui me concerne, j\u2019ai fr\u00f4l\u00e9 le burn out, j\u2019ai eu des troubles du sommeil et j\u2019ai encore des maux de ventre terribles \u00e0 cause du stress li\u00e9 au travail. J\u2019ai d\u00fb consulter un m\u00e9decin \u00e0 plusieurs reprises et me m\u00e9dicamenter. Ma relation avec mon \u00e9pouse a aussi souffert de mon malaise.<\/p>\n<p>*nom d\u2019emprunt<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans la revue H\u00e9misph\u00e8res (no 11).<\/p>\n<p>Pour vous abonner \u00e0 H\u00e9misph\u00e8res au prix de CHF 45.- (d\u00e8s 45 euros) pour 6 num\u00e9ros, rendez-vous sur <a href=\"http:\/\/revuehemispheres.com\/\" target=\"_blank\">revuehemispheres.com<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les risques psychosociaux en entreprise sont en constante augmentation. 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