



{"id":4684,"date":"2016-06-23T19:03:09","date_gmt":"2016-06-23T17:03:09","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=4684"},"modified":"2016-06-23T19:03:37","modified_gmt":"2016-06-23T17:03:37","slug":"theatre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=4684","title":{"rendered":"L\u2019improvisation, un art sans filet"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/201408\/Large23062016_2_1.jpg\" border=\"0\" height=\"311\" width=\"468\" title=\"Large23062016_2_1.jpg\" alt=\"Large23062016_2_1.jpg\" \/><br \/>\nAu moment d\u2019entrer sur sc\u00e8ne, l\u2019improvisateur ne conna\u00eet ni sa premi\u00e8re r\u00e9plique, ni l\u2019issue de l\u2019histoire qu\u2019il va interpr\u00e9ter. Il jouera peut-\u00eatre un jeune d\u00e9linquant, un banquier ou encore un astronaute atteint de vertige. Il n\u2019en sait rien. La trame change \u00e0 chaque repr\u00e9sentation et la crainte d\u2019une panne d\u2019inspiration est toujours pr\u00e9sente. \u00abNous prenons des risques \u00e0 la recherche d\u2019un miracle\u00bb, disait Keith Johnstone, pape de l\u2019improvisation th\u00e9\u00e2trale anglo-saxonne.<\/p>\n<p>N\u00e9 au Qu\u00e9bec en 1977, le match d\u2019improvisation a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 pour rendre le th\u00e9\u00e2tre plus populaire. S\u2019inspirant des codes du sport national, le hockey, il met en sc\u00e8ne deux \u00e9quipes de com\u00e9diens qui s\u2019affrontent sur une fausse patinoire, arbitr\u00e9es par un ma\u00eetre de c\u00e9r\u00e9monie. C\u2019est lui qui donne un th\u00e8me et une contrainte aux joueurs, parmi une s\u00e9rie de cat\u00e9gories: \u00e0 la mani\u00e8re de Moli\u00e8re, sans paroles ou en rimant, par exemple.<\/p>\n<p>La discipline s\u2019est export\u00e9e en Suisse romande dans les ann\u00e9es 1980. Elle y est d\u00e9sormais bien install\u00e9e. Les troupes d\u2019improvisation sont nombreuses dans la r\u00e9gion, \u00e0 l\u2019image d\u2019<a href=\"http:\/\/avrac.ch\/\" target=\"_blank\">Avracavabrac<\/a>, la troupe de Vincent Kucholl et Vincent Veillon, <a href=\"https:\/\/compagnieducachot.ch\/\" target=\"_blank\">la Compagnie du Cachot<\/a> \u00e0 Yverdon, <a href=\"http:\/\/www.improline.ch\/\" target=\"_blank\">La Ligue d\u2019improvisation Neuch\u00e2teloise<\/a> ou encore la <a href=\"http:\/\/www.foir.ch\/\" target=\"_blank\">FoiR<\/a> \u00e0 Fribourg. Et de nouveaux concepts plus \u00e9labor\u00e9s que le match commencent aussi \u00e0 s\u2019imposer, comme la com\u00e9die musicale improvis\u00e9e ou les spectacles jou\u00e9s \u00e0 domicile. Le match reste toutefois le passage oblig\u00e9 pour la plupart des jeunes improvisateurs. \u00abC\u2019est une narration qui parle aux adolescents car le format du match, qui se joue sur quelques minutes, r\u00e9sonne avec les contenus tr\u00e8s courts des r\u00e9seaux sociaux\u00bb, estime le Vaudois Yvan Richardet, improvisateur professionnel.<\/p>\n<p><strong>La tactique du funambule<\/strong><\/p>\n<p>Pourquoi le public assiste-t-il \u00e0 un spectacle qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 r\u00e9p\u00e9t\u00e9? \u00abIl vient pour nous voir tomber\u00bb, affirme Yvan Richardet. Dans le milieu, on utilise l\u2019analogie du funambule, dont on dit qu\u2019il met dix ans pour apprendre \u00e0 marcher sur un fil et vingt ans pour faire croire qu\u2019il va tomber. Accentuer le risque est en effet l\u2019une des strat\u00e9gies utilis\u00e9es dans l\u2019improvisation th\u00e9\u00e2trale. Lorsque le spectacle est trop virtuose, le public ne se rend pas compte qu\u2019il assiste \u00e0 un spectacle unique. Il faut alors laisser appara\u00eetre consciemment certains rouages et impr\u00e9cisions. \u00abOn va par exemple surjouer la surprise ou l\u2019embarras lorsque le public impose une contrainte, explique Alain Ghiringhelli, improvisateur et collaborateur \u00e0 la formation continue \u00e0 la Manufacture Haute \u00e9cole des arts de la sc\u00e8ne. Quand le public voit que l\u2019on prend un risque, il sera d\u2019autant plus impressionn\u00e9 si on r\u00e9ussit.\u00bb<\/p>\n<p>Les improvisateurs sont unanimes: ils ne sont jamais \u00e0 l\u2019abri d\u2019un mauvais soir ou d\u2019un manque d\u2019inspiration. Il existe toutefois une multitude de techniques pour assurer le minimum. Pour faire avancer la trame d\u2019une histoire, par exemple, on pr\u00e9f\u00e9rera parler d\u2019un caniche que d\u2019un chien, car l\u2019\u00e9vocation est bien plus imag\u00e9e. Il y a aussi la notion de cadre. Ce sont les \u00e9l\u00e9ments pr\u00e9\u00e9tablis qui vont aider les com\u00e9diens: un concept pr\u00e9cis, la limite de temps, les contraintes th\u00e9matiques ou encore les d\u00e9cisions du ma\u00eetre de c\u00e9r\u00e9monie.<\/p>\n<p><strong>Les meilleures performances naissent des accidents<\/strong><\/p>\n<p>Ces techniques ne permettent toutefois pas d\u2019\u00e9viter les impr\u00e9vus. Et c\u2019est bien l\u00e0 que se niche toute la magie de la discipline. Ce sont m\u00eame parfois des accidents que peuvent na\u00eetre les meilleures performances. \u00abLe danger est de trop pr\u00e9voir ses coups \u00e0 l\u2019avance, pr\u00e9cise Alain Ghiringhelli. Il faut constamment \u00eatre dans l\u2019instant pr\u00e9sent. S\u2019il y a un accident, on doit le mettre en valeur.\u00bb Si, par exemple, un improvisateur bute maladroitement sur plusieurs mots, cela peut devenir une caract\u00e9ristique de son personnage. Il serait tr\u00e8s difficile de faire de m\u00eame dans le th\u00e9\u00e2tre traditionnel. \u00abEn impro, l\u2019erreur est facilement comprise par le public, car il sait que l\u2019on prend des risques \u00e0 chaque instant, remarque Samuel Bezen\u00e7on, improvisateur et collaborateur RH de la Manufacture. Paradoxalement, je trouve que le danger est plus grand lorsque l\u2019on apprend un texte par c\u0153ur, parce qu\u2019il y a la pression d\u2019avoir un trou de m\u00e9moire.\u00bb<\/p>\n<p>Le risque n\u2019est en revanche pas toujours synonyme de qualit\u00e9. \u00abL\u2019histoire doit rester au centre, souligne Yvan Richardet. Si l\u2019on donne comme contrainte de chanter sur un pied avec une patate dans la bouche, cela peut d\u00e9clencher quelques rires durant deux minutes, mais ce n\u2019est ni du bon th\u00e9\u00e2tre ni une strat\u00e9gie\u00e0 long terme.\u00bb Le go\u00fbt du risque est toutefois un moteur important pour de nombreux improvisateurs. \u00abC\u2019est une drogue, confie Yvan Richardet. Quand on entre sans filet et que tout fonctionne, c\u2019est magique. L\u2019adr\u00e9naline se transforme en endorphine et on devient accro.\u00bb<br \/>\n_______<\/p>\n<p>ENCADRE<\/p>\n<p><strong>Des fausses notes qui valent de l\u2019or<\/strong><\/p>\n<p>La sc\u00e8ne se passe en mars 2015 au Blues &amp; Jazz Supper Club de Bethesda, dans le Maryland aux Etats-Unis. En plein concert, l\u2019alarme incendie retentit. Le saxophoniste Morgan Price se met alors \u00e0 improviser, en se calant sur la tonalit\u00e9 de l\u2019alarme. Le public applaudit son audace, heureux d\u2019assister \u00e0 cet instant unique. Confront\u00e9 \u00e0 la m\u00eame situation, bien des musiciens classiques n\u2019auraient pas pris ce risque, form\u00e9s avant tout pour suivre une partition. Mais l\u2019improvisation fait partie de l\u2019ADN de la musique jazz.<\/p>\n<p>En effet, les \u00e9l\u00e8ves sont encourag\u00e9s tr\u00e8s t\u00f4t \u00e0 recourir \u00e0 leur imagination, cadr\u00e9e toutefois par l\u2019\u00e9tude des gammes et des harmonies. \u00abJe dis toujours \u00e0 mes \u00e9l\u00e8ves de jouer ce qu\u2019ils chantent dans leur t\u00eate\u00bb, explique B\u00e4nz Oester, contrebassiste enseignant \u00e0 la Haute Ecole de Musique de Lausanne &#8212; HEMU. Selon lui, une improvisation s\u2019av\u00e8re r\u00e9ussie lorsqu\u2019elle d\u00e9gage du naturel et de l\u2019honn\u00eatet\u00e9. \u00abDans une jam session (\u00e9v\u00e9nement auquel se joignent diff\u00e9rents musiciens pour improviser, ndlr), il y a toujours le risque de faire une erreur, mais c\u2019est aussi l\u2019opportunit\u00e9 de cr\u00e9er quelque chose de nouveau. Une fausse note peut \u00eatre transform\u00e9e en or par un autre musicien et changer compl\u00e8tement la direction du morceau. C\u2019est l\u00e0 que r\u00e9side la magie de l\u2019improvisation.\u00bb<br \/>\n_______<\/p>\n<p>PORTRAIT<\/p>\n<p><strong>\u00abJe suis \u00e0 nu quand j\u2019entre sur sc\u00e8ne\u00bb<\/strong><\/p>\n<p><em>Au premier abord, Marion Chabloz, 26 ans, semble timide. Pourtant, cette \u00e9tudiante en th\u00e9\u00e2tre br\u00fble les planches. Elle a d\u00e9j\u00e0 rafl\u00e9 plusieurs bourses et prix d\u2019encouragement pour son audace.<\/em><\/p>\n<p>Tout a d\u00e9but\u00e9 sur les bancs de l\u2019\u00e9cole: un jour, Marion Chabloz est encourag\u00e9e \u00e0 essayer le th\u00e9\u00e2tre par sa ma\u00eetresse, impressionn\u00e9e par la sc\u00e8ne qu\u2019elle venait de jouer en classe. \u00abOn devait s\u2019inspirer d\u2019un livre qu\u2019on avait lu, c\u2019\u00e9tait l\u2019histoire d\u2019un chat\u2026\u00bb, se rem\u00e9more la jeune femme en souriant. Une ann\u00e9e plus tard, elle commence des cours d\u2019improvisation \u00e0 Cossonay. Une passion pour la sc\u00e8ne qui ne l\u2019a plus quitt\u00e9e depuis.<\/p>\n<p>A son arriv\u00e9e au gymnase, elle remarque qu\u2019aucun cours d\u2019improvisation n\u2019y est donn\u00e9. Elle fonde alors sa propre \u00e9quipe de match. Elle souhaite ensuite entreprendre des \u00e9tudes de th\u00e9\u00e2tre. Mais ses parents, tous deux enseignants, pr\u00e9f\u00e8rent qu\u2019elle ait un \u00abvrai m\u00e9tier\u00bb. Marion Chabloz suit alors sa grande s\u0153ur \u00e0 la Haute \u00e9cole p\u00e9dagogique de Lausanne, tout en fondant en parall\u00e8le avec ses amis \u00abUne Equipe de Basket\u00bb, clin d\u2019\u0153il rebelle au standard du match d\u2019impro, inspir\u00e9 du hockey. \u00abJe dois beaucoup \u00e0 mes amis, confie-t-elle. D\u2019ailleurs, l\u2019esprit d\u2019\u00e9quipe reste essentiel pour moi. Je suis \u00e0 nu quand j\u2019entre sur sc\u00e8ne, alors je dois pouvoir leur faire confiance.\u00bb<\/p>\n<p>Son dipl\u00f4me d\u2019enseignante en poche, Marion poursuit enfin son r\u00eave. Elle int\u00e8gre la Manufacture en 2013 et r\u00e9alise un parcours brillant, remportant deux fois de suite le prix d\u2019\u00e9tudes de la Fondation Migros Pour-cent culturel, suivi d\u2019un prix d\u2019encouragement en 2015. \u00abC\u2019\u00e9tait un soulagement vis-\u00e0-vis de ma famille. Cette reconnaissance m\u2019a permis de me sentir plus l\u00e9gitime et ind\u00e9pendante.\u00bb Aujourd\u2019hui, la jeune Vaudoise pr\u00e9pare les examens finaux d\u2019un cursus intensif. \u00abC\u2019est \u00e9motionnellement tr\u00e8s exigeant, car je suis moi-m\u00eame le sujet de mes \u00e9tudes. Ce sont ma voix et mon corps que je d\u00e9veloppe au quotidien.\u00bb<\/p>\n<p>Depuis quelques ann\u00e9es, Marion s\u2019est \u00e9loign\u00e9e du match au profit de concepts plus \u00e9labor\u00e9s, comme la Com\u00e9die musicale improvis\u00e9e. \u00abJe m\u2019int\u00e9resse aujourd\u2019hui davantage \u00e0 d\u00e9velopper de r\u00e9elles histoires. Je trouve que le format court du match repose trop sur la vanne facile.\u00bb Pour la suite, son c\u0153ur balance entre le th\u00e9\u00e2tre et l\u2019impro. \u00abJ\u2019aimerais id\u00e9alement poursuivre les deux, car j\u2019aime aussi le th\u00e9\u00e2tre, un art o\u00f9 je peux utiliser l\u2019improvisation pour entrer dans mes personnages.\u00bb<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans la revue H\u00e9misph\u00e8res (no 11).<\/p>\n<p>Pour vous abonner \u00e0 H\u00e9misph\u00e8res au prix de CHF 45.- (d\u00e8s 45 euros) pour 6 num\u00e9ros, rendez-vous sur <a href=\"http:\/\/revuehemispheres.com\/\" target=\"_blank\">revuehemispheres.com<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Se retrouver sur les planches sans sc\u00e9nario ni dialogues pr\u00e9d\u00e9finis est un concept qui s\u00e9duit la Suisse romande. Comment les improvisateurs g\u00e8rent-ils le risque d\u2019une panne d\u2019inspiration?<\/p>\n","protected":false},"author":20195,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-4684","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-pop-culture","pop-culture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4684","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/20195"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4684"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4684\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4684"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4684"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4684"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}