



{"id":4682,"date":"2016-06-20T15:33:26","date_gmt":"2016-06-20T13:33:26","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=4682"},"modified":"2016-06-20T15:38:20","modified_gmt":"2016-06-20T13:38:20","slug":"societe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=4682","title":{"rendered":"R\u00e9fugi\u00e9: un chemin de vie p\u00e9rilleux"},"content":{"rendered":"<p> <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/201408\/Large200616.jpg\" alt=\"Large200616.jpg\" title=\"Large200616.jpg\" width=\"465\" height=\"317\" border=\"0\" \/><\/p>\n<p>Chez les migrants, tout commence par une immense prise de risques. Bien avant leur d\u00e9part, la plupart d\u2019entre eux sont bien inform\u00e9s des souffrances et des difficult\u00e9s qui les guettent durant leur p\u00e9riple. David Bozzini, chercheur en anthropologie au Graduate Center City University of New York, conna\u00eet bien l\u2019Erythr\u00e9e pour avoir r\u00e9alis\u00e9 sa th\u00e8se de doctorat sur la surveillance et la r\u00e9pression dans le pays. Dans cette autocratie, dont sont originaires pr\u00e8s de 10% des demandeurs d\u2019asile en Suisse, il a pu documenter la conscience des dangers chez les candidats \u00e0 l\u2019exil: \u00abOn a parfois l\u2019impression que les migrants d\u00e9couvrent les \u00e9cueils au fil du chemin. Mais ils sont pour la plupart au courant des dangers: la traite, les kidnappings, les passeurs v\u00e9reux, les tortures, le vol d\u2019organes\u2026 Ces individus d\u00e9cident tout de m\u00eame de prendre ces risques, car il est trop difficile pour eux de rester dans leur pays.\u00bb<\/p>\n<p>La vuln\u00e9rabilit\u00e9 face \u00e0 la violence dans son pays d\u2019origine repr\u00e9sente le principal d\u00e9clencheur de d\u00e9part, selon Claudio Bolzman, sociologue, professeur \u00e0 la Haute \u00e9cole de travail social de Gen\u00e8ve &#8211; HETS-GE et \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Gen\u00e8ve. \u00abEn Suisse, nous vivons dans un monde o\u00f9 l\u2019Etat d\u00e9tient le monopole de la violence physique l\u00e9gitime. Mais si l\u2019on s\u2019int\u00e9resse aux trois pays dont sont originaires la majorit\u00e9 des demandeurs d\u2019asile en Suisse, la situation est autre. En Syrie et en Afghanistan, la violence physique est partag\u00e9e entre une s\u00e9rie d\u2019acteurs arm\u00e9s. En Erythr\u00e9e, les citoyens sont enr\u00f4l\u00e9s de force et il n\u2019existe aucun tribunal ind\u00e9pendant devant lequel ils peuvent faire valoir leurs droits.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Un cinqui\u00e8me des r\u00e9fugi\u00e9s disparaissent en chemin<br \/>\n<\/strong><br \/>\nUne \u00e9tape interm\u00e9diaire jalonne le parcours de la plupart des migrants qui gagnent l\u2019Europe: le camp de r\u00e9fugi\u00e9s. Dans le cas des Syriens, ils sont 4 millions \u00e0 vivre dans les pays voisins. Leur situation &#8212; qu\u2019ils pensaient provisoire et r\u00e9versible &#8212; dure, avec un retour au pays de moins en moins envisageable. Les habitants des camps craignent de ne pas disposer de moyens de subsistance suffisants. \u00abNombre d\u2019entre eux n\u2019ont pas de statut de r\u00e9fugi\u00e9, ne peuvent ni travailler ni envoyer leurs enfants \u00e0 l\u2019\u00e9cole, indique Claudio Bolzman. Face \u00e0 cette absence de perspectives d\u2019avenir, l\u2019id\u00e9e de poursuivre le voyage m\u00fbrit dans l\u2019esprit de certains. Les Afghans, d\u2019abord r\u00e9fugi\u00e9s en Iran ou au Pakistan o\u00f9 ils vivaient comme des citoyens de seconde zone, en sont venus \u00e0 la m\u00eame conclusion.\u00bb<\/p>\n<p>Les p\u00e9rils du voyage jusqu\u2019en Europe sont connus du grand public et relay\u00e9s par les m\u00e9dias. Les chiffres restent impressionnants: selon l\u2019Organisation internationale pour les migrations, entre le 1er janvier et le 31 mars 2016, plus de 135\u2019000 personnes ont emprunt\u00e9 les itin\u00e9raires grec et italien en M\u00e9diterran\u00e9e et pr\u00e8s de 500 personnes y ont p\u00e9ri. Des milliers de r\u00e9fugi\u00e9s \u00e9rythr\u00e9ens sont aussi victimes de la traite d\u2019\u00eatres humains dans le d\u00e9sert du Sina\u00ef. Selon les estimations datant de 2013 de la journaliste su\u00e9do-\u00e9rythr\u00e9enne Meron Estefanos, un cinqui\u00e8me des r\u00e9fugi\u00e9s qui ont fui l\u2019Erythr\u00e9e ont disparu en chemin.<\/p>\n<p><strong>Pr\u00e9carit\u00e9 et exclusion \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e<\/strong><\/p>\n<p>A l\u2019arriv\u00e9e en Suisse, les requ\u00e9rants d\u2019asile ne sont pas au bout de leur chemin de croix. Le principal risque est bien entendu de voir sa demande d\u2019asile rejet\u00e9e et d\u2019\u00eatre renvoy\u00e9 dans son pays d\u2019origine. \u00abIl y a la peur de rentrer dans un pays violent ou sans perspective d\u2019avenir, mais aussi de perdre la face et de faire \u00e9chouer un projet collectif, rel\u00e8ve Claudio Bolzman. Dans le cas des migrants d\u2019Afrique subsaharienne par exemple, de nombreuses personnes ont mis\u00e9 sur eux et sur leur r\u00e9ussite en Europe.\u00bb Une fois le statut de r\u00e9fugi\u00e9 obtenu, l\u2019objectif de la plupart des migrants est de trouver un travail et de subvenir \u00e0 leurs besoins.<\/p>\n<p>Le centre d\u2019accueil pour personnes migrantes de <a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.centre-roseraie.ch\/site\/fr\/\">la Roseraie<\/a> \u00e0 Gen\u00e8ve travaille \u00e0 pr\u00e9venir les risques d\u2019exclusion que cette population encourt apr\u00e8s son arriv\u00e9e sur le sol suisse. Con\u00e7u comme un lieu ouvert, non \u00e9tatique, il propose des ateliers de fran\u00e7ais, d\u2019expression et de lien social, des espaces de repos et d\u2019\u00e9changes ainsi que des sorties dans la ville. Le but de toutes ces activit\u00e9s est le d\u00e9cloisonnement, explique Damien Moulin, collaborateur du centre: \u00abIl s\u2019agit de permettre \u00e0 la personne d\u2019obtenir elle-m\u00eame les informations utiles pour am\u00e9liorer son quotidien et de ne pas rester cloisonn\u00e9e dans un groupe en fonction de son origine, de son statut ou de son genre.\u00bb Au quotidien, il en r\u00e9sulte des situations qui seraient inconcevables si ces personnes ne fr\u00e9quentaient pas un lieu comme celui-ci: autour de la table de ping-pong du centre jouent un Afghan, un Kurde et un albanophone.<\/p>\n<p><strong>Une sant\u00e9 p\u00e9jor\u00e9e par la migration<\/strong><\/p>\n<p>Les possibles conflits ou incompr\u00e9hensions d\u2019ordre culturel avec la population en Europe ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s th\u00e9matis\u00e9s dans la presse depuis les agressions survenues \u00e0 Cologne \u00e0 Nouvel An. Un des buts poursuivis par la Roseraie est justement le bien vivre ensemble et le respect mutuel. \u00abNous ne sommes pas l\u00e0 pour imposer des valeurs, mais plut\u00f4t pour susciter un \u00e9change de connaissances et d\u2019exp\u00e9riences concernant les informations dont ils disposent sur la vie en Suisse, note Damien Moulin. Les ateliers de fran\u00e7ais ax\u00e9s sur la vie quotidienne sont par exemple un bon moyen d\u2019aborder ces th\u00e9matiques de mani\u00e8re plus ou moins formelle.\u00bb<\/p>\n<p>Dernier d\u00e9fi, les migrants sont davantage sujets aux probl\u00e8mes de sant\u00e9. Deux \u00e9tudes men\u00e9es par les offices f\u00e9d\u00e9raux de la sant\u00e9 publique (OFSP) et des migrations (ODM) en 2004 et en 2010 r\u00e9v\u00e8lent de nettes in\u00e9galit\u00e9s entre la population autochtone et les migrants. Dans bien des cas, l\u2019\u00e9tat de sant\u00e9 physique et psychique des personnes interrog\u00e9es \u00e9tait plus mauvais que celui de la population autochtone. Le bilan 2008-2013 du Programme national Migration et sant\u00e9 identifie plusieurs points probl\u00e9matiques, tels la mortalit\u00e9 accrue des nouveau-n\u00e9s et des nourrissons, la pr\u00e9valence plus \u00e9lev\u00e9e d\u2019infections sexuellement transmissibles, de troubles psychiques et de pathologies professionnelles, ainsi que le danger accru d\u2019accident au travail et d\u2019invalidit\u00e9.<\/p>\n<p>Pour pr\u00e9venir les risques sanitaires, la Roseraie invite r\u00e9guli\u00e8rement des associations actives dans la lutte contre les maladies sexuellement transmissibles, le cancer, les addictions ou les maladies psychiques. \u00abJe re\u00e7ois depuis quelque temps davantage de personnes ayant subi des traumatismes graves li\u00e9s \u00e0 la guerre ou \u00e0 leur voyage\u00bb, indique Sabbel Ceesay, responsable de l\u2019accueil et de l\u2019accompagnement au centre. Une situation qui s\u2019est g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e \u00e0 Gen\u00e8ve: le nombre de requ\u00e9rants d\u2019asile dans les structures psychiatriques du canton a tripl\u00e9 en l\u2019espace de deux ans.<br \/>\n_______<br \/>\nENCADRE<\/p>\n<p><strong>Trois questions \u00e0 Abdelhak Elghezouani<\/strong><br \/>\n<em>Ce psychologue soigne depuis plus de vingt ans les troubles psychiques des migrants, dans le cadre de l\u2019association vaudoise <a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.appartenances.ch\/\">Appartenances<\/a>. <\/em><\/p>\n<p><strong>Quels sont les risques psychiques les plus fr\u00e9quents chez les migrants arrivant en Suisse?<\/strong><br \/>\nSi l\u2019on s\u2019int\u00e9resse aux principaux groupes de demandeurs d\u2019asile (Erythr\u00e9e, Afghanistan, Syrie, Irak), ils peuvent pr\u00e9senter deux cat\u00e9gories de sympt\u00f4mes, qui sont souvent cumul\u00e9es. La premi\u00e8re, le syndrome post-traumatique, se caract\u00e9rise par des r\u00e9viviscences des \u00e9v\u00e9nements traumatiques, de l\u2019hyper-vigilance, de l\u2019anxi\u00e9t\u00e9 et de l\u2019irritabilit\u00e9. La seconde correspond \u00e0 un \u00e9tat de d\u00e9pression.<\/p>\n<p><strong>Quelles en sont les causes?<\/strong><br \/>\nLe fait d\u2019avoir v\u00e9cu des \u00e9tats de stress multiples et continus explique le premier cas. Ces personnes sont en effet issues de soci\u00e9t\u00e9s o\u00f9 il n\u2019y a plus de sentiment de paix. Elles ont perdu confiance dans la permanence du monde et la bienveillance d\u2019autrui. Quant \u00e0 l\u2019\u00e9tat de d\u00e9pression, il est souvent li\u00e9 \u00e0 des deuils impossibles ou traumatiques. Dans leurs pays ou durant leur migration, certains migrants n\u2019ont pas pu se recueillir apr\u00e8s la mort d\u2019un parent ou d\u2019un compagnon de route, d\u00e9c\u00e9d\u00e9 le plus souvent dans des conditions dramatiques. Le sentiment de culpabilit\u00e9 du survivant entre aussi en jeu.<\/p>\n<p><strong>Comment aidez-vous vos patients?<\/strong><br \/>\nLes soins peuvent avoir lieu dans le cadre de s\u00e9ances individuelles ou familiales, mais aussi au travers d\u2019activit\u00e9s socio-th\u00e9rapeutiques. L\u2019objectif est triple: reconstruire un sentiment de s\u00e9curit\u00e9, \u00e9tablir un lien de confiance interpersonnel et revenir sur son pass\u00e9. L\u2019important est que le patient se cr\u00e9e de nouvelles valeurs ou significations. Cela peut \u00eatre de se dire \u00abje dois sauver les autres\u00bb ou \u00abje suis l\u00e0 pour que mes enfants aient une \u00e9ducation\u00bb. Si la majorit\u00e9 des \u00eatres humains trouvent en eux-m\u00eames cette r\u00e9silience, apr\u00e8s de graves traumatismes, certains ont besoin de l\u2019intervention de professionnels pour y arriver.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans la revue H\u00e9misph\u00e8res (no 11).<\/p>\n<p>Pour vous abonner \u00e0 H\u00e9misph\u00e8res au prix de CHF 45.- (d\u00e8s 45 euros) pour 6 num\u00e9ros, rendez-vous sur <a href=\"http:\/\/www.revuehemispheres.com\" target=\"_blank\">revuehemispheres.com<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nombreux sont les candidats \u00e0 l\u2019exil qui p\u00e9rissent chaque ann\u00e9e sur les routes migratoires. 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