



{"id":4680,"date":"2016-06-17T15:20:44","date_gmt":"2016-06-17T13:20:44","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=4680"},"modified":"2016-06-17T15:21:50","modified_gmt":"2016-06-17T13:21:50","slug":"adrenaline","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=4680","title":{"rendered":"Accros aux sports \u00e0 risques"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/201408\/Large17062016_2_1.jpg\" border=\"0\" height=\"311\" width=\"468\" title=\"Large17062016_2_1.jpg\" alt=\"Large17062016_2_1.jpg\" \/><br \/>\nLa vall\u00e9e de Lauterbrunnen, dans l\u2019Oberland bernois, a construit sa renomm\u00e9e autour de ses 72 cascades vertigineuses, qui ont inspir\u00e9 Goethe et Lord Byron. Aujourd\u2019hui, la grandeur des paysages alpins ch\u00e8re au lyrisme romantique fait encore fr\u00e9mir les visiteurs. Mais en mati\u00e8re de frissons, elle se retrouve en concurrence avec un spectacle autrement plus moderne.<\/p>\n<p>En quelques ann\u00e9es, Lauterbrunnen s\u2019est hiss\u00e9e au rang de Mecque du base-jump, ce sport qui consiste \u00e0 sauter en parachute d\u2019un objet fixe, par exemple d\u2019un pont ou d\u2019une falaise. De plus en plus souvent, il est pratiqu\u00e9 en wingsuit, sorte de combinaison ail\u00e9e permettant d\u2019atteindre de grandes vitesses de d\u00e9placement horizontal. Environ 20\u2019000 sauts sont pratiqu\u00e9s \u00e0 Lauterbrunnen chaque ann\u00e9e, contre moins de 1\u2019000 il y a dix ans.<\/p>\n<p>Chute libre, canyoning, VTT downhill, courses ultra, hydrospeed, speed-flying\u2026 Depuis les ann\u00e9es 1980, de nombreuses activit\u00e9s sportives encourageant la qu\u00eate de sensations fortes ont fait leur apparition. Cette recherche d\u2019adr\u00e9naline intervient alors que les soci\u00e9t\u00e9s occidentales d\u00e9veloppent une aversion de plus en plus marqu\u00e9e pour le risque. Les normes et protocoles pour \u00e9viter les accidents ont envahi le monde du travail et la vie quotidienne des individus.<\/p>\n<p>Dans un contexte social trop s\u00e9curisant, \u00ables activit\u00e9s physiques et sportives dites \u00ab\u00e0 risques\u00bb sont revendiqu\u00e9es comme une mani\u00e8re de retrouver le sel de la vie, ce sont des tentatives d\u2019\u00e9vasion hors du quotidien\u00bb, analyse le sociologue fran\u00e7ais David Le Breton dans son ouvrage Sociologie du risque, publi\u00e9 en 2012. Les deux \u00e9volutions n\u2019ont donc rien de paradoxal. \u00abLa s\u00e9curit\u00e9 induit en contrepoint la recherche d\u2019une intensit\u00e9 d\u2019\u00eatre qui fait d\u00e9faut d\u2019ordinaire. (\u2026) L\u2019exploration des limites physiques dans un \u00e9quilibre toujours pr\u00eat \u00e0 se rompre rassure l\u2019individu sur ses ressources personnelles et sa capacit\u00e9 \u00e0 faire face \u00e0 l\u2019\u00e9preuve.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Symbole de virilit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>Les sports extr\u00eames attirent surtout des personnes issues des classes moyennes et privil\u00e9gi\u00e9es qui disposent de moyens suffisants et s\u2019ennuient dans leur vie professionnelle, selon David Le Breton. Les adeptes sont par ailleurs en grande majorit\u00e9 des hommes. \u00abIls mettent ainsi en \u0153uvre des capacit\u00e9s de r\u00e9sistance, d\u2019acceptation de la douleur ou de la blessure, de contr\u00f4le de la peur, etc., valeurs traditionnellement associ\u00e9es \u00e0 la &lsquo;virilit\u00e9&rsquo;.\u00bb Les donn\u00e9es statistiques en Suisse indiquent \u00e9galement qu\u2019en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, le ph\u00e9nom\u00e8ne concerne d\u2019abord les hommes, plut\u00f4t jeunes. \u00abLa jouissance de la vie en risquant la mort et la volont\u00e9 de se sentir ainsi exister participent \u00e0 la construction identitaire et s\u2019apparentent \u00e0 un rite de passage, analyse Fabien Ohl, sociologue du sport \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne. Ces comportements diminuent souvent avec l\u2019\u00e9volution de la situation matrimoniale et l\u2019arriv\u00e9e d\u2019enfants.\u00bb<\/p>\n<p>Les sports extr\u00eames connaissent aussi un vif succ\u00e8s m\u00e9diatique. \u00abLe spectacle du risque fascine le public, souligne Fabien Ohl. Et comme la transgression fait vendre, il attire les sponsors.\u00bb Red Bull est l\u2019embl\u00e8me de ce mouvement de mercantilisation. La marque de boissons \u00e9nerg\u00e9tiques qui sponsorise quelque 600 athl\u00e8tes est d\u00e9sormais aussi connue pour ses \u00e9v\u00e9nements spectaculaires que pour son produit initial. L\u2019\u00e9volution des technologies de communication a \u00e9galement popularis\u00e9 les sports extr\u00eames en leur donnant une importante visibilit\u00e9. Les cam\u00e9ras GoPro se sont g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9es et les performances de sportifs sur YouTube comptabilisent parfois plusieurs millions de vues.<\/p>\n<p><strong>Le foot, sport \u00e0 haut risque<\/strong><\/p>\n<p>Si le public est captiv\u00e9 par les sports extr\u00eames, il est prompt \u00e0 les condamner. \u00abL\u2019image du base-jump dans l\u2019opinion est plut\u00f4t n\u00e9gative, regrette Michi Schwery, cofondateur et pr\u00e9sident de la <a href=\"http:\/\/www.swissbaseassociation.ch\/\" target=\"_blank\">Swiss Base Association<\/a>. Les m\u00e9dias ne parlent de la discipline que lorsqu\u2019un accident se produit. La plupart des gens oublient que les base-jumpers sont dans leur grande majorit\u00e9 des individus responsables. Ce que je recherche, c\u2019est la sensation de voler. Le risque est un inconv\u00e9nient, le prix \u00e0 payer pour vivre ma passion.\u00bb<\/p>\n<p>R\u00e9mi Chittaro, 24 ans, \u00e9tudiant du Master of Science HES-SO in Integrated Innovation for Product and Business Development &#8212; Innokick, pratique le ski freestyle. Il souligne \u00e9galement que le risque ne constitue pas une motivation. \u00abJe calcule, me pr\u00e9pare physiquement et mentalement. Je suis pr\u00eat \u00e0 prendre des risques, mais pas de mani\u00e8re inutile. C\u2019est la libert\u00e9 et la cr\u00e9ativit\u00e9 du ski freestyle qui m\u2019attirent, mais aussi l\u2019ambiance et les \u00e9changes avec les autres skieurs. Mon but est avant tout de m\u2019amuser.\u00bb<\/p>\n<p>Les sports les plus dangereux ne sont pas forc\u00e9ment ceux qui apparaissent comme tels de prime abord. En Suisse, entre 2010 et 2014, le base-jump a enregistr\u00e9 en moyenne six d\u00e9c\u00e8s par an, la randonn\u00e9e en montagne 46. Il existe aussi un d\u00e9calage entre risque objectif et subjectif, souligne le sociologue Fabien Ohl. Les statistiques montrent que le plus grand nombre d\u2019accidents intervient dans le foot, qui n\u2019est pas per\u00e7u comme risqu\u00e9. \u00abDans l\u2019opinion, les accidents de wingsuit et de parapente entra\u00eenent par ailleurs un jugement moral bien plus s\u00e9v\u00e8re que les accidents de montagne.\u00bb La raison: la population suisse affiche une grande compr\u00e9hension pour l\u2019alpinisme, consid\u00e9r\u00e9 comme un symbole de l\u2019amour de la montagne. Vous avez dit paradoxe?<br \/>\n_______<\/p>\n<p>ENCADRE<\/p>\n<p><strong>N\u00e9o, pseudo et post-aventuriers<\/strong><\/p>\n<p>Pauvres aventuriers du XXIe si\u00e8cle, priv\u00e9s de territoires vierges \u00e0 explorer, de sommets inviol\u00e9s \u00e0 gravir, de peuples \u00abprimitifs\u00bb \u00e0 d\u00e9couvrir! Leurs pr\u00e9d\u00e9cesseurs ont d\u00e9j\u00e0 prospect\u00e9 les moindres recoins de la plan\u00e8te bleue. Aujourd\u2019hui, \u00e0 moins de se lancer dans un casting tr\u00e8s s\u00e9lectif d\u2019astronautes, la terra incognita, c\u2019est le nouvel aventurier lui-m\u00eame, confront\u00e9 \u00e0 des d\u00e9fis insolites.<\/p>\n<p>Parcourir 4\u2019569 kilom\u00e8tres sur la seule roue arri\u00e8re de sa bicyclette? Kurt Osburn, surnomm\u00e9 \u00abWheelie King\u00bb, l\u2019a fait. Atteindre le sommet de l\u2019Everest en \u00e9tant unijambiste? Tom Whittaker y est parvenu. Survivre en milieu hostile sous les yeux \u00e9bahis d\u2019autochtones? C\u2019est le job des h\u00e9ros de t\u00e9l\u00e9-r\u00e9alit\u00e9. Randonner en tenue d\u2019Adam \u00e0 travers la Grande-Bretagne, Stephen Gough a os\u00e9 l\u2019exp\u00e9rience. Les ressources imaginatives des n\u00e9o-aventuriers sont \u00e9poustouflantes. Leur manifeste tient en une formule: \u00abJe l\u2019ai fait pour me conna\u00eetre, d\u00e9couvrir mes limites\u00bb, estime le sociologue David Le Breton \u00e0 qui l\u2019on doit la d\u00e9nomination \u00abn\u00e9o-aventuriers\u00bb.<\/p>\n<p>Quant aux risques pris: ici une crevaison, l\u00e0 leur d\u00e9l\u00e9gation \u00e0 des sherpas, la chute d\u2019un h\u00e9licopt\u00e8re et une arrestation pour outrage \u00e0 la pudeur. Sans oublier les plus basiques: l\u2019\u00e9loignement durant quelques heures d\u2019un r\u00e9seau wifi, la batterie \u00e0 sec d\u2019un portable ou le syndrome de la classe \u00e9conomique &#8212; espace contigu, jambes coinc\u00e9es, atmosph\u00e8re confin\u00e9e &#8212; qui guette lors du vol retour.<\/p>\n<p>Le pire? Ne pas \u00eatre parvenu \u00e0 s\u00e9duire, sur son blog, des milliers de \u00abfollowers\u00bb. Des admirateurs souvent soucieux d\u2019acc\u00e9der eux aussi \u00e0 la notori\u00e9t\u00e9 si un de leurs selfies, pris dans un lieu expos\u00e9 \u00e0 tous les dangers, parvenait \u00e0 cr\u00e9er le buzz sur la Toile.<\/p>\n<p>Bient\u00f4t, la r\u00e9alit\u00e9 augment\u00e9e \u00e9vitera, pour se la jouer pseudo-aventurier, de courir pareils risques insens\u00e9s. Les GoPro qui, pour l\u2019esbroufe, incitent \u00e0 d\u00e9passer ses limites, laisseront place \u00e0 des masques capables de transformer un pantouflard en aventurier. Demain, nous serons tous des post-aventuriers, d\u2019autant plus intr\u00e9pides dans la r\u00e9alit\u00e9 virtuelle que froussards dans la vie r\u00e9elle.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>TROIS QUESTIONS A<\/p>\n<p>Didier Maillefer, professeur \u00e0 la Haute Ecole d\u2019ing\u00e9nierie et de gestion du Canton de Vaud &#8212; HEIG-VD, est passionn\u00e9 d\u2019escalade. Il a mis au point un dispositif d\u2019assurage qui permet de r\u00e9duire les risques li\u00e9s \u00e0 ce sport.<\/p>\n<p><strong>L\u2019escalade est-elle un sport risqu\u00e9?<\/strong><\/p>\n<p>La discipline poss\u00e8de une image casse-cou qui ne correspond pas \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. Les statistiques montrent qu\u2019il y a peu d\u2019accidents. Le mat\u00e9riel disponible a atteint un niveau de fiabilit\u00e9 tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9. La plupart des probl\u00e8mes proviennent d\u2019erreurs humaines dues au manque de formation ou \u00e0 l\u2019inattention.<\/p>\n<p><strong>En quoi consiste le dispositif d\u2019assurage que vous avez mis au point?<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019escalade en salle se pratique g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 deux. Mon objectif \u00e9tait de proposer un syst\u00e8me antichute qui repr\u00e9sente une vraie alternative \u00e0 l\u2019assurage par le partenaire. Des machines d\u2019auto-assurage existent d\u00e9j\u00e0 mais souffrent d\u2019importantes limites et ne sont employ\u00e9es que par des personnes qui grimpent seules. Le dispositif que nous avons mis au point offre davantage de flexibilit\u00e9 et de fonctionnalit\u00e9s, car il est motoris\u00e9. Il mesure la tension de la corde et le moteur la \u00abravale\u00bb au fur et \u00e0 mesure, ce qui permet d\u2019\u00e9viter les \u00e0-coups. Gr\u00e2ce \u00e0 une commande manuelle, le grimpeur peut aussi descendre de mani\u00e8re contr\u00f4l\u00e9e, sans risque de collision avec une personne au sol. Au final, le dispositif est plus s\u00fbr que l\u2019assurage par un partenaire.<\/p>\n<p><strong>Le syst\u00e8me sera-t-il bient\u00f4t commercialis\u00e9?<\/strong><\/p>\n<p>Nous avons d\u00e9velopp\u00e9 un prototype fonctionnel. Les premiers \u00e9chos des exploitants de salle et des experts techniques sont positifs. Nous pr\u00e9voyons maintenant d\u2019approcher les acteurs du secteur avec l\u2019ambition de faire entrer le produit dans sa phase industrielle.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Collaboration: Genevi\u00e8ve Grimm-Gobat<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans la revue H\u00e9misph\u00e8res (no 11).<\/p>\n<p>Pour vous abonner \u00e0 H\u00e9misph\u00e8res au prix de CHF 45.- (d\u00e8s 45 euros) pour 6 num\u00e9ros, rendez-vous sur <a href=\"http:\/\/revuehemispheres.com\/\" target=\"_blank\">revuehemispheres.com<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les sports extr\u00eames fascinent le grand public et attirent de plus en plus d\u2019adeptes. 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