



{"id":466,"date":"2000-07-26T00:00:00","date_gmt":"2000-07-25T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=466"},"modified":"2017-07-12T11:32:06","modified_gmt":"2017-07-12T09:32:06","slug":"psycho-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=466","title":{"rendered":"Debriefing apr\u00e8s le crash du Concorde: pas forc\u00e9ment efficace"},"content":{"rendered":"<p>Qu&rsquo;un avion s&rsquo;\u00e9crase, qu&rsquo;un train d\u00e9raille, qu&rsquo;une avalanche soit meurtri\u00e8re et voil\u00e0 que des \u00e9quipes de \u00abdebriefers\u00bb fondent sur les survivants et les proches des victimes. L&rsquo;accident du Concorde ne fait pas exception \u00e0 ce qui est devenu une r\u00e8gle. Et pourtant, cette m\u00e9thode visant \u00e0 r\u00e9duire les r\u00e9actions \u00e0 un \u00e9v\u00e9nement traumatique est loin de faire l\u2019unanimit\u00e9 dans les milieux scientifiques. <\/p>\n<p>La technique de \u00abdebriefing\u00bb est apparue dans les ann\u00e9es 80 aux Etats-Unis avec les travaux du Dr Jeffrey Mitchell. Elle doit \u00eatre propos\u00e9e aux victimes dans les 72 heures qui suivent le drame. <\/p>\n<p>G\u00e9n\u00e9ralement, cette m\u00e9thode respecte trois temps. D&rsquo;abord elle pose le cadre avec la pr\u00e9sentation de l&rsquo;\u00e9quipe et des r\u00e8gles de fonctionnement dans le respect de la confidentialit\u00e9. Ensuite, elle facilite et favorise la verbalisation. Enfin, elle pr\u00e9pare le retour \u00e0 la vie sociale en \u00e9voquant par anticipation les besoins et difficult\u00e9s que les survivants peuvent rencontrer <a href=http:\/\/www.atmedica.com target=_blank>ult\u00e9rieurement<\/a>.<\/p>\n<p>Le \u00abdebriefing\u00bb n&rsquo;est donc pas une th\u00e9rapie. Son objectif: par le biais du travail de r\u00e9cit, abaisser le seuil \u00e9motionnel. Tout repose donc sur la verbalisation des \u00e9motions qui permettrait d&rsquo;acqu\u00e9rir une prise de conscience et une ma\u00eetrise de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement .<\/p>\n<p>Curieusement, malgr\u00e9 la popularit\u00e9 du \u00abdebriefing\u00bb, peu d&rsquo;\u00e9tudes jusqu&rsquo;ici se sont pench\u00e9es sur l&rsquo;\u00e9valuation de son efficacit\u00e9. Aucune n&rsquo;a permis de montrer qu&rsquo;il diminue le risque de voir appara\u00eetre un \u00e9tat de stress post-traumatique. Les travaux de Lacelle et S\u00e9guin (1998) ne soulignent aucune diff\u00e9rence entre les \u00e9tudiants ayant subi un \u00abdebriefing\u00bb et les autres \u00e9tudiants, \u00e0 la suite du suicide d&rsquo;un de leurs camarades dans leur \u00e9cole.<\/p>\n<p>D&rsquo;autres chercheurs se montrent franchement critiques et affirment que les mesures de postvention (par opposition \u00e0 la pr\u00e9vention) doivent \u00eatre appliqu\u00e9es avec pr\u00e9caution et invitent les utilisateurs \u00e0 la prudence (Goldney et Berman, 1996). Il est m\u00eame des \u00e9tudes laissant entendre que cette m\u00e9thode amplifie le processus traumatique ou le prolonge (Raphael et Meldrum, 1995).<\/p>\n<p>Seule certitude, dans des contextes g\u00e9n\u00e9rant un sentiment d&rsquo;impuissance et d&rsquo;\u00e9chec, le \u00abdebriefing\u00bb r\u00e9pondrait au besoin des intervenants d&rsquo;aider et serait donc plus utile au soignant qu&rsquo;au soign\u00e9\u2026 Il conf\u00e8rerait une forme de bonne conscience .<\/p>\n<p>L&rsquo;attaque la plus r\u00e9cente \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard du \u00abdebriefing\u00bb a \u00e9t\u00e9 formul\u00e9e par Bernard Rim\u00e9, professeur de psychologie \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Louvain. Dans un article intitul\u00e9 \u00ab<a href=http:\/\/www.scienceshumaines.fr target=_blank>Faut-il parler de ses \u00e9motions?<\/a>\u00bb et publi\u00e9 en avril dernier, il se livre \u00e0 des observations qui viennent bousculer un certain nombre d\u2019id\u00e9es re\u00e7ues.<\/p>\n<p>Il est commun de croire que le fait de parler de ses \u00e9motions soulage, enl\u00e8ve le poids de la douleur. Or Bernard Rim\u00e9 a voulu le v\u00e9rifier. En conclusion de son \u00e9tude, il rel\u00e8ve que \u00ables effets escompt\u00e9s du \u00abdebriefing\u00bb ne sont en rien confirm\u00e9s. Nos donn\u00e9es conduisent donc \u00e0 r\u00e9futer l&rsquo;id\u00e9e si populaire selon laquelle la parole aurait un effet lib\u00e9rateur de l&rsquo;\u00e9motion. Force est donc de conclure que parler d&rsquo;une exp\u00e9rience \u00e9motionnelle n&rsquo;en alt\u00e8re pas de mani\u00e8re sensible l&rsquo;\u00e9motion.\u00bb<\/p>\n<p>Si, entre psys, le d\u00e9bat est vif, le grand public est tenu \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart et continue \u00e0 \u00eatre soulag\u00e9 en apprenant que les victimes de telles ou telles catastrophes sont entre les mains de \u00abdebriefers\u00bb.<\/p>\n<p>Quelles que soient les conclusions de ce d\u00e9bat pr\u00e9cis, la question demeure: \u00abComment survivre au malheur?\u00bb Peut-\u00eatre serait-il temps de se rappeler que tout drame ne conduit pas \u00e0 une psychopathologie. Et la r\u00e9silience? Que fait-on de cette aptitude \u00e0 survivre \u00e0 des \u00e9v\u00e9nements particuli\u00e8rement douloureux?<\/p>\n<p>La conclusion des travaux de Boris Cyrulnik sur ce sujet (\u00abUn merveilleux malheur\u00bb, aux \u00e9ditions Odile Jacob) m\u00e9rite notre attention. \u00abM\u00eame s&rsquo;ils en gardent des cicatrices, les humains peuvent d\u00e9passer des traumatismes graves. Il existe au fond de l&rsquo;\u00eatre humain des ressources insoup\u00e7onn\u00e9es qui le rendent capable de surmonter les pires \u00e9preuves\u00bb, constate-t-il. Encourageant de se savoir plus solide qu\u2019on le croyait.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La m\u00e9thode du \u00abdebriefing\u00bb, appliqu\u00e9e apr\u00e8s un \u00e9v\u00e9nement traumatique, est de plus en plus souvent contest\u00e9e dans les milieux scientifiques. Mais le grand public reste encore largement \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart du d\u00e9bat.<\/p>\n","protected":false},"author":375,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[1298],"class_list":["post-466","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-latitude","tag-chroniques","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/466","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/375"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=466"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/466\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6022,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/466\/revisions\/6022"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=466"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=466"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=466"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}