



{"id":465,"date":"2000-07-25T00:00:00","date_gmt":"2000-07-24T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=465"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"cinema","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=465","title":{"rendered":"Le vertige jouissif de \u00abMission Impossible 2\u00bb"},"content":{"rendered":"<p>Ce qu\u2019il y a de bien avec les films de l\u2019\u00e9t\u00e9, c\u2019est que personne n\u2019en attend grand chose. Tout le monde sait qu\u2019en cette morne saison cin\u00e9philique, les studios grattent leurs fonds de tiroirs et t\u00e2chent d\u2019\u00e9couler leur stock, laissant la rentr\u00e9e aux grandes sorties. Aussi le cin\u00e9phage ne va-t-il plus au cin\u00e9ma que par pur r\u00e9flexe.<\/p>\n<p>Or cette ann\u00e9e, il se surprend \u00e0 revisiter des genres hypercodifi\u00e9s. Inutile de revenir sur \u00abGladiator\u00bb (<a href=http:\/\/largeur.com\/expArt.asp?artID=450 target=_blank>\u00e9voqu\u00e9<\/a> il y a peu), tentative plut\u00f4t r\u00e9ussie de revivifier le p\u00e9plum. On s\u2019attardera en revanche sur \u00ab<a href=http:\/\/www.missionimpossible.com target=_blank>Mission impossible 2<\/a>\u00bb, film d\u2019action pur sucre \u2013 et qui n\u2019est certes pas un film n\u00e9gligeable, bien que programm\u00e9 au beau milieu du mois de juillet. Tout en restant fid\u00e8le aux canons du genre (et, plus lointainement, \u00e0 la s\u00e9rie t\u00e9l\u00e9 qui l\u2019inspire), ce deuxi\u00e8me \u00e9pisode en cin\u00e9mascope des aventures d\u2019Ethan Hunt a en effet une saveur particuli\u00e8re, puisque c\u2019est John Woo qui succ\u00e8de \u00e0 Brian De Palma pour en assurer la r\u00e9alisation.<\/p>\n<p>Stup\u00e9fiant John Woo, qui parvient \u00e0 faire d\u00e9coller un film aussi calibr\u00e9! Car la structure en est tout \u00e0 fait arch\u00e9typale: agent secret contact\u00e9 pendant ses vacances pour une mission inopin\u00e9e, succession de sc\u00e8nes de bravoure toujours plus longues et casse-gueules, d\u00e9bauche de gadgets high-tech, idylle entre le h\u00e9ros et une voleuse aux charmes non-n\u00e9gligeables\u2026 Voil\u00e0 pour les ingr\u00e9dients classiques. Mais le r\u00e9alisateur y ajoute son assaisonnement, plut\u00f4t harissa que fade vinaigrette. Il a t\u00f4t fait de projeter le film dans des sph\u00e8res symboliques, le gentil Hunt (en anglais: le chasseur) courant apr\u00e8s une \u00abChim\u00e8re\u00bb tueuse de populations et affrontant un dangereux fr\u00e8re-ennemi. <\/p>\n<p>Surtout, John Woo pimente son film en y introduisant un d\u00e9sir br\u00fblant: celui qu\u2019Ethan Hunt et son ennemi \u00e9prouvent pour la belle gourgandine, et qui n\u2019a rien de commun avec les b\u00e9guins jamesbondesques, juste anecdotiques. Ce d\u00e9sir-l\u00e0 vient brouiller les rapports de force et sortir Hunt de son professionnalisme l\u00e9gendaire. Le film lui doit son d\u00e9licieux d\u00e9s\u00e9quilibre, son vertige jouissif.<\/p>\n<p>Ce vertige hante d\u2019ailleurs beaucoup de sc\u00e8nes. A commencer par le g\u00e9n\u00e9rique, film\u00e9 au-dessus des rocheuses. Il est comparable \u00e0 celui qui s\u2019empare des danseurs qui ont trop tournoy\u00e9. John Woo fait constamment r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la danse en couple: au flamenco du prologue r\u00e9pond la valse des voitures prises dans une course-poursuite, puis le pas de deux des motos d\u2019Ethan et de son ennemi, qui finiront par un corps \u00e0 corps chor\u00e9graphi\u00e9 comme une pi\u00e8ce de Pina Bausch.<\/p>\n<p>Autre genre hypercodifi\u00e9 au menu de tout \u00e9t\u00e9 qui se respecte, la com\u00e9die sentimentale. Avec le th\u00e8me du moment: l\u2019homosexualit\u00e9! Vous allez me dire que cela fait bient\u00f4t dix ans que \u00e7a dure. Seulement les familles recompos\u00e9es, le Pacs et la gay pride g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e &#8211; signe de la nouvelle visibilit\u00e9 de l\u2019homosexuel dans la soci\u00e9t\u00e9 occidentale &#8211; ont aujourd\u2019hui des prolongements in\u00e9dits qui font le beurre des sc\u00e9naristes des com\u00e9dies, v\u00e9ritables sismographes des tendances soci\u00e9tales. <\/p>\n<p>Dans \u00abUn de trop\u00bb (\u00abThree to tango\u00bb), qui s\u2019appr\u00eate \u00e0 sortir sur les \u00e9crans helv\u00e8tes, on voit un jeune architecte h\u00e9t\u00e9ro et timide devenir, \u00e0 son insu et apr\u00e8s moult quiproquos, \u00abGay de l\u2019ann\u00e9e\u00bb! Situation absurde qui d\u00e9bouche sur un amusant renversement: au moment de la remise du prix, le jeune h\u00e9t\u00e9ro fait son coming out \u00e0 l\u2019envers et confesse devant tout le monde, d\u2019un air navr\u00e9 et repenti: \u00abI am not gay!\u00bb<\/p>\n<p>Dans le m\u00eame registre, John Schlesinger, r\u00e9alisateur plut\u00f4t peu inspir\u00e9 et pi\u00e8tre metteur en sc\u00e8ne, signe une com\u00e9die r\u00e9unissant Madonna et Rupert Everett pour former \u00abUn couple presque parfait\u00bb. Le titre est assez explicite: les deux personnages s\u2019adorent et d\u00e9cident d\u2019\u00e9lever ensemble un enfant; il y a juste un d\u00e9tail: lui (Rupert) est gay et les deux concubins font chambre s\u00e9par\u00e9e. <\/p>\n<p>D\u2019abord habilement trouss\u00e9e comme du simili-sitcom, la com\u00e9die verse dans le film de m\u0153urs. Lui supporte assez mal le nouveau fianc\u00e9 d\u2019elle, qui d\u00e9cide de s\u2019en aller en enlevant leur rejeton. \u00c7a commence comme \u00abLe mariage de mon meilleur ami\u00bb, mais la suite ressemble plut\u00f4t \u00e0 \u00abKramer contre Kramer\u00bb. Et les codes du comique se laissent infiltrer par une douce m\u00e9lancolie. Celle-ci atteint sa quintessence dans une sc\u00e8ne toute simple et anodine: Madonna, devant son miroir, se remonte les seins en murmurant \u00ab1989!\u00bb, puis les laisse retomber\u2026 \u00ab1999!\u00bb La remarque r\u00e9sonne \u00e9trangement, de la part d\u2019une star qui incarna jadis une certaine id\u00e9e de l\u2019insolence et de la jeunesse. Comme quoi, sous leur verni convenu, les films de l\u2019\u00e9t\u00e9 2000 dissimulent quelques saveurs douces-am\u00e8res.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au menu de cette saison estivale: une \u00abMission Impossible 2\u00bb fortement \u00e9pic\u00e9e par John Woo et deux com\u00e9dies sentimentales douces-am\u00e8res, \u00abUn de trop\u00bb et \u00abUn couple presque parfait\u00bb.<\/p>\n","protected":false},"author":3594,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-465","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-pop-culture","pop-culture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/465","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3594"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=465"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/465\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=465"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=465"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=465"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}