



{"id":4649,"date":"2016-04-26T18:21:51","date_gmt":"2016-04-26T16:21:51","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=4649"},"modified":"2016-04-26T18:45:47","modified_gmt":"2016-04-26T16:45:47","slug":"travail","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=4649","title":{"rendered":"Qui a peur de Glassdoor, le \u00abTripAdvisor de l\u2019emploi\u00bb?"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/201408\/Large270416.jpg\" alt=\"Large270416.jpg\" title=\"Large270416.jpg\" width=\"468\" height=\"311\" border=\"0\" \/><br \/>\nAu mois de f\u00e9vrier, l\u2019\u00e9quipe des ressources humaines de L\u2019Or\u00e9al Suisse a suivi une nouvelle formation. L\u2019objet du cours? <a href=\"https:\/\/fr.glassdoor.ch\/index.htm\" target=\"_blank\">Glassdoor<\/a>, le site am\u00e9ricain sur lequel les employ\u00e9s peuvent noter leur entreprise. Souvent qualifi\u00e9 de \u00abTripAdvisor de l\u2019emploi\u00bb, la plateforme rassemble des informations sur les conditions de travail, les salaires, le d\u00e9roulement des entretiens d\u2019embauche ou encore les dirigeants des entreprises. Les avis, post\u00e9s de mani\u00e8re anonyme par des personnes qui travaillent ou ont travaill\u00e9 pour les soci\u00e9t\u00e9s pass\u00e9es au crible, donnent naissance \u00e0 une note moyenne sur cinq.<\/p>\n<p>Cr\u00e9\u00e9 en 2008, Glassdoor, qui publie aussi des offres d\u2019emploi, a connu une forte croissance ces derni\u00e8res ann\u00e9es, principalement dans les pays anglo-saxons. Le site rassemble aujourd\u2019hui 11 millions d\u2019avis sur 500&rsquo;000 entreprises, quasiment le double d\u2019il y a deux ans. Une croissance qui a permis au site de se distancer de plateforme similaire, comme le site autrichien <a href=\"https:\/\/www.kununu.com\/ch\" target=\"_blank\">Kununu<\/a>, disponible uniquement en allemand. Et c\u2019est avec cette force de frappe que Glassdoor s\u2019est officiellement lanc\u00e9 sur le march\u00e9 helv\u00e9tique fin 2015. Pour l\u2019heure, la plupart des avis concernent des multinationales. Mais des soci\u00e9t\u00e9s suisses, des organisations internationales, des ONG, des universit\u00e9s et m\u00eame des PME sont \u00e9galement not\u00e9es.<\/p>\n<p>\u00abTravaillez ailleurs si vous le pouvez!\u00bb, \u00abLa hi\u00e9rarchie en demande toujours plus sans jamais reconna\u00eetre vos efforts.\u00bb, \u00abLe service RH ne sert \u00e0 rien.\u00bb: les entreprises romandes vont devoir affronter de plus en plus fr\u00e9quemment ce type de commentaires peu reluisants. Olivier Deslandes, responsable des ressources humaines de la banque priv\u00e9e Lombard Odier, actif dans le recrutement depuis plus de deux d\u00e9cennies, pr\u00e9dit un \u00abtsunami\u00bb dans les ann\u00e9es \u00e0 venir. \u00abLes directions g\u00e9n\u00e9rales et les responsables de communication et de ressources humaines devront composer avec un canal d\u2019informations impossible \u00e0 filtrer, et donc une perte de contr\u00f4le de l\u2019image de la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur.\u00bb<\/p>\n<p><strong>La fin du politiquement correct<\/strong><\/p>\n<p>\u00abLes entreprises seront oblig\u00e9es de faire correspondre les valeurs qu\u2019elles affichent pour leur communication, en mati\u00e8re d\u2019\u00e9thique ou de respect des employ\u00e9s, \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, poursuit Olivier Deslandes. Certaines habitudes, par exemple laisser un manager brillant mais tyrannique terroriser son \u00e9quipe, comme c\u2019est le cas dans certaines soci\u00e9t\u00e9s, ne pourront plus \u00eatre tol\u00e9r\u00e9es.\u00bb Les responsables des RH devront aussi s\u2019habituer \u00e0 recevoir des candidats mieux inform\u00e9s, notamment sur le d\u00e9roulement des entretiens d\u2019embauche et les salaires auxquels ils peuvent pr\u00e9tendre, et plus enclins \u00e0 demander des pr\u00e9cisions sur certains aspects n\u00e9gatifs de l\u2019environnement de travail. \u00abCela rendra les discussions de recrutement beaucoup moins politiquement correctes.\u00bb<\/p>\n<p>\u00abGlassdoor nous oblige clairement \u00e0 repenser notre mani\u00e8re de travailler, explique Emmanuelle Grosclaude, responsable des ressources humaines de L\u2019Or\u00e9al Suisse. Tout ce qui se passe au sein de l\u2019entreprise peut \u00eatre diffus\u00e9 tr\u00e8s rapidement, que ce soit par un collaborateur ou un candidat apr\u00e8s un entretien d\u2019embauche par exemple. Du coup, les exigences en mati\u00e8re de qualit\u00e9 sont exacerb\u00e9es, notamment lorsque nous recevons des candidats. Cela dit nous consid\u00e9rons Glassdoor comme un formidable outil.\u00bb Glassdoor n\u2019est en effet pas r\u00e9serv\u00e9 aux employ\u00e9s. Sur leur profil, les entreprises peuvent r\u00e9pondre aux commentaires, poster des informations et des images et acc\u00e9der \u00e0 des analyses et des \u00e9tudes comparatives. Le site permet surtout d\u2019obtenir des informations que les collaborateurs h\u00e9sitent \u00e0 transmettre \u00e0 leur hi\u00e9rarchie. \u00abNous pouvons ainsi agir pour am\u00e9liorer certaines situations, ajoute Emmanuelle Grosclaude. Nous invitons d\u2019ailleurs les employ\u00e9s \u00e0 poster leurs commentaires afin d\u2019avoir un maximum de feedbacks et l\u2019image la plus objective possible. Il s\u2019agit aussi d\u2019un moyen pour en apprendre davantage sur nos concurrents. Par ailleurs, la transparence accrue est b\u00e9n\u00e9fique pour tout le monde et rendra les processus de recrutement plus efficaces. Je n\u2019ai aucun int\u00e9r\u00eat \u00e0 ce qu\u2019un nouvel employ\u00e9 d\u00e9couvre un aspect du travail qui ne lui convient pas seulement une fois qu\u2019il se trouve engag\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p>Outre la formation qui vise \u00e0 apprendre \u00e0 l\u2019\u00e9quipe RH comment utiliser Glassdoor, L\u2019Or\u00e9al a mis en place des actions concr\u00e8tes. Chaque trimestre, un rapport r\u00e9sumant l\u2019\u00e9volution de la r\u00e9putation de l\u2019entreprise sur le site est transmis \u00e0 la direction. Et les ressources humaines ont d\u00e9sormais pour mission de r\u00e9pondre \u00e0 tous les avis.<\/p>\n<p><strong>Guerre globale pour attirer les talents<\/strong><\/p>\n<p>Chez Swisscom, tous les commentaires n\u00e9gatifs post\u00e9s sur Glassdoor re\u00e7oivent aussi une r\u00e9ponse, une habitude adopt\u00e9e avec le site Kununu, bien implant\u00e9 en Suisse al\u00e9manique. Et l\u2019op\u00e9rateur va m\u00eame plus loin pour d\u00e9samorcer les situations conflictuelles. \u00abNous demandons \u00e0 la personne de nous contacter via une adresse e-mail afin de discuter directement des probl\u00e8mes, indique David Luyet, chef de la section People Relationship &amp; HR Marketing. Nous tenons \u00e0 montrer que nous prenons ces situations au s\u00e9rieux, m\u00eame si la d\u00e9marche ne re\u00e7oit souvent pas de r\u00e9ponse.\u00bb Quant \u00e0 l\u2019attitude des candidats, en se basant sur son exp\u00e9rience avec Kununu, Swisscom estime que 10% \u00e0 15% citent des avis lus online pour demander des explications lors d\u2019un entretien.<\/p>\n<p>La soci\u00e9t\u00e9 genevoise de services informatiques Blue-infinity, qui compte 400 employ\u00e9s, a \u00e9galement pris des devants. En cas de commentaire n\u00e9gatif, Sonia Nair, la directrice du marketing et de la communication, effectue un sondage \u00e0 l\u2019interne pour voir si cela correspond au sentiment des employ\u00e9s. Apr\u00e8s avoir dans un premier temps ajout\u00e9 des contributions \u00e0 sa page Glassdoor, Blue-infinity a finalement d\u00e9cid\u00e9 de cesser d\u2019y \u00eatre actif. \u00abLes mauvais commentaires, cela fait partie du jeu, remarque Sonia Nair. Mais tout n\u2019est pas si transparent. L\u2019anonymat donne la possibilit\u00e9 \u00e0 n\u2019importe qui de r\u00e9diger une \u00e9valuation de la soci\u00e9t\u00e9, et \u00e0 une m\u00eame personne de multiplier les profils. Par ailleurs, Glassdoor nous a propos\u00e9 d\u2019ouvrir un compte premium payant, dont une des options permettait de d\u00e9cider quel avis serait mis en avant sur notre profil. Cette d\u00e9marche &#8212; que nous avons refus\u00e9e &#8212; engendre aussi une perte d\u2019objectivit\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p><strong>R\u00e9actions dubitatives<\/strong><\/p>\n<p>La plupart des entreprises de Suisse romande ne se montrent pas aussi proactives. Face au nombre encore restreint de commentaires, plusieurs responsables de ressources humaines interrog\u00e9s disent n\u2019avoir aucune strat\u00e9gie particuli\u00e8re concernant Glassdoor. Ils indiquent ne pas effectuer de surveillance syst\u00e9matique et regarder plut\u00f4t ce qu\u2019il s\u2019y passe \u00abpar curiosit\u00e9\u00bb.<\/p>\n<p>Beaucoup de sp\u00e9cialistes du recrutement r\u00e9agissent encore de mani\u00e8re dubitative, voire carr\u00e9ment ironique, \u00e0 l\u2019\u00e9vocation de ce nouveau \u00abTripAdvisor de l\u2019emploi\u00bb, constate David Talerman, auteur de l\u2019ouvrage \u00abTravailler et vivre en Suisse\u00bb et observateur assidu du secteur des ressources humaines dans la r\u00e9gion. \u00abMais ils rigoleront beaucoup moins dans un ou deux ans. Gr\u00e2ce \u00e0 cet outil, ce n\u2019est plus seulement le candidat qui est pass\u00e9 \u00e0 la loupe, mais aussi l\u2019entreprise. Il s\u2019agit d\u2019un enjeu majeur dans un contexte de guerre globale pour attirer les talents. Pour convaincre des personnes qui ne sont pas sur le march\u00e9 de rejoindre une entreprise, il faut d\u2019autres param\u00e8tres que le salaire. Et d\u00e9sormais, Glassdoor met tout sur la table.\u00bb<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans le magazine L\u2019Hebdo.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le site am\u00e9ricain qui permet aux employ\u00e9s de noter leur entreprise attaque le march\u00e9 suisse. 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