



{"id":4641,"date":"2016-04-13T17:52:40","date_gmt":"2016-04-13T15:52:40","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=4641"},"modified":"2016-04-14T09:25:07","modified_gmt":"2016-04-14T07:25:07","slug":"travail","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=4641","title":{"rendered":"Malades psychiques: le pari de la r\u00e9insertion"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/201408\/large13042016_1.jpg\" alt=\"large13042016_1.jpg\" title=\"large13042016_1.jpg\" height=\"311\" border=\"0\" width=\"468\" \/><\/p>\n<p>\u00abLa r\u00e9insertion prime la rente.\u00bb Tel est le mot d\u2019ordre en mati\u00e8re d\u2019assurance-invalidit\u00e9 (AI), a fortiori depuis que la Conf\u00e9d\u00e9ration cherche \u00e0 assainir les comptes d\u2019une assurance lourdement endett\u00e9e. La derni\u00e8re r\u00e9vision en date de l\u2019AI, entr\u00e9e en vigueur en 2012, affiche un objectif ambitieux: r\u00e9ins\u00e9rer quelque 17\u2019000 b\u00e9n\u00e9ficiaires de rentes sur le march\u00e9 du travail d\u2019ici \u00e0 2018. Trop ambitieux: l\u2019Office f\u00e9d\u00e9ral des assurances sociales (OFAS) a d\u00e9j\u00e0 reconnu que le but ne sera pas atteint.<\/p>\n<p>La r\u00e9insertion des malades psychiques est l\u2019une des principales pierres d\u2019achoppement. En Suisse, plus de 100&rsquo;000 personnes b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019une rente d\u2019invalidit\u00e9 pour cause de troubles mentaux s\u00e9rieux (lire encadr\u00e9 ci-dessous). Elles p\u00e8sent de plus en plus lourd dans l\u2019effectif total des rentiers: leur proportion est pass\u00e9e de 27% \u00e0 45% entre 1995 et 2014, selon l\u2019OFAS. En cause, une m\u00e9dicalisation des souffrances psychiques &#8212; on colle d\u00e9sormais une \u00e9tiquette diagnostique sur des troubles qui n\u2019en avaient pas, comme le burn-out &#8212; et un durcissement de l\u2019environnement de travail.<\/p>\n<p>Probl\u00e8me: ces malades sont particuli\u00e8rement difficiles \u00e0 r\u00e9ins\u00e9rer, comme le confirme l\u2019Organisation de coop\u00e9ration et de d\u00e9veloppement \u00e9conomiques (OCDE) dans un rapport de 2014. \u00abLes troubles psychiques et les exigences du monde du travail sont antinomiques, r\u00e9sume Jean-Philippe Ruegger, directeur de l\u2019office AI du canton de Vaud (OAI-VD). Si l\u2019on souffre de d\u00e9pression, on est affect\u00e9 dans sa volont\u00e9 et on s\u2019investit moins &#8212; voire plus du tout &#8212; dans son activit\u00e9. De plus, les troubles mentaux peuvent \u00eatre invisibles et conduire parfois \u00e0 des comportements impr\u00e9visibles.\u00bb Rien de rassurant pour les employeurs potentiels. Or la r\u00e9insertion des rentiers AI repose sur leur bonne volont\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Soutien financier de l\u2019AI<\/strong><\/p>\n<p>Les autorit\u00e9s cherchent donc \u00e0 minimiser le risque pris par les entreprises qui jouent le jeu. Les offices AI agissent \u00e0 trois niveaux. \u00abD\u2019abord, nous donnons du temps \u00e0 l\u2019employeur, dit Jean-Philippe Ruegger. Nous pouvons prendre en charge une partie du salaire de la personne pendant ses mois d\u2019essai, voire proposer un stage enti\u00e8rement \u00e0 notre charge. Ensuite, nous offrons un suivi aussi longtemps que n\u00e9cessaire, par exemple en mettant un coach \u00e0 disposition de l\u2019entreprise. Enfin, nous impliquons le m\u00e9decin traitant dans l\u2019ensemble du processus.\u00bb<\/p>\n<p>Cette politique produit des r\u00e9sultats. L\u2019an dernier, une filiale de La Poste a offert un contrat de travail \u00e0 Paul*, 35 ans, atteint de schizophr\u00e9nie et au b\u00e9n\u00e9fice d\u2019une rente d\u2019invalidit\u00e9. Contact\u00e9e par l\u2019office AI du canton de Vaud, l\u2019entreprise permet \u00e0 Paul d\u2019effectuer un stage de six mois, financ\u00e9 par l\u2019AI \u00e0 hauteur de 80%. Puis elle l\u2019engage \u00e0 50% pour des t\u00e2ches d\u2019ouverture et de tri du courrier. Paul ne doit pas travailler plus de quatre heures par jour: un traitement neuroleptique a fait dispara\u00eetre une partie des sympt\u00f4mes li\u00e9s \u00e0 sa maladie (d\u00e9lires, hallucinations), mais des troubles cognitifs (probl\u00e8me de concentration) se manifestent apr\u00e8s un certain temps.<\/p>\n<p>Egalement atteint de schizophr\u00e9nie, Pierre*, la vingtaine, obtient une rente AI apr\u00e8s avoir \u00e9chou\u00e9 en derni\u00e8re ann\u00e9e d\u2019apprentissage. C\u2019est l\u2019entreprise de vitrerie Morigi qui lui permettra de finir sa formation et de sortir de l\u2019AI. \u00abJe prends r\u00e9guli\u00e8rement des jeunes en difficult\u00e9\u00bb, explique Ugo Morigi, qui dirige la PME de Bussigny et revendique une fibre sociale. Pierre souffre de mont\u00e9es d\u2019angoisse qui lui font perdre toute confiance en lui et le coupent de l\u2019ext\u00e9rieur, ce qui se traduit par une attitude en dents de scie. \u00abC\u2019\u00e9tait \u00e9prouvant, t\u00e9moigne le directeur. Mais nous avons vu des progr\u00e8s sur la dur\u00e9e. Quand il d\u00e9crochait, je le mettais \u00e0 l\u2019atelier, o\u00f9 il ex\u00e9cutait des travaux plus simples et moins dangereux.\u00bb<\/p>\n<p><strong>\u00abIl faut d\u00e9dramatiser\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Ces situations montrent qu\u2019\u00abune personne atteinte d\u2019une affection lourde, en l\u2019occurrence la schizophr\u00e9nie, peut travailler si l\u2019on trouve le bon poste et des t\u00e2ches adapt\u00e9es\u00bb, souligne Emmanuelle Jost, psychologue \u00e0 l\u2019OAI-VD. L\u2019exemple de Morigi fait aussi ressortir que les employeurs les plus r\u00e9ceptifs aux demandes de r\u00e9insertion sont ceux qui ont \u00e9t\u00e9 confront\u00e9s, sur le plan priv\u00e9 ou professionnel, \u00e0 la d\u00e9tresse psychique et sociale. Que dire aux autres? \u00abIl faut commencer par d\u00e9dramatiser les troubles mentaux, pr\u00e9conise Christine Besse, psychiatre au CHUV et sp\u00e9cialiste de la r\u00e9insertion. Entre 25% et 50% des gens sont victimes d\u2019un trouble psychique au cours de leur vie. Ensuite, c\u2019est toute la question du suivi, de l\u2019accompagnement.\u00bb<\/p>\n<p>Le cas Morigi renvoie aussi \u00e0 un enjeu majeur: l\u2019insertion professionnelle des jeunes malades. Un jeune sur deux dont s\u2019occupe l\u2019OAI-VD souffre d\u2019un trouble mental. Conscient du probl\u00e8me, le Conseil f\u00e9d\u00e9ral a mis en consultation, en d\u00e9cembre, une s\u00e9rie de mesures pour am\u00e9liorer leurs chances de trouver un apprentissage ou un emploi. Le projet vise \u00e0 d\u00e9tecter la maladie le plus t\u00f4t possible &#8212; un instrument qui a d\u00e9j\u00e0 fait ses preuves pour les adultes &#8212; et \u00e0 faciliter la transition entre \u00e9cole et formation professionnelle.<\/p>\n<p>*Pr\u00e9noms d\u2019emprunt<br \/>\n_______<\/p>\n<p>ENCADRE<\/p>\n<p><strong>La rente pour les cas s\u00e9v\u00e8res<\/strong><\/p>\n<p>Les malades psychiques au b\u00e9n\u00e9fice d\u2019une rente AI souffrent le plus souvent d\u2019un trouble mental s\u00e9v\u00e8re. Les affections les plus fr\u00e9quentes dans cette cat\u00e9gorie sont la d\u00e9pression s\u00e9v\u00e8re, les troubles bipolaires, la schizophr\u00e9nie et les graves troubles de la personnalit\u00e9. \u00abL\u2019assurance consid\u00e8re en g\u00e9n\u00e9ral que ce type de malade peut pr\u00e9tendre \u00e0 une rente\u00bb, explique Christine Besse, psychiatre au CHUV.<\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas le cas des personnes souffrant d\u2019un trouble mental mod\u00e9r\u00e9, comme des \u00e9pisodes d\u00e9pressifs ou une phobie peu invalidante. C\u2019est le type de trouble le plus r\u00e9pandu: il concerne 15% de la population active des pays de l\u2019OCDE, contre 5% pour les troubles s\u00e9v\u00e8res.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans le quotidien Le Temps.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En Suisse, plus de 100&rsquo;000 personnes b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019une rente d\u2019invalidit\u00e9 pour cause de troubles mentaux. Comment les r\u00e9int\u00e9grer dans le monde du travail?<\/p>\n","protected":false},"author":20196,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[],"class_list":["post-4641","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-kapital","kapital"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4641","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/20196"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4641"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4641\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4641"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4641"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4641"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}