



{"id":4638,"date":"2016-04-08T14:34:28","date_gmt":"2016-04-08T12:34:28","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=4638"},"modified":"2016-04-10T12:41:39","modified_gmt":"2016-04-10T10:41:39","slug":"soins","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=4638","title":{"rendered":"Stop au mal de dos"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/201408\/Large080416.jpg\" alt=\"Large080416.jpg\" title=\"Large080416.jpg\" height=\"311\" border=\"0\" width=\"468\" \/><\/p>\n<p>Parmi les nombreuses condamnations inflig\u00e9es aux h\u00e9ros de la mythologie grecque, celle impos\u00e9e au g\u00e9ant Atlas fait certainement partie des plus contraignantes: pour le punir de l\u2019avoir affront\u00e9, Zeus l\u2019oblige \u00e0 porter, pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9, la Terre sur son dos. Maigre consolation pour le malheureux Titan: son histoire a inspir\u00e9 les p\u00e8res de l\u2019anatomie, qui d\u00e9cident de baptiser \u00abatlas\u00bb la premi\u00e8re vert\u00e8bre cervicale, celle qui supporte le poids &#8212; et permet les mouvements &#8212; de la t\u00eate.<\/p>\n<p>Ce petit os repose au sommet d\u2019un empilement de 24 vert\u00e8bres, articul\u00e9es les unes aux autres. Toutes forment la colonne vert\u00e9brale, une pi\u00e8ce capitale du squelette: cette structure, d\u2019une extr\u00eame sophis\u00adtication, sert de \u00abm\u00e2t central\u00bb \u00e0 chaque corps humain. C\u2019est sur elle que s\u2019attachent tous les muscles dorsaux, permettant ainsi au tronc de se mouvoir et \u00e0 l\u2019ensemble du corps de se dresser.<\/p>\n<p>\u00abLe m\u00e9canisme de la colonne vert\u00e9brale et des structures qui l\u2019entourent est aujourd\u2019hui bien compris, explique Viktor Bartanusz, responsable de la nouvelle Unit\u00e9 de chirurgie spinale du CHUV. En revanche, de nombreux myst\u00e8res persistent quant aux souffrances qu\u2019elle provoque. Certaines anomalies de la colonne vert\u00e9brale provoquent de violentes douleurs chez certaines personnes, mais seront totalement asymptomatiques chez d\u2019autres. Encore plus \u00e9nigmatique: des patients se plaignent de mal de dos pendant des ann\u00e9es, mais ne pr\u00e9sentent aucune l\u00e9sion organique. Cela vient-il des os? Des muscles? Des disques? Des ligaments? Diverses pistes sont \u00e9tudi\u00e9es pour soulager ces douleurs dites \u00abnon sp\u00e9cifiques\u00bb, telles que la pr\u00e9disposition g\u00e9n\u00e9tique ou l\u2019exposition aux vibrations sur le lieu de travail.\u00bb<\/p>\n<p>Dans les pays industrialis\u00e9s, 80% de la population consulte un m\u00e9decin au moins une fois dans sa vie pour une douleur affectant le bas du dos (lombalgie), le centre du dos (dorsalgie) ou la nuque (cervicalgie). 85% de ces douleurs ne sont pas li\u00e9es \u00e0 une l\u00e9sion sp\u00e9cifique ou \u00e0 une maladie, selon la Ligue suisse contre le rhumatisme.<\/p>\n<p>Les co\u00fbts engendr\u00e9s refl\u00e8tent l\u2019ampleur du ph\u00e9nom\u00e8ne: en Suisse, selon l\u2019Office f\u00e9d\u00e9ral de la statistique, les lombalgies seules repr\u00e9sentent entre 1,6 et 2,3% du PIB helv\u00e9tique, ce qui \u00e9quivaut \u00e0 10 milliards de francs suisses environ pour l\u2019ann\u00e9e 2005. Cette somme inclut les co\u00fbts directs engendr\u00e9s par les soins, et les co\u00fbts indirects, dus aux arr\u00eats de travail.<\/p>\n<p>\u00abCe sont les derniers chiffres officiels, pr\u00e9cise Iohn Norberg, du Service de rhumatologie du CHUV. Mais le pourcentage reste le m\u00eame aujourd\u2019hui, on se rapproche donc des 14 milliards.\u00bb Les mesures se multiplient pour faire baisser ces chiffres. \u00abIl nous faut aujourd\u2019hui mettre en place des solutions, pour des raisons \u00e9conomiques bien s\u00fbr, mais aussi pour permettre \u00e0 de nombreuses personnes de retrouver une vie active, sociale et professionnelle, estime le rhumatologue. Pour y parvenir, les patients doivent prendre soin de leur dos (voir point 1 ci-dessous) et les professionnels de la sant\u00e9 doivent adapter leur pratique en ne prodiguant que les soins r\u00e9ellement utiles et b\u00e9n\u00e9fiques sur le long terme.\u00bb<\/p>\n<p>1. BOUGER SOIGNE<\/p>\n<p><strong>L\u2019importance d\u2019un dos tonique<\/strong><\/p>\n<p>Depuis quelques ann\u00e9es, un changement majeur a r\u00e9volutionn\u00e9 la prise en charge des personnes souffrant de mal de dos chronique, sans l\u00e9sion. Fini le repos forc\u00e9, l\u2019activit\u00e9 physique est fortement conseill\u00e9e. \u00abToutes les personnes ne manifestant pas de traumatisme \u00e9vident, comme une fracture ou une tumeur, doivent absolument bouger et utiliser leur dos, insiste Iohn Norberg. En cas de douleur aigu\u00eb, l\u2019immobilit\u00e9 ne doit pas exc\u00e9der trois semaines.\u00bb<\/p>\n<p>Pendant longtemps, les m\u00e9decins ont fortement recommand\u00e9 de ne pas faire de sport et de ne pas porter de charge. Cons\u00e9quence de l\u2019inactivit\u00e9: les muscles se d\u00e9conditionnent, s\u2019affaiblissent. \u00abDe multiples \u00e9tudes ont d\u00e9montr\u00e9 l\u2019efficacit\u00e9 de l\u2019activit\u00e9 physique, poursuit le sp\u00e9cialiste. En renfor\u00e7ant les muscles dorsaux, la colonne vert\u00e9brale est beaucoup mieux soutenue.\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019exercice est donc un excellent moyen de soulager une douleur dorsale, mais aussi de la pr\u00e9venir, assure une \u00e9tude publi\u00e9e en janvier 2016 dans le Journal of The American Medical Association (JAMA). Quel sport choisir? \u00abChaque personne doit choisir l\u2019activit\u00e9 qui lui pla\u00eet et lui convient, conseille Iohn Norberg. Avec St\u00e9phane Genevay, un confr\u00e8re rhumatologue des H\u00f4pitaux universitaires de Gen\u00e8ve (HUG), nous avons particip\u00e9 au d\u00e9veloppement du site <a href=\"http:\/\/www.mon-sport.ch\" target=\"_blank\">www.mon-sport.ch<\/a>. En quelques clics, l\u2019internaute d\u00e9couvre plusieurs propositions adapt\u00e9es \u00e0 ses envies et capacit\u00e9s.\u00bb<br \/>\n<strong><br \/>\nUne vraie phobie<\/strong><\/p>\n<p>Mais il ne s\u2019agit pas que d\u2019une histoire de muscles. Guillaume Finti, physioth\u00e9rapeute-r\u00e9pondant au sein de l\u2019Unit\u00e9 de r\u00e9habilitation du rachis du CHUV, re\u00e7oit quotidiennement des patients atteints de \u00abkin\u00e9siophobie\u00bb (la peur du mouvement). \u00abCertaines personnes s\u2019emp\u00eachent de bouger trop longtemps \u00e0 la suite d\u2019une douleur aigu\u00eb. Elles finissent m\u00eame par avoir peur de bouger. C\u2019est malheureusement ainsi qu\u2019une douleur aigu\u00eb risque de devenir chronique. Notre mission aujourd\u2019hui est d\u2019aider toutes ces personnes \u00e0 d\u00e9passer leur crainte.\u00bb<\/p>\n<p>Au sein d\u2019une \u00e9quipe compos\u00e9e d\u2019ergoth\u00e9rapeutes, de psychologues et de rhumatologues, le physioth\u00e9rapeute aide les \u00abkin\u00e9siophobes\u00bb \u00e0 surmonter leur peur. \u00abNous proposons une prise en charge sur trois semaines, explique-t-il. Pendant 35 heures hebdomadaires, les patients font des activit\u00e9s physiques en groupe et individuellement; ils re\u00e7oivent soins et conseils des sp\u00e9cialistes qui les entourent. Dans la grande majorit\u00e9 des cas, nous parvenons \u00e0 leur redonner confiance en leurs capacit\u00e9s, ce qui leur permettra progressivement de bouger \u00e0 nouveau, de ressentir la douleur diff\u00e9remment, et de reprendre une activit\u00e9 professionnelle.\u00bb<\/p>\n<p>\u00abCe type de prise en charge est propos\u00e9 depuis plusieurs ann\u00e9es, pr\u00e9cise Iohn Norberg. Il faudrait \u00e0 pr\u00e9sent que le mod\u00e8le se g\u00e9n\u00e9ralise et que tous les m\u00e9decins, aussi bien dans le public que le priv\u00e9, encouragent les patients \u00e0 bouger dans leur quotidien. C\u2019est certes bien moins rentable que des infiltrations ou autres soins \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition, mais l\u2019activit\u00e9 physique reste sans aucun doute le meilleur rem\u00e8de sur le long terme.<\/p>\n<p>2. LES PROGR\u00c8S DE LA CHIRURGIE<\/p>\n<p><strong>Moins, mais mieux<\/strong><\/p>\n<p>Un nouvel \u00e9tat d\u2019esprit \u00e9merge \u00e9galement vis-\u00e0-vis de la chirurgie du dos: il faut op\u00e9rer uniquement si la cause anatomique de la douleur est pr\u00e9cis\u00e9ment identifi\u00e9e et curable par un acte chirurgical. La Soci\u00e9t\u00e9 suisse de m\u00e9decine interne conseille d\u2019ailleurs, dans sa campagne \u00ab<a target=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.smartermedicine.ch\/fr\">Smarter medicine<\/a>\u00bb lanc\u00e9e en 2014 et qui vise \u00e0 limiter les interventions inutiles, de ne plus effectuer de bilan radiologique chez les patients souffrant de douleurs lombaires depuis moins de six semaines, en l\u2019absence d\u2019autres signes alarmants (lire notre dossier sur le mouvement \u00abLess is more\u00bb sur <a href=\"http:\/\/www.invivomagazine.com\" target=\"_blank\">www.invivomagazine.com<\/a>).<\/p>\n<p>\u00abToute imagerie d\u2019une structure si complexe peut mettre en \u00e9vidence une petite anomalie b\u00e9nigne, constate Iohn Norberg. Est-elle la cause de la douleur? Souvent, on n\u2019en sait rien! Le patient risque de se focaliser sur celle-ci, alors qu\u2019avec un peu de patience et d\u2019activit\u00e9 physique, la douleur partira d\u2019elle-m\u00eame.\u00bb<\/p>\n<p>\u00abDes gens souffrent tellement qu\u2019ils nous demandent de les op\u00e9rer, m\u00eame s\u2019ils ne pr\u00e9sentent aucune pathologie s\u00e9rieuse, ajoute le neurochirurgien Viktor Bartanusz. En tant que sp\u00e9cialistes, il nous faut juger, en \u00e9valuant les examens pr\u00e9alablement effectu\u00e9s, si l\u2019op\u00e9ration sera b\u00e9n\u00e9fique ou pas. Si l\u2019intervention chirurgicale n\u2019apporte rien, ou risque d\u2019amplifier la douleur, nous devons \u00eatre capables de dire non. Parmi les personnes souffrant de douleurs dorsales, seules 10% ont r\u00e9ellement besoin d\u2019\u00eatre op\u00e9r\u00e9es.\u00bb<\/p>\n<p>Cette approche n\u2019est toutefois pas encore syst\u00e9matiquement appliqu\u00e9e sur le terrain par les professionnels, ni suffisamment consid\u00e9r\u00e9e par les chercheurs. Viktor Bartanusz cite une \u00e9tude r\u00e9alis\u00e9e par le D\u00e9partement de neurochirurgie de l\u2019Universit\u00e9 du Texas, publi\u00e9e en 2013 dans <a href=\"http:\/\/www.thespinejournalonline.com\/\" target=\"_blank\">The Spine Journal<\/a>, une revue am\u00e9ricaine consacr\u00e9e \u00e0 la colonne vert\u00e9brale. \u00abElle d\u00e9montre que, entre 1993 et 2012, le nombre de recherches portant sur le choix du mat\u00e9riel chirurgical est beaucoup plus \u00e9lev\u00e9 que le nombre d\u2019\u00e9tudes questionnant la justesse de l\u2019indication op\u00e9ratoire pour le mal de dos\u00bb, regrette le sp\u00e9cialiste.<\/p>\n<p><strong>Plus fine, plus fiable<\/strong><\/p>\n<p>Face \u00e0 certaines l\u00e9sions organiques \u00e9videntes, telles qu\u2019une tumeur ou une fracture, une intervention chirurgicale a toutefois de fortes chances d\u2019am\u00e9liorer l\u2019\u00e9tat de sant\u00e9 du patient. \u00abLes progr\u00e8s techniques r\u00e9alis\u00e9s ces derni\u00e8res ann\u00e9es sont \u00e9normes, se r\u00e9jouit Viktor Bartanusz. Gr\u00e2ce \u00e0 la miniaturisation des instruments et \u00e0 l\u2019\u00e9volution de l\u2019imagerie, toujours plus pr\u00e9cise, nous pouvons pratiquer une chirurgie beaucoup plus fine et optimale. Statistiquement parlant, il est actuellement bien plus fiable de se faire op\u00e9rer d\u2019une hernie discale que de conduire sur l\u2019autoroute.\u00bb<\/p>\n<p>D\u2019ici \u00e0 une dizaine d\u2019ann\u00e9es, Viktor Bartanusz pr\u00e9voit une nouvelle \u00e9volution: \u00abLes chirurgiens orthop\u00e9diques  travailleront conjointement avec les neurochirurgiens sur les pathologies de la colonne vert\u00e9brale. A l\u2019avenir, ces deux sp\u00e9cialit\u00e9s fusionneront. Cela permettra certainement d\u2019am\u00e9liorer encore la qualit\u00e9 de nos interventions.\u00bb<\/p>\n<p><strong>L\u2019arriv\u00e9e de la robotique<\/strong><\/p>\n<p>Les chirurgiens du dos b\u00e9n\u00e9ficieront \u00e0 l\u2019avenir de plus en plus de l\u2019aide de robots. En d\u00e9cembre 2015, au Centre universitaire d\u2019Amiens-Picardie (France), une hernie discale a \u00e9t\u00e9 op\u00e9r\u00e9e pour la premi\u00e8re fois en utilisant une plateforme technologique d\u00e9velopp\u00e9e par l\u2019entreprise fran\u00e7aise Medtech. Baptis\u00e9e \u00abRosa Spine\u00bb, la machine, \u00e9quip\u00e9e d\u2019un bras articul\u00e9, vise \u00e0 s\u00e9curiser et stabiliser l\u2019acte du chirurgien.<\/p>\n<p>L\u2019entreprise lausannoise <a href=\"http:\/\/www.kbmedical.com\/\" target=\"_blank\">KB Medical <\/a>pr\u00e9pare aussi la commercialisation de son robot AQrate, sp\u00e9cialis\u00e9 dans la chirurgie du rachis. \u00abNous n\u00e9gocions actuellement avec de grands groupes de distribution, notamment en Allemagne et aux Etats-Unis, explique Jean-Marc Wismer, le CEO. La chirurgie mini-invasive r\u00e9alis\u00e9e gr\u00e2ce \u00e0 un syst\u00e8me robotis\u00e9 permet d\u2019effectuer des incisions plus petites et plus pr\u00e9cises. Elle offre ainsi au patient une convalescence plus rapide. Globalement, les risques pouvant appara\u00eetre durant la chirurgie sont r\u00e9duits.\u00bb<\/p>\n<p>3. DES INNOVATIONS HIGH-TECH<\/p>\n<p><strong>T-shirts intelligents et pacemakers dorsaux<\/strong><\/p>\n<p>Le \u00abmarch\u00e9 du mal de dos\u00bb, dont les potentiels clients sont donc nombreux, \u00e9veille aussi l\u2019innovation du c\u00f4t\u00e9 des start-up, qui se lancent dans le d\u00e9veloppement de dispositifs qui promettent de soulager les souffrances. Parmi elles, <a href=\"https:\/\/www.percko.com\/\" target=\"_blank\">Percko<\/a>, bas\u00e9e \u00e0 Paris, a beaucoup fait parler d\u2019elle en d\u00e9veloppant un t-shirt compos\u00e9 de capteurs qui corrige les mauvaises positions. Telle une seconde peau en fibres l\u00e9g\u00e8res, le v\u00eatement stimule son porteur lorsqu\u2019il se tient mal et l\u2019invite \u00e0 corriger sa posture gr\u00e2ce \u00e0 un syst\u00e8me de tenseurs int\u00e9gr\u00e9s dans le tissu, le long de la colonne vert\u00e9brale, au niveau des \u00e9paules et du thorax. \u00abNous souhaitons \u00e9couler 10\u2019000 pi\u00e8ces en 2016 pour un chiffre d\u2019affaires d\u2019environ 1 million d\u2019euros\u00bb, d\u00e9taillent Quentin Perraudeau et Alexis Ucko, les deux jeunes ing\u00e9nieurs \u00e0 l\u2019origine du projet.<\/p>\n<p>L\u2019objectif semble r\u00e9alisable tant l\u2019int\u00e9r\u00eat pour le t-shirt de Percko, vendu 129 euros pi\u00e8ce sur internet et divers points de vente, a \u00e9t\u00e9 imm\u00e9diat: fin 2015, la start-up a lev\u00e9 plus de 385\u2019000 euros sur la plateforme de crowdfunding Kickstarter aupr\u00e8s de 3\u2019325 contributeurs. Parmi eux se trouvent une dizaine d\u2019entreprises qui voient le produit comme un accessoire utile au bien-\u00eatre de leurs salari\u00e9s.<\/p>\n<p>La posture des employ\u00e9s, immobiles pendant de longues heures face \u00e0 un \u00e9cran, est souvent d\u00e9sign\u00e9e comme l\u2019une des causes principales des maux de dos. \u00abEn position assise, la tension augmente dans les muscles profonds de la colonne vert\u00e9brale et charge notamment les disques intervert\u00e9braux\u00bb, confirme le posturologue Olivier Girard, chef du p\u00f4le des services et ergonome \u00e0 l\u2019Institut universitaire romand de sant\u00e9 au travail (IST), \u00e0 Epalinges. Pour le sp\u00e9cialiste, adopter une position confortable et ergonomique est donc primordial. \u00abCe n\u2019est pas suffisant pour prot\u00e9ger son dos, ajoute-t-il. Apr\u00e8s 30 \u00e0 40 minutes, il est n\u00e9cessaire de changer de posture. Cela n\u2019exige pas de s\u2019arr\u00eater de travailler: pensez \u00e0 t\u00e9l\u00e9phoner debout, \u00e0 imprimer un document sur une machine situ\u00e9e \u00e0 quelques m\u00e8tres de votre bureau, ou allez voir vos coll\u00e8gues proches plut\u00f4t que de leur \u00e9crire un e-mail ou de leur t\u00e9l\u00e9phoner.\u00bb<\/p>\n<p>Un autre dispositif, d\u00e9velopp\u00e9 par la soci\u00e9t\u00e9 cot\u00e9e irlandaise Mainstay Medical, est aussi suppos\u00e9 pouvoir soulager les douleurs. Il s\u2019appelle ReActiv8 et fonctionne comme une sorte de pacemaker: deux \u00e9lectrodes sont pos\u00e9es de chaque c\u00f4t\u00e9 de la colonne vert\u00e9brale d\u2019une personne souffrant de lombalgie chronique, et sont reli\u00e9es \u00e0 un implant qui g\u00e9n\u00e8re de petites impulsions \u00e9lectriques pour stimuler les nerfs responsables de la contraction des principaux muscles stabilisateurs du bas du dos. En f\u00e9vrier 2016, l\u2019entreprise a annonc\u00e9 des r\u00e9sultats positifs de ses essais cliniques et pr\u00e9voit d\u2019initier prochainement la phase de commercialisation.<\/p>\n<p>\u00abSi ces innovations soulagent les patients, tant mieux, note le rhumatologe Iohn Norberg. Mais il ne faut pas se reposer sur ces dispositifs et oublier le conseil de pr\u00e9vention et de gu\u00e9rison le plus naturel et le plus efficace: bougez!\u00bb<br \/>\n_______<br \/>\nREP\u00c8RES<\/p>\n<p><strong>80%<\/strong><br \/>\nLe pourcentage de la population suisse qui souffre entre une fois par an et plusieurs fois par semaine de douleurs du dos.<br \/>\n<strong>1,4  <\/strong><br \/>\nEn million, le nombre de Suisses incapables de travailler pendant plusieurs jours ou semaines, \u00e0 cause de douleurs lombaires, sur une ann\u00e9e.<br \/>\n<strong>10  <\/strong><br \/>\nEn millions, le nombre de jours d\u2019incapacit\u00e9 de travail, sur un an, dus aux douleurs dorsales, parmi la population suisse.<br \/>\n_______<br \/>\nTEMOIGNAGE<\/p>\n<p><strong> \u00abJ\u2019ai fait la paix avec mon dos\u00bb<\/strong><br \/>\n<em>Chlo\u00e9 Buchmann Sanroma a d\u00e9cid\u00e9 de se remettre au sport: pendant 25 ans, elle ne s\u2019\u00e9tait autoris\u00e9e qu\u2019un peu de danse, pensant ainsi \u00e9pargner son dos, atteint d\u2019une scoliose depuis l\u2019adolescence.<\/em><\/p>\n<p>Le quotidien de Chlo\u00e9 Buchmann Sanroma a drastiquement chang\u00e9 ces derniers temps: \u00abJe me suis mise \u00e0 la course \u00e0 pied, au fitness et j\u2019ai m\u00eame repris le ski, raconte cette m\u00e8re de famille de presque 40 ans. Jamais je n\u2019aurais pens\u00e9 pouvoir en faire autant.\u00bb A l\u2019adolescence, les m\u00e9decins sont formels: la jeune femme, atteinte d\u2019une scoliose (malformation de la colonne vert\u00e9brale), doit \u00e9viter toute activit\u00e9 physique intense. \u00abJ\u2019ai port\u00e9 un corset pendant deux ans, ce qui a permis \u00e0 ma scoliose de ne pas s\u2019aggraver, se souvient-elle. Malgr\u00e9 tout, seule la natation m\u2019\u00e9tait recommand\u00e9e\u2026 Tout au long de mes \u00e9tudes secondaires sup\u00e9rieures, un certificat m\u00e9dical m\u2019interdisait d\u2019assister au cours de gym avec mes camarades.\u00bb Pendant plus d\u2019une vingtaine d\u2019ann\u00e9es, la jeune femme vit ainsi, accordant une place importante \u00e0 son mal de dos dans son quotidien. \u00abJ\u2019ai pris cela comme une fatalit\u00e9 avec laquelle je devais vivre. Il n\u2019y a pas un jour o\u00f9 je ne me r\u00e9p\u00e9tais pas que j\u2019avais mal au dos. Comme une sorte de routine, que j\u2019avais inscrite dans mon esprit.\u00bb<\/p>\n<p>Chlo\u00e9 Buchmann Sanroma tente plusieurs m\u00e9thodes pour soulager sa lombalgie chronique. \u00abJ\u2019ai suivi les conseils d\u2019un grand nombre d\u2019\u00e9coles du dos, multipli\u00e9 les exercices de physioth\u00e9rapie, entra\u00een\u00e9 les bonnes postures d\u2019ergoth\u00e9rapie et encha\u00een\u00e9 les s\u00e9ances d\u2019ost\u00e9opathie. Je n\u2019ai jamais arr\u00eat\u00e9 de consulter mon m\u00e9decin orthop\u00e9diste, qui me prescrivait chaque ann\u00e9e des anti-inflammatoires. Rien n\u2019a vraiment chang\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p>Jusqu\u2019en 2013. \u00abJ\u2019en avais marre! Je ne me voyais pas vivre avec cette douleur toute ma vie! J\u2019ai dit \u00e0 mon nouveau m\u00e9decin que je souhaitais \u00eatre op\u00e9r\u00e9e. C\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que j\u2019ai d\u00e9couvert un tout nouveau discours, qui remettait en question les certitudes avec lesquelles j\u2019avais v\u00e9cu pendant des ann\u00e9es: je devais r\u00e9activer mes muscles, arr\u00eater d\u2019\u00e9pargner mon dos et ne plus craindre d\u2019avoir mal.\u00bb<\/p>\n<p>C\u2019est ainsi qu\u2019en 2015, elle suit trois semaines de r\u00e9\u00e9ducation au sein de l\u2019Unit\u00e9 de r\u00e9habilitation du rachis au CHUV. \u00abLa prise en charge est tr\u00e8s intense, explique Chlo\u00e9 Buchmann Sanroma. A hauteur de 35 heures hebdomadaires, j\u2019ai fait du renforcement, de l\u2019aqua gym, du cardio-vasculaire et de la musculation \u00e0 un rythme soutenu! Ce fut une r\u00e9v\u00e9lation, un v\u00e9ritable \u00e9lectrochoc: j\u2019\u00e9tais absolument capable de faire tout cela!\u00bb Sa douleur a-t-elle totalement disparu? \u00abJe l\u2019appr\u00e9hende de mani\u00e8re compl\u00e8tement diff\u00e9rente, explique-t-elle. Aujourd\u2019hui d\u00e8s que je souffre, j\u2019enfile ma tenue de sport et je vais courir! Cela chauffe mes muscles, et je ressens moins d\u2019inconfort. Je suis extr\u00eamement motiv\u00e9e \u00e0 poursuivre ces efforts et ravie d\u2019avoir finalement r\u00e9ussi \u00e0 faire la paix avec mon dos.\u00bb<br \/>\n_______<br \/>\nINTERVIEW<\/p>\n<p><strong>\u00abIl y a beaucoup de fausses croyances\u00bb<\/strong><br \/>\nLiliana Belgrand insiste sur l\u2019importance d\u2019une approche bio-psycho-sociale.<br \/>\nPendant vingt ans, la sp\u00e9cialiste a suivi des patients souffrant de douleurs lombaires chroniques.<\/p>\n<p><strong>Quelles sont les causes du mal de dos?<\/strong><br \/>\nOutre l\u2019usure des structures anatomiques due \u00e0 l\u2019\u00e2ge ou \u00e0 l\u2019apparition d\u2019une l\u00e9sion \u00e0 la suite d\u2019un accident par exemple, plusieurs facteurs peuvent cr\u00e9er des douleurs. Une mauvaise position maintenue trop longtemps ou un faux mouvement peut cr\u00e9er l\u2019inflammation d\u2019un muscle, qui devient douloureux. On parle alors de \u00abdouleur aigu\u00eb\u00bb qui, avec un peu de repos et des anti-inflam\u00admatoires, se r\u00e9sorbe en quelques jours. Il faut surtout \u00e9viter que celle-ci ne se transformeen douleur chronique.<\/p>\n<p><strong>Comment cela peut-il donc se produire?<\/strong><br \/>\nToutes les douleurs affectent le fonctionnement physique et mental; elles peuvent y laisser des traces, certaines plus profond\u00e9ment que d\u2019autres. Lorsqu\u2019un patient se trouve dans une situation familiale compliqu\u00e9e, il peut se laisser envahir par cette douleur et lui accorder progressivement une place importante dans ses pens\u00e9es. S\u2019il en perd le contr\u00f4le, il risque de modifier sa perception et de rendre celle-ci chronique. Il y a beaucoup de fausses croyances autour du mal de dos, notamment le fait que toute douleur correspond \u00e0 une l\u00e9sion et que la douleur est proportionnelle \u00e0 celle-ci. Et aussi, qu\u2019une douleur persistante signale quelque chose de grave.<\/p>\n<p><strong>S\u2019agit-il donc de \u00abdouleurs imaginaires\u00bb?<\/strong><br \/>\nNon, les souffrances sont bien pr\u00e9sentes. Le traitement ne doit simplement pas se limiter \u00e0 la l\u00e9sion organique que l\u2019on soigne \u00e0 l\u2019aide de m\u00e9dicaments ou d\u2019une chirurgie. Aujourd\u2019hui, on pr\u00f4ne une approche \u00abbio-psycho-sociale\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire que l\u2019on consid\u00e8re aussi le psychique ainsi que le contexte social dans lequel vit le patient. Une personne qui souffre depuis des ann\u00e9es se sent tr\u00e8s souvent d\u00e9prim\u00e9e, dort mal&#8230; Son \u00e9tat de sant\u00e9 en p\u00e2tit, ce qui peut finir par l\u2019isoler tant socialement que professionnellement. Avant m\u00eame la prescription d\u2019une radiologie, il est important de questionner un patient sur sa vie familiale et sociale. D\u2019o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une prise en charge multidisciplinaire pour optimiser les r\u00e9sultats face \u00e0 une douleur si complexe.<br \/>\n_______<\/p>\n<p><strong>Les ennemis du dos<\/strong><\/p>\n<p><strong>Le temps<\/strong><br \/>\nD\u00e8s l\u2019adolescence, les structures de la colonne vert\u00e9brale commencent progressivement \u00e0 s\u2019user. On parle de \u00abd\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence discale\u00bb lorsque les disques intervert\u00e9braux manifestent des signes d\u2019usure \u00e9vidents. Ces fines structures cartilagineuses jouent un r\u00f4le capital: elles permettent l\u2019amortissement des chocs. Avec le temps, les disques se d\u00e9shydratent, perdent leur \u00e9lasticit\u00e9 et leur r\u00e9sistance \u00e0 la pression. Ils deviennent naturellement moins souples et plus cassants. En cas de rupture, un disque peut compresser une racine nerveuse. Il s\u2019agit alors d\u2019une hernie discale, qui, si elle s\u2019enflamme, peut devenir douloureuse.<\/p>\n<p><strong>Le stress<\/strong><br \/>\nUne \u00e9tude de l\u2019Institut de s\u00e9curit\u00e9 et sant\u00e9 au travail (IRSST) au Canada \u00e9tablit un lien direct entre mal de dos et stress professionnel. Sous pression constante, les muscles, notamment ceux des \u00e9paules et de la nuque, ne parviennent pas \u00e0 se d\u00e9contracter, accumulent les toxines et deviennent douloureux. D\u2019autres \u00e9motions n\u00e9gatives, telles que l\u2019anxi\u00e9t\u00e9 et la tension nerveuse, sont aussi responsables de la chronicisation d\u2019une douleur. L\u2019expression fran\u00e7aise \u00abEn avoir plein le dos\u00bb, qui remonte au d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle, fait allusion au grand nombre de responsabilit\u00e9s ou de t\u00e2ches qui repose sur le dos d\u2019une personne et qui s\u2019exclame donc \u00aben avoir marre\u00bb.<br \/>\n_______<\/p>\n<p><strong>Le syndrome des accros du sms<\/strong><br \/>\nPr\u00e8s de deux heures et 30 minutes par jour: c\u2019est le temps que passe en moyenne chaque individu sur son smartphone, selon la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019\u00e9tudes am\u00e9ricaine Millward Brown. Si, pendant ce laps de temps, l\u2019usager prend du plaisir \u00e0 \u00e9crire des SMS ou \u00e0 surfer sur son blog pr\u00e9f\u00e9r\u00e9, la nuque, elle, souffre en silence. Une \u00e9tude r\u00e9cemment publi\u00e9e dans la revue sp\u00e9cialis\u00e9e \u00abSurgical Technology International\u00bb explique en effet que lorsqu\u2019un individu penche la t\u00eate en avant &#8212; la position habituelle pour consulter un t\u00e9l\u00e9phone portable &#8212; la pression exerc\u00e9e sur ses cervicales augmente. L\u2019auteur de l\u2019\u00e9tude, le chirurgien du dos am\u00e9ricain Kenneth Hansraj pr\u00e9cise que plus l\u2019inclinaison est importante, plus la charge est lourde.<\/p>\n<p>\u00abLa t\u00eate d\u2019un adulte p\u00e8se en moyenne 4,5 \u00e0 5,5 kg, \u00e9crit-il. En position droite, ce poids est naturellement r\u00e9parti et support\u00e9 par la colonne vert\u00e9brale. Mais une l\u00e9g\u00e8re inclinaison de la t\u00eate de 15\u00b0 vers l\u2019avant suffit \u00e0 faire plus que doubler la masse qui p\u00e8se sur les cervicales, soit plus de 12 kg. Pench\u00e9e \u00e0 30\u00b0, la t\u00eate p\u00e8sera l\u2019\u00e9quivalent de 18 kg; \u00e0 45\u00b0, elle p\u00e8sera 22 kg et \u00e0 60\u00b0, pr\u00e8s de 30 kg sont atteints&#8230;\u00bb A cause de cette surcharge, de nombreux accros du smartphone se plaignent de douleurs dans la nuque. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne, qui prend de l\u2019ampleur, a \u00e9t\u00e9 baptis\u00e9 \u00able syndrome du text-neck\u00bb. Les m\u00e9decins sont formels: il faut \u00e9viter d\u2019incliner la t\u00eate pendant de longues minutes, et faire en sorte d\u2019avoir les oreilles align\u00e9es avec les \u00e9paules, lorsque l\u2019on utilise un smartphone.<br \/>\n________<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans In Vivo magazine (no 8).<\/p>\n<p>Pour vous abonner \u00e0 In Vivo au prix de seulement CHF 20.- (d\u00e8s 20 euros) pour 6 num\u00e9ros, rendez-vous sur <a href=\"http:\/\/invivomagazine.com\" target=\"_blank\">invivomagazine.com<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les traitements sont plus simples qu\u2019on ne l\u2019imagine pour mettre fin \u00e0 ces souffrances qui touchent 80% de la population et font exploser les co\u00fbts de la sant\u00e9. Dossier.<\/p>\n","protected":false},"author":19078,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-4638","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-latitude","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4638","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19078"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4638"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4638\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4638"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4638"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4638"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}