



{"id":4635,"date":"2016-04-05T09:35:00","date_gmt":"2016-04-05T07:35:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=4635"},"modified":"2017-08-24T10:27:05","modified_gmt":"2017-08-24T08:27:05","slug":"solidarite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=4635","title":{"rendered":"Des seniors logent des \u00e9tudiants en \u00e9change d\u2019un coup de main"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/201408\/Large040416.jpg\" title=\"Large040416.jpg\" alt=\"Large040416.jpg\" height=\"317\" border=\"0\" width=\"465\" \/><\/p>\n<p>Tout part d\u2019un constat simple: alors que des centaines d\u2019\u00e9tudiants n\u2019arrivent pas \u00e0 se loger, des milliers de personnes \u00e2g\u00e9es vivent seules dans des appartements trop grands. En septembre dernier, \u00e0 quelques jours de la rentr\u00e9e universitaire genevoise, pr\u00e8s de 600 \u00e9tudiants inscrits au Bureau des logements de l\u2019Universit\u00e9 n\u2019avaient pas encore trouv\u00e9 de chambre. Rien de surprenant h\u00e9las dans un canton o\u00f9 la p\u00e9nurie de logement est end\u00e9mique et l\u2019offre des foyers et r\u00e9sidences universitaires sept fois inf\u00e9rieure au nombre d\u2019\u00e9tudiants inscrits.<\/p>\n<p>En parall\u00e8le, l\u2019Office cantonal de la statistique r\u00e9v\u00e9lait en 2012 qu\u2019\u00e0 Gen\u00e8ve, plus de 13&rsquo;300 personnes habitent seules dans des logements de quatre ou cinq pi\u00e8ces. Un nombre en sensible augmentation depuis la moiti\u00e9 du si\u00e8cle dernier et qui ne devrait cesser de cro\u00eetre en raison du vieillissement de la population. \u00abCe sont en effet en majorit\u00e9 des personnes \u00e2g\u00e9es qui vivent seules dans de grands appartements ou maisons, rel\u00e8ve le sociologue Jean-Pierre Fragni\u00e8re, sp\u00e9cialiste des questions li\u00e9es \u00e0 la vieillesse et aux g\u00e9n\u00e9rations. L\u2019isolement croissant de cette tranche de la population inqui\u00e8te.\u00bb<\/p>\n<p><strong>A chaque m\u00e8tre carr\u00e9, une heure de service<\/strong><\/p>\n<p>Pour r\u00e9pondre \u00e0 ces besoins crois\u00e9s, l\u2019Universit\u00e9 de Gen\u00e8ve, en partenariat avec Pro Senectute Gen\u00e8ve et avec le soutien de la Fondation BNP Paribas, met actuellement sur pied un projet de logement interg\u00e9n\u00e9rationnel intitul\u00e9 \u00ab1h par m2 &#8212; un \u00e9tudiant sous mon toit\u00bb. \u00abNotre mod\u00e8le, qui sera lanc\u00e9 \u00e0 la rentr\u00e9e prochaine, se base sur le projet allemand Wohnen f\u00fcr Hilfe, qui propose \u00e0 des particuliers de mettre \u00e0 disposition d\u2019un \u00e9tudiant une chambre de leur logement en \u00e9change de services\u00bb, explique l\u2019instigatrice du projet, Sabine Estier Th\u00e9venoz, du Bureau des logements de l\u2019Universit\u00e9. Le programme existe en Allemagne depuis 2002. Il est aujourd\u2019hui pr\u00e9sent dans 32 villes universitaires et se d\u00e9veloppe avec succ\u00e8s. A Cologne par exemple, 140 \u00e9tudiants par ann\u00e9e sont ainsi h\u00e9berg\u00e9s.<\/p>\n<p>Les r\u00e8gles sont les suivantes: \u00e0 chaque m\u00e8tre carr\u00e9 lou\u00e9 correspond une heure de travail par mois. Ainsi, une chambre de 16 m2 permet au logeur de b\u00e9n\u00e9ficier de 16 heures d\u2019aide mensuelle, soit quatre heures par semaine. Les t\u00e2ches sont d\u00e9finies en accord entre les deux parties. Il peut s\u2019agir de courses alimentaires, de conversation en langue \u00e9trang\u00e8re, d\u2019animaux domestiques \u00e0 soigner ou simplement de repas \u00e0 partager. Pas de loyer \u00e0 payer donc, seule une participation mensuelle aux charges est demand\u00e9e aux \u00e9tudiants. \u00abL\u2019id\u00e9e est de mobiliser des ressources existantes dans la communaut\u00e9: de l\u2019espace chez des personnes qui vivent seules et du temps chez des \u00e9tudiants qui ont g\u00e9n\u00e9ralement peu de ressources financi\u00e8res, poursuit Sabine Estier Th\u00e9venoz. Cela permet d\u2019offrir du logement sans avoir \u00e0 construire un nouveau b\u00e2timent, tout en contribuant \u00e0 r\u00e9soudre un probl\u00e8me social important.\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019Allemagne n\u2019est pas la seule \u00e0 avoir d\u00e9j\u00e0 mis en place des projets d\u00e9veloppant le principe de solidarit\u00e9 entre g\u00e9n\u00e9rations dans le domaine du logement. En France par exemple, le R\u00e9seau-COSI &#8212; COhabitation Solidaire Interg\u00e9n\u00e9rationnelle &#8211;, et la soci\u00e9t\u00e9 Ensemble 2 g\u00e9n\u00e9rations rencontrent un certain succ\u00e8s aupr\u00e8s des \u00e9tudiants et des a\u00een\u00e9s. Pour le sociologue Jean-Pierre Fragni\u00e8re, le logement interg\u00e9n\u00e9rationnel est appel\u00e9 \u00e0 prendre une dimension majeure: \u00abAu-del\u00e0 de r\u00e9pondre \u00e0 un double besoin social, cette forme d\u2019\u00e9change devient essentielle. L\u2019allongement de la vie augmente la distance entre les g\u00e9n\u00e9rations. Le lien doit \u00eatre reconstruit. Il faut cr\u00e9er des conditions de rencontre et de dialogue. Les relations interg\u00e9n\u00e9rationnelles sont n\u00e9cessaires, car elles d\u00e9stabilisent, stimulent l\u2019intelligence et la curiosit\u00e9 et changent le rapport au quotidien.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Le troisi\u00e8me \u00e2ge pour public cible<\/strong><\/p>\n<p>La Suisse a aussi lanc\u00e9 des initiatives similaires ces derni\u00e8res ann\u00e9es, via la Croix Rouge fribourgeoise et Pro Senectute Zurich notamment, mais elles demeurent timides. L\u2019entreprise \u00abEnsemble avec toit\u00bb, bas\u00e9e \u00e0 Rolle et fond\u00e9e il y a cinq ans, est la plus prolifique. Elle s&rsquo;occupe de former des bin\u00f4mes entre les particuliers et les \u00e9tudiants qui s&rsquo;inscrivent sur son site et \u00e9tablit des contrats d&rsquo;h\u00e9bergement. La location gratuite d&rsquo;une chambre contre services &#8211; maximum huit heures d&rsquo;aide par semaine &#8211; repr\u00e9sente la moiti\u00e9 des contrats et un tiers des accueillants sont des personnes \u00e2g\u00e9es. \u00abActuellement nous recevons deux ou trois demandes d&rsquo;\u00e9tudiants par jour, note Sylvie Mery, charg\u00e9e de mission de la soci\u00e9t\u00e9. La demande est de plus en plus forte. Notre r\u00e9seau propose un peu plus de 200 chambres, principalement sur les cantons de Vaud et Gen\u00e8ve. Entre 200 et 300 \u00e9tudiants sont log\u00e9s chaque ann\u00e9e.\u00bb<\/p>\n<p>Les principaux clients de \u00abEnsemble avec toit\u00bb demeurent cependant des familles, \u00e0 la recherche de soutien scolaire ou d&rsquo;assistance pour leurs enfants. Dans son dessein de lutter contre l\u2019isolement social, le projet \u00ab1h par m2\u00bb entend cibler une autre tranche de la population: principalement les personnes du troisi\u00e8me \u00e2ge, entre 65 et 80 ans, mais aussi les 50 ans et plus qui voient leurs enfants quitter le domicile, ainsi que les plus de 80 ans encore suffisamment ind\u00e9pendants pour ne pas avoir besoin d\u2019un soutien m\u00e9dical. Or, convaincre ces potentiels logeurs reste un d\u00e9fi \u00e0 part enti\u00e8re: \u00abLes personnes \u00e2g\u00e9es peuvent se montrer r\u00e9ticentes \u00e0 accueillir un jeune, convient Sabine Estier Th\u00e9venoz. Il faut mettre en avant le plaisir de la relation avant le besoin d\u2019aide li\u00e9 au vieillissement, car les s\u00e9niors veulent garder leur ind\u00e9pendance le plus longtemps possible.\u00bb<\/p>\n<p>Pour fonctionner, le projet exige un autre point essentiel: que les participants se placent d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment dans un sch\u00e9ma d\u2019\u00e9change, hors de toute logique \u00e9conomique ou marchande. Un concept dans l\u2019air du temps qui ne devrait pas rencontrer trop d\u2019opposition, \u00e0 l\u2019heure du boum de l\u2019\u00e9conomie du partage. Actuellement, une dizaine de personnes se sont d\u00e9j\u00e0 formellement engag\u00e9es \u00e0 proposer une chambre \u00e0 la rentr\u00e9e et plus de 25 \u00e9tudiants, venant de Suisse, d\u2019Europe, d\u2019Am\u00e9rique Latine et m\u00eame d\u2019Australie, ont formul\u00e9 une demande d\u2019h\u00e9bergement. Deux bin\u00f4mes se sont d\u00e9j\u00e0 form\u00e9s. L\u2019un deux r\u00e9unit un \u00e9tudiant allemand de 22 ans et une sexag\u00e9naire vivant seule dans une maison avec son fils jeune adulte (voir encadr\u00e9). \u00abL\u2019objectif dans un premier temps est d\u2019atteindre une trentaine de chambres, indique Sabine Estier-Th\u00e9venoz. Mais \u00e0 terme, nous visons un total de 130 chambres.\u00bb Soit 1% seulement des fameuses 13&rsquo;300 personnes vivant seules dans de grands logements \u00e0 convaincre.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>ENCADRE<\/p>\n<p><strong>\u00abSon aide m\u2019est pr\u00e9cieuse\u00bb<\/strong><br \/>\n<em>Elena Flahault-Rusconi, 58 ans, loge un \u00e9tudiant allemand de 22 ans dans sa maison de Th\u00f4nex (GE).<\/em><\/p>\n<p>Trente-six ans et une quarantaine de centim\u00e8tres les s\u00e9parent. Elena Flahault-Rusconi, une juriste de 58 ans devenue coach p\u00e9dagogique, et Timo Marcel Albrecht, jeune \u00e9tudiant allemand de 22 ans d\u00e9barqu\u00e9 de G\u00f6ttingen, cohabitent depuis le d\u00e9but du mois de f\u00e9vrier. A deux semaines de d\u00e9marrer son semestre \u00e0 Gen\u00e8ve, Timo n\u2019avait toujours pas trouv\u00e9 de chambre. Il d\u00e9couvre alors le projet \u00ab1h par m2\u00bb via le site du Bureau du logement de l\u2019Universit\u00e9. \u00abM\u00eame si le programme ne devait d\u00e9marrer qu\u2019en septembre, j\u2019ai tent\u00e9 ma chance car j\u2019\u00e9tais sur le point d\u2019arriver \u00e0 Gen\u00e8ve sans avoir un endroit o\u00f9 dormir\u00bb, raconte Timo. En moins d\u2019une semaine, Sabine Estier lui trouve une logeuse, Elena, qui vit seule avec son fils \u00e9tudiant dans une maison \u00e0 Th\u00f4nex.<\/p>\n<p>\u00abEntre la chambre, le balcon et la salle de bain, je loue environ 12 m2 \u00e0 Timo, ce qui \u00e9quivaut \u00e0 trois heures d\u2019aide par semaine, explique Elena. Timo participe \u00e0 l\u2019entretien de la maison: m\u00e9nage, bricolage, jardinage\u2026 Son aide m\u2019est pr\u00e9cieuse car je manque de temps et ma condition physique ne me permet pas d\u2019effectuer tous ces travaux.\u00bb En dehors de ce contrat, le bin\u00f4me a d\u00e9cid\u00e9 de s\u2019offrir un service mutuel, l\u2019apprentissage de la langue de chacun. \u00abJe parle \u00e0 Timo en allemand et il corrige mes fautes, et inversement.\u00bb Seul \u00e9change mon\u00e9taire entre les deux parties: les charges, qui s\u2019\u00e9l\u00e8vent \u00e0 60 francs par mois. \u00abQuand on sait qu\u2019une chambre \u00e0 Gen\u00e8ve vaut au minimum 600 francs par mois, je m\u2019estime vraiment chanceux, dit Timo. Ce mod\u00e8le de logement pourrait encourager de nombreux \u00e9tudiants \u00e0 venir en Suisse, car beaucoup y renoncent \u00e0 cause du co\u00fbt trop \u00e9lev\u00e9 de la vie.\u00bb<\/p>\n<p>Interagir quotidiennement avec des personnes locales est un autre avantage du projet aux yeux de Timo, nullement d\u00e9rang\u00e9 de cohabiter avec une femme de 30 ans son a\u00een\u00e9e. \u00abJe suis totalement libre tant que je respecte le contrat d\u2019aide. Je peux sortir et vivre ma vie. Mais j\u2019aime aussi passer du temps avec Elena, discuter politique, culture et droit.\u00bb Si les deux colocataires ne font souvent que se croiser pendant la semaine, ils essaient le week-end de partager un peu plus de temps ensemble. \u00abTimo a notamment instaur\u00e9 l\u2019usage du Kaffee du dimanche, que les Allemands aiment \u00e0 prendre l\u2019apr\u00e8s-midi avec une p\u00e2tisserie\u00bb, sourit Elena.<br \/>\n_______<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans le magazine L&rsquo;Hebdo.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour r\u00e9pondre \u00e0 la fois \u00e0 la crise du logement et \u00e0 l\u2019isolement des personnes \u00e2g\u00e9es, l\u2019Universit\u00e9 de Gen\u00e8ve lance le projet \u00ab1h par m2\u00bb, bas\u00e9 sur un mod\u00e8le de collocation interg\u00e9n\u00e9rationnelle qui a d\u00e9j\u00e0 fait ses preuves \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. <\/p>\n","protected":false},"author":19913,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[1303],"class_list":["post-4635","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-latitude","tag-choix-de-l-editeur","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4635","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19913"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4635"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4635\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6400,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4635\/revisions\/6400"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4635"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4635"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4635"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}