



{"id":4593,"date":"2016-01-27T15:35:01","date_gmt":"2016-01-27T13:35:01","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=4593"},"modified":"2016-01-27T15:35:24","modified_gmt":"2016-01-27T13:35:24","slug":"societe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=4593","title":{"rendered":"L\u2019identit\u00e9 des travailleurs en crise"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"\/wp-content\/uploads\/201408\/Large26022016.jpg\" border=\"0\" height=\"311\" width=\"468\" title=\"Large26022016.jpg\" alt=\"Large26022016.jpg\" \/><\/p>\n<p>\u00abSi nous passons la plus grande partie de notre vie au travail, pourquoi ne pas parler de bonheur au travail?\u00bb Ce slogan \u00e9tait le leitmotiv des organisateurs de l\u2019Universit\u00e9 du bonheur au travail, mise sur pied \u00e0 Paris fin 2015. Alors que les \u00e9tudes quantifiant le stress et la souffrance au travail sont de plus en plus alarmantes, l\u2019heure est venue de rendre le sourire aux employ\u00e9s. Directeur de la soci\u00e9t\u00e9 de coaching Essentiel Management Conseil, Xavier Camby constate qu\u2019\u00abactuellement, de nombreuses personnes exigent que leur travail soit un lieu de r\u00e9alisation de soi et de d\u00e9veloppement personnel. On n\u2019a jamais autant travaill\u00e9 qu\u2019aujourd\u2019hui. Mais les salari\u00e9s n\u2019acceptent plus de s\u2019\u00e9puiser pour rien. Leur activit\u00e9 professionnelle doit faire sens.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Une petite famille<\/strong><\/p>\n<p>De l\u00e0 \u00e0 dire que les employ\u00e9s du XXIe si\u00e8cle attendent du travail qu\u2019il leur fournisse le bonheur avec un grand B, il y a un pas que Nicky Le Feuvre, professeure de sociologie du travail \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne, ne franchit pas: \u00abC\u2019est plut\u00f4t de l\u2019ordre de la qu\u00eate d\u2019une place sociale, voire d\u2019une forme d\u2019\u00e9panouissement. Je constate que d\u00e9sormais, le travail est cens\u00e9 r\u00e9pondre \u00e0 des besoins beaucoup plus sophistiqu\u00e9s qu\u2019avant.\u00bb Ce changement, la sp\u00e9cialiste le met en lien \u00abavec les \u00e9volutions des syst\u00e8mes de protection sociale. Apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale, on s\u2019est mis \u00e0 assurer les travailleurs. Or, aujourd\u2019hui, on attend des gens qu\u2019ils prouvent la l\u00e9gitimit\u00e9 de cette protection. Le travail devient encore plus fondamental, car il permet d\u2019acc\u00e9der aux droits. Une chercheuse am\u00e9ricaine parle m\u00eame de citoyens-travailleurs.\u00bb Par\u00e9s de ce r\u00f4le central, le bureau, l\u2019atelier ou le chantier se muent en lieux sur lesquels s\u2019exerce une forte pression. \u00abLe salari\u00e9 moderne se doit d\u2019\u00eatre \u00e0 fond. Faire correctement son boulot est per\u00e7u comme n\u00e9gatif. Il faut aller bien au-del\u00e0.\u00bb<\/p>\n<p>Nicky Le Feuvre rel\u00e8ve une autre nouveaut\u00e9: \u00ab\u00eatre engag\u00e9, c\u2019est aussi t\u00e9moigner \u00e0 son employeur un investissement affectif\u00bb. Les relations professionnelles ressemblent d\u00e8s lors \u00abde plus en plus \u00e0 celles qu\u2019on observe dans le priv\u00e9: sorties \u00e0 ski, ap\u00e9ros, etc. L\u2019entreprise fonctionne comme une petite famille et le fait de bien s\u2019entendre avec ses coll\u00e8gues devient un crit\u00e8re de r\u00e9ussite professionnelle.\u00bb A l\u2019inverse, avoir de mauvaises relations sur le lieu de travail peut entra\u00eener une souffrance qui aurait paru disproportionn\u00e9e \u00e0 une autre \u00e9poque\u00bb, note Nicky Le Feuvre.<\/p>\n<p>Dans ce contexte de pression accrue, la souffrance au travail atteint des valeurs record. \u00abEn France, 64% des salari\u00e9s d\u00e9clarent aller au travail avec la peur au ventre, rapporte Xavier Camby. Les employeurs ont demand\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es de plus en plus d\u2019efforts \u00e0 leurs \u00e9quipes tout en les consid\u00e9rant comme des variables \u00e9conomiques.\u00bb Hormis les tr\u00e8s m\u00e9diatis\u00e9s burn-out, d\u2019autres cons\u00e9quences n\u00e9gatives \u2013 et co\u00fbteuses pour les entreprises \u2013 en ont d\u00e9coul\u00e9: \u00abDe nombreux travailleurs ont r\u00e9agi en d\u00e9veloppant leur intelligence protectrice, chacun poursuivant ses seuls objectifs. C\u2019est un non-sens: une entreprise doit encourager l\u2019intelligence collaborative.\u00bb Le directeur d\u2019Essentiel Management Conseil voit toutefois \u00ab\u00e9merger de nouveaux comportements, ceux des managers du futur, attentifs au bien-\u00eatre de leurs collaborateurs\u00bb. Selon lui, c\u2019est parce qu\u2019il y a un ruineux exc\u00e8s de souffrance que la question du bonheur au travail est importante actuellement.<\/p>\n<p><strong>M\u00e9thodes de coaching<\/strong><\/p>\n<p>Si elle rel\u00e8ve aussi un lien direct entre souffrance et bonheur au travail, C\u00e9line Desmarais, directrice du MAS Human Systems Engineering de la Haute Ecole d\u2019Ing\u00e9nierie et de Gestion du Canton de Vaud &#8211; HEIG-VD (lire encadr\u00e9 ci-dessous), est d\u2019avis que ces deux notions ne sont pas totalement antinomiques. \u00abMes recherches ont montr\u00e9 que certains managers peuvent \u00e9prouver simultan\u00e9ment un grand bien-\u00eatre au travail tout en connaissant de hauts niveaux de stress. G\u00e9n\u00e9ralement, la souffrance au travail concerne des gens tr\u00e8s engag\u00e9s. Or, l\u2019engagement est une source de bien-\u00eatre. Tout n\u2019est pas noir ou blanc.\u00bb Du c\u00f4t\u00e9 des entreprises, l\u2019explosion des pathologies li\u00e9es au stress, ainsi que la prise de conscience qu\u2019il faut savoir conserver les talents ont entra\u00een\u00e9 le recours \u00e0 de nouvelles techniques manag\u00e9riales.<\/p>\n<p>De plus en plus de salari\u00e9s se voient ainsi proposer sur leur lieu de travail les services de coach en nutrition ou en m\u00e9ditation, alors que leurs cadres apprennent, toujours gr\u00e2ce \u00e0 des coachs, \u00e0 pratiquer la conduite bienveillante. Plus radical, le concept d\u2019entreprises lib\u00e9r\u00e9es, popularis\u00e9 par Isaac Getz, auteur du livre Freedom, Inc., fait de plus en plus d\u2019\u00e9mules. \u00abSes adeptes s\u2019inspirent de soci\u00e9t\u00e9s qui ont remis en cause les contraintes qui laminent l\u2019engagement des salari\u00e9s\u00bb, explique C\u00e9line Desmarais. Si leur efficacit\u00e9 \u2013 notamment sur le taux d\u2019absent\u00e9isme \u2013 a \u00e9t\u00e9 prouv\u00e9e par plusieurs \u00e9tudes, ces diverses m\u00e9thodes laissent Nicky Le Feuvre sceptique. Selon la sociologue, introduire une hi\u00e9rarchie plate \u00abr\u00e9duit certes les contraintes directes mais peut \u00eatre source de forte pression sur les collaborateurs ainsi responsabilis\u00e9s\u00bb. Quant aux coachings, \u00abils ne sont que des palliatifs. On propose des m\u00e9thodes aux collaborateurs pour mieux g\u00e9rer les exigences des entreprises au lieu de questionner le bien-fond\u00e9 de ces exigences en tant que telles.\u00bb<br \/>\n_______<br \/>\nENCADRES<\/p>\n<p><strong>La carte de visite, ce support du moi<\/strong><\/p>\n<p>Malgr\u00e9 l\u2019annonce de leur inexorable disparition, les cartes de visite connaissent un succ\u00e8s surprenant.<\/p>\n<p>En 2000, dans \u00abAmerican Psycho\u00bb, Patrick Bateman, le h\u00e9ros du film, est terrass\u00e9 par un malaise lors d\u2019une comparaison de cartes de visite entre coll\u00e8gues. Le raffinement de l\u2019une d\u2019entre elles \u2013 subtile nuance de blanc, \u00e9paisseur finement \u00e9tudi\u00e9e et filigranes \u2013 surpasse celle du flamboyant golden-boy, couleur os et caract\u00e8res Silian Rail. Cette sc\u00e8ne mythique a-t-elle vieilli? L\u2019\u00e8re 2.0 a-t-elle r\u00e9volutionn\u00e9 notre usage et l\u2019aspect de ces supports de notre moi? Aujourd\u2019hui, chacun continue d\u2019accorder beaucoup d\u2019importance \u00e0 ces petits rectangles. A la qualit\u00e9 du papier et \u00e0 la police des caract\u00e8res sont venus s\u2019ajouter de nouveaux crit\u00e8res distinctifs. Gr\u00e2ce aux nouvelles technologies, chacun s\u2019improvise graphiste, imprimeur m\u00eame. Il s\u2019agit de redoubler de cr\u00e9ativit\u00e9 en ajoutant, \u00e0 son nom et adresse, photos, logos ou toute autre expression graphique de son \u00abmoi\u00bb.<\/p>\n<p>Contrairement au net qui rel\u00e8ve du domaine public, la carte de visite se cantonne dans la sph\u00e8re priv\u00e9e. En triant qui y a acc\u00e8s, elle permet son contr\u00f4le. Le milliardaire Warren Buffett disposerait ainsi de plusieurs types de cartes. Certaines portant sa devise  \u00abRule 1: never lose money; rule 2: never forget rule number 1\u00bb, d\u2019autres, la mention \u00abYou don\u2019t call me. I call you\u00bb. Mark Zuckerberg, le cofondateur de Facebook aime aussi jouer avec ses \u00abbusiness cards\u00bb. Au d\u00e9but de sa carri\u00e8re, ses cartes de visites auraient mentionn\u00e9 la formule \u00abI\u2019m CEO, Bitch\u00bb.<\/p>\n<p>Les cartes de visite sont anciennes: au XVIIe si\u00e8cle, les premi\u00e8res consistaient \u00e0 indiquer ses coordonn\u00e9es au dos d\u2019une carte \u00e0 jouer. A l\u2019\u00e9poque victorienne, on se pr\u00e9sentait chez quelqu\u2019un de son rang social, sans esp\u00e9rer forc\u00e9ment \u00eatre accueilli, et on abandonnait sa carte de visite. Si, par la suite, une carte \u00e9tait laiss\u00e9e en retour chez soi, cela signifiait qu\u2019une relation pouvait \u00eatre envisag\u00e9e.<\/p>\n<p>En 2016, les cartes de visite jouissent encore d\u2019un grand avantage par rapport aux r\u00e9seaux sociaux en ligne. Elles permettent d\u2019op\u00e9rer des tris alors que sur les plateformes, on se retrouve rapidement submerg\u00e9 de liens. Et puis, si elles deviennent trop encombrantes, on peut se d\u00e9barrasser de leur mat\u00e9rialit\u00e9 en les scannant et en les abritant sur la toile, gr\u00e2ce \u00e0 de multiples applications con\u00e7ues par des geeks qui \u2013 quelle ironie \u2013 avaient pr\u00e9dit leur obsolescence. Dans son ouvrage \u00abSeuls ensemble. De plus en plus de technologies, de moins en moins de relations humaines\u00bb, Sherry Turkle rel\u00e8ve qu\u2019\u00abon m\u2019a r\u00e9cemment tendu des cartes de visite qui listaient le nom de la personne dans la vraie vie, son nom sur Facebook et le nom de son avatar\u00bb.<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p>Collaboration: Genevi\u00e8ve Grimm-Gobat<\/p>\n<p>Une version de cet article est parue dans la revue H\u00e9misph\u00e8res (no 10).<\/p>\n<p>Pour vous abonner \u00e0 H\u00e9misph\u00e8res au prix de CHF 45.- (d\u00e8s 45 euros) pour 6 num\u00e9ros, rendez-vous sur <a href=\"http:\/\/revuehemispheres.com\" target=\"_blank\">revuehemispheres.com<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Alors que les \u00e9tudes quantifiant le burn-out pr\u00e9sentent des r\u00e9sultats alarmants, le bonheur au travail est sur toutes les l\u00e8vres. 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